La présidente de WWF France vient d’être poussée à la démission par son conseil d’administration. Il lui est reproché d’avoir rendu public, sur Linkedin, sa participation à une manifestation « antiraciste » organisée par le maire LFI de Saint-Denis. Dans un mail interne rendu public par la présidente démissionnaire, on apprend que l’un des griefs est le risque que cet engagement public fait porter sur la collecte de fonds.
Cela pose un problème récurrent, celui de la place du militantisme politique des dirigeants associatifs. On ne s’engage pas dans des associations militantes par hasard, mais par conviction, et cela peut souvent être vécu comme une forme de militantisme. WWF fait partie de ces ONG fortement identifiées comme des porte-drapeaux de la lutte pour la protection de l’environnement, et comme une association proche des écologistes, donc marquée à gauche. Cela n’a d’ailleurs rien de déshonorant.
Ces associations sont donc confrontées à un dilemme, car la cause qu’ils défendent n’est souvent ni de droite, ni de gauche, et qu’en se marquant un peu trop d’une couleur politique, on se prive du soutien (notamment financier) de ceux qui ne partagent pas les opinions politiques affichées. Le choix de WWF a toujours été de bien marquer la différence, en plaçant en priorité la raison sociale, la défense de l’environnement, en se tenant loin de la politique militante. Les règles étaient donc claires, à la fois sur leur contenu et leur importance.
Quand on préside une structure, on l’incarne et on ne peut donc pas tout se permettre. La présidente de WWF a donc commis une erreur, en s’affichant publiquement à un évènement organisé à l’initiative d’un élu LFI. Le thème du meeting importe peu, le problème vient du fait que cette présence pourrait être vue par certains, comme une forme d’affiliation ou de proximité de WWF avec LFI. Dans ce domaine, les apparences comptent beaucoup, et l’important n’est pas tant la réalité de la situation (je ne pense pas que WWF soit une officine de LFI) que ce que peuvent en penser, voire en extrapoler, les observateurs.
Le conseil d’administration a donc décidé d’engager une procédure de révocation, et a donné à la présidente sortante, des explications basées sur le fait que ce mélange des genres peut avoir des effets sur les donateurs, et donc sur les ressources financières de la structure. Le sujet est critique, car les financements publics pour les associations et ONG est en baisse, et ça ne va pas s’arranger. Plusieurs associations similaires, comme Greenpeace France, sont en grande difficulté, avec un plan social en cours. La situation politique française étant particulièrement clivé, les responsables de WWF ont estimé qu’il pourrait y avoir des conséquences financières, si jamais les donateurs de confession juive venaient à penser que l’ONG s’est rapprochée de LFI.
La décision du conseil d’administration ne me parait pas scandaleuse, en sanctionnant un manquement aux règles internes. Apparemment, il y aurait également des « dysfonctionnements managériaux » qui ne sont pas précisés, qui n’ont sans doute rien arrangé. Le choix de sa ligne de défense, clairement affichée sur Médiapart « La présidente de WWF virée pour son engagement antiraciste » montre qu’il y avait un vrai décalage dans l’appréhension du sujet, par la présidente sortante. A un moment donné, les choses se seraient sans doute terminée de cette manière. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois, et il n’y a pas de quoi en faire un drame.
5 réponses sur « Militer ou présider une ONG, il faut choisir »
La ligne de défense du CA « on ne veut pas s’engager contre le racisme car on veut l’argent des juifs » est au grand minimum très maladroite. Certains diraient antisémite, mais ce qualificatif semble réservé à LFI.
Tu fais une erreur d’analyse. Ce n’est pas l’engagement sur l’antiracisme qui pose problème, mais la participation à un évènement organisé par un élu LFI. C’est ça qui peut faire peur aux donateurs juifs.
Il est évident que si une ONG s’associe ouvertement à un parti politique – surtout un parti aussi clivant que LFI – elle se coupe d’une partie de ses donateurs potentiels (et, en l’espèce, pas que le juifs). Ce n’est pas forcément illégitime, dans certains cas c’est même assumé, mais c’est rarement la meilleur façon de faire progresser une cause qui se veut trans-partisane, comme la protection de l’environnement.
Typiquement, j’ai résilié mon don à Médecins du Monde. Une ONG humanitaire n’a aucune compétence pour alerter sur la loi Duplomb ou se positionner sur le PLFSS 2026. Je n’aimais déjà pas beaucoup leur partenariat de fait avec le « ministère de la santé » de Gaza, ce furent les gouttes de trop.
J’ai l’impression à vous lire tous que finalement, la lutte contre le racisme, ça commence à bien faire… Si des actes racistes ont eu lieu, je ne vois pas comment on peut se tortiller pour expliquer que oui, mais…
Par ailleurs, il y a des gens qui ont déjà été condamnés pour racisme. Il y a par ailleurs LFI qui n’a jamais été condamné pour antisémitisme, à ma connaissance. Pour un Républicain, j’aurais pensé que le choix était vite fait.