En juin, je me posais la question de l’instrumentalisation, à des fins politiques, des épisodes caniculaires. Cela n’a pas manqué, et nous avons eu le droit à un matraquage, de la part des « usuals suspects » sur le fait que cet été terrible leur donnait raison, et qu’il fallait donc absolument que les politiques mettent en œuvre leurs préconisations. Aucune discussion, juste l’argument d’autorité, avec disqualification de ceux qui ne pensent pas comme eux.
Je ne peux que vous recommander la lecture de l’analyse d’Olivier Vial, que je partage largement, sur les raisons de l’absence d’impact des scientifiques et militants écologistes :
L’ensemble de l’écologie politique française pariait sur une même dialectique : plus les catastrophes s’accumulent, plus le réel validerait leur diagnostic et leur donnerait, dans les urnes comme dans la rue, l’ascendant qu’ils espéraient. L’été 2026 raconte le contraire.
Les Français sont parfaitement conscients du réchauffement climatique et de ses effets. Mais ils ne soutiennent pas majoritairement les solutions reposant sur la décroissance, prônées par le collectif écologiste. Le matraquage médiatique de l’éco-anxiété n’y change rien. Ils n’en font pas non plus leur préoccupation majeure, même si elle est dans le top 5. Les écologistes et climatologues se leurrent car ils sont enfermés dans une forme de radicalisation, qui les rendent inaudibles. Pour eux, le changement climatique est le problème numéro 1, et il ne peut pas être résolu par la technologie et l’adaptation, mais la décroissance. Ils en sont persuadés et admettent mal qu’on ne les suivent pas. Pourtant, ils peinent visiblement à convaincre au delà de leur cercle. Il suffit de voir comment Marine Le Pen a gagné des points cet été, en ne commentant pas la situation et en préconisant l’extension de la climatisation individuelle pour répondre aux vagues de chaleur.
Ce sujet du changement climatique mérite pourtant qu’on s’en préoccupe. Mais cela ne peut pas se faire par un traitement médiatique sous forme d’oukases de scientifiques et de militants qui estiment que la science et l’actualité météorologique sont une démonstration irréfutable de la justesse de leurs propositions. les choix politiques sont toujours un équilibre entre différentes contraintes, un arbitrage qui doit se discuter, et où il faut accepter des compromis. Une démarche que les scientifiques ont parfois du mal à comprendre.
21 réponses sur « Canicule et écologie ne marchent pas de pair »
Les gens commencent à saisir que l’atténuation ne remplacera pas l’adaptation. Les gens qui ont dépensé des dizaines de milliers d’euros en laine de verre et double vitrage, ou qui ont acheté un logement basse conso mais sans volet, ont souffert autant que les autres.
La climatisation est à l’écologie politique ce que la contraception est à l’église catholique. Quand la religion tente d’interdire et diaboliser qq chose d’utile et nécessaire, les gens se détournent de la religion, d’abord discrètement (la clim mobile honteuse) puis ouvertement.
C’est évident que l’été qu’on vient de vivre aura des effets sur la priorisation de dépenses d’adaptation, tant pour les particuliers que les collectivités. Mais il ne va pas convertir massivement les français à la décroissance.
« un arbitrage qui doit se discuter, et où il faut accepter des compromis »
Difficile de faire des compromis avec 40 degrés à l’ombre,
température supérieure au corps humain, donc invivable (à moins de ressembler au Sahel, à terme)
La décroissance s’imposera d’elle-même, quelque part.
Alors, de mon souvenir, le changement climatique était une priorité au moins affichée des gouvernants. Puis est arrivé la pandémie COVID-19 en 2020 avec la récession qui l’accompagnait. À ce moment-là, tous les objectifs ont été bazardés au nom de la reprise de la croissance.
ça n’est pas qu’on ne peut pas faire de la croissance avec une maîtrise du changement climatique. Mais cela prend plus longtemps et cela coûte plus cher.
Pourquoi attendre d’installer du renouvelable quand on peut maintenir ouvertes des centrales à charbon (décision de Macron) ?
L’objectif de fin des véhicules thermiques ? Aux oubliettes, sous la pression des constructeurs automobiles (ça se paiera très cher quand les chinois inonderont le marché de véhicules électriques fiables et bon marché et qu’on aura 10 ans de retard technologique).
La rénovation énergétique des logements, c’est de la croissance aussi.
À la place, le calcul du DPE a été modifié pour ne plus avoir à faire les travaux.
Si je voulais être taquin, j’appellerais ça de la décroissance, en tout cas pour le secteur du bâtiment.
A terme, on aura de la décroissance, mais elle sera subie, et réalisée de manière anarchique, et ne ressemblera pas à la sobriété. Comme toujours, les mieux lotis s’en sortiront et ce sont les plus fragiles qui paieront le déclassement de la France. La seule inconnue est la rapidité avec laquelle cela va arriver.
Je ne comprends pas comment articuler ce commentaire, à mon sens lucide, avec la présentation de la décroissance dans l’article, où elle apparaît comme une sorte de position idéologique bornée.
La décroissance économique est une certitude qui découle de la finitude des ressources, et de la dépendance de l’économie réelle à ces mêmes ressources. Sauf à couper les indicateurs économiques de toute réalité matérielle, la décroissance doit donc être considérée comme une fatalité, et ne relève donc pas de la décision politique : le choix « pour ou contre la décroissance » ne nous est tout simplement pas offert. Celui qui l’est, c’est d’en choisir les modalités : progressive ou brutale, organisée ou anarchique, égalitaire ou non.
Par ailleurs j’avoue être assez estomaqué par la conclusion sur les scientifiques qui auraient du mal avec les compromis. S’il y a intransigeance, ce n’est pas de la part des scientifiques mais des lois de la nature, qui n’ont que faire de nos négociations : nous avons brûlé tant d’hydrocarbures, nous subirons tant de catastrophes en plus, point. J’entends que le politique est concerné par différentes contraintes, mais je serais curieux de savoir lesquelles prennent le pas sur un enjeu qui, à mesure que la situation s’aggrave, relève de plus en plus de la survie pure et simple.
La décroissance n’est pas une fatalité. Ses penseurs occultent les effets de l’innovation. La croissance n’est pas une affaire de ressources brutes, mais d’efficacité dans l’utilisation des ressources. En revanche, un pays mal géré perd du terrain, et de fait, décroit, mais sans que ça soit le projet politique souhaité.
Concernant les scientifiques, ils sont dans leur rôle quand ils posent les constats de la situation, sur la base de leur travail scientifique. J’ai beaucoup plus de mal, quand ils publient des tribunes dans la presse (comme Jouzel ou Masson-Delmotte), pour dire que les politiques sont anti-sciences s’il n’accordent pas la priorité absolue à la lutte contre le réchauffement climatique, et que leurs arbitrages ne vont pas systématiquement dans le sens des préconisations des rapports du GIEC.
« La croissance n’est pas une affaire de ressources brutes, mais d’efficacité dans l’utilisation des ressources. »
Moui mais si vous n’avez pas de ressources brutes ou pas assez, vous n’allez pas croître non plus.
Alors trouver des solutions pour apprendre à s’en passer, à en consommer moins et à se débrouiller autrement, ça ne me paraît pas déconnant non plus.
D’accord avec le reste.
En même temps comment peut-on convertir les français à la sobriété quand le 1er personnage de l’état plastronne en une de Paris Match sur son jet ski dans les eaux d’un parc national?
Le poisson pourrit toujours par la tête.
L’histoire de l’interdiction des voitures thermiques, c’est principalement du à un intense lobbying chinois. Ils savent qu’ils ne seront jamais concurrentiels sur le marché des voitures à essence, et comme un moteur électrique, c’est dix fois plus simple à mettre au point qu’un moteur à explosion, ils se sont lancés à fond dans cette technologie, et ont utilisé le lobbying pour arriver à faciliter cette percée. Mais l’électrique ne résout en rien le problème du réchauffement climatique, puisque cette électricité, il faut la produire, et ça se fait essentiellement à base de centrales thermiques (la France est une exception dans le monde). De plus, c’est une source d’énergie qui a la particularité d’avoir des pertes importantes durant le transport et le stockage. Et quand on ajoute ces pertes dans les calculs de rendement du moteur, c’est beaucoup moins la joie de ce coté-là.
Le principal problème de l’essence, c’est qu’elle est constituée de molécules construites autour d’atomes de carbone enfouis sous terre depuis l’époque des dinosaures. Et donc, ses rejets en dioxyde de carbone vont forcément augmenter la quantité de molécules présentes dans l’atmosphère terrestre. La seule vraie solution, c’est d’utiliser un carburant dont les molécules sont constituées autour d’atomes de carbone qui sont présents dans le cycle actuel. Et c’est donc l’éthanol qui est la meilleure solution. Cependant, si on veut massivement développer ce carburant, il faut d’abord mettre en place un ensemble de lois qui vont permettre à son prix de ne pas influer sur celui de l’agriculture, et surtout, éviter aux grosses sociétés pétrolières de devenir propriétaires de ces terres agricoles.
« Ils savent qu’ils ne seront jamais concurrentiels sur le marché des voitures à essence »
Mais elles ne sont pas déjà concurrentielles les voitures à essence chinoises ?
Non, elles n’auront jamais l’image de marque des constructeurs historiques. Mais aussi, pour faire un bon moteur à explosion fiable, il ne suffit pas de copier ce que fait son voisin, il faut avoir de bons ingénieurs capables d’innover, ce qui n’est pas le cas de la Chine pour qui « Le travail d’un ingénieur, c’est de recopier le travail de son voisin » (phrase que m’avait dite une prof chinoise en école d’ingé).
Je pense que vous avez une vision très datée de ce qu’est la Chine.
Elle a rattrapé ses voisins et l’Occident et est en avance technologique sur quantité de sujets.
Vous confondez ‘copier parce qu’on ne sait pas faire autrement’ avec une attitude bien plus intelligente qui est : ‘copier sans scrupule parce qu’on s’en fout complètement des brevets et que personne ne nous demandera de compte, puis rejoindre le niveau des meilleurs, et enfin les dépasser parce que notre système éducatif et notre vénération de l’intellect sont bien supérieurs à tous ce que ces décérébrés d’occidentaux sont capables d’imaginer désormais’. Pro-tip: c’est la deuxième version qui est actuellement à la manoeuvre.
L’électricité est beaucoup plus efficace pour faire avancer une voiture quelque soit le critère que l’on prend (CO2, terre arable,… devant l’essence fossile et loin devant l’éthanol qui nécessiterait la plupart de nos terres arables, ressources en eau etc… Pour faire rouler notre flotte actuelle de véhicule.
Il n’est pas interdit de constater que les Chinois en bon challenger ont réfléchi et ont compris quelque chose que les constructeurs européens installés dans leur réussite et recherche de profil (quitte à se scier la branche sous le pied en désindustrialisant leur marché premier) n’ont pas pris le tournant…
Je dirais surtout que le changement climatique est l’argument numéro un des adeptes de la décroissance, mais absolument pas leur priorité.
Il n’y a qu’à voir leur opposition à toute forme de solution qui n’est pas decroissantiste et leur soutien à toute solution climaticide mais censée mener à la décroissance (« on en a trop fait sur le CO2 » disait tondelier face au retour en grâce du nucléaire).
Rajoutez y leur soumission à melanchon et leurs amitiés avec les islamistes et les verts ont la parfaite recette pour repousser les électeurs.
C’est dommage parceque beaucoup de leurs militants sont sincères dans leur démarches et pourraient apporter beaucoup s’ils seloignaient de la soupe charlatano-esotherique
Tout à fait.
Tant que les Verts et autres « écolo politiques » seront opposés au nucléaire, ils ne seront pas crédibles sur le climat.
On peut être très préoccupé par le CO2 et considérer par ailleurs que miser sur une technologie qui nécessite une stabilité et un État fort pendant plus d’une centaine d’année (au tout petit minimum) est une absurdité notamment si l’on envisage lucidement les conséquences en terme de stabilité du réchauffement climatique. Le Nucléaire est un formidable exemple de mal adaptation…
EPR est pour le nucléaire. Qui l’eût cru 🙂
Ah, les islamo-gauchistes, ça manquait au « débat ».
On a littéralement un parti fondé par des nazis qui risque d’arriver au pouvoir l’année prochaine, mais vous essayez encore de nous faire peur avec un parti écologiste qui plafonne à 2%.
Commentaire hors sujet. Ici, on ne parle pas du RN, mais des raisons de l’échec politique des verts malgré l’évidence d’une urgence écologique.
Leur proximité avec un parti (LFI) qui est à tort ou à raison perçu comme « islamo-gauchiste » (à raison, à mon avis, à tort selon vous, mais ce qui compte dans ce contexte est uniquement la perception) est une partie de l’explication.
Billet et commentaires très intéressants.
Cela rejoint le billet de Philippe Silberzahn pour qui, on a un problème de modèle mental et plus aucune envie de croissance. Quitte à sacrifier notre modèle social.
https://philippesilberzahn.com/2026/08/31/avec-le-rhine-group-mario-draghi-veut-relancer-la-croissance-europeenne-bonne-nouvelle-mauvaise-methode/