Raphaël Glucksmann vient de se lancer dans le grand bain de l’élection prsidentielle. Même s’il m’est sympathique, je ne donne pas cher de sa candidature. Il y a trop de faiblesses potentielles et de signaux d’alerte.
C’est un candidat très seul, à la tête d’un parti à faibles effectifs, qui ne lui donne pas la capacité d’être candidat avec le seul soutien de Place Publique. Il n’a ni les militants, ni l’argent, ni les élus (pour les 500 parrainages) et dépend donc complètement du Parti socialiste. Il vient d’ailleurs de se mettre complètement entre leurs mains, en acceptant de participer à leur primaire, sans connaitre exactement les modalités, ni qui sera effectivement candidat.
Ce choix de se lancer dans le grand bain sans garantie, montre un manque de lucidité, ou une forme de témérité, car quand on connait les socialistes, c’est très dangereux de s’en remettre à leur bienveillance. Ce parti a en effet une longue histoire de coups fourrés, de manœuvres d’appareil, voire de magouilles, bien illustré par la série « Baron noir ». Il faut bien voir qu’une partie des responsables socialistes sont lucides sur leur potentiel électoral (dernier score, Hidalgo à 1,75%). Ils ne cherchent pas à gagner la présidentielle, mais à sauver des fiefs électoraux. Ils sont davantage dans une logique de rapport de force, où ils finissent par se rallier à la fin à Mélenchon, en échange de postes. Dans ce schéma, le candidat officiel a vocation à être immolé sur l’autel de l’Union de la gauche (et du sauvetage des circonscriptions).
Il se murmure que le premier secrétaire Olivier Faure envisage d’être candidat à cette primaire. S’il se lance, c’est pour sauver sa place de chef du PS et faire de ce scrutin un référendum à usage interne, pour le relégitimer. Ségolène Royal a annoncé son intention de candidater (si elle arrive à avoir les parrainages) ce qui augure de grands moments de franche rigolade dans les débats (pour les autres camps, évidemment). Une primaire est censée donner un élan politique au candidat qu’elle désigne. Ici, on peut se demander si cela ne va pas plutôt le plomber. C’est peut-être la première station d’un chemin de croix pour Glucksmann.
Cette erreur vient sans doute d’un problème plus profond. Raphaël Glucskmann n’a jamais été immergé réellement dans la politique nationale, ni comme militant, ni comme élu. En tant que député européen, il travaille selon des règles et modalités culturelles spécifiques. Faire de la politique à Bruxelles ou à Paris, ce sont des choses très différentes. L’élection présidentielle est quelque chose de dur, pas propre, dans laquelle un newbie qui découvre les mœurs politiques franco-françaises risque de se faire bouffer tout cru. L’élection présidentielle est faite pour les vieux crocodiles, pas pour les perdreaux de l’année.
Une autre faiblesse de Glucksmann est son profil très parisien. Il est le conjoint de Léa Salamé, et si ça peut faire un tabac à Montreuil ou dans les arrondissements de l’est parisien, ailleurs, notamment dans les classes populaires, ça peut le rendre inaudible. La France est de plus en plus polarisée, un archipel dont les îles s’éloignent et ne se fréquentent plus, au point de ne plus se comprendre. Malgré toute la bonne volonté de Glucksmann, il peut se retrouver comme une poule qui a trouvé un couteau, face à des gilets jaunes. Or, la clé, pour la gauche, est d’arriver à récupérer une partie du vote des classes populaires, qui est massivement capté par le RN. Je ne suis pas certain que Raphaël Glucksmann soit le meilleur profil pour ça. Fabien Roussel ou François Ruffin seraient plus adaptés.
Finalement, le principal atout de Raphaël Glucksmann est d’être autour de 10% des intentions de vote dans les sondages. C’est bien fragile, car l’élection est encore loin, et la « vraie » campagne commence tout juste. Tous ceux qui suivent la vie politique savent qu’il n’y a pas plus fragile qu’une bonne cote dans les sondages. L’opinion peut très vite se retourner, et on connait une foule de candidats qui auraient du, selon les sondages, l’emporter (Balladur, Juppé…). C’est d’autant plus fragile que ce niveau est insuffisant pour faire face à la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, qui est autour de 17%, et peut prétendre à se qualifier pour le second tour. Glucksmann n’est pas dans cette course là, la seule qui compte véritablement, car dans la dernière ligne droite, les électeurs de chaque bloc votent « utile ». Il n’y a que deux places au second tour, pour trois blocs politiques, avec une place déjà acquise pour le RN. Je vois arriver gros l’argument de LFI, expliquant au reste de la Gauche que ne pas voter Mélenchon, c’est faire la courte-échelle à la droite. Et cela va marcher, comme en 2017 et 2022. C’est d’autant plus dangereux pour Glucksmann, que LFI est en train de réussir la première opération, qui est de débrancher la candidature de Marine Tondelier.
J’attends de voir la suite, mais je crains que la seule clarification qui émerge de cette primaire socialiste, c’est que Jean-Luc Mélenchon est la seule chance sérieuse de la gauche pour cette élection présidentielle.