La « journaliste » Isabelle Saporta vient d’être mise à pied. Une sanction bien légère, après son dérapage en direct, sur LCI, face à Prisca Thévenot. Une illustration à l’état pur, du mal qui gangrène les médias et détruit leur crédibilité.
L’incident met aux prises Prisca Thévenot, député macroniste et porte-flingue de Gabriel Attal, et Isabelle Saporta, chroniqueuse dans l’émission d’Eric Brunet. Cette dernière s’est emportée, lundi 19 octobre, au lendemain du week-end d’émeutes urbaines, contre la première, qui venait vendre sa comm’ politique sur un plateau de chaine d’info en continu.
Sur le fond, je comprend l’indignation de Saporta. Les éléments de langage des porte-parole politique sont devenus insupportables. A les entendre (tous partis confondus), ce sont des insultes à l’intelligence, à croire que les politiques prennent les gens pour des cons. Les avoir en boucle sur les plateaux télévisés abime le d »bat public et le tire vers le bas. C’est insupportable d’entendre en ce moment les macronistes parler de la situation comme s’ils n’étaient pas au pouvoir depuis 9 ans, ou encore Marine Le Pen demander que la justice soit ferme avec les émeutiers, alors qu’elle a été condamnée pour détournement de fonds publics.
Mais ce n’est pas à Isabelle Saporta de le dire, pour deux raisons.
La première est qu’elle est chroniqueuse, pas invitée dans l’émission. Une telle indignation, venant d’un autre invité serait parfaitement pertinente, voire salutaire. Mais le journaliste a un autre rôle, et peut atteindre le même but autrement qu’en prenant à partie l’invité. Il est par exemple de poser des questions sur la responsabilité du pouvoir en place sur les évènements, à la fois sur le fond, et sur la manière dont ont été gérées les émeutes.
L’autre raison tient au parcours d’Isabelle Saporta, qui avec une autre casquette, aurait très bien pu se retrouver dans cette émission comme invitée. Même si je n’ai rien de personnel contre elle, force est de constater que son parcours est typique du problème de fond des médias. Elle a fait ses études au lycée Louis-le-grand, à Science-Po Paris, puis à l’EHESS. Elle a ensuite navigué entre le journalisme, l’édition et … la politique. Elle s’est engagée dans la campagne des municipales à Paris en 2020, et est la compagne de Yannick Jadot. Caricatural de bout en bout. Tout y est : les origines sociales, les études privilégiées, les collusions et conflits d’intérêts, au sein du microcosme parisien. Ce n’est pas l’image que je me fait du profil des journalistes politiques. Elle est bien trop proche des personnes qu’elle est chargée d’interviewer.
Pourtant, en dépit de tout cela, elle n’écopera sans doute que d’une semaine de suspension (ou un peu plus) ou de quelque chose de symbolique pour un dérapage (on n’insulte pas les invités). L’éléphant dans la pièce de la consanguinité et du mélange des genres ne sera sans doute pas effleuré. C’est pourtant en partie lui qui est responsable du discrédit des médias auprès de la population, et de la piètre qualité du débat public dans les médias.
2 réponses sur « L’incident Saporta »
J’essaie de comprendre ce sujet, et je manque un peu de billes :
– est elle la en tant que chroniqueuse, ou en tant que journaliste ? Le role d’une chroniqueuse est justement de porter la contradiction, même avec émotion. Inversement, ce n’est effectivement pas le role d’une journaliste, surtout pour une journaliste d’interview
– il y a t il eu des insultes ? J’ai vu l’extrait sur le Figaro, et je n’ai pas entendu d’insulte, mais leurs voix se superposent, donc j’ai pu raté un passage.
J’ai l’impression d’entendre simplement un débat un peu chahuté, mais pas d’agression ni d’escalade qui mériterait une mise a pied. Je trouve ca légitime de bousculer un peu les politiques, c’est justement ce qui manque, je trouves. On laisse bien trop les politiques déroulé leur langues de bois.
Maintenant, l’exercice de l’interview est un autre travail, et dans ce cadre la, effectivement le comportement de Saporta ne convient pas. L’objectif dans ce cas est de faire parler l’interviewé, pas de lui couper la parole. Si Saporta était la pour interviewé la député, effectivement, elle n’a pas fait son travail correctement.
Chroniqueuse ou intervieweuse, il n’y a pas grande différence, elle est dans l’équipe « journaliste » et pas une invitée, là pour être interviewée.