Après avoir repris la main en juillet, Marine Le Pen poursuit le travail de nettoyage du parti. Jordan Bardella, qui se voyait déjà en numéro 1, est en train de se faire écarter sans ménagement. Un nouvel épisode d’une longue histoire, où des numéros 2 un peu trop ambitieux ont été évincés, et sont retournés dans le néant politique.
Les premiers signes sont antérieurs de quelques jours à l’arrêt de la cour d’Appel qui a permis à Marine Le Pen d’être candidate. L’équipe censée entourer le candidat (encore putativement Jordan Bardella) ne comprend que des fidèles de Marine Le Pen, avec comme responsable de la communication sa nièce, qui se trouve aussi être l’ex de Bardella. Pas le moindre fidèle de ce dernier, et au contraire, une personne qui a toutes les raisons de le haïr. Dès le rendu de l’arrêt, Marine Le Pen met fin au suspense, par une déclaration de candidature ultra-rapide, qui n’avait sans doute pas été anticipée par Bardella et son entourage, mis devant le fait accompli, et les images publiées à ce moment illustrent le dépit de Bardella, qui a beaucoup de mal à le dissimuler.
Depuis, de multiples petits signaux mettent en évidence une mise à l’écart de la mouvance idéologique de Jordan Bardella. Le conseiller économique de Marine Le Pen, François Durvye (venu de chez Pierre-Edouard Stérin), annonce son départ début septembre, pour des désaccords stratégiques. Dans les faits, les journaux racontent que son sort était déjà scellé dès juillet. A travers lui, c’est la mouvance « conservatrice classique et ultra-libérale », qui est visée. Marine Le Pen rappelle ainsi qu’elle n’est pas sur cette ligne, mais est plutôt « bonapartiste », et donc étatiste et sociale. Libé rapporte que Marine Le Pen souhaite aussi remettre dans le jeu sa nièce, Marion Maréchal, qui incarne une ligne droitière dure, et qui est donc susceptible de mordre sérieusement sur les platebandes politique de Bardella.
Il lui arrive ce qui arrive aux numéros 2 qui se croient déjà calife à la place du calife. Un grand classique de la politique, où une fois que les chefs de parti sont solidement installés sur leurs fauteuils, ils sont quasiment impossibles à déloger. Le RN est, depuis le début, une PME familiale, où il faut faire partie de la famille pour espérer de bonnes places. Jordan Bardella a pris le bon chemin, en se mettant en couple avec une petite-fille de Jean-Marie Le Pen. Son erreur a été de croire qu’après lui avoir fait un enfant, il était libre de papillonner ailleurs, notamment avec une bimbo aristo italienne (qui le larguera quand elle n’en aura plus besoin). Il a scié la branche sur laquelle il était assis, et s’en rend compte aujourd’hui. Il n’était à cette place que parce Marine Le Pen le voulait bien. Et aujourd’hui, elle ne le veut plus. Sa camarilla partira avec lui, quand bien même ils sont compétents et prêts à toutes les contorsions pour occuper des places de pouvoir. Le RN, c’est la cour des Borgia, choisir le mauvais camp se paie très cher.
Dans les semaines ou mois qui viennent, Jordan Bardella va être marginalisé. Soit il l’accepte, et peut espérer conserver une place dans le dispositif. Il a encore quelques atouts. Il est président du parti, président de groupe au Parlement européen, il dispose d’une bonne notoriété. Mais pour cela, il va falloir donner des signes de soumission. L’autre alternative est son départ pur et simple, avec création d’un nouveau parti. C’est ce qu’on fait Bruno Mégret et Florian Philippot, avec le succès que l’on connait. Marion Maréchal a elle aussi suivi ce chemin, mais étant membre de la famille, la porte d’un retour n’a jamais été fermée. C’est toute la différence entre être de la famille par la naissance et n’être qu’une « pièce rapportée ».
2 réponses sur « Bardella, en route vers le cimetière des dauphins »
« Les dauphins sont faits pour s’échouer sur les plages »
L’adage frontiste date de Mégret, mais il est toujours valable.
Au passage, les dirigeants du MEDEF avaient bien misé sur Bardella, on les sent un peu embêtés maintenant.
Faire revenir Marion Maréchal serait effectivement un choix intelligent de la part de MLP. Elle se débarrasserait de JB sans pour autant désespérer la partie « libérale » de son électorat, et porterait un coup très dur à Reconquête (que MM a déjà a moitié coulé après les européennes).