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Et c’est encore la faute du gouvernement…

Le second épisode caniculaire vient à peine de se terminer, que tout le monde tombe sur le dos du gouvernement, coupable de tous les maux de la terre. Un réflexe bien ancré en France, où on attend tout de l’État, et sur lequel on se défausse de tous nos manquements collectifs.

L’année 2026 marquera un nouveau cap sur la question climatique, comme 2003. Le fait que les canicules vont devenir plus fréquentes et rudes est un fait connu et documenté. Mais tant qu’il ne survient pas avec un certain degré de violence, il reste théorique. Il est donc difficile de s’en servir comme levier pour rendre acceptables certaines mesures impopulaires, ou pour prioriser certains investissements.

Il est assez injuste d’attaquer aussi frontalement le gouvernement. Il a certes une part de responsabilité, mais il est loin d’être le seul. Si le bilan humain (1000 morts, pour l’instant) de cet épisode caniculaire est important, il n’a pas grand chose à voir avec celui de 2003 (15 000 morts). Globalement, les Ehpad ont tenu le choc, les hôpitaux aussi (même s’ils ont été très sollicités). Des mesures prises après 2003 ont donc montré une certaine efficacité. On ne peut donc pas dire que rien n’a été fait, même si aux yeux de certains, ça restera toujours insuffisant.

Gérer une canicule, c’est aussi pas seulement du ressort de l’État, mais aussi de chacun, et ça commence par des gestes simples, comme par exemple prendre des nouvelles des personnes isolées et fragiles dans notre entourage immédiat. C’est aussi éviter de faire son footing par 35° (j’en ai vu…) car c’est une prise de risque insensée. C’est limiter son activité pour privilégier la mise à l’abri plutôt que la productivité (c’est du ressort des chefs d’entreprises et des managers, pas besoin d’une autorisation ministérielle).

Cette canicule, par son intensité et sa durée, a suscité des problèmes matériels. Les réseaux de froid qui tombent en rade (comme à La Défense), des transports ralentis parce que le matériel souffre, des appartements transformés en fournaise car on a privilégié le « confort d’hiver ». Un certain nombre de normes et de pratiques ont été dépassées, et il va falloir les revoir, car cette année 2026 n’est pas un accident, mais un passage de seuil, qui pourra se reproduire.

Plutôt que de fustiger les uns ou les autres, et de chercher des coupables, il est nécessaire de voir ce qui doit être fait, les moyens qu’on est prêt à allouer, et savoir qui paie. Les établissements scolaires sont du ressort des collectivités locales depuis longtemps, donc pas la peine d’accuser le gouvernement si les écoles ne sont pas climatisées. Pareil pour les logements privés, qui ont tous un propriétaire, qui est rarement l’État. De toute manière, la situation des finances publiques françaises étant catastrophique, si on dégage de l’argent supplémentaire pour l’adaptation au réchauffement climatique, il va bien falloir le prendre quelque part. Il y a des choix politiques (potentiellement douloureux) à faire, qui seront peut-être plus en faveur de l’adaptation, maintenant qu’on a senti concrètement ce qu’est le réchauffement climatique. Mais avant, cela n’avait rien d’évident. Il en va de même pour les normes, où tout est une question d’arbitrage. On a vu par exemple surgir le problème de l’absence de volets sur des immeubles, en pointant la responsabilité des architectes des bâtiments de France. Ceux-ci, au nom de l’esthétique, sont parfois drastiques. Faut-il sacrifier cela, si c’est pour mettre des protections extérieures ? Les exemples sont nombreux où il faut revoir des arbitrages et des équilibres.

Bien évidemment, des choses vont bouger, après cet été très difficile. Parce que les choix politiques seront plus faciles à faire passer, parce qu’on aura mesuré ce qui a atteint ses limites, et dont il faut remonter les normes. Parfois, le choix peut être de ne pas investir, et d’accepter une part d’inconfort, ou de ralentissement de l’activité, car ce sera moins cher, au final. Maintenant que le constat est partagé et la do-do-list est faite, il n’y a plus d’excuse pour l’inaction. Mais ce n’est pas le lendemain de la fin de la canicule que tout va se faire, comme par miracle. Cela coutera cher, prendra du temps et demandera l’investissement financier et l’acceptation de sacrifices dans toutes les couches de la population.

Le cœur du sujet est qu’il va falloir accepter l’idée que nous allons vivre moins confortablement, du fait d’un climat moins clément. Le mouvement est irréversible, et on peut juste faire en sorte qu’il ne soit pas pire. Nous en sommes tous responsables, l’Etat et le gouvernement n’étant qu’un mandataire, qui prend les décisions qu’il sait acceptable, au gré des pressions des uns et des autres. C’est de nos comportements et de nos choix que dépendent beaucoup de choses.

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la couverture médiatique de la canicule

Pour la deuxième fois de l’année, nous traversons un épisode de canicule, et ce n’est peut-être pas le dernier. Les effets de l’évolution du climat sont évidents, et nier ce changement relève de l’idiotie. Ou de la politique, tout comme insister lourdement sur ces épisodes (en dramatisant à outrance).

En partant du postulat que plus personne ne conteste sérieusement que le climat évolue, comment comprendre que les débats qui persistent ? Certains insistent à nier ou minimiser la part (importante) de l’action humaine, d’autres s’acharnent à dramatiser et créer des peurs autour des épisodes extrêmes. Tout cela est en fait politique, car la construction d’un fait, la manière dont on présente une situation et dont on pose le débat, oriente et présuppose la réponse.

La question de l’ampleur et de la responsabilité dans le changement climatique sont un débat important, qui conditionne des choix politiques. Faut-il consacrer davantage de ressources à ce thème ? Faut-il encore mettre l’effort sur la baisse des émissions, ou est-ce foutu ? Faut-il alors se concentrer sur l’adaptation ? Vu la disette d’argent public, qui finance tout cela ? Les solutions sont-elles dans la technologie ou dans la décroissance ? Autant de choix politiques qui sont rarement évoqués en même temps que les constats. Cette déconnexion m’agace, car ce n’est pas une bonne manière de débattre, consistant à imposer ses constats et ses urgences, pour mieux, ensuite, faire apparaitre ses solutions comme des évidences.

J’ai bien peur que cela ne suffise pas à remettre ce sujet sur le haut de la pile du débat politique en France. Le caractère exceptionnel, donc frappant, des épisodes caniculaires est derrière nous. C’est désormais devenu « ordinaire » et même si cela dure plus longtemps, je ne vois pas cela modifier la perception en matière d’urgence politique. Si cela change quelque chose, c’est bien plus sur l’adaptation que sur la lutte contre le changement climatique. Si modifier le bâti demande du temps et de l’argent, les habitudes sociales peuvent évoluer, notamment dans le monde du travail. Les canicules couteront certainement en productivité et en point de PIB, mais c’est un aléa parmi d’autres, et ce n’est rien, coté des dégâts que provoquerait un conflit militaire sur notre territoire. J’en veux pour preuve l’absence, pour l’instant, de la moindre annonce du gouvernement d’une inflexion de politique publique, et de changement dans l’allocation de l’argent public.

Si ce traitement médiatique ne fait pas nécessairement remonter la priorité politique du sujet, cela peut en revanche être contreproductif pour ceux qui jouent à ce jeu. L’offre médiatique étant abondante, ils vont tout simplement se faire mettre en « mute » et être lâchés par le public qui n’est pas leur noyau militant. Ils vont finir, sans s’en rendre compte, par être dans un bulle de filtre, où ils ne parlent plus qu’aux convaincus, laissant le terrain du grand public à d’autres, une fois l’épisode caniculaire terminé. Cela risque de radicaliser encore davantage chaque camp, ce qui n’est pas une bonne chose.

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Contrôle anti-dopage au sommet de l’Etat

Sébastien Lecornu vient d’ordonner la réalisation, régulière et de manière inopinée, de tests salivaires au sommet de l’État. Le but est de repérer les ministres, membres de cabinets, et hauts fonctionnaires, qui prennent de la drogue, et les virer si c’est le cas.

La démarche provoque le buzz, et l’irritation chez une partie du public cible, qui le prend pour une démarche de défiance à son égard. Pourtant, c’est une action nécessaire, et doit même être amplifiée.

Elle vise d’abord à promouvoir l’exemplarité, face aux ravages du narcotrafic. Si les trafiquants font de si bonnes affaires, c’est qu’il y a des clients, et que la consommation se banalise. Viser les consommateurs, et créer un véritable risque (perdre son boulot) peut amener à une baisse, voire à une disparition de la consommation. Certes, c’est assez marginal en nombre de personnes concernées, mais si le haut de la hiérarchie ne s’y met pas, c’est inutile de le demander aux autres. Demander aux dirigeants du pays de respecter la loi est un minimum.

Elle vise aussi à l’efficacité, car un haut fonctionnaire accro à la coke prend rarement de bonnes décisions, et n’est probablement pas un bon manager. Certes, on peut objecter que vu le rythme demandé à ces personnels, la tentation du dopage existe. Mais le remède peut être pire que le mal, donc l’excuse ne tient pas. Si le rythme est si intense, c’est souvent parce que ces hautes sphères, et notamment les cabinets ministériels, ne sont pas efficaces. On y perd un temps fou sur des bricoles sans importance, sur des mini crises générées par des caprices de diva ou des changements d’agenda « imposés » par l’actualité. Si on veut diminuer la pression sur les cabinets ministériels, c’est leur organisation qu’il faudra revoir.

Elle vise aussi à la sécurité. Cela n’est pas mis en avant, mais il faut absolument éviter que des hauts fonctionnaires aient des faiblesses qui permettent d’avoir une emprise sur eux. Nous sommes entrés dans une guerre souterraine, où les manipulations pullulent, et où les services de renseignement étrangers (d’ennemis, mais aussi d’alliés) cherchent à infiltrer notre appareil d’État. On ne peut plus se permettre d’avoir des gens qu’on peut faire chanter, ou qui régulièrement, peuvent s’épancher en donnant des infos confidentielles à des gens qui ne devraient pas les avoir.

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La CJUE percute la classe politique française

La Cour de justice de l’Union européenne vient de rendre un arrêt important concernant la régulation du numérique. Présenté par les autorités françaises comme une grande victoire pour eux, il est en fait un véritable désastre pour la manière dont la France se comporte sur le sujet.

La base du litige est la possibilité, demandée par la France, de pouvoir contraindre des sites porno (Youporn pour ne pas le citer) à mettre en place un contrôle de l’âge à l’entrée, pour interdire l’accès aux mineurs. Ces sites étant basés en République tchèque, en vertu du principe du pays d’installation, le droit européen impose que ce soit ce pays qui régule ces sites. Ce n’est que si la République tchèque ne fait rien, ou trop peu, que la France peut intervenir, après en avoir dument averti la Commission européenne.

Sur le papier, la France semble avoir obtenu satisfaction. Mais en fait, le rappel de la manière dont elle doit travailler est particulièrement cruel. Il est d’autant plus cruel qu’il ne fait que répéter et préciser des choses qu’on connait déjà, mais où la classe politique française persistait à faire l’autruche, la tête planquée dans la sable pour ne pas voir.

La Cour de Justice indique que toutes les dispositions concernant le droit du numérique, y compris pénales, y compris anciennes (d’avant internet) sont concernées. En clair, la Cour redit que les États membres doivent appliquer le droit européen, et ne peuvent le faire que pour les sociétés installées officiellement sur leur territoire, soit parce qu’elles sont françaises, soit parce que, non européennes, elles ont décidé de domicilier leur représentant légal en France. Tous les Gafam sont domiciliés en Irlande, Kick (devenue connue après la mort en direct de Jean Pormanove) est à Malte.

Donc si la France prend une loi numérique, toute seule dans son coin, elle ne peut s’appliquer qu’aux plateformes françaises ou domiciliées en France. Et il faut aussi qu’elle soit conforme aux différents règlements européens couvrant les sujets numériques. Bref, le niveau national est devenu très résiduel dans la régulation des plateformes.

Toutes les belles déclarations de Macron, sur l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, les plateformes chinoises de e-commerce, la lutte contre les deepfakes, les fake news et les ingérences numériques étrangères, c’est du flan.

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La réplique à l’encyclique

Le gouvernement américain vient de répliquer au pape, en ordonnant à Anthropic de ne plus ouvrir ses modèles les plus performants à d’autres qu’aux américains. Et le patron d’Anthropic, qui était à la tribune aux cotés du pape, pour la présentation de l’encyclique Magnifica humanitas, s’est immédiatement exécuté.

La force brutale et l’impérialisme se sont rappelés au bon souvenir du monde. Et au passage, cela a permis de voir que les bons sentiments et l’éthique plient souvent devant l’expression de la force et que l’ordre des priorités reste inchangé pour les patrons de grosses boites.

Cette coupure de service, le « kill switch » n’est pas tellement une surprise, tout le monde savait qu’avec Trump, cela allait finir par arriver. Et là, ce n’est pas encore trop grave, cela aurait été bien pire si cela avait été un service essentiel qui avait été brutalement arrêté. Imaginez une « panne » d’AWS qui dure plusieurs jours. C’est aussi le signe que notre monde technologique est certes très performant, mais aussi très fragile, et donc vulnérable.

En ce moment, tout le monde nous parle de souveraineté, de la nécessité de ne pas dépendre d’une autre puissance pour des services essentiels. Mais le véritable enjeu, c’est la dépendance de notre société et de notre économie à la technologie. Il faut se préparer à des défaillances (quelle qu’en soit la cause) et prévoir des scénarios alternatifs pour survivre. Nous sommes entrés dans un monde qui sera plus dur et plus sauvage, la page de la coopération internationale, du multilatéralisme et de l’intelligence coopérative est en train de se tourner. Trump au pouvoir (et sa manière de l’exercer) est une préfiguration de ce qui pourrait nous arriver à l’échelle européenne. Le prochain premier britannique est probablement Nigel Farage, la France n’est pas à l’abri du RN. En Italie, ils y sont déjà mais Meloni se sachant isolée, à la tête d’un pays fragile, elle reste prudente. Nul doute qu’elle se lâchera davantage si d’autres pays européens basculent. La dérive actuelle des institutions européennes n’est pas très rassurante.

Cela provoquera une régression mondiale, économique et culturelle. Toutes les activités qui sont plus performantes avec une coopération mondiale fluide, risquent de morfler, à commencer par la Recherche et la Finance. L’IA sera donc touchée à plusieurs titres. Même si les États-Unis sont devant en termes de développement, toutes les ressources ne sont pas aux États-Unis, que ce soit les terres rares, les chercheurs ou les datacenters. Sur le plan économique, les États-Unis n’ont pas intérêt à un fractionnement du monde, car ils importent beaucoup de biens et aspirent une partie des ressources financières avec leur déficit budgétaire. Réduits à leurs propres ressources, ils seront très affaiblis et ne pourront plus investir autant. Malgré cela, Trump persiste à se tirer des balles dans le pied, et sape consciencieusement les bases de la puissance des États-Unis.

Finalement, nos débats actuels pourraient apparaitre comme futiles et purement académiques, tant le développement de l’IA repose sur des fragilités, et parce que d’autres choses sont bien plus importantes. La bulle capitalistique autour de l’IA peut s’écrouler, les chiffres autour du storytelling d’Elon Musk sont délirants et n’ont plus de sens. L’insécurité et les guerres peuvent mettre à mal l’infrastructure physique dont l’IA a besoin, comme les datacenters ou les câbles sous-marins. Il suffit d’une attaque de Taïwan par la Chine, pour provoquer un grave défaut d’approvisionnement en semi-conducteurs, et que plusieurs industries (aéronautique, automobile…) soient à l’arrêt au niveau mondial. La simple fermeture du détroit d’Ormuz a eu des conséquences énormes, et ce n’est peut être que le début.

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La polarisation qui monte

Je vois monter un climat de polarisation politique qui m’inquiète beaucoup. L’acceptation de l’altérité diminue et les conflits sont de plus en plus exacerbés, et ne portent plus sur le contenu des programmes, mais sur le déni de la légitimité de l’adversaire. C’est en général comme cela que commencent les guerres civiles, quand on refuse à l’autre le statut de membre de plein droit de la société politique, et où le but est de l’éliminer du spectre politique.

Cela traduit par exemple dans les débats sur l’audiovisuel, où la gauche fustige les « médias Bolloré » tandis que l’extrême droite s’en prend aux médias du service public. L’affirmation de l’extrême-droite, et sa montée en puissance médiatique (en même temps que dans les urnes) semble frapper de panique une gauche, habituée à vivre à l’abri derrière une ligne Maginot. Dans ce cadre, il est postulé que l’extrême droite ayant des idées « nauséabondes », ils ne sont pas légitimes à la qualification de « républicain », et il n’est donc pas question de s’abaisser à débattre et à contre-argumenter.

Cela peut tenir lorsque l’extrême-droite est réellement marginale, mais pas quand elle passe régulièrement la part des 30% des voix. Quels que soient les désaccords profonds qu’on peut avoir avec leurs idées et leurs postulats, on ne peut plus se contenter de les exclure du champ du débat public, il faut changer de pied, et argumenter. C’est là que le bât blesse pour une gauche qui a, pour partie, arrêté de travailler sur le fond depuis des années, et n’est plus en capacité de proposer un programme qui séduise. Cela vaut aussi pour la droite et le centre, où le travail doctrinal est loin d’être à la hauteur. Mais étant au centre du jeu, et donc en possibilité d’envisager une alliance (ce qui est une impossibilité pratique pour la gauche), le positionnement n’est pas le même. Ce travail doctrinal peut être soit l’élaboration d’un corpus libéral (mon option), soit un recyclage de certaines positions de l’extrême-droite, pour faire du racolage électorale et/ou préparer les convergences pour une possible coalition.

Le drame démocratique que je vois se profiler est que les différents camps reculent devant le travail de fond, et se font dans la facilité. Pour la gauche, c’est celle de la disqualification à tout prix, et du refus de reconnaitre la légitimité de l’extrême-droite à participer à l’exercice du pouvoir. Cela pourrait amener à refuser de considérer comme légitime un gouvernement dont l’extrême droite fait partie (en position dominante ou subalterne). Le scénario d’une victoire du RN est plausible, et on irait alors vers une crise politique majeure, surtout si le RN l’emporte face à Mélenchon.

A la droite et au centre, le risque est de penser qu’on peut faire alliance (explicite ou tacite) avec l’extrême-droite. Le risque est majeur chez LR, où ils me semblent de plus en plus prêts à servir de supplétifs à un RN qui remporterait la séquence électorale de 2027. Or, c’est probablement LR qui tient la clé, en cas de résultats serrés, car le bloc macroniste me semble un peu étroit, tant sur le plan des idées que sur l’arithmétique électorale. Édouard Philippe m’est sympathique, mais est encore loin d’être au niveau par rapport aux attentes de la population. Ressusciter le RPR ne me semble pas une réponse adaptée à la situation politique de 2026. Sans un gros travail doctrinal, il ne risque pas de représenter un barrage très solide face à l’extrême droite.

En bref, si personne ne fait un travail de fond, pour réellement écouter les attentes des électeurs et y répondre de manière crédible, on va doublement dans le mur. Avec une configuration où c’est la trajectoire et la vitesse acquise qui priment, le RN sort en tête, sauf nouveau front républicain, qui ne fonctionnerait que pour le bloc central. Avec un second tour Mélenchon-candidat du RN, je crains le pire. Et si en plus, personne n’a bossé sur le fond, on se retrouve avec des dirigeants sans programme solide et possiblement incompétents, précipitant le pays dans le chaos. Cela pourrait nous faire regretter la période 2024-2027, qui est pourtant la moins glorieuse de la Ve République.

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Le PS a perdu toute crédibilité

Le ridicule ne tue pas, et heureusement pour Olivier Faure. Alors que nous sommes à un mois de la pause estivale, que le sujet des primaires est discuté depuis des mois, voilà qu’ils sort de son chapeau une double primaire. Il propose qu’il y ait un premier scrutin, pour départager le PS et les groupuscules à sa droite, avant que le vainqueur n’affronte les candidats positionnés à sa gauche.

On se demande si Olivier Faure vit dans le monde réel. A quoi cela rime de proposer un tel système, politiquement incompréhensible, et matériellement impossible à mettre en place ? Cette forme de « en même temps », où il reste partisan du principe de la primaire, tout en sabotant le dispositif, achève de ruiner sa crédibilité. Cela montre à quel point le parti socialiste est au fond du trou.

Le but d’un parti, dans le cadre de la Ve République, est de sélectionner et de préparer un candidat à la présidentielle. La logique veut que ce candidat putatif soit élu à la tête du parti, afin de disposer des moyens de préparer et mener sa campagne. Une fois le moment venu, cela permet de dérouler ses messages. C’est exactement ce que font la France Insoumise, Renaissance, Horizons, LR, Reconquête et le RN. Il n’y a qu’au sein de la gauche réformiste (Écologistes et socialistes) où les choses se passent différemment.

On a pourtant deux partis structurés et organisés, avec un chef identifié, qui dans les deux cas, semblent avoir envie d »y aller, mais en sont empêchés. La culture politique de ce segment a toujours eu du mal avec la personnalisation et le fait d’avoir un « chef », d’où la désignation (hormis Mitterrand) de second couteaux peu charismatiques. Les victoires de Jospin de Hollande sont davantage des défaites de Chirac et Sarkozy, qu’un véritable engouement pour le PS. La confirmation a été apportée en 2002 avec l’élimination de Jospin dès le premier tour. Ne parlons même pas de François Hollande, qui n’a même pas été en capacité de se représenter (les sondages lui donnant 6%). Le chef n’étant pas une star, qui a tout sous contrôle, il peut donc être en permanence contesté en interne, par un autre second couteau qui pense avoir ses chances. Au PS, c’est Mayer-Rossignol (encore moins charismatique que Faure) et Vallaud, chez les Verts, c’est Sandrine Rousseau. Sans compter tous les représentants de chapelles, qui estiment que leur positionnement idéologique doit être présent dans le débat, et que ça passe nécessairement par leur candidature.

C’est sans doute très noble et juste de privilégier le collectif sur l’individualisme, mais en termes pratico-pratiques, c’est se tirer une balle dans le pied sur la ligne de départ d’un marathon. Or, le but d’un parti politique, c’est d’arriver au pouvoir (seul ou en coalition) pour être en capacité de porter (éventuellement) des idées . En sélectionnant régulièrement des personnalités ternes, qui se ridiculisent, on ne risque pas d’avoir une quelconque influence, surtout dans une cinquième République centrée sur l’élection présidentielle.

Ou alors, l’autre hypothèse, c’est que le PS a complètement achevé sa mue en cartel d’élus locaux, qui a fait l’impasse sur le national. Dans ce cas, c’est parfait, continuez comme ça !