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La « règle d’or », négation du politique

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle proposent, dans leur programme, une « règle d’or », c’est-à-dire un mécanisme juridique pour empêcher les déficits de déraper. Ils présentent ça comme une marque de sérieux et de crédibilité. C’est en fait un terrible aveu de faiblesse et d’incapacité à exercer le pouvoir.

Diriger un pays, c’est faire des choix, notamment budgétaires. Rien n’empêche un gouvernement de présenter un budget à l’équilibre, voire en excédent. Il suffit de tailler dans les dépenses, ou d’augmenter les recettes. Pas besoin d’une quelconque règle juridique pour l’imposer, il suffit d’un peu de volonté et de beaucoup de courage politique. En brandissant cette règle d’or, les politiques nous avouent qu’ils sont incapable d’avoir le moindre courage politique, et qu’il faut donc un encadrement juridique, pour les empêcher de trop dépenser. Comme cela, quand leurs électeurs viendront avec leurs doléances (qui entrainent forcément des dépenses publiques), ils pourront dire qu’ils aimeraient bien, mais ne peuvent pas. A cause de cette satanée « règle d’or ». On fait déjà ça avec l’Europe, pourquoi ne pas étendre le dispositif d’organisation d’une impuissance politique ?

Ce n’est pas une voie qui me semble souhaitable, car en se dépouillant de tout pouvoir, les politiques creusent leur tombe. A quoi servent-ils, s’ils sont impuissants ? Le pire est que ça ne servira à rien, car même si les dépenses sont plafonnées, il reste quand même des choix possibles, en sabrant des dépenses, au profit d’autres, jugées plus prioritaires. Mais au lieu d’avoir fromage et dessert, on sera obligé de choisir entre les deux, ce qui va nécessiter des choix politiques, donc encore plus de courage, car il n’y a même plus la soupape du déficit, pour faire face à des accidents conjoncturels.

Bref, la règle d’or ne règle rien, c’est juste un empêchement supplémentaire à la décision politique, qui deviendra encore plus contrainte.

L’essence de la politique, c’est de faire des choix et les assumer. Pour que ces choix soient acceptés, il faut expliquer, écouter les remarques, et consulter ceux qui sont concernés. La règle d’or va faire tout l’inverse, en réduisant le champ des possibles.Elle donne aussi aux politiques l’excuse « il n’y a pas d’autres choix » pour continuer à imposer des décisions présentées comme technocratiques, alors qu’elles sont très politiques, mais pas assumées comme telles.