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L’explosion

La France a connu ce week-end une série d’émeutes urbaines, qui étaient tout sauf une surprise. La question était juste de savoir quand cela allait arriver. Depuis quelques années, déjà, le pays est à cran. L’épisode des Gilets jaunes a été un avertissement qui n’a pas été vraiment écouté. Depuis 2024, le pays en état de paralysie politique et législative, aucune réforme d’ampleur n’a la moindre chance de passer. A chaque gouvernement qui tombe, il faut tout reconstruire, sans espoir que ça fasse avancer les choses. Enfin, depuis le début de l’année, la hausse des prix du carburant a durement touché plusieurs centaines de milliers de Français. A chaque fois, on se dit que ça ne va pas s’arranger dans un avenir proche.

A un moment, quand une cocotte minute chauffe trop, le couvercle saute. C’est ce qui vient d’arriver (et ça ne fait peut-être que commencer). Il faut voir les évènements de ce week-end comme un immense défouloir, un peu comme mai 68, en inversé. En mai 68, il s’agissait de faire sauter des carcans sociétaux, et donc aller de l’avant. En octobre 2026, il s’agit surtout d’exprimer une angoisse face à une situation difficile et un horizon bouché, sans projet d’avenir. C’est beaucoup plus dangereux, car cela met le pays à la merci de démagogues.

Le mouvement lycéen tient de cela, sans réelles revendications autres qu’une amélioration des conditions matérielles et l’expression d’un sentiment d’anxiété face à leur avenir proche, cristallisé sur ParcoursSup. Cela a donné un mouvement finalement assez festif, que l’on a retrouvé par moment, ce week-end, avec par exemple un orchestre qui joue Place de la République.

Mais à cette atmosphère bon enfant, s’est rajoutée une couche de violence, qui est aussi une manière d’exprimer l’angoisse, avec deux composantes. Il y a d’abord l’ultra-gauche (qui est au delà de LFI) qui rêve de révolution violente et de Grand Soir. C’est eux qui se sont attaqués aux mairies et au lieu de pouvoir, et ont cherché la confrontation directe avec les forces de l’ordre. Il y a aussi les casseurs et les pillards, des gangs très bien organisés, qui ont profité du désordre pour voler, ajoutant une couche de chaos. Là encore, cela dit quelque chose du délitement de notre pays, où des groupuscules politiques et des gangs peuvent s’organiser et prospérer, sans que les forces de l’ordre de ne soient en mesure de gérer la situation.

En effet, face à cette « convergence des luttes », les pouvoirs publics et singulièrement l’Etat, ont montré des faiblesses inquiétantes. Il y a un problème évident de doctrine du maintien de l’ordre. On ne lance pas des grenades de désencerclement sur des lycéens, on ne répond pas à un défoulement collectif, à une sorte de carnaval, par des gardes à vue, des violences de rue, et des condamnations. Ce traitement est à réserver aux violents de l’ultra-gauche et aux pillards. Il semble que depuis le début du mouvement lycéen, les policiers aient eu du mal à faire preuve de discernement.

Le week-end dernier a été le paroxysme, avec une mauvaise anticipation de l’ampleur du mouvement, et donc un dispositif sous-dimensionné, ce qui relève de la faute professionnelle. C’est un très gros loupé du ministère de l’Intérieur, et Laurent Nunez ne pouvait pas faire autrement que de présenter sa démission. Le fait qu’Emmanuel Macron la refuse ne fait que reculer le moment où il devra s’y résoudre, et ce moment pourrait arriver vite. Un autre échec, lors de la prochaine journée de mobilisation, et la démission devient inéluctable. Autre preuve de faiblesse, l’intervention lunaire d’Emmanuel Macron, à 20 heures, le dimanche soir, où il n’annonce strictement rien. Condamner les violences et annoncer que les coupables seront poursuivis, et rien de plus, c’est un terrible aveu de faiblesse. Aucune remise en cause de l’action du gouvernement, aucune annonce d’inflexion politique, aucune réponse à l’angoisse exprimée.

Nous avons, ce week-end, matérialisé la situation du pays : une population inquiète et à cran, une classe politique impuissante et des ferments de violence bien organisés, prêts à déstabiliser le pays (pour des motifs différents).

A tout malheur, il y a quand même quelque chose de bon, cette crise éclate avant l’élection présidentielle. Je pense que les enjeux du scrutin vont tourner autour des réponses à apporter à cette crise, à ce pouvoir d’achat qui décline, à cette impuissance publique, à cette montée de la violence. Pour cela, il ne suffit pas de condamner, de dire que c’est mal, et de proposer des mesures technocratiques (dont on n’a pas les moyens). Il faut un projet politique dans lequel les Français se retrouvent, où ils sont associés à la décision. A ce stade, aucun candidat « sérieux » ne répond à ce cahier des charges.

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Comprendre la contestation lycéenne

Le mouvement social qui agite les lycéens, depuis quelques semaines, pose question, tant sur les motivations que sur la manière dont les autorités y répondent. Il y a un malaise chez les lycéens, il est politique (mais pas nécessairement partisan), il faut savoir l’entendre et y répondre. Nos élites politico-médiatiques semblent avoir du mal à faire l’un et l’autre.

J’ai lu beaucoup de choses, les analyses sont foisonnantes, et je dois avouer avoir encore un peu de mal à me faire une opinion, car on manque de recul, et le sujet est largement clivant et politiquement instrumentalisé. Il me manque encore des clés d’analyse.

Un article de Telos m’a interpellé, je le trouve à la fois très juste et excessif. Oui, il existe des raisons pour les lycéens d’être mécontents. Comme tous les usagers des services publics, ils constatent la dégradation de la qualité de celui de l’éducation, liée notamment à la baisse des moyens. Locaux plus ou moins dégradés, niveau en baisse dans le corps professoral, avec des absences non remplacées, preuve que le métier n’attire plus. C’est le cas aussi pour la Justice (allez donc visiter le palais de justice de Bobigny), les hôpitaux, la Police. Les services publics ayant été depuis des années la variable d’ajustement des finances publiques, il est logique qu’on finisse par arriver à une grogne généralisée des usagers.

Sur le plan de leur avenir, les jeunes peuvent aussi avoir des raisons de ne pas être contents. Objectivement, ils sont la variable d’ajustement, quand la priorité des politiques est de maintenir le niveau de vie des retraités. Ils peuvent aussi légitimement être inquiets de l’état de la planète, et de la charge qui va peser sur eux, alors que ce sont les générations passées qui auront bien profité en leur laissant une poubelle. Mais là dessus, je serais prudent, car je ne suis pas de cette génération, et je vois trop de gens de ma génération s’exprimer à leur place, ou alors mettre en avant dans les médias des « jeunes » soigneusement sélectionnés, qui ne sont pas nécessairement représentatifs. Pour le moment, j’ai l’impression que nombre de lycéens n’ont pas un degré de politisation ou d’expression de leur pensée aussi calibré que ceux qui vont sur les plateaux TV, et surtout, il s’expriment sur des canaux et avec des codes qui ne sont pas ceux des générations plus âgées. D’où le fait qu’on peut, quand on est un daron, passer à coté de plein de choses. Donc prudence, et prenons pas nos enfants pour des imbéciles, et ne leur faisons pas dire ce que nous avons envie d’entendre, mais qui n’est pas exactement ce qu’ils disent.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier, surtout si on regarde le reste du monde, que notre système éducatif reste de qualité, à un prix très compétitif, car quasi gratuit. Ce n’est pas le cas partout, loin de là. On entend également beaucoup de critiques sur ParcoursSup, que je ne partage pas nécessairement. Ce sont certainement les parents qui stressent plus que leurs enfants, ce qui a généré tout un marché éditorial, voire de coaching. Même si ce système est imparfait, il est quand même meilleur que ce qui existait avant et favorisait outrageusement les « privilégiés » du système, ceux qui connaissent les règles non écrites ainsi que les « bonnes » filières. Désormais, à condition de savoir ce qu’on veut, il est possible pour un plus grand nombre d’accéder à des formations qui, auparavant, étaient réservées à des happy few. Enfin, ParcoursSup est un moment de vérité pour des jeunes qu’on fait passer d’une classe à l’autre, même quand ils n’étaient pas au niveau. Je préfère que cette rencontre avec le mur de la réalité arrive dès la fin de la terminale, plutôt qu’après un an ou deux d’échec en fac.

Ce mouvement soulève aussi une interrogation, assez fortement relayée, sur ce qu’il montre de l’état de notre démocratie. Même si je ne suis pas dupe de l’infiltration du mouvement par des agitateurs, je suis profondément gêné par l’ampleur de la répression policière. Des jeunes gravement blessés, amputés même, c’est terrible. Plus de 6000 interpellations et gardes à vue, des condamnations en comparution immédiate, des factures envoyées aux parents, c’est une drôle de manière de vivre une entrée dans l’action politique et militante. Les boomers ont été traités bien différemment en mai 68. La manière dont le gouvernement en place traite une contestation qui ne représente franchement pas une menace pour l’ordre public me consterne. Surtout quand on voit comment sont traités les manifestations d’agriculteurs, autrement plus violentes.

La contestation et l’expression des désaccords sont normales en démocratie. Répondre par la répression violente, puis reconnaitre des problèmes et prétendre les résoudre par des mesures irréalistes ne peut qu’affaiblir le gouvernement, car ni l’une ni l’autre ne sont des réponses adaptées. L’annonce du ministre de l’éducation, sur les remplacements immédiats de professeurs absents n’est pas sérieuse. Comment arriverait-il à faire maintenant, d’un claquement de doigts, ce qu’il n’était pas capable de faire il y a quelques semaines ? Cela nourrit vraiment l’idée que si on ne gueule pas, on n’a rien. Tout cela discrédite nos gouvernants, incapables de la moindre empathie et surtout du moindre dialogue.

Ce malaise s’inscrit dans un cadre plus large, celui d’un sentiment de déclin certain de la France et de l’Europe. C’est quelque chose qui marque le débat public depuis des années. On trouve des exemples à foison pour alimenter cette vision, qui nous fait regarder la bouteille à moitié vide. Ce mouvement lycéen en est un avatar, car la situation objective des lycées français, quand on fait un benchmark mondial, est dans le haut du panier. Mais ce n’est pas ce qui est perçu, car la situation a été meilleure dans le passé, et nous analysons tout sous l’angle d’un déclin que nous déplorons, sans être capable d’y apporter des solutions. Cela se traduit dans la manière dont le pouvoir politique peine à y répondre, car il n’a pas de projet politique et de ligne d’horizons à proposer pour lutter contre ce déclinisme.

La période électorale qui est devant nous me fait peur, car nous sommes incapables de faire de la politique. Notre pays semble en roue libre, balloté au gré des vents et des manipulations idéologiques.

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La longue marche de Glucksmann

Raphaël Glucksmann vient de franchir la première haie de sa campagne présidentielle, et pas la moindre. Il vient de remporter brillamment la primaire de la gauche réformiste, avec 66% des voix dès le premier tour. Mais il reste encore beaucoup de chemin avant le premier tour, et beaucoup de travail et d’obstacles à franchir.

La première chose à faire est de tirer tous les fruits de son score. Il est le candidat investi, même s’il n’est pas socialiste, c’est lui le Patron, et il doit marquer son leadership. Dans toute bataille, la victoire n’est totale qu’une fois qu’on a organisé la poursuite et débusqué les tireurs isolés et les débris des troupes vaincues. Rien de pire que de remporter brillamment une bataille, et de laisser l’adversaire faire retraite en bon ordre. Il faut donc que Glucksmann s’assure d’un minimum de loyauté et de coopération de la part des dirigeants du PS. Soit Olivier Faure fait acte (sincère) d’allégeance, soit il faut le faire partir au plus vite. En effet, c’est le PS qui dispose de l’argent, des 500 signatures et du réseau de militants qui vont animer la campagne. Place publique n’a pas les troupes et l’argent. En 2011, François Hollande, investi candidat, avait laissé Martine Aubry à la tête du PS. C’est elle qui a décidé des investitures pour les législatives, favorisant une aile gauche du PS qui a ensuite pourri la deuxième partie du mandat de François Hollande.

La deuxième étape est d’élargir son champ politique, sur sa gauche et sa droite. Sur la gauche, il y a de la réserve chez les écologistes. Certains sont déjà en train de manger dans la main de Mélenchon, notamment les députés qui veulent sauver leur siège et l’aile gauche radicalisée, menée par Sandrine Rousseau, dont on se demande ce qu’elle fait chez les Verts, tellement elle ressemble à une LFI, sur le fond et la forme. Chez ceux-là, Glucksmann n’a aucune chance. En revanche, la présence de Yannick Jadot à ses cotés peut lui attirer les écologistes modérés et empêcher Mélenchon de communiquer sur le fait que l’ensemble des écologistes le suivraient. Il y a également un coup à jouer auprès des purgés de LFI, comme Corbière ou Ruffin. Certes, ils sont très à gauche, et commencent à être un peu loin du quasi-centriste Glucksmann, mais le chemin de LFI leur est barré. Même si c’est loin d’être gagné, et que ça pourrait être cher, Glucksmann a une possibilité de planter un drapeau sur un territoire a priori acquis à Mélenchon. Sur la droite, il a aussi des marges, surtout si Gabriel Attal finit par se retirer. Édouard Philippe, plus à droite, laissera un espace politique chez les derniers « macronistes de gauche » qui peuvent être séduits par Glucksmann.

Il faut aussi un programme et des convictions identifiables et cohérents, qui soient à la fois celles du candidat, mais aussi celles qui parlent à son électorat. En politique, la cohérence est importante, et toute dissonance entre ce qui est dit et ce qui est fait se paye cher. Il faut éviter de faire comme François Hollande, qui commence par « mon ennemi, c’est la Finance », et qui termine son mandat avec la loi El Khomri de libéralisation du marché du travail, en passant par la création du CICE, un cadeau fiscal de 20 milliards d’euros aux entreprises. Il faut également éviter d’aller chasser sur les terres de ses adversaires. On y perd ses électeurs, sans forcément gagner ceux de son adversaire. François Hollande s’en est rendu compte, avec sa proposition de déchéance de nationalité pour les terroristes. C’est en grande partie à ces deux grosses erreurs qu’il doit son échec prévisible, qui l’a amené à ne pas se représenter en 2017. Là encore, le PS est une ressource, avec un travail programmatique où il y a du bon et du moins bon. Le candidat investi doit y faire son marché, mais ne doit pas se faire imposer son programme, et le bâtir à sa mesure.

Il faut ensuite qu’il se prépare au duel avec Jean-Luc Mélenchon. Depuis plusieurs années, la France connait une tripartition, avec un bloc de gauche, dont Glucksmann fait partie, même s’il est sur sa frange la plus à droite. Il y a le bloc central libéral, et la droite conservatrice. Or, il n’y a que deux places au second tour de l’élection présidentielle. L’une des places est quasiment acquise à Marine Le Pen, à moins d’un effondrement que rien n’annonce à ce stade, même si elle a des fragilités. Reste à savoir quel bloc aura la deuxième place. Le jeu est encore très ouvert. Au sein du bloc central, plombé par l’ombre de Macron, il y a trois candidats (Attal, Philippe et Retailleau) et il n’est pas certain qu’il n’y en ait qu’un seul sur la ligne de départ. Je vois mal Retailleau se retirer. A 66 ans, c’est son moment, après, il ne sera plus qu’un has been. Il est donc tout à fait possible d’avoir deux candidats à gauche, sans que cela ne soit éliminatoire.

Le positionnement de Raphaël Glucksmann peut lui donner de l’espoir, s’il arrive à contenir Jean-Luc Mélenchon, candidat très clivant, sur son champ de la gauche radicale, et que Gabriel Attal se retire, en laissant un espace au centre. Il est actuellement autour de 10% dans les sondages et le seuil d’accès au second tour pourrait se retrouver autour de 18-20%. Il n’y est pas encore (loin de là) mais n’est pas non plus complètement hors course. Le premier tour est dans sept mois, il peut se passer beaucoup de choses d’ici là, mais il est difficile d’avoir une visibilité à ce stade. Nous n’entrons qu’à peine dans la campagne, qui connaitra une accélération en janvier, après les fêtes de fin d’année.

Cette victoire nette et sans bavure de Raphaël Glucksmann est un espoir pour la gauche réformiste, car elle lui donne une légitimité et, s’il fait bien les choses, un élan. L’aventure aurait pu s’arrêter là, si la primaire n’avait pas tranché aussi clairement, ou si Olivier Faure, qui est prêt à toper avec Jean-Luc Mélenchon, avait été désigné.

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Trump, l’opportunisme populiste à l’état pur

Donald Trump a un besoin, en ce moment, qui surpasse tout : ne pas perdre les élections de Mid-terms qui ont lieu début novembre. La situation est très délicate pour lui, car traditionnellement, ces élections de mi-mandat sont plutôt défavorables au président en place. Mais en plus, la situation économique n’est pas fabuleuse. L’inflation est toujours là et le prix des carburants est une préoccupation forte de la base électorale de Trump.

Le président américain active donc tous les leviers qu’il peut pour agir sur le prix des carburants, dont la hausse a été provoquée par son aventure militaire irréfléchie au Moyen-Orient. Après l’échec des négociations avec l’Iran, comme il ne reste plus qu’un mois avant le scrutin, il lui faut un choc d’offre sur les carburants, afin de faire baisser le prix. Il a donc demandé aux pays occidentaux de mettre sur le marché une partie de leurs réserves stratégiques, ce que nous avons accepté de faire. Au passage, une baisse des prix du diesel chez nous arrange bien notre gouvernement. Mais comme cela ne suffit pas, Trump est allé faire son marché chez Poutine, en menaçant les ukrainiens, qui sont en capacité de bloquer la production et la livraison dans les temps de ce diesel, dont Trump a tant besoin.

Trump montre ainsi son vrai visage, qui est celui de tous les populistes. Il n’est proche que de ses intérêts, et son seul véritable but est de se maintenir au pouvoir. Tout le reste n’est qu’opportunisme, en fonction des rapports de forces et des besoins du moment. Oui, Trump a sans doute une forme de sympathie pour Poutine, entre dictateurs et would-be dictateurs, on se comprend. Mais si Trump était réellement si proche de Poutine, cela fait belle lurette qu’il aurait lâché l’Ukraine, et qu’un armistice aurait été signé. Car malheureusement, sans les États-Unis, l’Ukraine n’est pas en capacité de tenir, tout comme la Russie ne tient que par le soutien de Pékin. C’est d’ailleurs dans cette rivalité avec Pékin, structurante à Washington, qu’il faut lire le fait que malgré toutes les rodomontades et volte-face de Trump, les ukrainiens tiennent toujours.

Trump apparait comme un guignol versatile, mais en fait, il y a une constante dans son comportement. Il ne pense qu’à lui, à son pouvoir, et tout le reste est adaptable, sans la moindre considération morale. C’est comme cela qu’il faut analyser nos populistes locaux. La seule ancre est leur accession et leur maintien au pouvoir. Le reste, et notamment les convictions, ne sont que des postures et des outils, qu’on utilise à bon escient, et qu’on jette éventuellement le jour où ils ne servent plus, et sont devenus contreproductifs. Un seul exemple français, particulièrement caricatural, l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien par Jean-Luc Mélenchon. Il s’en sert sciemment pour mobiliser des communautés dont il convoite le vote, sortant de temps en temps Rima Hassan, qui n’existe que par son positionnement sur le sujet. Je ne suis pas certain qu’une arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir entrainerait une amélioration du sort des palestiniens. Il s’en moque probablement complètement. Et le jour où cette posture ne lui est plus utile, Rima Hassan retournera au néant politique.

Le combat politique du moment est entre ceux qui ont des convictions, et ceux qui ne s’intéressent qu’au pouvoir en soi. Je suis assez inquiet, car la catégorie des populistes sait très bien prendre les postures faisant croire qu’ils portent des convictions, entrainant derrière eux des militants parfois sincères. Ce n’est qu’une fois qu’ils sont au pouvoir (comme Trump) qu’on se rend compte de la supercherie. Mais c’est trop tard.

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L’indignation mène la politique

Je trouve que de plus en plus, la fabrique de l’opinion politique ne repose plus que sur l’indignation et la colère. Les faits semblent ne plus avoir d’autre rôle que de servir de support d’indignation. Parfois même, on déforme ou on grossit exagérément un fait, pour lui faire dire quelque chose qui va susciter l’indignation. C’est autant de moins de place dans le débat, pour les sujets de fond, et surtout, cela chauffe à blanc des électeurs, les amenant vers un vote extrémiste.

Le site projet Arcadie, qui connait bien le fonctionnement de l’Assemblée, vient de tomber dans le piège. En regardant le Journal Officiel, il a vu que Marie-France Lorho, députée RN, a été nommée membre de la commission chargée des immunités. Cette élue est passée devant les tribunaux et a été condamnée à 18 mois de prison avec sursis et 5 ans d’inéligibilité. Elle avait en effet salarié le fils de son prédécesseur, dans ce qui a été considéré comme un emploi fictif. C’est typique du RN, pour qui la probité est une notion floue. Il se trouve que cette commission de 15 membres, dite « de l’article 26 », est chargée de donner un avis sur les demandes de suspension de la détention, des mesures privatives ou restrictives de liberté ou de la poursuite d’un député.

Il est vrai que cela peut paraitre cocasse qu’une députée condamnée pour atteinte à la probité, se retrouve dans une telle commission. Toutefois, son champ d’action n’est pas exactement la probité, mais le respect des immunités parlementaires. Elle est composée de 15 titulaires et 15 suppléants, et Marie-Françoise Lorho n’est qu’une parmi 15 personnes, donc sa voix ne pèse pas vraiment. Ensuite, cette commission n’est chargée que de donner un avis, in fine, c’est le Bureau de l’Assemblée qui tranche. Enfin, cette commission ne semble s’être jamais réunie depuis le début de la XVIIe législature.

Il est difficile de dire qu’un pouvoir décisionnaire ou une influence a été accordée à Marie-Françoise Lorho. Cette commission ne sert à rien, mais comme elle est prévue dans la Constitution, elle est formellement constituée. Chaque groupe y a son quota, et décide qui doit y être envoyé. Il se trouve que le groupe RN a choisi Marie-Françoise Lorho, c’est sa responsabilité, pas celle des autres groupes ou de l’institution. On est donc ici dans l’ordre du pur symbole, sans la moindre incidence sur le fonctionnement des institutions.

Pourtant, en mettant en exergue ce fait, ce qui va arriver, c’est une indignation de réseaux sociaux. Les internautes ne creusent pas la réalité, ils gobent ce qu’on leur donne et se contentent de rajouter une couche d’indignation. Et ici, elle sera dirigée contre l’institution parlementaire et la classe politique dans son ensemble, alors même qu’il s’agit juste d’un choix interne du RN.

Notre vie politique est devenue explosive, avec une colère qui fait que la réalité, finalement, importe peu. Même si ici, nous n’avons pas affaire à une Fake News, puisque les faits sont vrais, la manière dont ils sont présentés fait que l’effet sur l’auditoire est le même. C’est un sujet de préoccupation pour moi, car cette dérive systématique sur l’indignation à partir de faits ou de perceptions faciles à appréhender prend toute la place dans le débat public, de plus en plus trusté par les réseaux sociaux et les chaines d’infos en continu.

Cela devrait donc inciter à la prudence les journalistes (les vrais, pas ceux qui officient sur CNews ou dans les torchons d’extrême-droite). L’opinion publique est un baril de poudre, la moindre étincelle peut provoquer des dégâts énormes.

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Sommes nous déjà sous un gouvernement RN ?

Depuis le début du mouvement lycéen, je suis stupéfié (et pas le bon sens) par la réaction du gouvernement. J’en suis même à me dire qu’un gouvernement RN ne procéderait pas très différemment.

Le premier point choquant est le choix de la répression policière brutale. Plusieurs jeunes mutilés, des violences policières en pagaille, un nombre important d’interpellations et de garde à vue, ça fait beaucoup. Surtout qu’il s’agit de jeunes entre 16 et 18 ans, dont la dangerosité est faible. Certes, il y a des éléments perturbateurs infiltrés, qui cherchent la violence, mais cela ne justifie pas de taper dans le tas et de cibler des jeunes adolescents qui ne visiblement pas à l’origine des violences. Les agriculteurs, autrement plus violents, ne sont pas traités de la même manière. Il y a manifestement un problème de doctrine de maintien de l’ordre et de comportement de la Police en France, qui ne date pas d’aujourd’hui, mais qui est particulièrement problématique dans le contexte du mouvement lycéen.

La communication et l’action du gouvernement sont pathétiques, et relèvent de l’amateurisme. Les signaux envoyés sont désastreux. Le ministre de l’Education attend 10 jours pour aller sur le terrain, et quand il le fait, c’est à Guyancourt, zone pas très dangereuse. Aller en Seine-Saint-Denis aurait eu plus de panache. On a l’impression d’un collectif d’e poules mouillées’incompétents au sommet de l’État, qui n’ont rien vu venir, et sont incapables de donner ne serait-ce que l’impression d’écouter, ni d’exprimer la moindre compassion pour les blessés. En réponse à ce mouvement, le gouvernement annonce l’accélération du calendrier d’examen d’un projet de loi, qui prévoit de rendre tous les manifestants solidairement responsables des dégâts commis après la sommation de dispersion. Politiquement catastrophique, et la lecture de l’avis du Conseil d’Etat permet de voir que juridiquement, c’est plus que borderline. Tout cela pour ne finalement pas aboutir, car la fin de la législature approche. Le gouvernement ne fait que se tirer des balles dans le pied.

Cette séquence donne vraiment l’impression que le gouvernement sacrifie complètement la jeunesse, pour courir après le RN, en faisant lui même la politique préconisée par Marine Le Pen, sur le fond comme sur la forme. Un effondrement moral qui pourrait coûter très cher au candidat qui portera l’héritage de Macron à la présidentielle.

On assiste à une fin de règne de Macron encore plus pathétique que je ne le prévoyait. Car à la crise sociale qui monte, s’ajoute une crise financière de la dette. Nous devrions, cette semaine, dépasser les 5% de taux d’intérêt pour les obligations du Trésor à 10 ans. En 1789, la Révolution est née d’une crise financière, arrivée après plusieurs années de difficultés économiques, dans une France socialement chauffée à blanc par les inégalités. L’histoire se reproduira-t-elle ?

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La « règle d’or », négation du politique

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle proposent, dans leur programme, une « règle d’or », c’est-à-dire un mécanisme juridique pour empêcher les déficits de déraper. Ils présentent ça comme une marque de sérieux et de crédibilité. C’est en fait un terrible aveu de faiblesse et d’incapacité à exercer le pouvoir.

Diriger un pays, c’est faire des choix, notamment budgétaires. Rien n’empêche un gouvernement de présenter un budget à l’équilibre, voire en excédent. Il suffit de tailler dans les dépenses, ou d’augmenter les recettes. Pas besoin d’une quelconque règle juridique pour l’imposer, il suffit d’un peu de volonté et de beaucoup de courage politique. En brandissant cette règle d’or, les politiques nous avouent qu’ils sont incapable d’avoir le moindre courage politique, et qu’il faut donc un encadrement juridique, pour les empêcher de trop dépenser. Comme cela, quand leurs électeurs viendront avec leurs doléances (qui entrainent forcément des dépenses publiques), ils pourront dire qu’ils aimeraient bien, mais ne peuvent pas. A cause de cette satanée « règle d’or ». On fait déjà ça avec l’Europe, pourquoi ne pas étendre le dispositif d’organisation d’une impuissance politique ?

Ce n’est pas une voie qui me semble souhaitable, car en se dépouillant de tout pouvoir, les politiques creusent leur tombe. A quoi servent-ils, s’ils sont impuissants ? Le pire est que ça ne servira à rien, car même si les dépenses sont plafonnées, il reste quand même des choix possibles, en sabrant des dépenses, au profit d’autres, jugées plus prioritaires. Mais au lieu d’avoir fromage et dessert, on sera obligé de choisir entre les deux, ce qui va nécessiter des choix politiques, donc encore plus de courage, car il n’y a même plus la soupape du déficit, pour faire face à des accidents conjoncturels.

Bref, la règle d’or ne règle rien, c’est juste un empêchement supplémentaire à la décision politique, qui deviendra encore plus contrainte.

L’essence de la politique, c’est de faire des choix et les assumer. Pour que ces choix soient acceptés, il faut expliquer, écouter les remarques, et consulter ceux qui sont concernés. La règle d’or va faire tout l’inverse, en réduisant le champ des possibles.Elle donne aussi aux politiques l’excuse « il n’y a pas d’autres choix » pour continuer à imposer des décisions présentées comme technocratiques, alors qu’elles sont très politiques, mais pas assumées comme telles.

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L’IA et le génie de l’écrivain

Un roman, mis en vedette par sa maison d’édition, et promis aux prix littéraires de la rentrée, vient d’être retiré des listes de ces fameux prix. L’auteur aurait utilisé l’IA générative pour écrire une grande partie de ce roman. Un tel scandale devait forcément arriver à un moment.

On peut le voir sous de multiple facettes, j’en retiens une, que je ne vois nulle part, mais qui me semble très éclairante. Cet auteur québécois aurait, en s’aidant de l’IA, brisé le mythe de l’écrivain comme génie solitaire, dont l’œuvre sort directement de ses doigts, sans aide et sans intermédiaire. Il a scié la branche sur laquelle est assise une bonne partie du marketing (pas toujours explicité) des maisons d’édition, et plus globalement, du petit monde littéraire.

Ce mythe est en partie vrai et en partie faux. Entre le premier jet de l’écrivain, et le texte qui se trouve dans le livre publié, il y a de multiples intervenants, qui exercent une influence plus ou moins forte sur le contenu. L’écrivain qui signe peut avoir tout écrit, mais aussi avoir des « aides » que l’on qualifie soit de « nègres » ou plus faire plus moderne de « ghost-writers ». Son entourage et ceux qui relisent peuvent aussi faire des remarques et suggestions. L’éditeur est rarement en reste, et lui aussi, peut mettre sa patte, parfois de manière importante, dans le contenu d’un livre. Un ouvrage littéraire est quasiment toujours un travail collectif, coordonné par celui qui signe à la fin, où son influence personnelle peut être variable. Mais c’est lui que les éditeurs « vendent », c’est lui seul qui va dans les médias, où il parle de lui, en occultant soigneusement le processus de rédaction.

Qu’un auteur décide de faire entrer un acteur supplémentaire dans le processus collectif de rédaction n’a rien de surprenant. Plutôt que d’utiliser les services d’un humain pour écrire à sa place la première épreuve, ou pour relire ce que lui-même à produit, il utilise une IA. C’est déjà comme ça que les choses se passent dans beaucoup de secteurs, où en quelques années, l’IA générative est devenue un outil « normal » dans la production d’un écrit professionnel.

Mais voilà, un roman à prétention littéraire est-il un « écrit professionnel » ? C’est là le cœur de la polémique. Reconnaitre que l’utilisation de l’IA est légitime dans le processus d’élaboration d’un roman, c’est reconnaitre qu’il est un « écrit professionnel » comme un autre, avec des qualités propres (comme le style) qui ne sont pas nécessairement recherchées à ce point dans un écrit juridique. Or, le monde culturel, dans son ensemble, a construit son ethos et sa position sur le fait que l’œuvre littéraire est une catégorie à part, irréductible au reste. Il suffit d’écouter les lobbyistes de l’industrie culturelle parler avec emphase de « la créaaation » pour comprendre que derrière, il y a un enjeu d’identité professionnelle et de pouvoir. C’est cette spécificité de la création artistique, relevant du seul génie de l’auteur, qui permet à ce dernier, au titre de ce génie, de s’abstraire des normes applicables au commun des mortels. Cela permet aussi au secteur de réclamer des privilèges et une pluie d’argent public sans aucun compte à rendre de son bon usage.

Notre brave écrivain, québécois et black (donc cible idéale et sans risque, car ne faisant pas partie du petit monde germanopratin) a sans le vouloir, remis sur le devant de la scène la question de la place du « génie » dans la création littéraire, en montrant qu’une IA peut écrire un bon roman.

Car même les gardiens du temple, comme Pierre Assouline, ont reconnu que l’œuvre, en elle-même, est excellente. Mais elle est disqualifiée par son processus d’élaboration, non conforme au standards du monde littéraire. Attendons de voir les ventes (le coup de pub est superbe) et la réaction du public, pour savoir ce qui compte vraiment.

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Le PS, zombie de la présidentielle

Le premier débat de la primaire du PS a eu lieu et a surtout dévoilé l’état de mort cérébrale de ce parti. On le savait, on en a la preuve. Quand un parti est incapable de dégager « naturellement » un candidat pour porter ses couleurs, c’est mauvais signe, car c’est le coeur du rôle d’un parti politique : désigner et accompagner des candidats aux élections. Le recours à une primaire est souvent une catastrophe, car c’est le constat d’un échec interne. Elle permet de révéler en public l’ampleur des déchirures internes, parfois le vide intellectuel du parti, pour au final, désigner un candidat qui ne sera soutenu par les autres que du bout des lèvres, s’ils ne lui plantent pas des couteaux dans le dos. On a maintenant suffisamment de recul pour le savoir.

L’état des lieux au PS donné à voir par ce début de primaire est alarmant, et malheureusement conforme à ce qu’on pouvait attendre d’une primaire.

Le processus n’est absolument pas maitrisé, comme le montre l’éviction surprise, à la dernière minute, de Philippe Brun. Il semble s’être passé des choses entre lui et son ancienne assistante parlementaire, mais on ne sait pas précisément quoi. C’est un coup de fil passé à minuit moins dix, qui détermine la décision prise le lendemain matin. Même si la justice a refusé de s’en mêler, c’est pas joli, car cela montre le PS comme une pétaudière, avec des coups fourrés. C’est alarmant, parce que jusqu’ici, les procédures sont quelques chose que les apparatchiks socialistes maitrisaient bien. Si même ça, ils ne savent plus faire…

Le processus de filtrage a également échoué sur un autre point. Le premier débat a montré que Ségolène Royal n’a pas changé, et conserve une capacité à détruire absolument hallucinante. S’il y en avait une à ne pas faire entrer dans le processus, c’est bien elle, car elle ne cherche que sa gloire personnelle, mais ne représente absolument pas une candidate crédible.

Sur le fond, le premier débat a montré que le seul enjeu est le ralliement (ou pas) à LFI, le reste n’a aucune importance. Certes, le PS s’est doté d’un programme (très inégal) mais il n’en a guère été question, et le clivage est entre ceux qui sont prêts à aller à la soupe chez Mélenchon pour sauver les postes de député (Olivier Faure) et ceux qui détestent tellement Mélenchon, qu’ils sont prêts à une forme de suicide politique pour l’empêcher de gagner (Glucksmann). Tout tournait autour de LFI, la partie du débat autour de la Palestine, qui n’est absolument pas un enjeu de l’élection présidentielle, n’était destiné qu’à se positionner par rapport à LFI, et se faire délivrer des brevets de pureté idéologique. Fallait-il montrer ça à la télévision devant des millions de téléspectateurs ? Ces séquences abîment la politique dans son ensemble, car ce qu’on voyait, c’est juste la gauche qui se parlait à elle-même, excluant une part importante de l’électorat, que les candidats à la primaire n’ont pas absolument pas cherché à toucher. Ce n’est pas comme cela qu’on fait une campagne présidentielle.

Tout cela va mener à un échec retentissant. Une élection présidentielle se prépare très en amont. Il faut avoir désigné son candidat avant l’été qui précède le scrutin, pour avoir le temps d’organiser l’équipe et faire campagne. Toutes les grosses machines politiques, à commencer par LFI, sont déjà en route depuis longtemps, et font réellement campagne, et ça commence à se voir dans les sondages. Pendant ce temps, le PS expose en prime time à la télévision, sa nullité et ses querelles de cour de récréation. Une fois qu’ils auront désigné leur candidat, il pourra commencer à faire campagne, s’il n’est pas trop abimé par le déroulement de la primaire. L’opération est censée donner un élan, elle peut se transformer en boulet. De toute manière, il sera trop tard, les concurrents sérieux auront pris trop d’avance. L’enjeu sera alors de faire au moins 5%, pour espérer être remboursé, et ne pas mettre le PS sur la paille. Même ça, ce n’est pas gagné.

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Le déni macroniste sur les carburants

Depuis la fin février, et l’attaque des États-Unis contre l’Iran, le marché mondial des hydrocarbures est très perturbé. Et cela ne risque pas de s’arranger à court terme. L’arrivée de l’hiver, donc d’une plus forte consommation d’hydrocarbures, va provoquer des tensions encore plus fortes. Tous les gouvernements s’inquiètent notamment de la hausse du prix des carburants.

Le gouvernement français, échaudé par le précédent des Gilets jaunes, met donc en œuvre toute une comédie communicationnelle, à défaut d’avoir les fonds pour répondre à cette hausse. Cela en est pathétique, tellement elle montre l’impuissance du pouvoir en place dans notre pays, et son absence de pudeur.

En effet, Emmanuel Macron en est arrivé à réunir les responsables politiques, dans un format « de crise » pour leur donner des informations sur des ingérences russes, qui sont déjà largement connues et documentées. Il affirme également que la hausse des prix du carburant est due « exclusivement » aux désordres géopolitiques. Donc, en résumé, tout cela n’est pas de sa faute, avec en sous-texte, une tentative de s’auto-absoudre de son impuissance à y faire face.

Si effectivement, l’origine du problème ne vient pas de nous, il n’en reste pas moins que nous pourrions, ou aurions pu faire des choses pour atténuer les effets de ce choc. La première solution qui vient à l’esprit, c’est un soutien ponctuel, sur fonds public, pour atténuer la charge financière pour les particuliers, et éventuellement les secteurs économiques. Cela a déjà été fait par le passé, de manière même assez généreuse. Malheureusement, l’impasse financière dans laquelle nous sommes ne permet plus cette générosité. Et s’il y a des responsables à cette impasse financière, c’est bien les ministres des Finances des dix dernières années. Cela n’en rend que plus cocasses (on rit jaune) les messages sur la dégradation de nos finances publiques, de la part de Bruno Le Maire ou d’Amélie de Montchalin, anciens locataires de Bercy. L’intérêt d’avoir des finances publiques saines, c’est notamment de pouvoir faire face aux coups durs. Si nos finances ne sont pas saines, c’est parce que les vannes ont été ouvertes lors du Covid (le fameux quoi qu’il en coûte) et n’ont été refermées que bien tard, par manque de courage politique. Depuis 2024, à cause d’une dissolution qui n’était pas nécessaire, notre système politique est paralysé, et ne peut plus prendre les mesures nécessaires. Si nous n’avons plus de marge de manœuvre financière, c’est bien la faute d’Emmanuel Macron.

Il y a également un autre point sur lequel il aurait été possible d’agir, c’est de limiter notre exposition aux hydrocarbures. L’électrification des usages (transports, chauffage…) permet de moins dépendre du pétrole et du gaz. Cela demande certes des investissements, mais on voit tous, depuis longtemps, que cette dépendance aux hydrocarbures est un problème, et un scénario de hausse brutale des prix n’avait rien de saugrenu ou d’improbable. Le pire, c’est qu’avec notre parc nucléaire, nous avons (pour le moment) une électricité abondante et pas chère. Des efforts plus importants sur l’électrification, dans les années passées, auraient pu modérer un peu l’impact de la crise.

Mais au lieu de reconnaitre cela, et d’assumer des choix passés (qui peuvent se défendre), le président en place s’enfonce dans le déni, sans convaincre personne. C’est sans doute la pire attitude à avoir, en cette période de grande défiance (pour ne pas dire de haine) des citoyens vis-à-vis de la classe politique.