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la couverture médiatique de la canicule

Pour la deuxième fois de l’année, nous traversons un épisode de canicule, et ce n’est peut-être pas le dernier. Les effets de l’évolution du climat sont évidents, et nier ce changement relève de l’idiotie. Ou de la politique, tout comme insister lourdement sur ces épisodes (en dramatisant à outrance).

En partant du postulat que plus personne ne conteste sérieusement que le climat évolue, comment comprendre que les débats qui persistent ? Certains insistent à nier ou minimiser la part (importante) de l’action humaine, d’autres s’acharnent à dramatiser et créer des peurs autour des épisodes extrêmes. Tout cela est en fait politique, car la construction d’un fait, la manière dont on présente une situation et dont on pose le débat, oriente et présuppose la réponse.

La question de l’ampleur et de la responsabilité dans le changement climatique sont un débat important, qui conditionne des choix politiques. Faut-il consacrer davantage de ressources à ce thème ? Faut-il encore mettre l’effort sur la baisse des émissions, où est-ce foutu ? Faut-il alors se concentrer sur l’adaptation ? Vu la disette d’argent public, qui finance tout cela ? Les solutions sont-elles dans la technologie ou dans la décroissance ? Autant de choix politiques qui sont rarement évoqués en même temps que les constats. Cette déconnexion m’agace, car ce n’est pas une bonne manière de débattre, consistant à imposer ses constats et ses urgences, pour mieux, ensuite, faire apparaitre ses solutions comme des évidences.

J’ai bien peur que cela ne suffise pas à remettre ce sujet sur le haut de la pile du débat politique en France. Le caractère exceptionnel, donc frappant, des épisodes caniculaires est derrière nous. C’est désormais devenu « ordinaire » et même si cela dure plus longtemps, je ne vois pas cela modifier la perception en matière d’urgence politique. Si cela change quelque chose, c’est bien plus sur l’adaptation que sur la lutte contre le changement climatique. Si modifier le bâti demande du temps et de l’argent, les habitudes sociales peuvent évoluer, notamment dans le monde du travail. Les canicules couteront certainement en productivité et en point de PIB, mais c’est un aléa parmi d’autres, et ce n’est rien, coté des dégâts que provoquerait un conflit militaire sur notre territoire. J’en veux pour preuve l’absence, pour l’instant, de la moindre annonce du gouvernement d’une inflexion de politique publique, et de changement dans l’allocation de l’argent public.

Si ce traitement médiatique ne fait pas nécessairement remonter la priorité politique du sujet, cela peut en revanche être contreproductif pour ceux qui jouent à ce jeu. L’offre médiatique étant abondante, ils vont tout simplement se faire mettre en « mute » et être lâchés par le public qui n’est pas leur noyau militant. Ils vont finir, sans s’en rendre compte, par être dans un bulle de filtre, où ils ne parlent plus qu’aux convaincus, laissant le terrain du grand public à d’autres, une fois l’épisode caniculaire terminé. Cela risque de radicaliser encore davantage chaque camp, ce qui n’est pas une bonne chose.

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Contrôle anti-dopage au sommet de l’Etat

Sébastien Lecornu vient d’ordonner la réalisation, régulière et de manière inopinée, de tests salivaires au sommet de l’État. Le but est de repérer les ministres, membres de cabinets, et hauts fonctionnaires, qui prennent de la drogue, et les virer si c’est le cas.

La démarche provoque le buzz, et l’irritation chez une partie du public cible, qui le prend pour une démarche de défiance à son égard. Pourtant, c’est une action nécessaire, et doit même être amplifiée.

Elle vise d’abord à promouvoir l’exemplarité, face aux ravages du narcotrafic. Si les trafiquants font de si bonnes affaires, c’est qu’il y a des clients, et que la consommation se banalise. Viser les consommateurs, et créer un véritable risque (perdre son boulot) peut amener à une baisse, voire à une disparition de la consommation. Certes, c’est assez marginal en nombre de personnes concernées, mais si le haut de la hiérarchie ne s’y met pas, c’est inutile de le demander aux autres. Demander aux dirigeants du pays de respecter la loi est un minimum.

Elle vise aussi à l’efficacité, car un haut fonctionnaire accro à la coke prend rarement de bonnes décisions, et n’est probablement pas un bon manager. Certes, on peut objecter que vu le rythme demandé à ces personnels, la tentation du dopage existe. Mais le remède peut être pire que le mal, donc l’excuse ne tient pas. Si le rythme est si intense, c’est souvent parce que ces hautes sphères, et notamment les cabinets ministériels, ne sont pas efficaces. On y perd un temps fou sur des bricoles sans importance, sur des mini crises générées par des caprices de diva ou des changements d’agenda « imposés » par l’actualité. Si on veut diminuer la pression sur les cabinets ministériels, c’est leur organisation qu’il faudra revoir.

Elle vise aussi à la sécurité. Cela n’est pas mis en avant, mais il faut absolument éviter que des hauts fonctionnaires aient des faiblesses qui permettent d’avoir une emprise sur eux. Nous sommes entrés dans une guerre souterraine, où les manipulations pullulent, et où les services de renseignement étrangers (d’ennemis, mais aussi d’alliés) cherchent à infiltrer notre appareil d’État. On ne peut plus se permettre d’avoir des gens qu’on peut faire chanter, ou qui régulièrement, peuvent s’épancher en donnant des infos confidentielles à des gens qui ne devraient pas les avoir.

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La CJUE percute la classe politique française

La Cour de justice de l’Union européenne vient de rendre un arrêt important concernant la régulation du numérique. Présenté par les autorités françaises comme une grande victoire pour eux, il est en fait un véritable désastre pour la manière dont la France se comporte sur le sujet.

La base du litige est la possibilité, demandée par la France, de pouvoir contraindre des sites porno (Youporn pour ne pas le citer) à mettre en place un contrôle de l’âge à l’entrée, pour interdire l’accès aux mineurs. Ces sites étant basés en République tchèque, en vertu du principe du pays d’installation, le droit européen impose que ce soit ce pays qui régule ces sites. Ce n’est que si la République tchèque ne fait rien, ou trop peu, que la France peut intervenir, après en avoir dument averti la Commission européenne.

Sur le papier, la France semble avoir obtenu satisfaction. Mais en fait, le rappel de la manière dont elle doit travailler est particulièrement cruel. Il est d’autant plus cruel qu’il ne fait que répéter et préciser des choses qu’on connait déjà, mais où la classe politique française persistait à faire l’autruche, la tête planquée dans la sable pour ne pas voir.

La Cour de Justice indique que toutes les dispositions concernant le droit du numérique, y compris pénales, y compris anciennes (d’avant internet) sont concernées. En clair, la Cour redit que les États membres doivent appliquer le droit européen, et ne peuvent le faire que pour les sociétés installées officiellement sur leur territoire, soit parce qu’elles sont françaises, soit parce que, non européennes, elles ont décidé de domicilier leur représentant légal en France. Tous les Gafam sont domiciliés en Irlande, Kick (devenue connue après la mort en direct de Jean Pormanove) est à Malte.

Donc si la France prend une loi numérique, toute seule dans son coin, elle ne peut s’appliquer qu’aux plateformes françaises ou domiciliées en France. Et il faut aussi qu’elle soit conforme aux différents règlements européens couvrant les sujets numériques. Bref, le niveau national est devenu très résiduel dans la régulation des plateformes.

Toutes les belles déclarations de Macron, sur l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, les plateformes chinoises de e-commerce, la lutte contre les deepfakes, les fake news et les ingérences numériques étrangères, c’est du flan.

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La réplique à l’encyclique

Le gouvernement américain vient de répliquer au pape, en ordonnant à Anthropic de ne plus ouvrir ses modèles les plus performants à d’autres qu’aux américains. Et le patron d’Anthropic, qui était à la tribune aux cotés du pape, pour la présentation de l’encyclique Magnifica humanitas, s’est immédiatement exécuté.

La force brutale et l’impérialisme se sont rappelés au bon souvenir du monde. Et au passage, cela a permis de voir que les bons sentiments et l’éthique plient souvent devant l’expression de la force et que l’ordre des priorités reste inchangé pour les patrons de grosses boites.

Cette coupure de service, le « kill switch » n’est pas tellement une surprise, tout le monde savait qu’avec Trump, cela allait finir par arriver. Et là, ce n’est pas encore trop grave, cela aurait été bien pire si cela avait été un service essentiel qui avait été brutalement arrêté. Imaginez une « panne » d’AWS qui dure plusieurs jours. C’est aussi le signe que notre monde technologique est certes très performant, mais aussi très fragile, et donc vulnérable.

En ce moment, tout le monde nous parle de souveraineté, de la nécessité de ne pas dépendre d’une autre puissance pour des services essentiels. Mais le véritable enjeu, c’est la dépendance de notre société et de notre économie à la technologie. Il faut se préparer à des défaillances (quelle qu’en soit la cause) et prévoir des scénarios alternatifs pour survivre. Nous sommes entrés dans un monde qui sera plus dur et plus sauvage, la page de la coopération internationale, du multilatéralisme et de l’intelligence coopérative est en train de se tourner. Trump au pouvoir (et sa manière de l’exercer) est une préfiguration de ce qui pourrait nous arriver à l’échelle européenne. Le prochain premier britannique est probablement Nigel Farage, la France n’est pas à l’abri du RN. En Italie, ils y sont déjà mais Meloni se sachant isolée, à la tête d’un pays fragile, elle reste prudente. Nul doute qu’elle se lâchera davantage si d’autres pays européens basculent. La dérive actuelle des institutions européennes n’est pas très rassurante.

Cela provoquera une régression mondiale, économique et culturelle. Toutes les activités qui sont plus performantes avec une coopération mondiale fluide, risquent de morfler, à commencer par la Recherche et la Finance. L’IA sera donc touchée à plusieurs titres. Même si les États-Unis sont devant en termes de développement, toutes les ressources ne sont pas aux États-Unis, que ce soit les terres rares, les chercheurs ou les datacenters. Sur le plan économique, les États-Unis n’ont pas intérêt à un fractionnement du monde, car ils importent beaucoup de biens et aspirent une partie des ressources financières avec leur déficit budgétaire. Réduits à leurs propres ressources, ils seront très affaiblis et ne pourront plus investir autant. Malgré cela, Trump persiste à se tirer des balles dans le pied, et sape consciencieusement les bases de la puissance des États-Unis.

Finalement, nos débats actuels pourraient apparaitre comme futiles et purement académiques, tant le développement de l’IA repose sur des fragilités, et parce que d’autres choses sont bien plus importantes. La bulle capitalistique autour de l’IA peut s’écrouler, les chiffres autour du storytelling d’Elon Musk sont délirants et n’ont plus de sens. L’insécurité et les guerres peuvent mettre à mal l’infrastructure physique dont l’IA a besoin, comme les datacenters ou les câbles sous-marins. Il suffit d’une attaque de Taïwan par la Chine, pour provoquer un grave défaut d’approvisionnement en semi-conducteurs, et que plusieurs industries (aéronautique, automobile…) soient à l’arrêt au niveau mondial. La simple fermeture du détroit d’Ormuz a eu des conséquences énormes, et ce n’est peut être que le début.

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La polarisation qui monte

Je vois monter un climat de polarisation politique qui m’inquiète beaucoup. L’acceptation de l’altérité diminue et les conflits sont de plus en plus exacerbés, et ne portent plus sur le contenu des programmes, mais sur le déni de la légitimité de l’adversaire. C’est en général comme cela que commencent les guerres civiles, quand on refuse à l’autre le statut de membre de plein droit de la société politique, et où le but est de l’éliminer du spectre politique.

Cela traduit par exemple dans les débats sur l’audiovisuel, où la gauche fustige les « médias Bolloré » tandis que l’extrême droite s’en prend aux médias du service public. L’affirmation de l’extrême-droite, et sa montée en puissance médiatique (en même temps que dans les urnes) semble frapper de panique une gauche, habituée à vivre à l’abri derrière une ligne Maginot. Dans ce cadre, il est postulé que l’extrême droite ayant des idées « nauséabondes », ils ne sont pas légitimes à la qualification de « républicain », et il n’est donc pas question de s’abaisser à débattre et à contre-argumenter.

Cela peut tenir lorsque l’extrême-droite est réellement marginale, mais pas quand elle passe régulièrement la part des 30% des voix. Quels que soient les désaccords profonds qu’on peut avoir avec leurs idées et leurs postulats, on ne peut plus se contenter de les exclure du champ du débat public, il faut changer de pied, et argumenter. C’est là que le bât blesse pour une gauche qui a, pour partie, arrêté de travailler sur le fond depuis des années, et n’est plus en capacité de proposer un programme qui séduise. Cela vaut aussi pour la droite et le centre, où le travail doctrinal est loin d’être à la hauteur. Mais étant au centre du jeu, et donc en possibilité d’envisager une alliance (ce qui est une impossibilité pratique pour la gauche), le positionnement n’est pas le même. Ce travail doctrinal peut être soit l’élaboration d’un corpus libéral (mon option), soit un recyclage de certaines positions de l’extrême-droite, pour faire du racolage électorale et/ou préparer les convergences pour une possible coalition.

Le drame démocratique que je vois se profiler est que les différents camps reculent devant le travail de fond, et se font dans la facilité. Pour la gauche, c’est celle de la disqualification à tout prix, et du refus de reconnaitre la légitimité de l’extrême-droite à participer à l’exercice du pouvoir. Cela pourrait amener à refuser de considérer comme légitime un gouvernement dont l’extrême droite fait partie (en position dominante ou subalterne). Le scénario d’une victoire du RN est plausible, et on irait alors vers une crise politique majeure, surtout si le RN l’emporte face à Mélenchon.

A la droite et au centre, le risque est de penser qu’on peut faire alliance (explicite ou tacite) avec l’extrême-droite. Le risque est majeur chez LR, où ils me semblent de plus en plus prêts à servir de supplétifs à un RN qui remporterait la séquence électorale de 2027. Or, c’est probablement LR qui tient la clé, en cas de résultats serrés, car le bloc macroniste me semble un peu étroit, tant sur le plan des idées que sur l’arithmétique électorale. Édouard Philippe m’est sympathique, mais est encore loin d’être au niveau par rapport aux attentes de la population. Ressusciter le RPR ne me semble pas une réponse adaptée à la situation politique de 2026. Sans un gros travail doctrinal, il ne risque pas de représenter un barrage très solide face à l’extrême droite.

En bref, si personne ne fait un travail de fond, pour réellement écouter les attentes des électeurs et y répondre de manière crédible, on va doublement dans le mur. Avec une configuration où c’est la trajectoire et la vitesse acquise qui priment, le RN sort en tête, sauf nouveau front républicain, qui ne fonctionnerait que pour le bloc central. Avec un second tour Mélenchon-candidat du RN, je crains le pire. Et si en plus, personne n’a bossé sur le fond, on se retrouve avec des dirigeants sans programme solide et possiblement incompétents, précipitant le pays dans le chaos. Cela pourrait nous faire regretter la période 2024-2027, qui est pourtant la moins glorieuse de la Ve République.

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Le PS a perdu toute crédibilité

Le ridicule ne tue pas, et heureusement pour Olivier Faure. Alors que nous sommes à un mois de la pause estivale, que le sujet des primaires est discuté depuis des mois, voilà qu’ils sort de son chapeau une double primaire. Il propose qu’il y ait un premier scrutin, pour départager le PS et les groupuscules à sa droite, avant que le vainqueur n’affronte les candidats positionnés à sa gauche.

On se demande si Olivier Faure vit dans le monde réel. A quoi cela rime de proposer un tel système, politiquement incompréhensible, et matériellement impossible à mettre en place ? Cette forme de « en même temps », où il reste partisan du principe de la primaire, tout en sabotant le dispositif, achève de ruiner sa crédibilité. Cela montre à quel point le parti socialiste est au fond du trou.

Le but d’un parti, dans le cadre de la Ve République, est de sélectionner et de préparer un candidat à la présidentielle. La logique veut que ce candidat putatif soit élu à la tête du parti, afin de disposer des moyens de préparer et mener sa campagne. Une fois le moment venu, cela permet de dérouler ses messages. C’est exactement ce que font la France Insoumise, Renaissance, Horizons, LR, Reconquête et le RN. Il n’y a qu’au sein de la gauche réformiste (Écologistes et socialistes) où les choses se passent différemment.

On a pourtant deux partis structurés et organisés, avec un chef identifié, qui dans les deux cas, semblent avoir envie d »y aller, mais en sont empêchés. La culture politique de ce segment a toujours eu du mal avec la personnalisation et le fait d’avoir un « chef », d’où la désignation (hormis Mitterrand) de second couteaux peu charismatiques. Les victoires de Jospin de Hollande sont davantage des défaites de Chirac et Sarkozy, qu’un véritable engouement pour le PS. La confirmation a été apportée en 2002 avec l’élimination de Jospin dès le premier tour. Ne parlons même pas de François Hollande, qui n’a même pas été en capacité de se représenter (les sondages lui donnant 6%). Le chef n’étant pas une star, qui a tout sous contrôle, il peut donc être en permanence contesté en interne, par un autre second couteau qui pense avoir ses chances. Au PS, c’est Mayer-Rossignol (encore moins charismatique que Faure) et Vallaud, chez les Verts, c’est Sandrine Rousseau. Sans compter tous les représentants de chapelles, qui estiment que leur positionnement idéologique doit être présent dans le débat, et que ça passe nécessairement par leur candidature.

C’est sans doute très noble et juste de privilégier le collectif sur l’individualisme, mais en termes pratico-pratiques, c’est se tirer une balle dans le pied sur la ligne de départ d’un marathon. Or, le but d’un parti politique, c’est d’arriver au pouvoir (seul ou en coalition) pour être en capacité de porter (éventuellement) des idées . En sélectionnant régulièrement des personnalités ternes, qui se ridiculisent, on ne risque pas d’avoir une quelconque influence, surtout dans une cinquième République centrée sur l’élection présidentielle.

Ou alors, l’autre hypothèse, c’est que le PS a complètement achevé sa mue en cartel d’élus locaux, qui a fait l’impasse sur le national. Dans ce cas, c’est parfait, continuez comme ça !

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Militer ou présider une ONG, il faut choisir

La présidente de WWF France vient d’être poussée à la démission par son conseil d’administration. Il lui est reproché d’avoir rendu public, sur Linkedin, sa participation à une manifestation « antiraciste » organisée par le maire LFI de Saint-Denis. Dans un mail interne rendu public par la présidente démissionnaire, on apprend que l’un des griefs est le risque que cet engagement public fait porter sur la collecte de fonds.

Cela pose un problème récurrent, celui de la place du militantisme politique des dirigeants associatifs. On ne s’engage pas dans des associations militantes par hasard, mais par conviction, et cela peut souvent être vécu comme une forme de militantisme. WWF fait partie de ces ONG fortement identifiées comme des porte-drapeaux de la lutte pour la protection de l’environnement, et comme une association proche des écologistes, donc marquée à gauche. Cela n’a d’ailleurs rien de déshonorant.

Ces associations sont donc confrontées à un dilemme, car la cause qu’ils défendent n’est souvent ni de droite, ni de gauche, et qu’en se marquant un peu trop d’une couleur politique, on se prive du soutien (notamment financier) de ceux qui ne partagent pas les opinions politiques affichées. Le choix de WWF a toujours été de bien marquer la différence, en plaçant en priorité la raison sociale, la défense de l’environnement, en se tenant loin de la politique militante. Les règles étaient donc claires, à la fois sur leur contenu et leur importance.

Quand on préside une structure, on l’incarne et on ne peut donc pas tout se permettre. La présidente de WWF a donc commis une erreur, en s’affichant publiquement à un évènement organisé à l’initiative d’un élu LFI. Le thème du meeting importe peu, le problème vient du fait que cette présence pourrait être vue par certains, comme une forme d’affiliation ou de proximité de WWF avec LFI. Dans ce domaine, les apparences comptent beaucoup, et l’important n’est pas tant la réalité de la situation (je ne pense pas que WWF soit une officine de LFI) que ce que peuvent en penser, voire en extrapoler, les observateurs.

Le conseil d’administration a donc décidé d’engager une procédure de révocation, et a donné à la présidente sortante, des explications basées sur le fait que ce mélange des genres peut avoir des effets sur les donateurs, et donc sur les ressources financières de la structure. Le sujet est critique, car les financements publics pour les associations et ONG est en baisse, et ça ne va pas s’arranger. Plusieurs associations similaires, comme Greenpeace France, sont en grande difficulté, avec un plan social en cours. La situation politique française étant particulièrement clivé, les responsables de WWF ont estimé qu’il pourrait y avoir des conséquences financières, si jamais les donateurs de confession juive venaient à penser que l’ONG s’est rapprochée de LFI.

La décision du conseil d’administration ne me parait pas scandaleuse, en sanctionnant un manquement aux règles internes. Apparemment, il y aurait également des « dysfonctionnements managériaux » qui ne sont pas précisés, qui n’ont sans doute rien arrangé. Le choix de sa ligne de défense, clairement affichée sur Médiapart « La présidente de WWF virée pour son engagement antiraciste » montre qu’il y avait un vrai décalage dans l’appréhension du sujet, par la présidente sortante. A un moment donné, les choses se seraient sans doute terminées de cette manière. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois, et il n’y a pas de quoi en faire un drame.

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Mandature délicate en vue pour le CESE

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) entame sa nouvelle mandature (2026-2031) avec l’élection d’un nouvelle présidente. Claire Thoury, issue du monde associatif, a battu Dominique Carlac’h, ancienne vice-présidente du Medef. Très rapidement, le président du Medef, Patrick Martin, a attaqué, demandant que le Cese ne se mette pas à faire de la politique, affirmant qu’il n’en a pas la légitimité.

Tout cela n’est pas qu’une histoire de « mauvais perdant » mais l’expression d’une opposition de fond à ce que le CESE est en train de devenir. En creux, il dessine le défi qui attend la nouvelle présidente, à la fois sur le but, mais aussi sur les obstacles. La mandature ne commence pas sous les meilleures auspices.

Le CESE est une scorie institutionnelle, le dernier vestige d’un mouvement qui a eu son heure de gloire dans la première partie du XXe siècle, cherchant à associer « les forces vives », à savoir syndicats et patronats, aux institutions. Le conseil économique et social a donc été inscrit dans la constitution de 1958, comme un lieu où le gouvernement peut venir chercher l’avis des « partenaires sociaux » sur des sujets très divers, sans que ça soit politiquement trop engageant. A aucun moment, le CESE ne peut bloquer un processus politique, il peut y être associé et éventuellement l’enrichir de remarques que les décideurs politiques ne sont pas tenus de retenir. Au départ, ce n’est donc pas une assemblée « politique » ayant une quelconque légitimité démocratique.

Au fil de l’essoufflement du projet politique qui sous-tendait l’institution, le conseil économique et social est devenu une sorte d’ehpad pour vieux militants méritants, que leurs organisations envoyaient siéger, pour une indemnité confortable et pas beaucoup de travail. Personne n’en entendait parler et ça arrangeait finalement tout le monde. Mais comme tout a une fin, à un moment donné, il n’était plus possible de continuer comme ça. Soit on supprimait le CES, soit on le réformait. Comme toute organisation, en particulier administrative, l’instinct de survie a fonctionné, et le choix a été fait de réformer l’institution, en 2021.

On a réduit la surface du fromage, faisant passer le nombre de membres de 233 à 175, et surtout, on a fait évoluer les équilibres internes. En plus des collèges « patronat » et syndicats de salariés, on a fait entrer des représentants du monde associatif et des associations environnementales. Le premier effet a été de faire basculer l’institution à gauche, et d’y faire entrer des organisations militantes, qui entendaient bien utiliser cette « troisième assemblée constitutionnelle » pour y pousser leurs sujets et leurs idées. La mandature 2021-2026, un peu expérimentale, a permis de lancer quelques évolutions, avec notamment un activisme des membres environnementalistes et associatifs, qui ont demandé à faire beaucoup de rapports d’initiative (c’est à dire d’auto-saisine) sur les sujets qui les intéressaient. Comme personne ne les avaient demandés, et qu’ils n’avaient aucun impact sur la décision politique, ils n’étaient lus par personne. Le CESE s’est ainsi transformé en think tank géant. Pas sur que ça soit suffisant pour justifier son utilité.

Les dirigeants du CESE ont donc cherché d’autres sources de légitimité, et se sont jetés avidement sur les conventions citoyennes d’Emmanuel Macron. Elles ont toutes été organisées dans les locaux du CESE, qui a tenté de préempter le dispositif à son profit, à grand renfort de communication. Se transformer en chambre de la délibération citoyenne, c’est déjà un peu plus glamour, même si dans l’affaire, le CESE n’est qu’hébergeur, les membres de l’organisation ne faisant pas partie des panels, juste du comité d’organisation. Mais bon, organisateur d’évènements « citoyens », ça ne vous donne pas une très grande légitimité pour continuer à être dans la Constitution.

Cette première mandature du nouveau CESE a tenté des choses, mais a peiné à convaincre, et le conseil s’est fait démolir par le rapporteur budgétaire à l’Assemblée, Daniel Labaronne, et plus embêtant, également par la Cour des Comptes. Le message est simple : tout cela coûte beaucoup d’argent, pour un résultat faible, qui n’a rien d’indispensable. La seule vraie réussite du mandat a été l’utilisation beaucoup plus intensive du Palais d’Iena pour l’accueil d’évènements externes, ce qui a permis d’autofinancer l’entretien des locaux.

A l’aube de la deuxième mandature du nouveau CESE, l’utilité et donc la légitimité de l’institution reste à prouver. C’est là que le Medef entre dans le bal. Jusqu’ici, dans le pépère CES, la présidence tournait entre patronat et syndicats : chacun son tour. Entre 2021 et 2026, la présidence était occupée Thierry Beaudet, ancien responsable mutualiste (donc quota syndicats). Le Medef estimait que c’était son tour, et a donc présenté une candidate. Le fait qu’elle ait été battue (de manière nette) montre que le nouveau CESE n’en a que faire de la cogestion à l’ancienne. Le Medef en a déduit qu’il était désormais marginalisé, et qu’en restant au CESE sans rien dire, il se faisait la caution d’une institution tenue par des gauchistes, qui entendaient en faire un instrument d’influence politique en faveur de leurs idées.

La transformation en assemblée qui se veut politique, est inscrite dans la réforme de 2021, et la mandature qui vient de se terminer s’est engouffrée dans cette voie. Si le CESE veut retrouver une légitimité constitutionnelle et survivre, il faut qu’elle « serve politique à quelque chose », et soit une voix qui pèse dans le débat politique. La nouvelle présidente entend poursuivre dans cette voie, déclarant comme prémier point de son discours inaugural que le CESE est « une institution profondément républicaine qui ne transige pas avec les droits et les libertés publics, avec l’Etat de droit et le dialogue, qui incarne une conception dense de la démocratie« , prétendant avoir une légitimité représentative : « Nous sommes l’assemblée du réel, l’assemblée de l’ancrage« .

On comprend donc la réaction du président du Medef, qui montre les dents, et indique clairement que la ligne rouge est l’instrumentalisation politique des rapports du CESE. Le propos est d’autant plus vigoureux qu’étant marginalisé en interne, le groupe « patronal » n’a pas les moyens d’empêcher grand chose. Si jamais les lignes rouges sont dépassées, le risque est de voir le patronat se joindre au chœur de ceux qui demandent la suppression pure et simple de cet organisme couteux et inutile.

La menace est réelle, car l’évolution politique du CESE va se heurter de front les deux autres chambres, qui n’entendent certainement pas être concurrencés sur le plan de la légitimité démocratique. Il faut voir la tiédeur, si ce n’est la froideur de l’attitude de la majorité des députés et sénateurs face aux conventions citoyennes, pour comprendre que le risque est clairement perçu. Patrick Martin ne s’y est pas trompé, en indiquant que le rôle du CESE n’est pas de faire de la politique, car il y a deux autres assemblées pour ça.

L’existence de l’institution étant inscrite dans la Constitution, sa suppression nécessite un consensus politique, ce qui n’est pas du tout acquis, car la gauche est en mesure de s’y opposer. Même si la loi serait votée dans les deux chambres, la gauche peut bloquer le vote au Congrès (où il faut une majorité de trois cinquième) et on ne va pas organiser un référendum rien que sur ce sujet. La vraie bataille va être sur le budget, où ça risque de saigner, surtout si l’institution n’est plus soutenue par la droite, du fait des attaques du patronat. On risque également de voir fleurir les critiques venues de la droite et de l’extrême-droite visant à décrédibiliser une institution considérée comme « structurellement de gauche ».

L’enjeu pour la nouvelle présidente est donc de construire une légitimité suffisante pour résister à ces diverses attaques et continuer à se prévaloir d’être un lieu de construction du consensus. Ce n’est pas facile pour elle, car mis à part la communication et les réseaux des membres qui la soutiennent, l’institution n’a pas beaucoup d’atouts pour peser dans le débat politique. La mandature risque d’être très difficile pour le CESE, perdant sur son fondement actuel (le consensus et le temps long) sans rien gagner par ailleurs.

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Pouvoir de nomination et contre-pouvoir

Emmanuel Moulin sera le prochain gouverneur de la Banque de France. La barre des trois cinquième d’opposants n’a été pas atteinte, après les auditions parlementaires. Ce que l’on peut en retenir, c’est que les reproches des opposants ne portaient pas sur sa compétence technique (indiscutable), mais sur sa proximité politique avec Emmanuel Macron.

En clair, les oppositions reprochaient au président de nommer à un poste important de l’administration, une personne qui est de son bord politique, et qui a été un de ses proches collaborateurs. Ce reproche me semble assez surprenant, car si on a choisi un mode de nomination par une personnalité politique, de manière quais discrétionnaire, c’est évident qu’il ne va pas nommer des gens qui lui sont hostiles. Si on veut autre chose, il faut réformer le mode de nomination des hauts responsables administratifs. Il y a comme une forme d’hypocrisie des oppositions à dénoncer cela, car ils seraient au pouvoir, ils feraient la même chose. Et les macronistes seraient dans l’opposition, ils dénonceraient les nominations politiques. C’est une forme de comédie qui ne fait pas honneur aux politiques.

La question centrale, pour un tel poste, est quand même la compétence. La politique monétaire européenne est une chose sérieuse, et la France ne peut pas se permettre d’envoyer un incompétent siéger à Francfort au conseil des gouverneurs de la Banque européenne. Pour être compétent à ce genre de poste, il faut être passé par plusieurs étapes et fonctions, dont une bonne partie sont à la nomination du pouvoir politique. Emmanuel Moulin a été directeur du Trésor, poste éminent à Bercy, qui nécessite de montrer patte blanche. Qu’il ait ensuite été directeur de cabinet à Bercy, à Matignon et secrétaire général de l’Elysée ne fait que confirmer qu’il a la confiance de Macron, et complète utilement son expérience. Croire qu’on peut mettre une oie blanche, sans le moindre lien avec le pouvoir en place, c’est dangereux. Nommer des novices, vierges de tout passé politique, à des postes politiques, on a vu ce que ça a donné en 2017 à l’Assemblée nationale.

Cette nomination, qui intervient de manière un peu anticipée, à un an de la présidentielle, peut aussi poser question, car cela va permettre à une personne nommée par Macron d’être en poste sous une partie du mandat de son successeur. Ceux qui espèrent lui succéder n’auront donc pas les mains complètements libres. C’est effectivement gênant, quand on estime que l’exercice du pouvoir nécessite d’avoir absolument tous les leviers, et de mettre ses fidèles partout. Mais dans ce cas, il faut établir clairement un spoil system, comme aux États-Unis, où tous les hauts fonctionnaires perdent leur poste à la fin de mandat du président, le nouveau disposant alors d’un vaste pouvoir de nomination. Cela pose plusieurs problèmes, qui rendent ce dispositif impraticable pour la France. Emmanuel Macron a semblé vouloir le faire en 2017, et a finalement renoncé.

Il faut trouver des candidats compétents pour ces postes, sur une période courte. Pour que ça ait de l’effet, il ne faut pas que ça ne concerne qu’une vingtaine de postes. Si les États-Unis peuvent se permettre ces remplacements massifs, c’est qu’ils ont le vivier suffisant. C’est beaucoup moins évident en France, d’autant plus que ça se prépare. Aux États-Unis, le nouveau président ne commence pas à chercher, une fois à la maison-Blanche. Il y a des réseaux, des gens prépositionnés, des pré-recrutements, qui ont été faits dans le cadre du parti, ou de structures affiliées. Il faut pour cela une armature partisane que nous n’avons plus trop en France. Quand on voit comment le RN galère à trouver des candidats crédibles pour les sièges de députés, je n’ose imaginer ce que ça donnerait s’il y avait encore plus de postes à pourvoir, dont certains nécessitent une vraie compétence technique. Le deuxième sujet est que, même si on trouve des candidats compétents, ils ne viennent pas de nulle part. Avec notre système de gestion des mouvements public-privé piloté par la HATVP, une part non négligeable des candidats potentiellement intéressants, venus du privé, seraient recalés d’office, pour cause de risque de conflits d’intérêts.

Un spoil system semble techniquement impossible en France, et n’est pas politiquement pertinent. Dans une démocratie libérale digne de ce nom, il y a des pouvoirs, mais aussi des contre-pouvoirs. Parmi ces derniers, il y a des instances indépendantes (comme la magistrature) mais aussi les personnes nommées par les prédécesseurs, dont le mandat n’est pas révocable. Cela ne pose pas de problème, tant qu’il s’agit de quelques postes bien définis, ce qui est le cas en France. Que le gouverneur de la Banque de France, les présidents d’autorités administratives indépendantes restent en fonction me semblent une bonne chose. Cela oblige le parti qui arrive au pouvoir, à composer et négocier, et permet d’avoir une certaine continuité de l’action publique. Ce n’est que progressivement que les inflexions se font, après un temps de débat et de dialogues. Certes, cela ne plait pas aux politiques, qui aimeraient tellement qu’il suffise d’appuyer sur un bouton pour que des réformes de fond se fassent dans les trois mois de leur entrée en fonction. Mais en temps que citoyen, ça me rassure de savoir qu’un président qui vient d’arriver à l’Elysée ne puisse pas faire n’importe quoi.

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Macron, mouche du coche des institutions

Alors même qu’il a été sévèrement sanctionné dans les urnes en 2024, et n’a plus de majorité pour gouvernement, Emmanuel Macron continue à se comporter comme un président de la Ve République qui règne en maitre absolu, décide de tout, comme lors de son premier mandat.

On en a encore un exemple ces jours ci, sur l’environnement, où Macron préside un « conseil de la planification écologique » composé de ministres, avec en appui, le secrétariat général à la planification écologique (SGPE), un organisme qui dépend du Premier ministre. A aucun moment, ce genre de chose n’a relevé des attributions constitutionnelles du président de la République. On est en plein dans l’action gouvernementale. Sur ce sujet, Emmanuel Macron arrive après une série d’annonces du Premier ministre, concernant l’électrification, et cela donne l’impression que Macron se comporte en maitre d’école, qui passe derrière pour prendre la lumière, en distribuant bons et surtout, mauvais points.

Concrètement, les mesures qui pourraient être annoncées ne seront que de la comm’. Leur mise en œuvre dépend des administrations, sous l’autorité du Premier ministre, et les éventuelles réformes nécessitent d’avoir une majorité à l’Assemblée. Enfin, vu la disette financière, Macron peut annoncer ce qu’il veut, il n’y a plus d’argent pour le financer.

Cela va faire bientôt deux ans qu’on vit avec cette comédie, et trop rarement, si ce n’est jamais, les médias qui couvrent la vie politique ne mettent cela en exergue. Macron a largement perdu toute capacité d’action concrète, et ce qu’il annonce se transforme rarement en réalité. Le roi est nu, et tout le monde continue à faire comme si on était dans le monde d’avant, où l’Etat, dirigé par le monarque, avait une capacité à faire changer les choses.

Emmanuel Macron, mais également le gouvernement et la classe politique dans son ensemble, en sont réduits à gesticuler, sans que rien ne se passe, car plus personne n’a de capacité à faire aboutir une décision publique d’envergure, et à la mettre en œuvre. Cette distorsion entre la parole politique et la réalité est absolument délétère pour notre démocratie. Non seulement rien de bouge, mais en plus, nos dirigeants ne font pas ce qu’il faut pour que ça bouge, et nous prennent pour des imbéciles en continuant à mimer une comédie qui n’a pas de sens.

La question qui va finir par se poser, ce n’est même pas celle de l’arrivée au pouvoir du RN, mais de la survie des institutions. Plus le discrédit augmente (et il déjà très haut), plus il sera facile de basculer vers une perte encore plus importante de l’emprise de la décision publique sur le réel. J’ai bien peur que l’arrivée au pouvoir du RN ne nous donne des dirigeants qui, en plus de ne plus avoir d’argent et de moyens d’agir, sont incompétents et rajoutent des problèmes à ceux qui existent déjà, comme une forme de surinfection sur un organisme déjà malade.

Même si le RN ne l’emporte pas, il ne faut pas croire que tout va revenir miraculeusement dans l’ordre, fermant simplement une parenthèse. Le discrédit des institutions ne se remonte pas comme ça, il faut du temps pour retrouver la confiance et remettre en route des institutions abimées. La crise des finances publiques, après 2027, sera toujours là et sans doute pire, du fait de la conjoncture internationale, et parce que nous n’aurons rien fait pour la traiter entre 2024 et 2027.

Dans tout cela, Emmanuel Macron portera une part importante de responsabilité, pour avoir participé à déstabiliser les institutions avec sa dissolution, et avoir bloqué leur fonctionnement en restant en place, et en persistant à vouloir faire comme avant.