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Comprendre la contestation lycéenne

Le mouvement social qui agite les lycéens, depuis quelques semaines, pose question, tant sur les motivations que sur la manière dont les autorités y répondent. Il y a un malaise chez les lycéens, il est politique (mais pas nécessairement partisan), il faut savoir l’entendre et y répondre. Nos élites politico-médiatiques semblent avoir du mal à faire l’un et l’autre.

J’ai lu beaucoup de choses, les analyses sont foisonnantes, et je dois avouer avoir encore un peu de mal à me faire une opinion, car on manque de recul, et le sujet est largement clivant et politiquement instrumentalisé. Il me manque encore des clés d’analyse.

Un article de Telos m’a interpellé, je le trouve à la fois très juste et excessif. Oui, il existe des raisons pour les lycéens d’être mécontents. Comme tous les usagers des services publics, ils constatent la dégradation de la qualité de celui de l’éducation, liée notamment à la baisse des moyens. Locaux plus ou moins dégradés, niveau en baisse dans le corps professoral, avec des absences non remplacées, preuve que le métier n’attire plus. C’est le cas aussi pour la Justice (allez donc visiter le palais de justice de Bobigny), les hôpitaux, la Police. Les services publics ayant été depuis des années la variable d’ajustement des finances publiques, il est logique qu’on finisse par arriver à une grogne généralisée des usagers.

Sur le plan de leur avenir, les jeunes peuvent aussi avoir des raisons de ne pas être contents. Objectivement, ils sont la variable d’ajustement, quand la priorité des politiques est de maintenir le niveau de vie des retraités. Ils peuvent aussi légitimement être inquiets de l’état de la planète, et de la charge qui va peser sur eux, alors que ce sont les générations passées qui auront bien profité en leur laissant une poubelle. Mais là dessus, je serais prudent, car je ne suis pas de cette génération, et je vois trop de gens de ma génération s’exprimer à leur place, ou alors mettre en avant dans les médias des « jeunes » soigneusement sélectionnés, qui ne sont pas nécessairement représentatifs. Pour le moment, j’ai l’impression que nombre de lycéens n’ont pas un degré de politisation ou d’expression de leur pensée aussi calibré que ceux qui vont sur les plateaux TV, et surtout, il s’expriment sur des canaux et avec des codes qui ne sont pas ceux des générations plus âgées. D’où le fait qu’on peut, quand on est un daron, passer à coté de plein de choses. Donc prudence, et prenons pas nos enfants pour des imbéciles, et ne leur faisons pas dire ce que nous avons envie d’entendre, mais qui n’est pas exactement ce qu’ils disent.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier, surtout si on regarde le reste du monde, que notre système éducatif reste de qualité, à un prix très compétitif, car quasi gratuit. Ce n’est pas le cas partout, loin de là. On entend également beaucoup de critiques sur ParcoursSup, que je ne partage pas nécessairement. Ce sont certainement les parents qui stressent plus que leurs enfants, ce qui a généré tout un marché éditorial, voire de coaching. Même si ce système est imparfait, il est quand même meilleur que ce qui existait avant et favorisait outrageusement les « privilégiés » du système, ceux qui connaissent les règles non écrites ainsi que les « bonnes » filières. Désormais, à condition de savoir ce qu’on veut, il est possible pour un plus grand nombre d’accéder à des formations qui, auparavant, étaient réservées à des happy few. Enfin, ParcoursSup est un moment de vérité pour des jeunes qu’on fait passer d’une classe à l’autre, même quand ils n’étaient pas au niveau. Je préfère que cette rencontre avec le mur de la réalité arrive dès la fin de la terminale, plutôt qu’après un an ou deux d’échec en fac.

Ce mouvement soulève aussi une interrogation, assez fortement relayée, sur ce qu’il montre de l’état de notre démocratie. Même si je ne suis pas dupe de l’infiltration du mouvement par des agitateurs, je suis profondément gêné par l’ampleur de la répression policière. Des jeunes gravement blessés, amputés même, c’est terrible. Plus de 6000 interpellations et gardes à vue, des condamnations en comparution immédiate, des factures envoyées aux parents, c’est une drôle de manière de vivre une entrée dans l’action politique et militante. Les boomers ont été traités bien différemment en mai 68. La manière dont le gouvernement en place traite une contestation qui ne représente franchement pas une menace pour l’ordre public me consterne. Surtout quand on voit comment sont traités les manifestations d’agriculteurs, autrement plus violentes.

La contestation et l’expression des désaccords sont normales en démocratie. Répondre par la répression violente, puis reconnaitre des problèmes et prétendre les résoudre par des mesures irréalistes ne peut qu’affaiblir le gouvernement, car ni l’une ni l’autre ne sont des réponses adaptées. L’annonce du ministre de l’éducation, sur les remplacements immédiats de professeurs absents n’est pas sérieuse. Comment arriverait-il à faire maintenant, d’un claquement de doigts, ce qu’il n’était pas capable de faire il y a quelques semaines ? Cela nourrit vraiment l’idée que si on ne gueule pas, on n’a rien. Tout cela discrédite nos gouvernants, incapables de la moindre empathie et surtout du moindre dialogue.

Ce malaise s’inscrit dans un cadre plus large, celui d’un sentiment de déclin certain de la France et de l’Europe. C’est quelque chose qui marque le débat public depuis des années. On trouve des exemples à foison pour alimenter cette vision, qui nous fait regarder la bouteille à moitié vide. Ce mouvement lycéen en est un avatar, car la situation objective des lycées français, quand on fait un benchmark mondial, est dans le haut du panier. Mais ce n’est pas ce qui est perçu, car la situation a été meilleure dans le passé, et nous analysons tout sous l’angle d’un déclin que nous déplorons, sans être capable d’y apporter des solutions. Cela se traduit dans la manière dont le pouvoir politique peine à y répondre, car il n’a pas de projet politique et de ligne d’horizons à proposer pour lutter contre ce déclinisme.

La période électorale qui est devant nous me fait peur, car nous sommes incapables de faire de la politique. Notre pays semble en roue libre, balloté au gré des vents et des manipulations idéologiques.

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