Je vois monter un climat de polarisation politique qui m’inquiète beaucoup. L’acceptation de l’altérité diminue et les conflits sont de plus en plus exacerbés, et ne portent plus sur le contenu des programmes, mais sur le déni de la légitimité de l’adversaire. C’est en général comme cela que commencent les guerres civiles, quand on refuse à l’autre le statut de membre de plein droit de la société politique, et où le but est de l’éliminer du spectre politique.
Cela traduit par exemple dans les débats sur l’audiovisuel, où la gauche fustige les « médias Bolloré » tandis que l’extrême droite s’en prend aux médias du service public. L’affirmation de l’extrême-droite, et sa montée en puissance médiatique (en même temps que dans les urnes) semble frapper de panique une gauche, habituée à vivre à l’abri derrière une ligne Maginot. Dans ce cadre, il est postulé que l’extrême droite ayant des idées « nauséabondes », ils ne sont pas légitimes à la qualification de « républicain », et il n’est donc pas question de s’abaisser à débattre et à contre-argumenter.
Cela peut tenir lorsque l’extrême-droite est réellement marginale, mais pas quand elle passe régulièrement la part des 30% des voix. Quels que soient les désaccords profonds qu’on peut avoir avec leurs idées et leurs postulats, on ne peut plus se contenter de les exclure du champ du débat public, il faut changer de pied, et argumenter. C’est là que le bât blesse pour une gauche qui a, pour partie, arrêté de travailler sur le fond depuis des années, et n’est plus en capacité de proposer un programme qui séduise. Cela vaut aussi pour la droite et le centre, où le travail doctrinal est loin d’être à la hauteur. Mais étant au centre du jeu, et donc en possibilité d’envisager une alliance (ce qui est une impossibilité pratique pour la gauche), le positionnement n’est pas le même. Ce travail doctrinal peut être soit l’élaboration d’un corpus libéral (mon option), soit un recyclage de certaines positions de l’extrême-droite, pour faire du racolage électorale et/ou préparer les convergences pour une possible coalition.
Le drame démocratique que je vois se profiler est que les différents camps reculent devant le travail de fond, et se font dans la facilité. Pour la gauche, c’est celle de la disqualification à tout prix, et du refus de reconnaitre la légitimité de l’extrême-droite à participer à l’exercice du pouvoir. Cela pourrait amener à refuser de considérer comme légitime un gouvernement dont l’extrême droite fait partie (en position dominante ou subalterne). Le scénario d’une victoire du RN est plausible, et on irait alors vers une crise politique majeure, surtout si le RN l’emporte face à Mélenchon.
A la droite et au centre, le risque est de penser qu’on peut faire alliance (explicite ou tacite) avec l’extrême-droite. Le risque est majeur chez LR, où ils me semblent de plus en plus prêts à servir de supplétifs à un RN qui remporterait la séquence électorale de 2027. Or, c’est probablement LR qui tient la clé, en cas de résultats serrés, car le bloc macroniste me semble un peu étroit, tant sur le plan des idées que sur l’arithmétique électorale. Édouard Philippe m’est sympathique, mais est encore loin d’être au niveau par rapport aux attentes de la population. Ressusciter le RPR ne me semble pas une réponse adaptée à la situation politique de 2026. Sans un gros travail doctrinal, il ne risque pas de représenter un barrage très solide face à l’extrême droite.
En bref, si personne ne fait un travail de fond, pour réellement écouter les attentes des électeurs et y répondre de manière crédible, on va doublement dans le mur. Avec une configuration où c’est la trajectoire et la vitesse acquise qui priment, le RN sort en tête, sauf nouveau front républicain, qui ne fonctionnerait que pour le bloc central. Avec un second tour Mélenchon-candidat du RN, je crains le pire. Et si en plus, personne n’a bossé sur le fond, on se retrouve avec des dirigeants sans programme solide et possiblement incompétents, précipitant le pays dans le chaos. Cela pourrait nous faire regretter la période 2024-2027, qui est pourtant la moins glorieuse de la Ve République.
Une réponse sur « La polarisation qui monte »
Le « sympathique Edouard Philippe », pardon mais j’ai ri.