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Le sombre avenir de France Inter

Les salariés de Radio-France ont fini par obtenir le retrait de Charles Sapin. Ce journaliste politique, de droite et nouveau rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles, avait été recruté par la direction pour un édito, au titre du pluralisme.

Le constat du déséquilibre politique du service public de la radio est ancien, mais a pris une tournure politique, voire polémique, ces derniers mois avec la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Menée de manière souvent discutable, par le député UDR Charles Alloncle, elle a toutefois atteint son objectif : faire de cette situation un problème politique, et la rendre difficile à tenir en forçant à des évolutions. Les dirigeants du service public de l’audiovisuel, déstabilisés par cette attaque, n’ont pas pu faire autrement que prendre en compte cette évolution politique. Certes, il y avait des intervenants de droite à France Inter, comme Dominique Seux, libéral bon teint. Mais pas grand chose au delà, et notamment pas d’intervenant marqué clairement à droite, voire à l’extrême-droite. Or, ce courant politique représente un bon tiers de l’électorat. Difficile de l’occulter, surtout quand on vous l’a fait bruyamment remarquer.

Pour la grille de rentrée, France Inter a donc recruté Charles Sapin. Jeune journaliste, il est passé par le Figaro et Le Point, où il était chargé du suivi de l’extrême-droite, avec de devenir rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles. Ce n’est qu’un début de rééquilibrage, mais il a mis le feu aux poudres, entrainant un conflit social, avec grève, pétitions et tout le tralala folklorique. La fin de l’histoire ne pouvait être que la mise à l’écart de Charles Sapin, ce qui est arrivé assez vite. Ce qui semble une victoire des syndicalistes, est en fait une victoire à la Pyrrhus et une défaite, sur le long terme, pour le service public dans son ensemble.

Même si la situation n’était pas facile, la direction de France Inter a pris des risques inconsidérés. Charles Sapin était un bon profil. C’est est un bon journaliste, poli, raisonnable, et bien que de droite, n’était pas étiqueté « facho ». Mais un détail est venu gripper la machine : il est devenu rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles. D’un seul coup, l’équilibre se brise, car ce n’est plus un « journaliste de droite lambda », mais le représentant d’un titre de presse emblématique de l’extrême-droite, qui a accès au micro de France Inter. Pour les salariés du service public, la dose est trop forte sur le plan symbolique. C’est trop d’un coup. D’où une réaction épidermique, qui leur fait du tort, et qui marque les limites étroites de la marge de manœuvre des dirigeants de Radio France.

Après un épisode comme celui-ci, je souhaite bon courage aux dirigeants de Radio France, pour trouver d’autres intervenants de qualité, positionnés à droite. Personne n’a envie de se faire lyncher, surtout pour ce que ça rapporte, financièrement ou symboliquement, à un journaliste de droite d’intervenir sur France Inter. Et pourtant, il va bien falloir en trouver, pour rétablir un équilibre permettant d’affirmer, sans se foutre de la gueule du monde, que l’antenne du service public est pluraliste. Le défi est d’ampleur, car s’il n’y aura pas de mal à trouver des gens de droite pour venir, on risque d’avoir le fond du panier, qui vont tirer la qualité des débats vers le bas. Le risque est alors d’avoir des pétitions demandant leur départ, non parce qu’ils sont de droite, mais parce qu’ils sont nuls. Et derrière, c’est le risque de la fuite des auditeurs, et donc un échec sur toute la ligne, qui fragiliserait encore plus le service public.

Que va retenir le Grand public de cette épisode ? L’idée que les salariés du service public refusent le pluralisme, et veulent rester dans leur entre-soi de gauche. Certains vont manifester bruyamment leur soutien, car la situation actuelle leur convient, et cela conforte leurs opinions. D’autres vont protester et crier au scandale. Mais une grande majorité ne va rien dire, mais juste en prendre note, et tenir cette information pour un fait acquis et général. Et le jour où le service public subira des attaques, en étant accusé de pencher uniquement d’un bord, en ne respectant pas le cahier des charges, ils vont acquiescer. Cet épisode Charles Sapin, c’est un moment où le soutien de la population au service public de l’audiovisuel, tel qu’il existe, s’est affaibli. Les conséquences sont réelles, mais leur effet sera différé.

Si l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen se confirme, ça risque d’être une boucherie. Même avant, il pourrait y avoir des dégâts, avec les coupes budgétaires annoncées pour le budget discuté cet automne. Si à ce moment là, la mobilisation des syndicats ne rencontre que le soutien de leur microcosme habituel, cela ne suffira pas. Cela sera encore pire si une partie des français se dit, en se rappelant l’épisode Charles Sapin, « qu’ils l’ont bien cherché ». Si les salariés de France Inter se lancent dans une longue grève, ils auront tout perdu, car les auditeurs vont se reporter sur des radios privés. Ceux de droite n’ont que l’embarras du choix, mais désormais, ceux de gauche ont une alternative, avec Radio Nova. Financée par Mathieu Pigasse, elle est en pleine ascension, portée par l’équipe des « humoristes » très marquée à gauche, et qui donne aux auditeurs de gauche de France Inter ce qu’ils aiment entendre. Il risque d’y avoir des transferts, tant d’auditeurs que d’intervenants.

Derrière cet épisode, se joue un autre drame, celui de la survie même du service public, du moins dans sa forme actuelle. Que ce soit à la télévision ou à la radio, la question ne se pose plus du tout dans les mêmes termes qu’il y a encore 30 ans. Avec le numérique, le goulot d’étranglement de la diffusion n’existe plus. Alors qu’autrefois, il fallait absolument avoir une fréquence (ressource rare), il ne pouvait y avoir qu’un nombre limité de chaînes télé et de radio. D’où une régulation et des équilibres particuliers, qui perdent de leur pertinence, au fur et à mesure que l’étau se desserre. Des chaines comme Canal+ ont d’ores et déjà abandonné leurs canaux TNT, la radio se consomme de plus en plus en podcast ou par la diffusion par internet. Le système actuel de diffusion va s’éteindre dans les 10 prochaines années. Il est de plus en plus question d’arrêter la TNT à l’horizon 2030-2035.

A partir du moment où nous sommes dans un paysage médiatique marqué par l’abondance, où toutes les chapelles peuvent trouver « chaussure à leur pied », à quoi cela sert encore d’avoir un service public ? Il va falloir trouver des justifications, car sinon, c’est le financement public qui va être remis en cause. C’est d’ailleurs déjà en cours. La redevance, qui assurait un ressource « indépendante » a été supprimée, au profit de mécanismes de financement beaucoup moins protecteurs.

Cela va sans doute aller plus vite dans le secteur de la radio, car le ticket d’entrée financier est moins élevé que la télévision. A partir du moment où un match Radio Nova contre Europe 1 s’installe, où se positionne France Inter ? C’est à cette question que ses dirigeants et salariés vont être confrontés, et la réponse ne peut pas être le statu quo. Il va falloir bouger et ça semble assez mal parti.

9 réponses sur « Le sombre avenir de France Inter »

Et surtout : Charles Sapin est arrivé à VA fin août… 2026 ! On peut donc difficilement le tenir pour responsable des dérives de ce journal lors des années précédentes.

France 2, France 3, France 4, France 5, Arte, La Chaine Parlementaire, Franceinfo, Réseau Outre-mer La 1ère, Via Stella, France 24, France 3 Régions, pour la TV.

Je vous épargne la liste mais le constat est le même pour les radios.

Ça vallait certainement la peine quand Internet n’existait pas et que l’accès à l’info ou au divertissement était compliqué. Mais en 2026 ?

Il me semble que vous avez plusieurs trains de retard sur le positionnement politique du service public radiophonique.
Il reste à droite cette image de repaire de gauchistes qui ne correspond plus depuis longtemps à la réalité.
Cela fait des années que les voix clairement identifiées à gauche (voire à l’extrême gauche) ont été purgées.
Ce qui restait jusqu’à il y a peu, c’étaient les humoristes.
Et c’était effectivement un problème, parce qu’ils portaient une image qui ne devrait pas être leur rôle.
La grande question qui se pose, c’est de savoir si les radios publiques sont des radios d’état ou des radios de service public.
Ce n’est pas du tout la même chose.
Les dirigeants politiques et la direction de Radio-France considèrent clairement que Radio-France devrait être une radio d’état, au service du pouvoir.
On se souvient de ce propos se plaignant que l’actionnaire était tout de même bien mal traité sur l’antenne. Sauf que l’actionnaire, ce sont les citoyens français, pas le gouvernement.
Or pour que cela fonctionne, il faut une garantie d’indépendance et de financement, qui n’existe pas, comme vous l’avez rappelé.
La direction de Radio-France est en panique et considère que non seulement il faut être bien avec le pouvoir en place, mais aussi avec celui qui arrive, et ils pensent que ce sera l’extrême droite.
Ce faisant, et je vous rejoins, la direction a perdu tout ce qui faisait la spécificité de ces radios, et la question de leur justification se pose.
Sauf que Radio-France, ça n’est pas que cela. Sa disparition serait un cataclysme dans le secteur culturel, et notamment musical.

Je ne dis pas qu’il faut supprimer les radios et télévisions de service public. Elles ont plus que jamais leur rôle dans une société aussi polarisée. Ce qui fait défaut est une vision de ce que doit être le service public, et donc les positionnements et les recrutements qui vont avec.

Pour ce qui est de Radio France actuellement, c’est surtout l’extrême gauche qui a été purgée (le départ des « humoristes » était une très bonne chose) mais il reste encore bien des gens un peu trop « parisiens de gauche » qui m’horripilent tout autant. Peut-être que la solution est d’avoir des animateurs qui ne soient pas dans la politique militante, quitte à ce que les invités, eux, le soient. C’est toute une image de marque de France Inter qui est à changer, et cette histoire n’y contribue pas.

Je vous rejoins, cela aide a rejoindre le chemin des USA sous Trump, beaucoup plus polarisés que nous parce que chaque camp n’écoute que « ses » médias.

Si on dit que la France est « très » polarisée, ce n’est rien par rapport aux USA. Et on risque de se retrouver avec des candidats élus non pour leur vision ou leur compétence, mais pour leur capacité a taper comme des sourds sur l’idéologie d’en face.

La différence c’est qu’avec notre tradition bien établie de greve générale (qui est bien meilleure que l’inverse!) ça péterait bien plus vite qu’aux US!!

Les usa sont beaucoup plus décentralisés que la France, et avec de contrepouvoir.
C’est bien d’avoir des médias d’état comme le souhaitait le général mais ils peuvent aussi être mis au pas, on verra alors si 4 milliards d’argent public à la gloire des racistes était une bonne idée.

Vous n’avez pas compris mon propos, qui porte sur l’obligation faites aux médias de donner la version qui n’est pas celle de « son » côté.

Ça a été supprimé aux USA, et Trump en est le résultat. Qu’on prenne ce chemin m’inquiète donc beaucoup.

Avec l’abondance de choix offerte par le numérique, à quoi sert en effet le service public de l’audiovisuel? La neutralité étant une chimère qui ne pourra jamais être atteinte, la partialité assumée n’est-elle pas préférable?
Je ferais une exception pour Arte, qui diffuse des émissions culturelles qui pourraient difficilement attirer le secteur privé (je pense par exemple aux opéras).

La question n’est pas la neutralité, mais d’avoir où s’expriment de façon normale et habituelle des points de vue et des positions opposées, en même temps et sur un même sujet.
Sans ça on se retrouve avec une société si polarisée qu’elle cesse d’exister en tant que société.
Et comme personne n’en a spontanément envie, il faut que cela soit une règle. Actuellement elle existe dans le domaine public, pas le numérique.

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