Boris Vallaud vient de quitter la direction du PS, avec ses troupes, et donc de rompre la coalition qui le liait avec Olivier Faure. Celui-ci se retrouve donc sans majorité, mais pas encore renversé. Le timing est logique pour les socialistes (juste après les municipales) mais catastrophique pour le PS au regard du calendrier de la présidentielle.
Le prétexte de la rupture est le choix de faire, ou pas, une primaire pour désigner le candidat de la gauche réformatrice à la présidentielle. Au delà de cette simple question, il y a l’ambition de Boris Vallaud de prendre la place d’Olivier Faure. La bagarre n’est donc pas prête de se terminer, surtout si Olivier Faure veut se défendre. On peut penser que cela va paralyser le PS pendant un certain temps, au moins jusqu’à l’été.
Cela règle de fait la question de la primaire, car sans le PS, cela n’a aucun sens politique. Cela devient aussi matériellement très compliqué à organiser, s’il ne reste que des micro-structures sans moyens et sans militants. Les Verts, qui sont la plus grosse structure après le PS, sont bien incapables d’organiser quoi que ce soit, et certainement pas une primaire ouverte, à moins de la faire juste à Montreuil. Il n’y aura donc pas de primaire de la gauche réformiste, et c’est le « chacun pour soi » qui va être la règle. Cela favorise ceux qui sont en capacité de se lancer (on ne s’improvise pas candidat à six mois de l’échéance), à savoir François Hollande, Fabien Roussel et Marine Tondelier. En clair, ceux qui ont ou peuvent espérer avoir un parti organisé derrière eux.
Cela signe la fin du mythe des primaires comme moyen de sélectionner un candidat à la présidentielle. On va en revenir au bon vieux système des partis, dont c’est le cœur de métier que de sélectionner un candidat et de soutenir, financièrement et politiquement, sa candidature. Quand on regarde le paysage politique à cette date, les seuls candidats crédibles ont tous un parti derrière eux, et je ne vois pas d’où pourrait surgir le « En marche » de 2027.
Il va encore rester quelques arbitrages à faire au sein de la gauche non mélenchoniste, même si je doute qu’ils y arrivent. S’ils sont plusieurs, il est évident que, comme les deux dernières fois, Mélenchon leur passera devant, pour être (je l’espère) le troisième sur la ligne d’arrivée du premier tour de la présidentielle.
25 réponses sur « La fin définitive des primaires »
Tant mieux! C’était une fausse bonne idée, importée des Etats-Unis mais qui ne s’est jamais acclimatée en France et qui s’est avérée une redoutable machine à perdre (François Hollande en 2012 étant une exception plutôt de nature à confirmer la règle…)
L’importation de la méthode des primaires nous aura au moins permis d’éviter une autre candidature Sarkozy à une présidentielle, ce dont on peut se réjouir aujourd’hui.
On pourra bientôt renommer la prison de la Santé en son (dés)honneur « prison Nicolas Sarkozy » ;0)
Vous ne pensez pas que Mélenchon puisse être finaliste ?
Le risque existe. Mais comme les autres fois, cela ne dépend pas que de Mélenchon, mais aussi des autres candidats. Est-ce que le bloc central sera capable de faire l’union derrière Edouard Philippe, qui semble le mieux placé ? Est ce que la gauche réformiste arrivera à présenter un candidat qui fasse plus de 2% ? Pour le moment, mon pronostic est que Mélenchon arrive troisième, pas très loin d’Édouard Philippe. Comme les fois précédentes, en fait !
La gauche réformiste ? Quel nom étrange, les deux gros camps de gauche ont prévu des réformes.
Il y a la gauche radicale, qui veut renverser le régime, et la gauche réformiste qui veut juste faire quelques réformes, mais pas la révolution.
Bon ben, le PS est encore parti pour nous faire un 2% aux présidentielles. C’est pas que ce soit du à l’absence de primaires, mais plutôt à l’absence de réel candidat crédible pouvant satisfaire à la fois le parti comme les électeurs. Parce que François Hollande, même avec tout le monde derrière lui et tous les financements possibles, il ne parviendra jamais à reconquérir le public.
J’irais plus loin : le simple fait d’avoir a évoquer François Hollande comme candidat est un scandale, qui montre bien a quel niveau le PS est tombé.
Avec un candidat RN à plus de 30% et beaucoup de candidatures, on peut arriver à un seuil de qualification assez bas.
Le record est en 2002, où Jean-Marie Le Pen passe avec 16,88%.
Or le problème, c’est que 16,5%, ce n’est pas si difficile à faire et que ça ne va pas décourager des candidats de se lancer, bien au contraire.
Si Édouard Philippe a des concurrents sérieux sur son secteur politique, le ticket d’entrée au 2nd tour peut se jouer dans les 15%.
Attal peut légitimement se dire qu’il lui suffit d’arriver devant Édouard Philippe pour ensuite rouler sur Bardella.
Je trouve que les primaires sont devenues une cible facile, mais on confond un peu la cause et l’effet.
Ce ne sont pas elles qui ont envoyé Valérie Pécresse ou Anne Hidalgo à la déroute à la présidentielle : c’est qu’elles se sont trouvées là par défaut, en raison de la nullité du personnel politique de leur parti, qui n’avait à leur opposer que des hommes politiques de troisième ou quatrième zone (Ciotti, Stephane Le Foll).
En la matière, je pense qu’il y a davantage un effet « falaise de verre », ou d’autres personnalités politiques ont clairement vu que la raclée était inévitable et les ont laissées y aller.
De la même façon, on blâme les primaires pour l’échec de Benoît Hamon, mais quel scénario peut-on imaginer où le candidat PS, à la sortie du mandat de François Hollande qui est tellement impopulaire qu’il refuse de se représenter, n’aurait pas pris une rouste ?
En conséquence, je ne partage pas votre avis que les primaires sont enterrées : tant qu’il y aura des partis faibles où personne ne se détache, et où les leaders présomptifs ont intérêt à laisser les autres se planter, il y aura des primaires.
« S’ils sont plusieurs, il est évident que, comme les deux dernières fois, Mélenchon leur passera devant, pour être (je l’espère) le troisième sur la ligne d’arrivée du premier tour de la présidentielle ».
Je suis dérouté par cette phrase. Que vous ne souhaitez pas que Mélenchon l’emporte, je peux le concevoir. Mais souhaiter qu’il ne passe même pas le premier tour, quand l’alternative actuelle est le candidat de l’extrême droite (sauf surprise, Bardella) ?
En 2002, le simple fait que Le Pen se qualifie au second tour était ressenti comme une catastrophe pour la République. Aujourd’hui, est-ce qu’on en est à accepter cela comme un état de fait et que son parti serait légitime à être présent au second tour de la présidentielle pour la troisième fois d’affilée ? Avec qui plus est une chance non nulle d’arriver cette fois en tête ?
Est-ce que ce n’est pas là le risque le plus important ?
La présence d’un candidat RN (JB ou MLP) n’est pas un risque, c’est de loin l’hypothèse la plus probable. Or, JLM est le politicien qui suscite le rejet le plus fort, celui qui a le plus de chances de perdre devant JB ou MLP. La position d’Autheuil est donc cohérente.
Aux deux dernières élections présidentielles, Marine Le Pen est arrivée en deuxième position au premier tour. Et rien ne permet d’affirmer qu’à la prochaine, il n’en sera pas de même pour le candidat du RN (encore une fois, sûrement Jordan Bardella), face à un candidat qui occupera l’espace laissé vacant par Macron.
Donc, encore une fois, espérer que Mélenchon ne se qualifie pas, c’est préférer un nouveau duel droite/extrême droite, comme si la présence de ce dernier mouvement n’était pas une anomalie. Et pas un retour au clivage gauche/droite qui structurait la politique jusqu’à 2017.
Par ailleurs, rien ne permet non plus d’affirmer avec certitude la défaite d’un candidat, quel qu’il soit, face au RN, en cas d’un risque de victoire de ce parti.
En 2024, on prédisait la victoire du RN aux législatives anticipées de 2024, et une pression citoyenne pour un barrage républicain et une mobilisation dans les urnes ont fait mentir ce pronostic.
Lors des dernières municipales, on n’a pas non plus assisté à un raz-de-marée en faveur du RN. Malgré de bons résultats au premier tour, les habitants des communes où il s’était qualifié, comme Toulon, se sont mobilisés pour le faire perdre.
Authueil est, je crois, de centre droit. Vu que le RN sera au second tour – sauf changement extraordinaire – il est normal qu’il préfère que le deuxième candidat au second tour soit de centre-droit, plutot que de gauche radical.
Le pire, c’est que même moi, qui suis de centre-gauche, je commence à me dire que je préferais quelqu’un de centre droit que Mélanchon.
Pour être clair : ce n’est pas le programme économique de Mélanchon que je trouve innacceptable – meme si je ne suis pas d’accord avec tout – c’est sa position en géopolitique, son rejet des journalistes, ses tendances non-démocratique et son incapacité à négocier avec les autres mouvements de gauche.
Bref Mélanchon, comme bien d’autres, veut le pouvoir pour lui tout seul, et après Macron, ca devient un critère de rejet. Notre Constitution n’est pas suffisement armé pour résister à un Président qui voudrait imposer ses idées. Un candidat contesté en interne, ne pourra pas autant passé en force.
Si le programme économique de Mélenchon ne vous parait pas inacceptable, vous n’êtes pas de centre-gauche, mais de gauche-gauche…
Le candidat d’extrême droite est quasi certain d’être en tête au premier tour
Donc l’alternative à melenchon au 2e tour ce n’est pas l’extrême droite mais au contraire un candidat démocrate et républicain. Il faudrai peut être arrêter d’appeler tous vos opposants des fascistes.
On est au tout début de la campagne. Et à lire certains, tout serait déjà tracé. J’en doute très fortement. Clairement, personne n’est (à l’instant t) prêt ou en situation de l’emporter. Pas même au RN où Marine ne va pas accepter de se faire doubler par Jordan « comme çà ». Donc il y aura du sport. Coté « centre » tant que E. Philippe se tait, tout va bien. Dès lors qu’il va sortir du bois, il va y avoir du monde pour soit le défriser sur son bilan (car il en a un) soit pour ne pas suffisamment défendre ce bilan (et il y aura des soutiens de M. Macron pour cela). La gauche est peut être la mieux armée en ce sens qu’elle parvient à se souder quand tt est terminée et le fait même que le PR Macron soit précisément accusé de verrouiller l’appareil d’Etat peut apparaitre paradoxalement comme une sécurité juridique contre les élans d’un M. Mélenchon. Qui du reste (comme il l’a lui-même indiqué en 2024) sait qu’il sera limité par un PM qui ne lui serait pas favorable. Avec par contre la malice (ironique) de procéder comme M. Macron en faisant fi des électeurs, mais çà c’est encore autre chose. Au delà, il me semble qu’écarter M. RETAILLEAU est dommageable car il pourrait bien être la « sécurité » du « centre droit ». Quitte à ce que lui soit imposé par la suite un PM récalcitrant ou plus « apaisé ».
Pitié, Retailleau n’est pas de centre droit mais d’extrême droite…
Je vous rejoins sur le fait que la campagne n’a même pas commencé : je ne vois pas Bardella tenir la campagne sans se crasher, c’est un jeunot second couteau sans expérience politique ou expérience politique sérieuse (vu qu’il est jamais au Parlement européen…)
Selon que l’on soit de droite ou de gauche, on ne définit pas les extrêmes de la même manière. Pour moi, Retailleau est de centre-droit et Mélenchon d’extrême gauche, pour vous c’est l’inverse.
Je propose une définition un peu plus objective des extrêmes: un partit ou un homme politique est extrémiste si – et seulement si – il promeut ou cautionne la violence politique, est ouvertement raciste ou xénophobe et/ou met en cause les institutions démocratiques.
Parmi les partis représentés à l’AN, je n’en connais qu’un seul qui répond à cette définition. Un parti qui se range derrière un député fiché S, condamné pour violences, fondateur d’une association dissoute suite à un meurtre, et dont est issu un maire qui appelle de ses vœux une insurrection au cas où le résultat de l’élection présidentielle ne lui conviendrait pas…suivez mon regard.
Il y a aussi des extrémistes de l’autre côté du spectre, et ils peuvent être tout aussi violents, mais ils ne participent pas (plus) aux élections ou sont relégués au rang de troisièmes couteaux.
Le RN, même s’il cherche à le cacher, répond également à la définition du parti extrémiste. Et Bruno Retailleau n’est pas très loin de la ligne jaune sur quelques points importants. LR est en train de devenir l’aile gauche du bloc réactionnaire.
Pouvez-vous préciser quelle est la ligne jaune que Retailleau est près de franchir? Et où situerez-vous un Charles Pasqua, voire un Charles de Gaulle, s’ils étaient encore en vie?
Pasqua serait le chef de l’UDR. Pour ce qui est de Retailleau, sa petite phrase sur l’Etat de droit qui n’est pas intangible, ou son obsession contre « l’entrisme islamique » sont des signaux inquiétants.
Votre définition couvre énormément d’hommes ou de femmes politiques
Pourquoi pas un scrutin préférentiel ? C’est ce qu’avaient fait les Démocrates pour la mairie de New York. Les avantages sont doubles : l’élu bénéficie d’une vraie légitimité, et la compétition est beaucoup moins agressive, puisque les candidats évitent de braquer les supporters des autres camps.
Il y a plusieurs possibilités pour le mode de scrutin. Le principal souci est que les citoyens comprennent celui qui sera choisi, et le considèrent comme juste et adapté au besoin. Donc, surtout pas trop compliqué, et gardant un minimum d’incarnation.