Depuis la fin février, et l’attaque des États-Unis contre l’Iran, le marché mondial des hydrocarbures est très perturbé. Et cela ne risque pas de s’arranger à court terme. L’arrivée de l’hiver, donc d’une plus forte consommation d’hydrocarbures, va provoquer des tensions encore plus fortes. Tous les gouvernements s’inquiètent notamment de la hausse du prix des carburants.
Le gouvernement français, échaudé par le précédent des Gilets jaunes, met donc en œuvre toute une comédie communicationnelle, à défaut d’avoir les fonds pour répondre à cette hausse. Cela en est pathétique, tellement elle montre l’impuissance du pouvoir en place dans notre pays, et son absence de pudeur.
En effet, Emmanuel Macron en est arrivé à réunir les responsables politiques, dans un format « de crise » pour leur donner des informations sur des ingérences russes, qui sont déjà largement connues et documentées. Il affirme également que la hausse des prix du carburant est due « exclusivement » aux désordres géopolitiques. Donc, en résumé, tout cela n’est pas de sa faute, avec en sous-texte, une tentative de s’auto-absoudre de son impuissance à y faire face.
Si effectivement, l’origine du problème ne vient pas de nous, il n’en reste pas moins que nous pourrions, ou aurions pu faire des choses pour atténuer les effets de ce choc. La première solution qui vient à l’esprit, c’est un soutien ponctuel, sur fonds public, pour atténuer la charge financière pour les particuliers, et éventuellement les secteurs économiques. Cela a déjà été fait par le passé, de manière même assez généreuse. Malheureusement, l’impasse financière dans laquelle nous sommes ne permet plus cette générosité. Et s’il y a des responsables à cette impasse financière, c’est bien les ministres des Finances des dix dernières années. Cela n’en rend que plus cocasses (on rit jaune) les messages sur la dégradation de nos finances publiques, de la part de Bruno Le Maire ou d’Amélie de Montchalin, anciens locataires de Bercy. L’intérêt d’avoir des finances publiques saines, c’est notamment de pouvoir faire face aux coups durs. Si nos finances ne sont pas saines, c’est parce que les vannes ont été ouvertes lors du Covid (le fameux quoi qu’il en coûte) et n’ont été refermées que bien tard, par manque de courage politique. Depuis 2024, à cause d’une dissolution qui n’était pas nécessaire, notre système politique est paralysé, et ne peut plus prendre les mesures nécessaires. Si nous n’avons plus de marge de manœuvre financière, c’est bien la faute d’Emmanuel Macron.
Il y a également un autre point sur lequel il aurait été possible d’agir, c’est de limiter notre exposition aux hydrocarbures. L’électrification des usages (transports, chauffage…) permet de moins dépendre du pétrole et du gaz. Cela demande certes des investissements, mais on voit tous, depuis longtemps, que cette dépendance aux hydrocarbures est un problème, et un scénario de hausse brutale des prix n’avait rien de saugrenu ou d’improbable. Le pire, c’est qu’avec notre parc nucléaire, nous avons (pour le moment) une électricité abondante et pas chère. Des efforts plus importants sur l’électrification, dans les années passées, auraient pu modérer un peu l’impact de la crise.
Mais au lieu de reconnaitre cela, et d’assumer des choix passés (qui peuvent se défendre), le président en place s’enfonce dans le déni, sans convaincre personne. C’est sans doute la pire attitude à avoir, en cette période de grande défiance (pour ne pas dire de haine) des citoyens vis-à-vis de la classe politique.
16 réponses sur « Le déni macroniste sur les carburants »
On peut ajouter le prix du fioul pour le chauffage, et la fin du tarif réglementé du gaz dont l’effet va se faire sentir cet hiver.
La crise des gilets jaunes n’a pas eu de débouché politique, faute de capacité des partis à s’en saisir, mais elle a clairement abîmé le pouvoir en place.
Ce n’est pas le bon moment pour se réclamer de l’héritage politique de Macron. Philippe et Attal vont essayer de faire oublier de qui ils ont été premier ministre.
Est-ce que l’on peut aussi discuter de la pertinence d’une politique de soutien à la consommation d’essence, ceci pour au moins 3 raisons :
– le besoin d’indépendance énergétique de la France
– la pollution locale et le CO2 émis
– soutenir la demande quand il y a pénurie contribue à augmenter les prix
Autrement dit, il y a besoin sur le court et moyen terme de moins de consommation d’essence : à moyen terme pour éviter justement des crises comme celles-ci en dépendant trop des relations internationales, pour la qualité de l’air, le climat, le bruit en ville; à court-terme pour faire face à la pénurie existante et qui existera quelle que soit la politique.
Alors, il y a régulation, parce que les gens évitent au maximum de prendre la voiture. Mais il y a aussi des besoins incompressibles à court terme.
Une entreprise qui tourne avec des intérimaires ou des saisonniers, par exemple, ne va trouver personne pour venir bosser parce que le déplacement coûtera trop cher.
Idem dans le secteur du soin et de l’aide à domicile, où certaines personnes en zone rurale ne trouveront plus personne qui voudra se déplacer.
Et la consommation chute parce que tout est mis sur le carburant, tant que c’est rentable d’aller travailler.
C’est de la décroissance, certes. Cela s’appelle aussi une récession.
Pour ce qui est des alternatives à l’essence, les constructeurs européens ont obtenu que le passage généralisé à l’électrique soit repoussé (ce qui prépare une future main-mise chinoise sur le marché de l’électrique) et les ZFE n’ont plus qu’une existence théorique.
Et comme il n’y a pas d’argent pour financer l’électrification du parc automobile, eh bien il ne se passe rien.
Journée à marquer d’une pierre blanche, cher Iznogoud – je suis tout à fait d’accord avec vous! Comme quoi, tout est possible … 😀
« Si nos finances ne sont pas saines, c’est parce que les vannes ont été ouvertes lors du Covid (le fameux quoi qu’il en coûte) et n’ont été refermées que bien tard, par manque de courage politique. »
Malheureusement les vannes ont été ouvertes il y a déjà longtemps, et personne depuis des décennies n’a eu le courage de les refermer. Et je pense que le bilan (négatif) du Covid est loin d’être encore fait (il y aurait beaucoup à dire de la conjonction gilets jaunes + Covid sur l’abandon de la réforme des retraites envisagées lors du 1er mandat d’Emmanuel Macron)
Ca fait des années que les voitures électriques sont techniquement prêtes mais on a réussi le miracle de politiser le truc, « c’est l’Europe qui nous impose ces véhicules pourris j’en voudrai jamais » dixit la droite / RN, alors autant dire que le gouvernement (qu’on l’aime ou pas) n’avait pas vraiment de poids (et vu sa popularité même plutôt un poids négatif) pour accélérer la transition. Il y a pourtant des bornes partout totalement sous-utilisées (je ne parle pas de quelques stations d’autoroute le week-end aussi chargées que les stations essence), c’est facile d’en mettre, tous les gens qui roulent à l’élec sont contents bref…
Les politiques publiques de soutien ont même eu le mérite d’un peu de constance sur le sujet (un peu, pas trop quand même, faut pas trop en demander à Bercy), le leasing social est une bonne initiative… Si EDF n’avait pas fait n’importe quoi avec ses soudures pile l’année de la guerre en Ukraine, les gens auraient bien plus confiance dans le prix de l’élec et on n’en serait plus là ! Oui pour des aides ciblées sur le carburant mais pas plus !
Le prix de l’électricité… vaste sujet. Le dogme de la concurrence a obligé EDF à vendre à bas prix de l’électricité à des distributeurs concurrents, qui eux ne produisent rien. C’est de la spéculation sur le dos d’EDF et in fine du consommateur.
Et le problème des centrales est comme bien d’autres : on sait que les décisions vont coûter très cher et avoir de lourdes conséquences, alors on les repousse le plus possible.
La solution 1, c’était de renouveler le parc, ce qui implique de démanteler les vieilles centrales et d’en construire de nouvelles.
La réalité, c’est qu’on ne sait pas vraiment démanteler, et qu’on est à peine capable d’en construire (le savoir-faire s’est tout simplement perdu, parce qu’on n’a rien construit pendant 20 ans, du coup on galère monstrueusement, sur des réacteurs de surcroît plus complexes comme l’EPR). Tout cela est faisable, mais ça prendra beaucoup de temps.
La solution 2, c’est de prolonger de 20 ans (au moins) la durée de vie des centrales. Cela va coûter très cher (beaucoup plus que d’avoir lancé des constructions de réacteurs neufs qui prendraient le relais des anciens), sans garantie qu’il n’y ait pas une multiplication d’incidents.
Le truc, c’est qu’à force de repousser la décision, la solution 2 est obligatoirement mise en oeuvre, car on ne peut pas attendre 15 ans une centrale neuve. On paye donc la prolongation de vie + la construction de nouvelles centrales.
Il pourrait y avoir une solution 3, qui serait une sortie progressive du nucléaire à mesure que les centrales arriveraient en fin de vie.
Mais cela implique d’une part une planification que personne n’a sérieusement envisagé, d’autre part l’abandon de la filière nucléaire française, que personne n’a envisagé non plus, malgré les multiples turpitudes des acteurs du secteur.
Les solutions 1 et 2 ne sont pas exclusives l’une de l’autre: même en rénovant, à un moment il faut construire du neuf.
Quand à l’EPR, sa complexité vient aussi d’une tare originelle (le E de European ou dEutschland), en plus d’une indéniable perte de compétence.
Sinon, pour la solution 3, on remplace le nucléaire par quoi? Parce qu’il me semble qu’il y a un objectif de haut niveau de décarbonation de l’économie, entre autre via l’électrification, or le nucléaire étant l’une des sources d’énergie les moins carbonées avec le bon goût d’être pilotable, il y a un « petit » sujet à traiter. Surtout avec les énergies renouvelables promues (éolien terrestre ou marin, photovoltaïque) qui nécessitent soit du stockage (qui n’a aucune chance d’exister à l’échelle suffisante d’ici 2050) soit du back-up (comme le gaz de nos amis allemands).
Quand aux turpitudes du secteur nucléaire, on parle de quoi? Parce que les mensonges ou la guerilla judiciaire des écolos, on pourrait en parler pendant des heures et des heures!
Pour ce qui est des turpitudes : en vrac, les pertes colossales d’AREVA dans des opérations douteuses en Afrique, la guéguerre avec EDF, les turbines d’ALSTOM vendues à General Electric par Macron et rachetées par EDF 10 ans plus tard, les sommes monstrueuses engagées dans les projets en Angleterre…
Je ne vois pas comment l’amateurisme des écolos peut se comparer à ça.
Le pilotage est un vrai sujet, qu’il faudra adresser de toute façon avec la montée des renouvelables.
Arrêtons de parler de la concurrence dans la distribution d’électricité comme un problème pour EDF ! EDF a complètement verrouillé le système pour empêcher les distributeurs tiers de vivre, toute la valeur est captée sans discussion possible dans la production et le réseau amont. Personne ne gagne d’argent dans la distrib, ils ont juste réussi à améliorer l’expérience client et réduire marginalement le coût de distribution. Si les prix montent c’est uniquement à cause des taxes (et maintenant un peu à cause du coût de revient de l’électron). EDF est un distributeur comme les autres, peu efficace d’ailleurs, et tout le monde vend au même prix !
Ce qui est certain en revanche, là je suis d’accord, c’est que le nucléaire a subi un manque de planification majeur, et ça c’est surtout la faute de Hollande et son 50% et la fermeture de Fessenheim. Dans ce contexte les turbines c’était plus le sujet ! et maintenant qu’on se remet bien tard à réfléchir et à planifier à 30 ans on se dit que tiens c’était pas une bonne idée !
Donc oui on est en retard sur le sujet, on a perdu des compétences. Ceci étant dit il en reste, il y a plein de projets de SMR, on sait encore faire les meilleurs sous-marins du monde. Relancer le nucléaire, c’est une décision politique, mais je ne vois pas comment faire sans, c’est robuste, pilotable, assez sûr, et faut s’y mettre sérieusement, on va juste devoir accepter que le nuc pas cher à 40€/MWh c’est fini, et que le nouveau monde c’est 100. Ca n’empêche pas d’exiger qu’EDF fasse son possible pour que ce soit le moins possible sinon on va tuer toute la production en France.
Pourquoi des aides ciblees au lieu de juste baisser la fiscalité sur le carburant?
C’est la majorité du prix non?
Vous en parliez sous Hollande.
Personnellement je ne vois pas pourquoi on aiderait de riches retraités. S’ils ont les moyens de rouler tant mieux pour eux, c’est le prix du marché. Baisser les taxes pour eux c’est donner de l’argent qu’on va devoir reprendre par ailleurs. Concentrer la baisse / les aides sur les travailleurs périurbains qui n’ont pas d’alternative me parait bien plus efficace en terme de dépense publique.
Oui mais les retraites votent…
La situation est pour moi ubuesque et sans bonne solution. Baisser les taxes sur l’essence alors que le but est de sortir du tout energie fossile. Et puis une fois les taxes baissees si les prix continuent a augmenter (ce qui est probable) on fait quoi ? Le gouvernement organise des distributions gratuites ? Et puis il est remarquable de voir que ceux qui sont pour cette baisse etait en partie contre les voitures électriques, les étoliennes, etc…
L’âge moyen du parc automobile français dépasse 11 ans. Et 13 ans pour les diesel. La grande partie des gros rouleurs sont des périurbains et des ruraux de classe moyenne et populaire pour lesquels la question de l’électrique ne se pose pas – au moins tant que leur vieux diesel est en état de rouler. Alors oui, une baisse des taxe bénéficierait aussi à quelques retraités aisés, faisant le tour des golfs en Porsche Cayenne (je sais, je caricature!), mais aucune mesure ne sera jamais bien ciblée à 100%.
Quant à la sortie des énergies fossiles, c’est du long terme – au mieux du moyen terme: c’est sans rapport avec une urgence de court terme.
A noter que Macron fait justement quelque chose : je viens d’apprendre que la France aide a la construction d’un oleoduc allant l’Irak a la Jordanie, qui évite complètement Hormuz et Bab el Mandeb.
C’est pour du long terme, mais ça vaut d’être noté !