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Le théâtre d’ombres des annonces politiques

Ces dernières semaines, le gouvernement multiplie les annonces de projets de loi, donnant ainsi l’impression d’agir. Comme j’ai eu l’occasion de le dire (et jusqu’ici, ça se confirme), pas grand chose ne va se retrouver au Journal officiel. Mais au train où ça va, pas grand chose ne sera examiné non plus, à un niveau qui devient indécent.

Le calendrier parlementaire de l’Assemblée est connu jusqu’à la mi juin, et il reste la dernière semaine de juin, et probablement deux semaines en juillet, avant de partir en vacances. A la rentrée, on va entrer dans le cycle budgétaire, dont on sait quand il commence, mais pas vraiment quand il se termine. Puis viendra la campagne pour l’élection présidentielle, qui amène le Parlement à suspendre ses travaux fin février. On peut raisonnablement penser que le président élu en mai 2027 souhaitera dissoudre l’Assemblée, remettant ainsi tous les compteurs à zéro.

Pour trois à quatre créneaux (si tout se passe bien, et ce n’est pas gagné) nous avons dans la file d’attente au Palais-Bourbon les projets de loi : Police municipale, sécurité intérieure, Transports, DDAUDE, Justice criminelle. la vie chère en Outre-Mer, l’ouverture des boulangers et fleuristes le 1er mai. Le gouvernement a par ailleurs annoncé plusieurs textes, pas encore passés en conseil des ministres : Logement, lutte contre l’antisémitisme, lutte contre l’entrisme islamique, allocation sociale unique. Et je ne parle pas de toutes les propositions de loi en attente, souvent insignifiantes car traitant de sujet très circonscrit.

C’est assez irresponsable de lancer autant de sujets dans les médias, en faisant croire qu’ils seront traités, alors même qu’il n’en sera rien. Depuis 2024, les députés ont l’impression de travailler beaucoup, pour peu de résultat. Ils en ont maintenant la certitude, d’où la faible mobilisation des députés du bloc central. A quoi bon ? La législature, si tant est qu’elle commencé, est déjà finie. Mais les comédiens continuent à jouer la pièce, comme si de rien n’était, donnant une impression d’irréalité à notre vie publique et institutionnelle. Ce théâtre d’ombres est sans doute cela qui m’inquiète le plus, car pendant ce temps, les « vrais » problèmes sont traités ailleurs, sans bénéficier de l’attention médiatique nécessaire.

Le pire sera quand les « simples citoyens » vont également s’en rendre compte, si ce n’est pas déjà le cas. Si on voulait discréditer les institutions et donc notre système démocratique, on ne s’y prendrait pas autrement.

5 réponses sur « Le théâtre d’ombres des annonces politiques »

Le dernier grand texte passé avant une présidentielle, c’est la loi El Khomri de 2016, qui n’est pas pour rien dans la déroute électorale du PS en 2017.
On peut supposer que la leçon a été retenue, et que plus personne n’ose passer en force dans une année qui précède la présidentielle.
Donc oui, toutes ces annonces ne sont que de l’affichage, et elles n’iront pas au bout s’il y a un peu de résistance.
Pour les députés macronistes, il y a une spécificité : ayant un ancrage local faible, ils doivent compter sur un président issu du « bloc central » pour assurer leur réélection et se raccrocher au bon cheval.
L’opinion d’Édouard Philippe sur une loi va très rapidement nettement plus compter pour eux que celle de Macron.
Les LR vont labourer leurs circonscriptions pour continuer à survivre, LFI et le RN sont déjà dans la campagne présidentielle, on ne voit plus très bien qui va encore s’intéresser au parlement (je ne parle même pas du PS, qui ne sait pas où il va ni ce qu’il veut).

C’est vrai qu’on vit dans un monde où François Hollande croit encore pouvoir revenir à la présidence.
Mais avec les épisodes de la loi Yadan et de celle du 1er mai, il semble quand même que Lecornu soit au fait du risque d’enflammer les oppositions.

Il sait que depuis la fin des municipales, l’atmosphère est très inflammable. Ce qu’il n’avait pas mesuré (maintenant c’est fait), c’est que Attal est un gosse qui joue avec les allumettes.

Je ne suis pas certains que ce soit un problème spécifique aux politiques d’avoir du mal à retenir les leçons.

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