Pour la deuxième fois de l’année, nous traversons un épisode de canicule, et ce n’est peut-être pas le dernier. Les effets de l’évolution du climat sont évidents, et nier ce changement relève de l’idiotie. Ou de la politique, tout comme insister lourdement sur ces épisodes (en dramatisant à outrance).
En partant du postulat que plus personne ne conteste sérieusement que le climat évolue, comment comprendre que les débats qui persistent ? Certains insistent à nier ou minimiser la part (importante) de l’action humaine, d’autres s’acharnent à dramatiser et créer des peurs autour des épisodes extrêmes. Tout cela est en fait politique, car la construction d’un fait, la manière dont on présente une situation et dont on pose le débat, oriente et présuppose la réponse.
La question de l’ampleur et de la responsabilité dans le changement climatique sont un débat important, qui conditionne des choix politiques. Faut-il consacrer davantage de ressources à ce thème ? Faut-il encore mettre l’effort sur la baisse des émissions, ou est-ce foutu ? Faut-il alors se concentrer sur l’adaptation ? Vu la disette d’argent public, qui finance tout cela ? Les solutions sont-elles dans la technologie ou dans la décroissance ? Autant de choix politiques qui sont rarement évoqués en même temps que les constats. Cette déconnexion m’agace, car ce n’est pas une bonne manière de débattre, consistant à imposer ses constats et ses urgences, pour mieux, ensuite, faire apparaitre ses solutions comme des évidences.
J’ai bien peur que cela ne suffise pas à remettre ce sujet sur le haut de la pile du débat politique en France. Le caractère exceptionnel, donc frappant, des épisodes caniculaires est derrière nous. C’est désormais devenu « ordinaire » et même si cela dure plus longtemps, je ne vois pas cela modifier la perception en matière d’urgence politique. Si cela change quelque chose, c’est bien plus sur l’adaptation que sur la lutte contre le changement climatique. Si modifier le bâti demande du temps et de l’argent, les habitudes sociales peuvent évoluer, notamment dans le monde du travail. Les canicules couteront certainement en productivité et en point de PIB, mais c’est un aléa parmi d’autres, et ce n’est rien, coté des dégâts que provoquerait un conflit militaire sur notre territoire. J’en veux pour preuve l’absence, pour l’instant, de la moindre annonce du gouvernement d’une inflexion de politique publique, et de changement dans l’allocation de l’argent public.
Si ce traitement médiatique ne fait pas nécessairement remonter la priorité politique du sujet, cela peut en revanche être contreproductif pour ceux qui jouent à ce jeu. L’offre médiatique étant abondante, ils vont tout simplement se faire mettre en « mute » et être lâchés par le public qui n’est pas leur noyau militant. Ils vont finir, sans s’en rendre compte, par être dans un bulle de filtre, où ils ne parlent plus qu’aux convaincus, laissant le terrain du grand public à d’autres, une fois l’épisode caniculaire terminé. Cela risque de radicaliser encore davantage chaque camp, ce qui n’est pas une bonne chose.
5 réponses sur « la couverture médiatique de la canicule »
La responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement ne fait pas débat. Le GIEC est très très clair la dessus. Le réchauffement que nous vivons depuis 50 ans EST causé par les émissions de GES engendrées par l’activité humaine (principalement brûlés des fossiles).
Oui, mais certains s’obstine à continuer à débattre, non pas parce qu’ils ne sont pas convaincus, mais juste parce que cette affirmation ne colle pas avec les choix politiques qu’ils préconisent. La Science a fait son boulot, et ce n’est plus l’objet du débat. On est dans la politique à l’état pur.
Il y a des partis politiques qui nient le changement climatique de nos jours ?
Le seul parti aujourd’hui qui propose une réponse facile à mettre en oeuvre et avec des effets concrets immédiatement visibles, c’est le RN. Et c’est… un grand plan de climatisation.
ça ne règle évidemment rien sur le fond, mais auprès d’électeurs qui auront vu leurs parents mourir de chaleur en EHPAD et dont l’école de leurs gosses devenue une bouilloire aura du fermer, ça va être diablement efficace.
Pour les autres partis, soit on est dans une déconnexion complète entre la politique menée et les enjeux (l’A69, la volonté de construire des méga data-centers sur des terres agricoles, autoriser la location des passoires thermiques…) soit on affiche une volonté louable, mais sans aller jusqu’au bout de ce que ça implique.
Parce que ça va coûter très très cher et être très impopulaire (exemple typique, les ZFE).
Pourtant, cette politique court-termiste va se payer. Par exemple, la fin des voitures à moteur thermique a été repoussée pour protéger notre industrie automobile. Le résultat, c’est que dans 10 ans, le marché sera inondé de voitures électriques chinoises performantes et abordables.
Et les constructeurs français couleront.
La proposition du RN est insuffisante mais pas absurde. Le problème n’est pas de choisir s’il faut baisser les émission de CO2 ou climatiser: il faut les deux!
Le réchauffement climatique est là que l’on veuille ou pas (je regrette le négationnisme qui sévit encore dans « mon » camp), il faut essayer de le contenir ET s’y adapter. Et la climatisation est un des éléments de l’adaptation – à adopter en dernier recours, certes, et avec modération, mais pas à rejeter intégralement par principe.