Catégories
Non classé

Changer le nom ne change pas la réalité

J’ai d’abord cru à une blague du Gorafi, quand j’ai lu que le gouvernement voulait rebaptiser les Etablissements d’hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) en « maison France Autonomie ». Rien ne va.

Les ehpad sont un sigle pour désigner une catégorie d’établissements, un terme technique, un acronyme qui a progressivement remplacé ce qu’on appelait autrefois « maison de retraite » et encore avant « hospice ». La réalité de ces établissements n’est pas plaisante, surtout dans une société qui survalorise la jeunesse et la bonne santé, puisque c’est rempli de personnes âgées, atteints de toutes sortes de pathologies, physiques, mais aussi souvent mentales. Exactement ce que notre société cherche à cacher, à savoir la décrépitude et la mort.

Changer le nom ne fera rien sur la réalité, surtout si on n’y met pas de moyens financiers et matériels. Car ces lieux demandent du personnel, pour un minimum de soins, afin d’assurer le bien-être et la dignité des résidents. On n’a ni les moyens de les payer, ni les volontaires suffisants pour ce travail difficile. Parce qu’effectivement, ça coute cher, et que pour les bien-portants, qui décident de l’allocation des ressources, ce n’est pas une priorité. D’où des scandales, comme celui d’Orpea, où la logique du profit amène à pousser au maximum et au delà de l’acceptable, ce qui se fait dans beaucoup d’endroits. La maltraitance des personnes âgées en établissement est un problème récurrent, qui ne se règlera pas avec un changement de sigle, pour des pratiques inchangées.

Le pire est le choix du nom, qui fait penser à un établissement public. Comme beaucoup, je trouve un peu ridicule de tout rebaptiser « France machin », mais il y a au moins une logique, c’est que la structure ainsi nommée est un service public, dépendant de l’Etat. Avec les « maisons France autonomie », ça n’est pas le cas, à moins que cela soit une vaste opération de nationalisation de tous les ehpad, pour en faire un grand service public d’Etat. En plus du ridicule, cela dénature l’ensemble du rebranding « France Machin », en perturbant la perception du public.

Le choix est également malheureux, car il dit l’inverse de ce qui existe. Les Ehpad, c’est l’endroit où vont les personnes âgées qui ont totalement perdu leur autonomie. Aujourd’hui, les gens restent chez eux au maximum, jusqu’à ce qu’ils ne puissent vraiment plus, malgré tous les dispositifs de maintien à domicile (et ils sont nombreux). S’il fallait trouver un nom, ça serait plutôt « France perte d’autonomie » ou « France grabataire » qui seraient plus adaptés. Entrer à l’ehpad ne rend pas l’autonomie, sinon, ça se saurait.

On touche donc vraiment le fond de l’action politique, où les ministres en sont à proposer des conneries, juste pour faire croire qu’ils agissent. Rien de mieux pour discréditer l’action publique et alimenter le dégagisme !

8 réponses sur « Changer le nom ne change pas la réalité »

J’ajoute que « France autonomie » n’excelle même pas dans sa catégorie. Il aurait fallu choisir la dénomination « France Bel Âge », pour mettre en valeur les synergies douces au profit de nos aîné-e-s.

Go rebaptiser les présidentielles « France Dégagisme » ou « France Révolution », notre savoir-faire national est multiséculaire.

Le H est pour hébergement, pas pour hospitalier (d’ailleurs, seule une minorité d’EHPAD sont hospitaliers).

Les termes qui disent le contraire de la réalité c’est un peu la normale en politique depuis longtemps.

Tiens, même « France travail »…

Si j’en crois les communiqués ce changement se veut aussi un changement de philosophie et traduit une volonté de transformation en profondeur de ce que sont les Ephads. Mais en ces temps de disette je doute. Les derniers changements de nom que j’ai connu ont surtout était le signe d’une réduction des moyens… du genre faire plus et mieux avec moins. je crains que nos politiques ne soient dans l’air du temps: personne ne veut payer pour les « vieux ».

Je ne résiste pas à la rediffusion :

« De même qu’on dit aujourd’hui un non-voyant pour ne pas choquer la susceptibilité des aveugles, ou une non-bandante pour ne pas choquer la susceptibilité des boudins, on devrait créer un néologisme pour ne pas choquer la susceptibilité des Corses. On pourrait dire les « non-bossant », par exemple. C’est une simple question de délicatesse. Ainsi, moi qui vous parle, j’ai un beau-frère nain, cul- de-jatte, manchot, sourd-muet, con et pacifiste. Pour égayer sa vie, il suffirait que nous l’appelions le non- grandissant, non-gambadant, non-embrassant, non- entendant, non-jactant, non-comprenant et non-violent. Je dis « non-violent » parce que quand je lui balance mon poing dans la gueule, c’est rare qu’il me le rende.

Tout cela, répétons-le, est affaire de délicatesse. On ne dit plus un infirme, on dit un handicapé, on ne dit plus un vieux, on dit une personne du troisième âge. Pourquoi, alors, continue-t-on à dire « un jeune » et non pas « une personne du premier âge » ? Est-ce à dire que dans l’esprit des beaux messieurs bureaucratiques qui ont inventé ces merveilleux néologismes, la vieillesse est une période de la vie infamante au point qu’on ne peut plus l’appeler par son nom ? Est-ce que nous vivons au siècle de l’hypocrisie suprême ?

Il y a de plus en plus de vieux. Ils meurent de plus en plus seuls. On les retrouve souvent recroquevillés dans leur mansarde avec le crucifix sur le ventre et le squelette du chat à côté, morts depuis des semaines et des mois, si l’on en croit les gazettes. Ou alors ils moisissent et s’éteignent dans des mouroirs provinciaux bien proprets. Dans l’indifférence générale, car les jeunes ont le problème de la vignette moto, il faut vraiment les comprendre. Tout cela serait horrible, mais on dit « personne du troisième âge » au lieu de dire vieux et le problème est résolu. Il n’y a plus de pauvres vieux, mais de joyeux troisième-âgistes. Il n’y a plus de pauvres affamés sous-développés, mais de sémillants affamés en voie de développement. Il n’y a plus d’infirmes, mais de pimpants handicapés. Il n’y a plus de mongoliens mais de brillants trichromosomiques.

Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *