L’étude du CEVIPOF sur la confiance des français dans la classe politique est effrayante. Les chiffres qui étaient déjà bas avant, attestent d’un niveau de défiance qui peut basculer en détestation et en rejet brutal. Jamais la cassure n’a été aussi profonde entre les citoyens et leurs représentants. Une situation qui doit alarmer et amener à des réactions.
Les Français aiment toujours la politique, mais sont désespérés par l’inefficacité de leurs représentants, et par la paralysie du système décisionnaire. Je suis complètement sur cette ligne. Le spectacle donné par les travaux parlementaires, depuis maintenant un an et demi, est pathétique, avec des votes erratiques et incompréhensibles, des débats médiocres, menés par des incompétents qui ne savent pas toujours de quoi ils parlent. Résultat des courses, il ne se passe rien, les réformes ne sont pas lancées, ou alors s’enlisent. Le temps parlementaire est occupé par des petits bouts de textes, sur des têtes d’épingle, où on trouve les moyens de déposer des centaines d’amendements, pour finir par ne pas adopter le texte.
Ce qui risque d’arriver, c’est une réaction violente, où les français jettent le bébé avec l’eau du bain, et en viennent à soutenir ou à tolérer des formes autoritaires d’exercice du pouvoir. Le fruit est mur pour un président élu en 2027, qui prétendrait se passer du Parlement pour diriger le pays. La défense de la démocratie parlementaire serait inaudible, et ce sont les parlementaires eux-mêmes qui en seraient responsables.
La solution n’est pas simple, car multifactorielle. Il faut à la fois agir sur les institutions et leur fonctionnement interne, mais aussi sur la manière d’attirer et de sélectionner le personnel politique (les modes de scrutin ne sont que la pointe de l’iceberg), et enfin sur la culture politique.
L’essentiel, qui est malheureusement le plus négligé, c’est la qualité du personnel politique. On peut avoir les meilleurs institutions du monde, si elles sont peuplées d’incapables, elles ne fonctionneront pas bien. Une des raisons du spectacle lamentable donnée ces derniers temps par la classe politique vient d’un affaissement de la compétence. Et le mal est en train de gagner les cabinets ministériels, touchés par une juniorisation inquiétante, et demain, ça sera la haute fonction publique.
S’investir en politique, du moins au niveau national ne fait plus recette. Trop de contraintes, de violence, pour bien peu d’avantages, font que les meilleurs vont faire autre chose. La nature ayant horreur du vide, ce sont les seconds, voire les troisièmes couteaux qui prennent la place. Deux grandes réformes des années 2010 portent une lourde responsabilité, la création de la HATVP et le non cumul des mandats.
La HATVP est née d’une série de scandales, comme la vie politique en produit régulièrement. Elle répond aussi à une demande sociale, d’avoir des données et des éléments objectifs pour évaluer la probité des élus, avec un champ qui s’est progressivement étendu aux entourages des politiques (cabinets ministériels) et à la haute fonction publique. Si l’intention est bonne, la mise en œuvre est catastrophique, avec des effets de bord énormes, sans pour autant atteindre les buts initiaux (qui étaient de rétablir la confiance des Français dans leurs dirigeants…). Désormais, outre une foule d’obligations déclaratives parfois excessives, et appliquées de manière tatillonne, le personnel dirigeant est sommé de venir de nulle part, et de repartir nulle part, au nom de la lutte contre les conflits d’intérêts. En clair, les passages public-privé sont devenus compliqués, car la HATVP veuille, à l’entrée et à la sortie, pour que vous ne puissiez pas aller là où vous avez une valeur ajoutée. Un ministre des transports aura du mal à recruter un conseiller venu d’une entité du secteur, et inversement, quelqu’un sortant d’un cabinet ministériel ou de la haute fonction publique, n’a pas le droit de rester dans le secteur qu’il a supervisé (et qu’il connait donc bien). Un passage par la politique ou les cabinets ministériels, d’accélérateur de carrières qu’il était, est devenu un frein.
Quand vous êtes une personne brillante et talentueuse, pourquoi donc iriez-vous interrompre une carrière dans le privé, où vous gagnez bien plus que dans le public, où on ne vous demande pas de remplir des déclarations à tout va, pour servir l’intérêt général ? Cette étanchéité pénalise surtout le secteur public, car il offre des conditions moins intéressantes que le privé. Même si certains ne refuseraient pas servir leur pays pendant quelques années, les sacrifices que cela représente sont devenus trop dissuasifs. La carrière publique est devenue un tunnel, et quand on en sort, on n’y revient plus.
Le nom cumul des mandats nationaux et locaux a creusé encore plus le gouffre, car le niveau national a finalement assez peu de postes exécutifs à proposer aux élus ambitieux, à part ministre. En revanche, le niveau local en est rempli, et quand vous entrez en politique, c’est pour être aux manettes, et avoir la capacité de mener à bien des projets concrets. C’est en étant maire, ou président de conseil départemental ou régional, que vous éprouvez des satisfactions, pas en étant juste membre d’une assemblée délibérative, aussi prestigieuse soit-elle. Un nombre important de personnalités politiques de bon niveau ne s’y sont pas trompés, et on fait le choix du local, plutôt que du national. Le mouvement est à nouveau massif pour les municipales de 2026. Le seul cas de chemin inverse est celui de Laurent Wauquiez, qui a compris que s’il voulait être président de la République, il fallait revenir dans le jeu au niveau national. Être un grand baron local ne permet plus de jouer dans la cour des grands, comme on l’a vu avec Xavier Bertrand.
Il est donc urgent de faire revenir les meilleurs en politique, comme élus, mais aussi dans les entourages. Cela implique de revoir ces deux réformes, sans nécessairement revenir complètement en arrière.
Le choix politique fait en créant la HATVP est celui d’un contrôle externe, où on met le contrôleur à l’entrée et à la sortie, sans se préoccuper de ce qui se passe réellement entre les deux. Il manque clairement un étage, celui d’une régulation interne, avec des déontologues, placés au sein des structures, qui peuvent voir en temps réel ce qui se passe, et y mettre un coup d’arrêt si nécessaire, en imposant par exemple des déports. Cela permettra d’instruire réellement les dossiers, pour la suite de la carrière, et d’éviter des refus absurdes, basés sur l’intitulé du poste, plutôt que sur la réalité concrète des fonctions exercées. La HATVP garderait comme rôle d’édicter la doctrine et de contrôler les contrôleurs.
Sur le cumul des mandats, le sujet de fond est celui du lien entre les deux niveaux, local et national. Dans un état aussi hypercentralisé que la France, faire une carrière nationale implique d’être très bien connecté avec les cercles de décision parisiens. Soit on garde ce modèle, mais dans ce cas, il faut rétablir le cumul des mandats, pour permettre aux grands élus locaux, par ce biais, de rester suffisamment en connexion avec Paris. L’autre hypothèse est de réaliser une véritable décentralisation, en déléguant réellement du pouvoir aux grands élus locaux. On élargirait ainsi le « cercle du pouvoir » en obligeant les parisiens à se préoccuper de ce qui se passe « dans les territoires » et donc, à se connecter avec les grands élus locaux. La situation actuelle de déconnexion des deux niveaux est réellement problématique, et pourrait devenir le ferment d’une future crise institutionnelle.
Sur le plan institutionnel, il n’y a pas de recette miracle, tous les systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Ce qui manque en France, ce sont des mécanismes intégrant réellement la société civile organisée, dans les processus de décision. Le CESE n’est qu’une vaste blague, et les consultations menées ces derniers années, pompeusement baptisées « conventions citoyennes » n’avaient aucun caractère institutionnel, les dirigeants politiques étant libres de faire ce qu’ils voulaient de leurs conclusions, y compris s’asseoir dessus. L’enjeu est de trouver des mécanismes faisant en sorte qu’il faille juridiquement tenir compte des avis, afin qu’ils ne puissent pas être ignorés. Le CESE aurait un autre importance, si sa saisine était obligatoire sur tous les projets de lois, et s’il avait une capacité à proposer des amendements, qui seraient obligatoirement débattus devant la première assemblée saisie. Mais cela implique qu’il faudrait revoir sérieusement la manière dont ses membres sont désignés. Car le deuxième enjeu est le lien entre cette société civile organisée, et les citoyens. Si ces structures intermédiaires ne sont que des coquilles vides, remplies d’apparatchiks qui ne doivent de comptes à personne (ce qui est largement le cas actuellement), cela ne peut pas fonctionner. Cela implique aussi que les citoyens s’y investissent. On entre ici dans le sujet de la culture politique.
Les changements ne peuvent advenir et fonctionner que si les citoyens s’investissent. Pour cela, il faut des partis politiques et des corps intermédiaires solides, qui n’est pas dans notre culture politique. Il faut aussi que cet investissement se déploie à la fois dans une part (même minime) du pouvoir décisionnaire, et surtout, dans un véritable contrôle citoyen. Je crois profondément à la vertu du contrôle, mené sérieusement, pour peser sur les politiques publiques. Or, en France, il n’y a aucune culture de l’évaluation. On fait dans la loi performative, où « dire, c’est faire », et personne ne s’inquiète véritablement de la mise en œuvre. Il est indispensable développer une culture de l’évaluation, pour les faire, et des corps intermédiaire pour les exploiter politiquement.
Notre pays est loin d’être fichu, mais il est politiquement bloqué. Attendre 2027, qu’une nouvelle élection remette les choses en place comme avant, n’est pas la solution. Car personne n’est sur que ce résultat puisse être obtenu, dans un pays aussi fracturé, avec une offre politique tellement minable, que ce soit pour les idées ou les candidats.
25 réponses sur « Dansons sur le volcan »
Alors, pardon, mais un exécutif qui se passe du parlement pour gouverner, on y est déjà depuis longtemps.
Vous avez toujours cette curieuse obsession sur la transparence et le non-cumul qui seraient des obstacles à une politique de qualité, alors que c’est la règle de base de toutes les bonnes démocraties.
Ceci dit, il y a un problème beaucoup plus profond, que j’avais trouvé bien illustré par un article américain sur Trump.
L’analyste se demandait comment c’était possible que les électeurs ne voient pas à quel point Trump était corrompu.
Et la réponse était que les électeurs le voyaient parfaitement, mais qu’étant 75% à penser que les politiciens étaient tous corrompus, ce n’était pas un critère.
Ce raisonnement s’applique certainement chez nous, notamment à des maires notoirement mafieux, réélus sans aucun problème. « Bien sûr qu’il s’en met plein les poches, mais ils le font tous, et lui fait des choses pour la ville ».
Je ne pense pas contrairement à vous que lever les quelques garde-fous soit une solution, mais le fait que les électeurs partent par exemple pour réélire au mois de mars la mafia d’octogénaires des Hauts de Seine me laisse peu d’espoir pour le renouvellement.
Actuellement, nous avons la démonstration qu’un Parlement dysfonctionnel est capable de gêner considérablement l’action du gouvernement, et donc l’empêcher de gouverner. Sur la Transparence et la probité, il faut des garde-fous, mais le système français est lui aussi dysfonctionnel. Il n’arrive pas à atteindre ses objectifs, en revanche, il a des effets de bord désastreux, car le contrôle n’est pas mis au bon endroit.
C’est drôle d’en être encore à radoter aujourd’hui sur l’interdiction du cumul des mandats… La raison principale de l’affaissement de la confiance dans le personnel politique, c’est que ce dernier est intéressé par tous les sujets, sauf ceux qui concourent à traiter les problèmes réels et structurels de la société française, à savoir ses dépenses sociales incontrôlées et galopante, et une démographie qui devient très inquiétante. En quoi le cumul des mandats va venir régler ce problème ?
Les dépenses sociales incontrôlées (appelé mode social français) font l’objet, jusqu’ici, d’un consensus politique très fort pour ne surtout pas y toucher. Rien à voir avec le cumul des mandats, effectivement, je ne vois pas, d’ailleurs, pourquoi vous faites ce lien.
Le problème n’est pas tant la qualité intrinsèque du personnel politique que la capacité du système à produire des politiques efficaces. On peut avoir des responsables très brillants qui mènent de mauvaises politiques, et des responsables plus ordinaires qui produisent des effets bénéfiques. Ce qui devrait être central, c’est l’évaluation des résultats.
« Le problème n’est pas tant la qualité intrinsèque du personnel politique que la capacité du système à produire des politiques efficaces. »
Un système capable de produire des politiques efficaces mais dirigés par des nullards, on en a un bel exemple : les États-Unis de Donald Trump!!!
Désolé mais en termes de fonctionnement de la démocratie ils étaient mieux nous avant, mais maintenant…
Je ne pense pas que le cumul des mandats soit une solution, sauf à estimer que des sujets de plus en plus complexes peuvent être gérés à mi-temps (auquel cas le problème de l’amateurisme ne risque pas de s’améliorer).
La piste la plus intéressante me semble celle d’une meilleure dévolution des compétences au niveau local: en Suisse il est courant de commencer sa carrière dans un parlement cantonal, puis à l’exécutif, puis enfin pour les meilleurs accéder en deuxième moitié de carrière au National.
Après il est vrai que la fluidité public-privé est bien plus élevée et considérée comme allant de soit – il est de fait de bon ton de démissionner en cours de mandat, en général après 10-12 ans de service.
D’accord avec beaucoup de vos idées.
Avec l’envie d’ajouter un élément important.
Le contenu des propositions des trois blocs politiques dominant est insuffisant. Il est fait pour fidéliser une base, mais sans rien proposer aux deux autres tiers de la population française.
Et sur le CESE, l’idée qu’il soit saisi et qu’il puisse amender est bonne. Et aussi qu’il faudrait que ses délégués soient élus au scrutin uninominal, par territoire et en reprenant 2/3 de délégués de métiers, élus sur la base des CSP et 1/3 de délégués de fédérations d’associations « philosophiques » ou « citoyennes », élus sur la base du nombre d’adhérente.
Bonjour,
Je sais que ce que je vais dire ne va être ni apprécié ni entendu, mais j’y vais quand-même…
Personne ici ne parle de l’éléphant dans la pièce. Cet éléphant, c’est l’immigration massive. Sondage après sondage, depuis des décennies, les Français y sont très majoritairement opposés.
Maintenant que l’immigration est perceptible partout, comment voulez-vous que les gens se pensent en démocratie ? Ils en veulent à ceux qui ne leur demandent même pas leur avis pour l’une des plus profondes évolutions anthropologiques de l’histoire. Parlez un peu en dehors des cercles de bourgeois de centre-ville, vous verrez que c’est le sujet numéro un. C’est d’ailleurs pour cela que l’échelon local est relativement épargné : il n’est pas considéré comme responsable.
Voilà, vous pouvez me traiter du facho (et continuer à passer à côté d’une bonne partie du problème).
Comme vous deviez vous y attendre, je suis en désaccord total. La peur de l’immigration relève du fantasme, car l’intégration ne fonctionne pas trop mal en France (mais ça s’évalue sur le temps long, pas quelques années seulement) et nous en avons besoin. Qui occupe les postes d’éboueur, d’aide soignante en Ehpad, de maçon ? et vu notre démographie, ça ne va pas aller en s’arrangeant. Le problème n’est pas l’immigration en soi, mais le fait qu’on ait relégué ces populations dans des ghettos, où nous laissons le terrain à l’abandon, d’où une délinquance et une criminalité galopante.
Au vu des montants de la politique de la ville (en pratique dédiée aux « quartiers »), je doute qu’on puisse parler d’abandon pur et simple. la moitié de la politique intérieure tourne peu ou prou autour de ça.
Dans le même temps, les campagnes ou les villes moyennes meurent, se sentent abandonnées. On a quand même 2 leaders mondiaux de leurs domaines et dont le siège social est en Province qui régulièrement tapent du poing sur la table pour se plaindre du délaissement de leurs villes, avec des liaisons avec Paris (ou les autres grandes capitales régionales) complètement dysfonctionnelles.
L’argument des postes à tenir et donc de la nécessité de l’immigration, je pense que c’est un faux argument. Quand à l’intégration, je suis d’accord, ça s’évalue sur le long terme. On commence quand même à avoir quelques décennies de recul par contre. Et je ne trouve pas que le résultat de l’intégration soit vraiment positif.
Pour le reste, entièrement d’accord avec la médiocrité de notre classe politique, entre autre des parlementaires qui ne font que montrer leur inutilité. Et j’ai peur du résultat de 2027 (présidentielle et législative)
Petite réponse avec retard sur l’affirmation « Au vu des montants de la politique de la ville (en pratique dédiée aux « quartiers »), je doute qu’on puisse parler d’abandon pur et simple. la moitié de la politique intérieure tourne peu ou prou autour de ça. »
Avez-vous regardé ces montants ? Ils sont dérisoires. 636 M€ en 2024, soit 3 dix-millièmes du PIB. « La politique intérieure » ne « tourne »-t-elle que sur 6 dix-millièmes du PIB ? (source : https://www.senat.fr/rap/a23-129-7/a23-129-7_mono.html#:~:text=En%202024%2C%20ce%20sont%20636,euros%20par%20rapport%20à%202023.) C’est à peine plus que le coût de rénovation d’un seul bâtiment emblématique — d’ailleurs éloigné de ces « quartiers » — le Grand Palais (466 M€).
En fait, ces dépenses « poltitiques de la Ville » ne sont qu’une micro-correction de la tendance massive de l’action publique à mettre l’argent là où il est déjà, c’est-à-dire là où il y a des intérêts suffisamment puissants pour le faire venir, y compris contre toute logique économique – concentration des services publics dans les quartiers fortunés et fermetures ailleurs, dépenses d’armement type Rafale à l’ère des essaims de micro-drones, crédit impôt recherche qui ne génère pour l’essentiel aucune recherche, suppression de l’ISF, ou de la taxe d’habitation (qui n’était payée que par les 50% les plus aisés), « nouveau nucléaire » dont la rentabilité est totalement impossible face aux énergies renouvelables, etc. etc. : la production sur les marchés concurrentiels disparaît de France, la compétitivité s’en va, au profit d’une économie de prédation et de distribution aux réseaux au centre du système, financée par la dette — qui sera « remboursée » soit par inflation violente, soit par faillite (les deux se ressemblent), soit par un retour du travail compétitif — et à ce que je vois, sur les quais de gare, de Français qui se lèvent tôt, ils sont très colorés et mériteraient beaucoup plus de « politique de la Ville ».
Srveran vous dit que l’opinion publique veut un serrage de vis sur l’immigration (ce que les enquêtes confirment), vous répondez que c’est un fantasme et que nous avons besoin de l’immigration. Autrement dit, vous assumez ignorer l’avis des français qui « pensent mal ». Merci pour ce magnifique exemple de la déconnexion que vous dénoncez….
J’ajoute que nous avons sans doute besoin d’une immigration de travail, mais à la condition de pouvoir renvoyer les délinquants chez eux. Or, les motifs économiques représentent une petite proportion des délivrances de permis de séjour, et les OQTF ne sont quasiment jamais exécutés – ce qui change totalement la donne.
J’ai travaillé en prison et je peux vous affirmer que la majorité des délinquants sont FRANÇAIS.
On ne peut pas les renvoyer « chez eux » car chez eux c’est ici.
Ce ne sont pas des « immigrés ».
Ce sont des descendants français d’immigrés.
Leur évolution, que ça nous plaise ou non, découle de notre éducation.
Il y a aussi des immigrés clandestins, mais ceux-là on les mets déjà dehors a l’issue de la peine de prison.
Les français constituent environ 90% de la population, encore heureux qu’ils sont majoritaires en prison !
Mais pourquoi faudrait-il s’encombrer de délinquants étrangers, en plus ?
En 1981, une majorité des français étaient pour le maintien de la peine de mort. On l’a pourtant fait, et aujourd’hui, une majorité refuserait son rétablissement. L’opinion, ça se manipule, surtout sur des sujets à forts enjeux symboliques. En fonction de la manière dont la question est posée, vous obtiendrez une réponse différente.
Avec cette logique, pourquoi s’emm… avec des élections ? Laissons les « éclairés » décider…
C’est déjà largement le cas, les éclairés décident, et font ratifier. Cela coince parfois, et c’est cette tension qui permet que le système ne fonctionne pas trop mal. Heureusement que la décision publique ne se prend pas au sein de groupes facebook !
Réponse assez révélatrice effectivement. Vous faites exactement ce qui amène tant de Français à détester leurs politiques : dire que ce qu’ils voient n’existe pas, que leurs opinions ne sont qu’un manque d’éducation et que leur avis doit donc être ignoré.
Sur le fond :
– Les immigrés n’occuperent les emplois d’éboueurs etc. que dans les très grandes villes. Ailleurs, ça n’existe tout simplement pas. C’est un argument caricatural de parisianisme.
– L’intégration qui marche, fallait oser. Même la gauche est passée à autre chose.
– Ce sont les Français qui ont dû fuir ce que vous appelez des ghettos parce que la vie y devenait tout simplement impossible pour eux.
je ne vis pas dans une grande ville et bizarrement les éboueurs sont majoritairement issus de l’immigration…
On voit la même chose, mais on ne l’analyse pas de la même manière, et on n’en tire pas les mêmes conséquences. Votre propos semble dire que votre analyse est nécessairement la bonne, et qu’il ne peut y en avoir d’autres. C’est assez révélateur de l’état d’esprit de certains cercles politiques, qui ne refusent l’idée même qu’ils puissent se tromper, et que d’autres opinions ou visions du monde sont possibles et légitimes. Avec ça, c’est compliqué de construire des compromis politiques.
Concernant les ghettos, vous semblez faire une confusion assez courante. Le problème est social, pas lié à la couleur de peau. Qu’ils soient blancs ou noirs, les personnes des couches populaires réagissent de la même manière quand elles sont relégués, géographiquement et socialement.
Bah agrandissez vos couloirs, j’sais pas ?
Je suis d’accord avec votre constat et les solutions préconisés me paraissent bonnes mais je me demande si les racines de l’incompétence de la classe politique nationale ne sont pas plus profondes.
Dans son livre posthume « Penser le XXe siècle » (2014 je crois), Tony Judt observait pour la vie politique britannique un déclin des compétences à l’œuvre depuis les années 90: les jeunes les plus brillants préfèrent aller dans l’industrie. Et de fait, depuis le Brexit, on observe une instabilité et un turn-over impressionnant des premiers ministres britanniques. On a l’impression que la classe politique britannique ne sait plus vers où aller. Je me demande donc si comme pour la montée des populismes partout en Occident, il n’y aurait pas aussi un déclin en compétences et en légitimité des classes politiques dans plusieurs pays de l’Occident.
#Authueil2027
Et puis c’est tout.
L’évaluation de l’action publique, j’y ai cru : nous avons créé un cabinet spécialisé avec un ami (à son initiative) en 1997. J’ai constaté assez vite que, si nous proposions à nos commanditaires (décideurs publics) de prendre en compte le point de vue des habitant·e·s, des « simples citoyen·ne·s », sur les politiques qui les concernaient, nos propositions étaient écartées. Les acteurs publics se soucient de la loi (donc de leur mission), et d’eux-mêmes, et c’est déjà beaucoup, il n’y a plus de place pour les destinataires de leur action.
C’est ce constat (amplifié par le choc du 11 septembre 2001 !) qui m’a fait m’engager en politique, après tour des sites internet pour trouver le parti que ses statuts engageaient le plus clairement en faveur de la démocratie : il m’a semblé que c’était l’UDF (puis MoDem). Et ça m’a fait quitter le métier de l’évaluation pour une campagne politique, celle de 2006-2007.
Entre temps, il y avait eu le gouvernement Raffarin, et l’objectif affiché de rendre les dépenses publiques évaluables sur leurs *résultats*, avec la Loi d’Orientation des Lois de Finance (LOLF). J’avais pointé les 1400 indicateurs devant servir à cette évaluation, et, ces chiffres sont de mémoire, 15 (seulement) d’entre eux portaient sur l’impact de l’action publique (c’est-à-dire sur ce qu’elle change pour les personnes concernées).
Après l’échec de ces deux tentatives 🙂 j’ai essayé l’actions politique locale. Siéger comme conseiller municipal d’opposition (membre de la commission des finances, de la commission d’appel d’offres, d’un comité de quartier) dans une grande ville, en tout cas la mienne, s’est avéré une garantie absolue d’inutilité. De mémoire, tout ce que j’ai pu obtenir en 6 ans, c’est la gratuité d’une réunion dans les salles communales dans je ne sais plus quel cadre.
Une décision municipale qui me semblait particulièrement nocive et aberrante, et qui a soulevé quelques autres oppositions (malgré le consensus de tous les grands élus locaux des deux grands partis) a conduit à créer une association et à lancer une pétition pour un projet alternatif. Après plus de 9000 signatures localement, 8 ans de recours aux tribunaux administratifs et de multiples autres actions, nous avons fini par obtenir que la Ville abandonne ce projet. Immense satisfaction, même si bien sûr elle ne nous rapporte pas un rond (au contraire, le promoteur concerné nous a réclamé en justice des millions d’euros de dédommagement. Audience bientôt).
Il y a eu aussi des demi-victoires ou centièmes-de-victoires (contre le fichier Edvige, contre la privatisation des autoroutes) et à chaque fois, via des recours devant les tribunaux administratifs. D’autres citeront des victoires par mobilisation populaire (contre le CPE, contre la loi Duplomb). Mais ça fait un triste constat :
– ce ne sont que des victoires « contre », qui ne construisent pas grand chose ;
– elles s’obtiennent en passant par l’extérieur de ce qui est censé être le débat démocratique *institué à cet effet*.
Bon voilà, c’est comme ça, c’est déjà mieux que bien des régimes sanguinaires…