Il y a quelques jours, s’est tenu le procès de l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Elle est poursuivie pour apologie du terrorisme, pour avoir fait un tweet positif sur un terroriste ayant provoqué un attentat meurtrier à l’aéroport de Tel-Aviv en 1972. La décision sera rendue le 30 novembre.
Ce procès est intéressant, car il pose la question des limites de la parole en politique. Il est évident que ce qui est visé, ce n’est pas seulement ce tweet, mais l’ensemble de l’œuvre de Rima Hassan, qui est exclusivement dédiée à faire monter les tensions et les clivages autour du conflit israélo-Palestinien. A force de jouer avec le feu, on finit par se bruler, et franchir la ligne jaune. A l’extrême-droite, c’est la même chose avec Eric Zemmour, qui s’est retrouvé plusieurs fois condamné pour incitation à la haine. On est dans la même zone grise, où une parole politique polémique rencontre les limites de ce qu’une société considère comme acceptable.
La polémique est consubstantielle à la politique. Il existe des désaccords dans une société, c’est tout à fait normal, voire sain. La vie politique est conçue pour permettre leur expression afin d’arriver à des compromis permettant des décisions sur la Res Publica, sans que cela ne dérape en guerre civile. Les deux points sont importants et liés. Oui, la polémique est légitime en politique, mais à condition qu’elle mène vers des discussions et des compromis, et pas vers la guerre civile. Il est donc nécessaire d’avoir des mécanismes qui vont au delà de l’auto-régulation, afin de sanctionner les polémiques qui n’ont pour but ou pour effet que de provoquer la violence et fracturer la société. Le droit pénal fait partie de ces outils, même s’il n’est pas le seul. Le suffrage électoral est également un moyen de régulation, qui élimine de la vie politique ceux qui n’ont que du mal à y apporter.
C’est sous cet angle que je lis le procès fait à Rima Hassan (mais aussi à Zemmour). Au regard des très nombreuses provocations de Rima Hassan sur le sujet israélo-palestinien, il est clair que cela devait lui arriver un jour de se retrouver dans un box de tribunal pour apologie du terrorisme (ou pour incitation à la haine antisémite). On ne parle pas ici d’un simple tweet isolé, qui aurait été mal interprété. Vu le nombre de prises de position anti-israéliennes et pro-palestiniennes, le doute n’est pas permis. Quand on analyse le fond, il faut se poser la question du but des polémiques ainsi lancées, de manière outrancière et régulière par Rima Hassan. Poursuit-elle un but d’intérêt public, réalisable dans le cadre de son mandat d’eurodéputée et de la vie politique française ? Pour moi, si l’outrance est destinée à provoquer une prise de conscience amenant à la solution réelle d’un problème, c’est davantage compréhensible. On peut admettre la polémique quand il y a derrière l’objectif de porter une politique publique, ou des choix qui peuvent être clivants, mais s’inscrivent dans un débat qui peut trouver sa solution au niveau national.
Concernant Rima Hassan, même si la France peut avoir un rôle à jouer dans la résolution du conflit israélo-palestinien, ce n’est pas elle toute seule qui peut y arriver, loin de là. Fracturer violemment l’opinion publique française, pour un sujet où la solution n’est pas en France, interroge fortement. Surtout quand on voit les effets négatifs que cela provoque, qui sont infiniment plus importants et douloureux que le très éventuel bénéfice pour les palestiniens. On peut donc légitimement estimer que le rapport « coût/bénéfice » de l’action politique de Rima Hassan est très négatif, et amène davantage à la guerre civile qu’à la solution d’un problème. Dans ce cas, il est nécessaire de faire en sorte qu’elle cesse ses outrances. Un des moyens peut être de l’écarter de la vie politique, par une peine d’inéligibilité, et de l’assortir d’une menace de prison ferme en cas de récidive. C’est ce que demande le parquet dans le procès de Rima Hassan. Cela peut paraitre excessif à certains, je pense que c’est nécessaire et proportionné.
Car entre les réquisitions du parquet et ce jour, il s’est passé un évènement dramatique en grande banlieue parisienne. A Trappes, un homme a assassiné une personne, et blessé plusieurs autres. Il a reconnu avoir visé des personnes noires, et avait un exemplaire de Mein Kampf chez lui. Il est certain que la décomplexion d’une parole d’extrême-droite légitimant le racisme et le recours à la violence, a joué un rôle prépondérant dans ce drame.
Les excès polémiques et les dérapages des politiques ont des conséquences concrètes. Il faut en être conscient et prendre les mesures nécessaires pour écarter les militants qui poussent à la guerre civile, de quelque bord politique qu’ils soient.
Une réponse sur « Jusqu’où être clivant en politique ? »
Vous reconnaissez vous-même qu’on cherche à juger Rima Hassan pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle a fait.
Rien à dire de plus.