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L’IA serait-il le cancer de l’économie ?

Le secteur de l’IA prend de plus en plus d’importance, à tous les niveaux. Les très grosses entreprises (OpenIA, Anthropic, Google et consorts) mènent le bal, manipulant les médias, les marchés et les politiques, au gré de leurs intérêts. Cela en devient inquiétant.

Le premier problème est l’aspiration du financement par les entreprises d’IA. Les chiffres de levées de fonds sont astronomiques voire délirants, et ce n’est peut être pas fini. Après avoir asséché le marché du financement privé, avec des levées de fonds énormes, ils s’apprêtent aussi à assécher les marchés boursiers. Résultat, il ne reste rien ou presque pour les autres, or d’autres secteurs ont aussi besoin d’investissements. Cet assèchement est aussi visible sur les marchés de composants dont ont besoin les entreprises d’IA, comme les micro-processeurs. Il n’y en a plus que pour eux, et tant pis pour le reste de l’industrie. Cet assèchement commence à avoir des conséquences pour les États, qui voient les taux d’intérêts monter dangereusement, tout simplement parce que les fonds partent ailleurs, et comme les investisseurs ont le choix, ils font les difficiles sur les dettes souveraines.

Le deuxième problème est l’emprise sur le récit médiatique. Depuis plusieurs années, on entend beaucoup de discours sur l’IA, dont une grande partie sont émis soit directement par les entreprises d’IA, soit par des consultants et organismes qui ont des intérêts dans le secteur. Les « vrais » experts, qui ne sont pas en conflit d’intérêts, voient leur parole noyée dans le flot, avec des médias qui ne font pas leur travail de décryptage. C’est pour cela que l’encyclique du pape était salutaire. Outre son contenu, intellectuellement intéressant, ce texte a permis de poser le débat autrement que par les biais recherchés par les entreprises d’IA, avec des préoccupations commerciales et financières. Mais il a fallu un poids lourd médiatique comme le pape, pour que cette parole « autre » soit audible. Par la suite, le troupeau de moutons a repris ses bonnes vieilles habitudes, de reprise sans recul des moindres annonces des patrons ou employés de boites d’IA. La dernière en date remonte au week-end dernier, où un ex-employé d’Anthropic a cherché à suscité la peur de manière assez grossière, avec des reprises qui sentent à plein nez l’opération de communication.

Le troisième problème est la mainmise des patrons de ces entreprises d’IA, sur la régulation politique et règlementaire de leur activité. Du fait de leur puissance financière et leur contrôle du débat médiatique, ils sont en capacité d’imposer leur loi aux politiques. Il ne faut pas réguler quand cela les arrange, puis plus tard, il faut le faire, parce que c’est leur intérêt. Je lis la dernière « panique » autour des dangers de l’IA, et de la nécessité de ralentir son développement, comme un souhait des grandes entreprises de fermer la porte derrière eux. Comme pour l’arme nucléaire, une fois que les grandes puissances l’on eu, elles ont lancé un vaste traité de désarmement, afin d’empêcher d’autres de l’avoir. On apprend à présent que ces patrons de grosses boites seraient favorables à une gouvernance mondiale de l’IA, mais sur la base d’une forme d’auto-régulation, sous leur contrôle. Aux États-Unis, ils ont fait allégeance à Trump, qui n’ira jamais contre leurs intérêts. En France, c’est Mistral qui a complètement marabouté Macron, qui est devenu leur lobbyiste en chef. Les mécanismes démocratiques ordinaires de décision publique sont déconnectés dès qu’il s’agit d’IA.

Cela ouvre la porte à des dérives (elles sont déjà entrées d’ailleurs) qui heurtent notre culture démocratique. Autant les dépenses fastueuses des « ultra-riches » me laissent totalement indifférent, autant leur pouvoir politique me dérange quand il atteint un tel niveau. Sur l’IA, c’est eux qui dictent tout, en manipulant le débat public et en imposant leurs solutions à des décideurs vassalisés. Et je pense qu’on n’est pas au courant de tous les détails. Cela pourrait provoquer un backlash monstrueux, si jamais la bulle financière de l’IA éclate, et que tous se rendent compte que les promesses mirifiques (comme l’IA générale) n’étaient que des illusions qui ne se réaliseront pas.

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