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Trump, l’opportunisme populiste à l’état pur

Donald Trump a un besoin, en ce moment, qui surpasse tout : ne pas perdre les élections de Mid-terms qui ont lieu début novembre. La situation est très délicate pour lui, car traditionnellement, ces élections de mi-mandat sont plutôt défavorables au président en place. Mais en plus, la situation économique n’est pas fabuleuse. L’inflation est toujours là et le prix des carburants est une préoccupation forte de la base électorale de Trump.

Le président américain active donc tous les leviers qu’il peut pour agir sur le prix des carburants, dont la hausse a été provoquée par son aventure militaire irréfléchie au Moyen-Orient. Après l’échec des négociations avec l’Iran, comme il ne reste plus qu’un mois avant le scrutin, il lui faut un choc d’offre sur les carburants, afin de faire baisser le prix. Il a donc demandé aux pays occidentaux de mettre sur le marché une partie de leurs réserves stratégiques, ce que nous avons accepté de faire. Au passage, une baisse des prix du diesel chez nous arrange bien notre gouvernement. Mais comme cela ne suffit pas, Trump est allé faire son marché chez Poutine, en menaçant les ukrainiens, qui sont en capacité de bloquer la production et la livraison dans les temps de ce diesel, dont Trump a tant besoin.

Trump montre ainsi son vrai visage, qui est celui de tous les populistes. Il n’est proche que de ses intérêts, et son seul véritable but est de se maintenir au pouvoir. Tout le reste n’est qu’opportunisme, en fonction des rapports de forces et des besoins du moment. Oui, Trump a sans doute une forme de sympathie pour Poutine, entre dictateurs et would-be dictateurs, on se comprend. Mais si Trump était réellement si proche de Poutine, cela fait belle lurette qu’il aurait lâché l’Ukraine, et qu’un armistice aurait été signé. Car malheureusement, sans les États-Unis, l’Ukraine n’est pas en capacité de tenir, tout comme la Russie ne tient que par le soutien de Pékin. C’est d’ailleurs dans cette rivalité avec Pékin, structurante à Washington, qu’il faut lire le fait que malgré toutes les rodomontades et volte-face de Trump, les ukrainiens tiennent toujours.

Trump apparait comme un guignol versatile, mais en fait, il y a une constante dans son comportement. Il ne pense qu’à lui, à son pouvoir, et tout le reste est adaptable, sans la moindre considération morale. C’est comme cela qu’il faut analyser nos populistes locaux. La seule ancre est leur accession et leur maintien au pouvoir. Le reste, et notamment les convictions, ne sont que des postures et des outils, qu’on utilise à bon escient, et qu’on jette éventuellement le jour où ils ne servent plus, et sont devenus contreproductifs. Un seul exemple français, particulièrement caricatural, l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien par Jean-Luc Mélenchon. Il s’en sert sciemment pour mobiliser des communautés dont il convoite le vote, sortant de temps en temps Rima Hassan, qui n’existe que par son positionnement sur le sujet. Je ne suis pas certain qu’une arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir entrainerait une amélioration du sort des palestiniens. Il s’en moque probablement complètement. Et le jour où cette posture ne lui est plus utile, Rima Hassan retournera au néant politique.

Le combat politique du moment est entre ceux qui ont des convictions, et ceux qui ne s’intéressent qu’au pouvoir en soi. Je suis assez inquiet, car la catégorie des populistes sait très bien prendre les postures faisant croire qu’ils portent des convictions, entrainant derrière eux des militants parfois sincères. Ce n’est qu’une fois qu’ils sont au pouvoir (comme Trump) qu’on se rend compte de la supercherie. Mais c’est trop tard.

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L’indignation mène la politique

Je trouve que de plus en plus, la fabrique de l’opinion politique ne repose plus que sur l’indignation et la colère. Les faits semblent ne plus avoir d’autre rôle que de servir de support d’indignation. Parfois même, on déforme ou on grossit exagérément un fait, pour lui faire dire quelque chose qui va susciter l’indignation. C’est autant de moins de place dans le débat, pour les sujets de fond, et surtout, cela chauffe à blanc des électeurs, les amenant vers un vote extrémiste.

Le site projet Arcadie, qui connait bien le fonctionnement de l’Assemblée, vient de tomber dans le piège. En regardant le Journal Officiel, il a vu que Marie-France Lorho, députée RN, a été nommée membre de la commission chargée des immunités. Cette élue est passée devant les tribunaux et a été condamnée à 18 mois de prison avec sursis et 5 ans d’inéligibilité. Elle avait en effet salarié le fils de son prédécesseur, dans ce qui a été considéré comme un emploi fictif. C’est typique du RN, pour qui la probité est une notion floue. Il se trouve que cette commission de 15 membres, dite « de l’article 26 », est chargée de donner un avis sur les demandes de suspension de la détention, des mesures privatives ou restrictives de liberté ou de la poursuite d’un député.

Il est vrai que cela peut paraitre cocasse qu’une députée condamnée pour atteinte à la probité, se retrouve dans une telle commission. Toutefois, son champ d’action n’est pas exactement la probité, mais le respect des immunités parlementaires. Elle est composée de 15 titulaires et 15 suppléants, et Marie-Françoise Lorho n’est qu’une parmi 15 personnes, donc sa voix ne pèse pas vraiment. Ensuite, cette commission n’est chargée que de donner un avis, in fine, c’est le Bureau de l’Assemblée qui tranche. Enfin, cette commission ne semble s’être jamais réunie depuis le début de la XVIIe législature.

Il est difficile de dire qu’un pouvoir décisionnaire ou une influence a été accordée à Marie-Françoise Lorho. Cette commission ne sert à rien, mais comme elle est prévue dans la Constitution, elle est formellement constituée. Chaque groupe y a son quota, et décide qui doit y être envoyé. Il se trouve que le groupe RN a choisi Marie-Françoise Lorho, c’est sa responsabilité, pas celle des autres groupes ou de l’institution. On est donc ici dans l’ordre du pur symbole, sans la moindre incidence sur le fonctionnement des institutions.

Pourtant, en mettant en exergue ce fait, ce qui va arriver, c’est une indignation de réseaux sociaux. Les internautes ne creusent pas la réalité, ils gobent ce qu’on leur donne et se contentent de rajouter une couche d’indignation. Et ici, elle sera dirigée contre l’institution parlementaire et la classe politique dans son ensemble, alors même qu’il s’agit juste d’un choix interne du RN.

Notre vie politique est devenue explosive, avec une colère qui fait que la réalité, finalement, importe peu. Même si ici, nous n’avons pas affaire à une Fake News, puisque les faits sont vrais, la manière dont ils sont présentés fait que l’effet sur l’auditoire est le même. C’est un sujet de préoccupation pour moi, car cette dérive systématique sur l’indignation à partir de faits ou de perceptions faciles à appréhender prend toute la place dans le débat public, de plus en plus trusté par les réseaux sociaux et les chaines d’infos en continu.

Cela devrait donc inciter à la prudence les journalistes (les vrais, pas ceux qui officient sur CNews ou dans les torchons d’extrême-droite). L’opinion publique est un baril de poudre, la moindre étincelle peut provoquer des dégâts énormes.

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Sommes nous déjà sous un gouvernement RN ?

Depuis le début du mouvement lycéen, je suis stupéfié (et pas le bon sens) par la réaction du gouvernement. J’en suis même à me dire qu’un gouvernement RN ne procéderait pas très différemment.

Le premier point choquant est le choix de la répression policière brutale. Plusieurs jeunes mutilés, des violences policières en pagaille, un nombre important d’interpellations et de garde à vue, ça fait beaucoup. Surtout qu’il s’agit de jeunes entre 16 et 18 ans, dont la dangerosité est faible. Certes, il y a des éléments perturbateurs infiltrés, qui cherchent la violence, mais cela ne justifie pas de taper dans le tas et de cibler des jeunes adolescents qui ne visiblement pas à l’origine des violences. Les agriculteurs, autrement plus violents, ne sont pas traités de la même manière. Il y a manifestement un problème de doctrine de maintien de l’ordre et de comportement de la Police en France, qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui est particulièrement problématique dans le contexte du mouvement lycéen.

La communication et l’action du gouvernement sont pathétiques, et relèvent de l’amateurisme. Les signaux envoyés sont désastreux. Le ministre de l’Education attend 10 jours pour aller sur le terrain, et quand il le fait, c’est à Guyancourt, zone pas très dangereuse. Aller en Seine-Saint-Denis aurait eu plus de panache. On a l’impression d’un collectif d’e poules mouillées’incompétents au sommet de l’État, qui n’ont rien vu venir, et sont incapables de donner ne serait-ce que l’impression d’écouter, ni d’exprimer la moindre compassion pour les blessés. En réponse à ce mouvement, le gouvernement annonce l’accélération du calendrier d’examen d’un projet de loi, qui prévoit de rendre tous les manifestants solidairement responsables des dégâts commis après la sommation de dispersion. Politiquement catastrophique, et la lecture de l’avis du Conseil d’Etat permet de voir que juridiquement, c’est plus que borderline. Tout cela pour ne finalement pas aboutir, car la fin de la législature approche. Le gouvernement ne fait que se tirer des balles dans le pied.

Cette séquence donne vraiment l’impression que le gouvernement sacrifie complètement la jeunesse, pour courir après le RN, en faisant lui même la politique préconisée par Marine Le Pen, sur le fond comme sur la forme. Un effondrement moral qui pourrait coûter très cher au candidat qui portera l’héritage de Macron à la présidentielle.

On assiste à une fin de règne de Macron encore plus pathétique que je ne le prévoyait. Car à la crise sociale qui monte, s’ajoute une crise financière de la dette. Nous devrions, cette semaine, dépasser les 5% de taux d’intérêt pour les obligations du Trésor à 10 ans. En 1789, la Révolution est née d’une crise financière, arrivée après plusieurs années de difficultés économiques, dans une France socialement chauffée à blanc par les inégalités. L’histoire se reproduira-t-elle ?

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La « règle d’or », négation du politique

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle proposent, dans leur programme, une « règle d’or », c’est-à-dire un mécanisme juridique pour empêcher les déficits de déraper. Ils présentent ça comme une marque de sérieux et de crédibilité. C’est en fait un terrible aveu de faiblesse et d’incapacité à exercer le pouvoir.

Diriger un pays, c’est faire des choix, notamment budgétaires. Rien n’empêche un gouvernement de présenter un budget à l’équilibre, voire en excédent. Il suffit de tailler dans les dépenses, ou d’augmenter les recettes. Pas besoin d’une quelconque règle juridique pour l’imposer, il suffit d’un peu de volonté et de beaucoup de courage politique. En brandissant cette règle d’or, les politiques nous avouent qu’ils sont incapable d’avoir le moindre courage politique, et qu’il faut donc un encadrement juridique, pour les empêcher de trop dépenser. Comme cela, quand leurs électeurs viendront avec leurs doléances (qui entrainent forcément des dépenses publiques), ils pourront dire qu’ils aimeraient bien, mais ne peuvent pas. A cause de cette satanée « règle d’or ». On fait déjà ça avec l’Europe, pourquoi ne pas étendre le dispositif d’organisation d’une impuissance politique ?

Ce n’est pas une voie qui me semble souhaitable, car en se dépouillant de tout pouvoir, les politiques creusent leur tombe. A quoi servent-ils, s’ils sont impuissants ? Le pire est que ça ne servira à rien, car même si les dépenses sont plafonnées, il reste quand même des choix possibles, en sabrant des dépenses, au profit d’autres, jugées plus prioritaires. Mais au lieu d’avoir fromage et dessert, on sera obligé de choisir entre les deux, ce qui va nécessiter des choix politiques, donc encore plus de courage, car il n’y a même plus la soupape du déficit, pour faire face à des accidents conjoncturels.

Bref, la règle d’or ne règle rien, c’est juste un empêchement supplémentaire à la décision politique, qui deviendra encore plus contrainte.

L’essence de la politique, c’est de faire des choix et les assumer. Pour que ces choix soient acceptés, il faut expliquer, écouter les remarques, et consulter ceux qui sont concernés. La règle d’or va faire tout l’inverse, en réduisant le champ des possibles.Elle donne aussi aux politiques l’excuse « il n’y a pas d’autres choix » pour continuer à imposer des décisions présentées comme technocratiques, alors qu’elles sont très politiques, mais pas assumées comme telles.

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L’IA et le génie de l’écrivain

Un roman, mis en vedette par sa maison d’édition, et promis aux prix littéraires de la rentrée, vient d’être retiré des listes de ces fameux prix. L’auteur aurait utilisé l’IA générative pour écrire une grande partie de ce roman. Un tel scandale devait forcément arriver à un moment.

On peut le voir sous de multiple facettes, j’en retiens une, que je ne vois nulle part, mais qui me semble très éclairante. Cet auteur québécois aurait, en s’aidant de l’IA, brisé le mythe de l’écrivain comme génie solitaire, dont l’œuvre sort directement de ses doigts, sans aide et sans intermédiaire. Il a scié la branche sur laquelle est assise une bonne partie du marketing (pas toujours explicité) des maisons d’édition, et plus globalement, du petit monde littéraire.

Ce mythe est en partie vrai et en partie faux. Entre le premier jet de l’écrivain, et le texte qui se trouve dans le livre publié, il y a de multiples intervenants, qui exercent une influence plus ou moins forte sur le contenu. L’écrivain qui signe peut avoir tout écrit, mais aussi avoir des « aides » que l’on qualifie soit de « nègres » ou plus faire plus moderne de « ghost-writers ». Son entourage et ceux qui relisent peuvent aussi faire des remarques et suggestions. L’éditeur est rarement en reste, et lui aussi, peut mettre sa patte, parfois de manière importante, dans le contenu d’un livre. Un ouvrage littéraire est quasiment toujours un travail collectif, coordonné par celui qui signe à la fin, où son influence personnelle peut être variable. Mais c’est lui que les éditeurs « vendent », c’est lui seul qui va dans les médias, où il parle de lui, en occultant soigneusement le processus de rédaction.

Qu’un auteur décide de faire entrer un acteur supplémentaire dans le processus collectif de rédaction n’a rien de surprenant. Plutôt que d’utiliser les services d’un humain pour écrire à sa place la première épreuve, ou pour relire ce que lui-même à produit, il utilise une IA. C’est déjà comme ça que les choses se passent dans beaucoup de secteurs, où en quelques années, l’IA générative est devenue un outil « normal » dans la production d’un écrit professionnel.

Mais voilà, un roman à prétention littéraire est-il un « écrit professionnel » ? C’est là le cœur de la polémique. Reconnaitre que l’utilisation de l’IA est légitime dans le processus d’élaboration d’un roman, c’est reconnaitre qu’il est un « écrit professionnel » comme un autre, avec des qualités propres (comme le style) qui ne sont pas nécessairement recherchées à ce point dans un écrit juridique. Or, le monde culturel, dans son ensemble, a construit son ethos et sa position sur le fait que l’œuvre littéraire est une catégorie à part, irréductible au reste. Il suffit d’écouter les lobbyistes de l’industrie culturelle parler avec emphase de « la créaaation » pour comprendre que derrière, il y a un enjeu d’identité professionnelle et de pouvoir. C’est cette spécificité de la création artistique, relevant du seul génie de l’auteur, qui permet à ce dernier, au titre de ce génie, de s’abstraire des normes applicables au commun des mortels. Cela permet aussi au secteur de réclamer des privilèges et une pluie d’argent public sans aucun compte à rendre de son bon usage.

Notre brave écrivain, québécois et black (donc cible idéale et sans risque, car ne faisant pas partie du petit monde germanopratin) a sans le vouloir, remis sur le devant de la scène la question de la place du « génie » dans la création littéraire, en montrant qu’une IA peut écrire un bon roman.

Car même les gardiens du temple, comme Pierre Assouline, ont reconnu que l’œuvre, en elle-même, est excellente. Mais elle est disqualifiée par son processus d’élaboration, non conforme au standards du monde littéraire. Attendons de voir les ventes (le coup de pub est superbe) et la réaction du public, pour savoir ce qui compte vraiment.

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Le PS, zombie de la présidentielle

Le premier débat de la primaire du PS a eu lieu et a surtout dévoilé l’état de mort cérébrale de ce parti. On le savait, on en a la preuve. Quand un parti est incapable de dégager « naturellement » un candidat pour porter ses couleurs, c’est mauvais signe, car c’est le coeur du rôle d’un parti politique : désigner et accompagner des candidats aux élections. Le recours à une primaire est souvent une catastrophe, car c’est le constat d’un échec interne. Elle permet de révéler en public l’ampleur des déchirures internes, parfois le vide intellectuel du parti, pour au final, désigner un candidat qui ne sera soutenu par les autres que du bout des lèvres, s’ils ne lui plantent pas des couteaux dans le dos. On a maintenant suffisamment de recul pour le savoir.

L’état des lieux au PS donné à voir par ce début de primaire est alarmant, et malheureusement conforme à ce qu’on pouvait attendre d’une primaire.

Le processus n’est absolument pas maitrisé, comme le montre l’éviction surprise, à la dernière minute, de Philippe Brun. Il semble s’être passé des choses entre lui et son ancienne assistante parlementaire, mais on ne sait pas précisément quoi. C’est un coup de fil passé à minuit moins dix, qui détermine la décision prise le lendemain matin. Même si la justice a refusé de s’en mêler, c’est pas joli, car cela montre le PS comme une pétaudière, avec des coups fourrés. C’est alarmant, parce que jusqu’ici, les procédures sont quelques chose que les apparatchiks socialistes maitrisaient bien. Si même ça, ils ne savent plus faire…

Le processus de filtrage a également échoué sur un autre point. Le premier débat a montré que Ségolène Royal n’a pas changé, et conserve une capacité à détruire absolument hallucinante. S’il y en avait une à ne pas faire entrer dans le processus, c’est bien elle, car elle ne cherche que sa gloire personnelle, mais ne représente absolument pas une candidate crédible.

Sur le fond, le premier débat a montré que le seul enjeu est le ralliement (ou pas) à LFI, le reste n’a aucune importance. Certes, le PS s’est doté d’un programme (très inégal) mais il n’en a guère été question, et le clivage est entre ceux qui sont prêts à aller à la soupe chez Mélenchon pour sauver les postes de député (Olivier Faure) et ceux qui détestent tellement Mélenchon, qu’ils sont prêts à une forme de suicide politique pour l’empêcher de gagner (Glucksmann). Tout tournait autour de LFI, la partie du débat autour de la Palestine, qui n’est absolument pas un enjeu de l’élection présidentielle, n’était destiné qu’à se positionner par rapport à LFI, et se faire délivrer des brevets de pureté idéologique. Fallait-il montrer ça à la télévision devant des millions de téléspectateurs ? Ces séquences abîment la politique dans son ensemble, car ce qu’on voyait, c’est juste la gauche qui se parlait à elle-même, excluant une part importante de l’électorat, que les candidats à la primaire n’ont pas absolument pas cherché à toucher. Ce n’est pas comme cela qu’on fait une campagne présidentielle.

Tout cela va mener à un échec retentissant. Une élection présidentielle se prépare très en amont. Il faut avoir désigné son candidat avant l’été qui précède le scrutin, pour avoir le temps d’organiser l’équipe et faire campagne. Toutes les grosses machines politiques, à commencer par LFI, sont déjà en route depuis longtemps, et font réellement campagne, et ça commence à se voir dans les sondages. Pendant ce temps, le PS expose en prime time à la télévision, sa nullité et ses querelles de cour de récréation. Une fois qu’ils auront désigné leur candidat, il pourra commencer à faire campagne, s’il n’est pas trop abimé par le déroulement de la primaire. L’opération est censée donner un élan, elle peut se transformer en boulet. De toute manière, il sera trop tard, les concurrents sérieux auront pris trop d’avance. L’enjeu sera alors de faire au moins 5%, pour espérer être remboursé, et ne pas mettre le PS sur la paille. Même ça, ce n’est pas gagné.

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Le déni macroniste sur les carburants

Depuis la fin février, et l’attaque des États-Unis contre l’Iran, le marché mondial des hydrocarbures est très perturbé. Et cela ne risque pas de s’arranger à court terme. L’arrivée de l’hiver, donc d’une plus forte consommation d’hydrocarbures, va provoquer des tensions encore plus fortes. Tous les gouvernements s’inquiètent notamment de la hausse du prix des carburants.

Le gouvernement français, échaudé par le précédent des Gilets jaunes, met donc en œuvre toute une comédie communicationnelle, à défaut d’avoir les fonds pour répondre à cette hausse. Cela en est pathétique, tellement elle montre l’impuissance du pouvoir en place dans notre pays, et son absence de pudeur.

En effet, Emmanuel Macron en est arrivé à réunir les responsables politiques, dans un format « de crise » pour leur donner des informations sur des ingérences russes, qui sont déjà largement connues et documentées. Il affirme également que la hausse des prix du carburant est due « exclusivement » aux désordres géopolitiques. Donc, en résumé, tout cela n’est pas de sa faute, avec en sous-texte, une tentative de s’auto-absoudre de son impuissance à y faire face.

Si effectivement, l’origine du problème ne vient pas de nous, il n’en reste pas moins que nous pourrions, ou aurions pu faire des choses pour atténuer les effets de ce choc. La première solution qui vient à l’esprit, c’est un soutien ponctuel, sur fonds public, pour atténuer la charge financière pour les particuliers, et éventuellement les secteurs économiques. Cela a déjà été fait par le passé, de manière même assez généreuse. Malheureusement, l’impasse financière dans laquelle nous sommes ne permet plus cette générosité. Et s’il y a des responsables à cette impasse financière, c’est bien les ministres des Finances des dix dernières années. Cela n’en rend que plus cocasses (on rit jaune) les messages sur la dégradation de nos finances publiques, de la part de Bruno Le Maire ou d’Amélie de Montchalin, anciens locataires de Bercy. L’intérêt d’avoir des finances publiques saines, c’est notamment de pouvoir faire face aux coups durs. Si nos finances ne sont pas saines, c’est parce que les vannes ont été ouvertes lors du Covid (le fameux quoi qu’il en coûte) et n’ont été refermées que bien tard, par manque de courage politique. Depuis 2024, à cause d’une dissolution qui n’était pas nécessaire, notre système politique est paralysé, et ne peut plus prendre les mesures nécessaires. Si nous n’avons plus de marge de manœuvre financière, c’est bien la faute d’Emmanuel Macron.

Il y a également un autre point sur lequel il aurait été possible d’agir, c’est de limiter notre exposition aux hydrocarbures. L’électrification des usages (transports, chauffage…) permet de moins dépendre du pétrole et du gaz. Cela demande certes des investissements, mais on voit tous, depuis longtemps, que cette dépendance aux hydrocarbures est un problème, et un scénario de hausse brutale des prix n’avait rien de saugrenu ou d’improbable. Le pire, c’est qu’avec notre parc nucléaire, nous avons (pour le moment) une électricité abondante et pas chère. Des efforts plus importants sur l’électrification, dans les années passées, auraient pu modérer un peu l’impact de la crise.

Mais au lieu de reconnaitre cela, et d’assumer des choix passés (qui peuvent se défendre), le président en place s’enfonce dans le déni, sans convaincre personne. C’est sans doute la pire attitude à avoir, en cette période de grande défiance (pour ne pas dire de haine) des citoyens vis-à-vis de la classe politique.

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Le sombre avenir de France Inter

Les salariés de Radio-France ont fini par obtenir le retrait de Charles Sapin. Ce journaliste politique, de droite et nouveau rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles, avait été recruté par la direction pour un édito, au titre du pluralisme.

Le constat du déséquilibre politique du service public de la radio est ancien, mais a pris une tournure politique, voire polémique, ces derniers mois avec la commission d’enquête de l’Assemblée nationale. Menée de manière souvent discutable, par le député UDR Charles Alloncle, elle a toutefois atteint son objectif : faire de cette situation un problème politique, et la rendre difficile à tenir en forçant à des évolutions. Les dirigeants du service public de l’audiovisuel, déstabilisés par cette attaque, n’ont pas pu faire autrement que prendre en compte cette évolution politique. Certes, il y avait des intervenants de droite à France Inter, comme Dominique Seux, libéral bon teint. Mais pas grand chose au delà, et notamment pas d’intervenant marqué clairement à droite, voire à l’extrême-droite. Or, ce courant politique représente un bon tiers de l’électorat. Difficile de l’occulter, surtout quand on vous l’a fait bruyamment remarquer.

Pour la grille de rentrée, France Inter a donc recruté Charles Sapin. Jeune journaliste, il est passé par le Figaro et Le Point, où il était chargé du suivi de l’extrême-droite, avec de devenir rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles. Ce n’est qu’un début de rééquilibrage, mais il a mis le feu aux poudres, entrainant un conflit social, avec grève, pétitions et tout le tralala folklorique. La fin de l’histoire ne pouvait être que la mise à l’écart de Charles Sapin, ce qui est arrivé assez vite. Ce qui semble une victoire des syndicalistes, est en fait une victoire à la Pyrrhus et une défaite, sur le long terme, pour le service public dans son ensemble.

Même si la situation n’était pas facile, la direction de France Inter a pris des risques inconsidérés. Charles Sapin était un bon profil. C’est est un bon journaliste, poli, raisonnable, et bien que de droite, n’était pas étiqueté « facho ». Mais un détail est venu gripper la machine : il est devenu rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles. D’un seul coup, l’équilibre se brise, car ce n’est plus un « journaliste de droite lambda », mais le représentant d’un titre de presse emblématique de l’extrême-droite, qui a accès au micro de France Inter. Pour les salariés du service public, la dose est trop forte sur le plan symbolique. C’est trop d’un coup. D’où une réaction épidermique, qui leur fait du tort, et qui marque les limites étroites de la marge de manœuvre des dirigeants de Radio France.

Après un épisode comme celui-ci, je souhaite bon courage aux dirigeants de Radio France, pour trouver d’autres intervenants de qualité, positionnés à droite. Personne n’a envie de se faire lyncher, surtout pour ce que ça rapporte, financièrement ou symboliquement, à un journaliste de droite d’intervenir sur France Inter. Et pourtant, il va bien falloir en trouver, pour rétablir un équilibre permettant d’affirmer, sans se foutre de la gueule du monde, que l’antenne du service public est pluraliste. Le défi est d’ampleur, car s’il n’y aura pas de mal à trouver des gens de droite pour venir, on risque d’avoir le fond du panier, qui vont tirer la qualité des débats vers le bas. Le risque est alors d’avoir des pétitions demandant leur départ, non parce qu’ils sont de droite, mais parce qu’ils sont nuls. Et derrière, c’est le risque de la fuite des auditeurs, et donc un échec sur toute la ligne, qui fragiliserait encore plus le service public.

Que va retenir le Grand public de cette épisode ? L’idée que les salariés du service public refusent le pluralisme, et veulent rester dans leur entre-soi de gauche. Certains vont manifester bruyamment leur soutien, car la situation actuelle leur convient, et cela conforte leurs opinions. D’autres vont protester et crier au scandale. Mais une grande majorité ne va rien dire, mais juste en prendre note, et tenir cette information pour un fait acquis et général. Et le jour où le service public subira des attaques, en étant accusé de pencher uniquement d’un bord, en ne respectant pas le cahier des charges, ils vont acquiescer. Cet épisode Charles Sapin, c’est un moment où le soutien de la population au service public de l’audiovisuel, tel qu’il existe, s’est affaibli. Les conséquences sont réelles, mais leur effet sera différé.

Si l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen se confirme, ça risque d’être une boucherie. Même avant, il pourrait y avoir des dégâts, avec les coupes budgétaires annoncées pour le budget discuté cet automne. Si à ce moment là, la mobilisation des syndicats ne rencontre que le soutien de leur microcosme habituel, cela ne suffira pas. Cela sera encore pire si une partie des français se dit, en se rappelant l’épisode Charles Sapin, « qu’ils l’ont bien cherché ». Si les salariés de France Inter se lancent dans une longue grève, ils auront tout perdu, car les auditeurs vont se reporter sur des radios privés. Ceux de droite n’ont que l’embarras du choix, mais désormais, ceux de gauche ont une alternative, avec Radio Nova. Financée par Mathieu Pigasse, elle est en pleine ascension, portée par l’équipe des « humoristes » très marquée à gauche, et qui donne aux auditeurs de gauche de France Inter ce qu’ils aiment entendre. Il risque d’y avoir des transferts, tant d’auditeurs que d’intervenants.

Derrière cet épisode, se joue un autre drame, celui de la survie même du service public, du moins dans sa forme actuelle. Que ce soit à la télévision ou à la radio, la question ne se pose plus du tout dans les mêmes termes qu’il y a encore 30 ans. Avec le numérique, le goulot d’étranglement de la diffusion n’existe plus. Alors qu’autrefois, il fallait absolument avoir une fréquence (ressource rare), il ne pouvait y avoir qu’un nombre limité de chaînes télé et de radio. D’où une régulation et des équilibres particuliers, qui perdent de leur pertinence, au fur et à mesure que l’étau se desserre. Des chaines comme Canal+ ont d’ores et déjà abandonné leurs canaux TNT, la radio se consomme de plus en plus en podcast ou par la diffusion par internet. Le système actuel de diffusion va s’éteindre dans les 10 prochaines années. Il est de plus en plus question d’arrêter la TNT à l’horizon 2030-2035.

A partir du moment où nous sommes dans un paysage médiatique marqué par l’abondance, où toutes les chapelles peuvent trouver « chaussure à leur pied », à quoi cela sert encore d’avoir un service public ? Il va falloir trouver des justifications, car sinon, c’est le financement public qui va être remis en cause. C’est d’ailleurs déjà en cours. La redevance, qui assurait un ressource « indépendante » a été supprimée, au profit de mécanismes de financement beaucoup moins protecteurs.

Cela va sans doute aller plus vite dans le secteur de la radio, car le ticket d’entrée financier est moins élevé que la télévision. A partir du moment où un match Radio Nova contre Europe 1 s’installe, où se positionne France Inter ? C’est à cette question que ses dirigeants et salariés vont être confrontés, et la réponse ne peut pas être le statu quo. Il va falloir bouger et ça semble assez mal parti.

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L’IA serait-il le cancer de l’économie ?

Le secteur de l’IA prend de plus en plus d’importance, à tous les niveaux. Les très grosses entreprises (OpenIA, Anthropic, Google et consorts) mènent le bal, manipulant les médias, les marchés et les politiques, au gré de leurs intérêts. Cela en devient inquiétant.

Le premier problème est l’aspiration du financement par les entreprises d’IA. Les chiffres de levées de fonds sont astronomiques voire délirants, et ce n’est peut être pas fini. Après avoir asséché le marché du financement privé, avec des levées de fonds énormes, ils s’apprêtent aussi à assécher les marchés boursiers. Résultat, il ne reste rien ou presque pour les autres, or d’autres secteurs ont aussi besoin d’investissements. Cet assèchement est aussi visible sur les marchés de composants dont ont besoin les entreprises d’IA, comme les micro-processeurs. Il n’y en a plus que pour eux, et tant pis pour le reste de l’industrie. Cet assèchement commence à avoir des conséquences pour les États, qui voient les taux d’intérêts monter dangereusement, tout simplement parce que les fonds partent ailleurs, et comme les investisseurs ont le choix, ils font les difficiles sur les dettes souveraines.

Le deuxième problème est l’emprise sur le récit médiatique. Depuis plusieurs années, on entend beaucoup de discours sur l’IA, dont une grande partie sont émis soit directement par les entreprises d’IA, soit par des consultants et organismes qui ont des intérêts dans le secteur. Les « vrais » experts, qui ne sont pas en conflit d’intérêts, voient leur parole noyée dans le flot, avec des médias qui ne font pas leur travail de décryptage. C’est pour cela que l’encyclique du pape était salutaire. Outre son contenu, intellectuellement intéressant, ce texte a permis de poser le débat autrement que par les biais recherchés par les entreprises d’IA, avec des préoccupations commerciales et financières. Mais il a fallu un poids lourd médiatique comme le pape, pour que cette parole « autre » soit audible. Par la suite, le troupeau de moutons a repris ses bonnes vieilles habitudes, de reprise sans recul des moindres annonces des patrons ou employés de boites d’IA. La dernière en date remonte au week-end dernier, où un ex-employé d’Anthropic a cherché à suscité la peur de manière assez grossière, avec des reprises qui sentent à plein nez l’opération de communication.

Le troisième problème est la mainmise des patrons de ces entreprises d’IA, sur la régulation politique et règlementaire de leur activité. Du fait de leur puissance financière et leur contrôle du débat médiatique, ils sont en capacité d’imposer leur loi aux politiques. Il ne faut pas réguler quand cela les arrange, puis plus tard, il faut le faire, parce que c’est leur intérêt. Je lis la dernière « panique » autour des dangers de l’IA, et de la nécessité de ralentir son développement, comme un souhait des grandes entreprises de fermer la porte derrière eux. Comme pour l’arme nucléaire, une fois que les grandes puissances l’on eu, elles ont lancé un vaste traité de désarmement, afin d’empêcher d’autres de l’avoir. On apprend à présent que ces patrons de grosses boites seraient favorables à une gouvernance mondiale de l’IA, mais sur la base d’une forme d’auto-régulation, sous leur contrôle. Aux États-Unis, ils ont fait allégeance à Trump, qui n’ira jamais contre leurs intérêts. En France, c’est Mistral qui a complètement marabouté Macron, qui est devenu leur lobbyiste en chef. Les mécanismes démocratiques ordinaires de décision publique sont déconnectés dès qu’il s’agit d’IA.

Cela ouvre la porte à des dérives (elles sont déjà entrées d’ailleurs) qui heurtent notre culture démocratique. Autant les dépenses fastueuses des « ultra-riches » me laissent totalement indifférent, autant leur pouvoir politique me dérange quand il atteint un tel niveau. Sur l’IA, c’est eux qui dictent tout, en manipulant le débat public et en imposant leurs solutions à des décideurs vassalisés. Et je pense qu’on n’est pas au courant de tous les détails. Cela pourrait provoquer un backlash monstrueux, si jamais la bulle financière de l’IA éclate, et que tous se rendent compte que les promesses mirifiques (comme l’IA générale) n’étaient que des illusions qui ne se réaliseront pas.

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Le grand déclassement

Je poursuis ici ma réflexion, sur l’avenir de la France et ce qui pourrait arriver après l’élection présidentielle. Finalement, je me dis que quelque soit l’élu, ça risque d’être globalement la même chose, avec probablement un effet plus rapide, violent et donc spectaculaire, si c’est Marine Le Pen qui entre à l’Elysée.

Les fondamentaux de notre pays sont mauvais. Notre économie stagne, nos finances publiques sont délabrées, et on voit mal comment éviter la « correction », qui est la remise à niveau de nos dépenses par rapport à nos recettes. L’arrivée de Marine Le Pen aura sans doute pour effet de provoquer une crise financière de la dette souveraine française, qui amènera à tailler sauvagement dans les dépenses sociales et d’intervention économique. Les crédits d’impôts et les aides aux entreprises vont trinquer, mais également la redistribution aux ménages et les dépenses de santé.

Cela aura des effets sur le train de vie (notamment des retraités, cibles les plus faciles, puisqu’ils ne peuvent pas bloquer le pays en faisant grève), sur l’équilibre économique des entreprises, sur la qualité du service public. Sur ce dernier point, une partie du chemin est déjà parcouru, quand on voit le classement PISA, ou encore le fait que le fichier des impôts a pu être piraté par deux gamins de 16 et 18 ans, sans que l’administration ne se rende compte de la fuite de données.

Plus l’ajustement sera brutal, plus le choc psychologique sera violent. Notre société ne me semble pas prête à encaisser ce choc, tellement elle est clivée et potentiellement violente. Quand il faut faire des sacrifices, il y a ceux qui trinquent plein pot, et ceux qui arrivent plus ou moins à sauver les meubles. Dans un pays aussi marqué que la France par l’égalitarisme, où on passe son temps à regarder l’assiette du voisin, pour voir s’il n’en aurait pas un peu plus que nous, ça va faire mal. Quand un collectif va mal, un choc externe ne le ressoude pas, mais cela accentue les ferments de crise déjà latents. Je ne vois pas qui, dans la classe politique, est en mesure de relever le défi de préserver le tissu social et d’éviter la violence qui pourrait éclater.

Nous risquons de nous rendre compte de ce que nous savons déjà plus ou moins. La France n’est plus une grande puissance depuis longtemps. Elle en garde quelques vestiges, qui permettent de se voiler la face, mais sur beaucoup de choses, on est largués. Il suffit de regarder les chiffres. Et ce n’est pas de l’Europe que viendra le salut, car nous sommes incapables de la faire avancer comme il le faudrait pour contrer la Chine et les États-Unis. Le risque est même que cela aggrave le problème, car notre continent est dans le même état de déclin, et un choc externe, comme par exemple une agression russe, ou une crise financière qui se propage à l’échelle du contient, ne ferait qu’exacerber les tensions. Combien de temps l’Allemagne, avec qui nous avons une monnaie commune, tolèrerait nos errements économiques ? Accepterait-elle de bonne grâce de nous renflouer ? L’Europe est en train de se défaire sous yeux depuis 10 ans, et cela pourrait s’accentuer, avec un risque réel, dans un avenir pas si lointain, de voir l’Extrême-droite prendre la direction de plusieurs grands pays, d’avoir le groupe le plus important au Parlement européen, et par ricochet, de prendre le contrôle de la Commission, dont les membres sont nommés par les Etats.

Je vois arriver, non pas un grand remplacement, mais un grand déclassement de la France et de l’Europe, avec une crise qui ne fera que révéler et précipiter une tendance déjà à l’œuvre depuis longtemps. Nous avons déjà vécu de telles crises, en 1914-1918 et en 1939-1945. A chaque fois, nous sommes descendus d’une marche dans l’échelle de la puissance mondiale. Les années 2020 pourraient être celles d’une nouvelle descente, où nous deviendrions une zone qui ne compte plus dans la compétition mondiale, et qui n’aurait comme solution que de se mettre sous la protection complète d’une des deux grandes puissances, à savoir les États-Unis. On s’offusque des demandes de Trump et de son administration envers nous, mais il se pourrait bien que nous ne puissions pas faire autrement que de leur céder.