Je poursuis ici ma réflexion, sur l’avenir de la France et ce qui pourrait arriver après l’élection présidentielle. Finalement, je me dis que quelque soit l’élu, ça risque d’être globalement la même chose, avec probablement un effet plus rapide, violent et donc spectaculaire, si c’est Marine Le Pen qui entre à l’Elysée.
Les fondamentaux de notre pays sont mauvais. Notre économie stagne, nos finances publiques sont délabrées, et on voit mal comment éviter la « correction », qui est la remise à niveau de nos dépenses par rapport à nos recettes. L’arrivée de Marine Le Pen aura sans doute pour effet de provoquer une crise financière de la dette souveraine française, qui amènera à tailler sauvagement dans les dépenses sociales et d’intervention économique. Les crédits d’impôts et les aides aux entreprises vont trinquer, mais également la redistribution aux ménages et les dépenses de santé.
Cela aura des effets sur le train de vie (notamment des retraités, cibles les plus faciles, puisqu’ils ne peuvent pas bloquer le pays en faisant grève), sur l’équilibre économique des entreprises, sur la qualité du service public. Sur ce dernier point, une partie du chemin est déjà parcouru, quand on voit le classement PISA, ou encore le fait que le fichier des impôts a pu être piraté par deux gamins de 16 et 18 ans, sans que l’administration ne se rende compte de la fuite de données.
Plus l’ajustement sera brutal, plus le choc psychologique sera violent. Notre société ne me semble pas prête à encaisser ce choc, tellement elle est clivée et potentiellement violente. Quand il faut faire des sacrifices, il y a ceux qui trinquent plein pot, et ceux qui arrivent plus ou moins à sauver les meubles. Dans un pays aussi marqué que la France par l’égalitarisme, où on passe son temps à regarder l’assiette du voisin, pour voir s’il n’en aurait pas un peu plus que nous, ça va faire mal. Quand un collectif va mal, un choc externe ne le ressoude pas, mais cela accentue les ferments de crise déjà latents. Je ne vois pas qui, dans la classe politique, est en mesure de relever le défi de préserver le tissu social et d’éviter la violence qui pourrait éclater.
Nous risquons de nous rendre compte de ce que nous savons déjà plus ou moins. La France n’est plus une grande puissance depuis longtemps. Elle en garde quelques vestiges, qui permettent de se voiler la face, mais sur beaucoup de choses, on est largués. Il suffit de regarder les chiffres. Et ce n’est pas de l’Europe que viendra le salut, car nous sommes incapables de la faire avancer comme il le faudrait pour contrer la Chine et les États-Unis. Le risque est même que cela aggrave le problème, car notre continent est dans le même état de déclin, et un choc externe, comme par exemple une agression russe, ou une crise financière qui se propage à l’échelle du contient, ne ferait qu’exacerber les tensions. Combien de temps l’Allemagne, avec qui nous avons une monnaie commune, tolèrerait nos errements économiques ? Accepterait-elle de bonne grâce de nous renflouer ? L’Europe est en train de se défaire sous yeux depuis 10 ans, et cela pourrait s’accentuer, avec un risque réel, dans un avenir pas si lointain, de voir l’Extrême-droite prendre la direction de plusieurs grands pays, d’avoir le groupe le plus important au Parlement européen, et par ricochet, de prendre le contrôle de la Commission, dont les membres sont nommés par les Etats.
Je vois arriver, non pas un grand remplacement, mais un grand déclassement de la France et de l’Europe, avec une crise qui ne fera que révéler et précipiter une tendance déjà à l’œuvre depuis longtemps. Nous avons déjà vécu de telles crises, en 1914-1918 et en 1939-1945. A chaque fois, nous sommes descendus d’une marche dans l’échelle de la puissance mondiale. Les années 2020 pourraient être celles d’une nouvelle descente, où nous deviendrions une zone qui ne compte plus dans la compétition mondiale, et qui n’aurait comme solution que de se mettre sous la protection complète d’une des deux grandes puissances, à savoir les États-Unis. On s’offusque des demandes de Trump et de son administration envers nous, mais il se pourrait bien que nous ne puissions pas faire autrement que de leur céder.