Plusieurs candidats à l’élection présidentielle proposent, dans leur programme, une « règle d’or », c’est-à-dire un mécanisme juridique pour empêcher les déficits de déraper. Ils présentent ça comme une marque de sérieux et de crédibilité. C’est en fait un terrible aveu de faiblesse et d’incapacité à exercer le pouvoir.
Diriger un pays, c’est faire des choix, notamment budgétaires. Rien n’empêche un gouvernement de présenter un budget à l’équilibre, voire en excédent. Il suffit de tailler dans les dépenses, ou d’augmenter les recettes. Pas besoin d’une quelconque règle juridique pour l’imposer, il suffit d’un peu de volonté et de beaucoup de courage politique. En brandissant cette règle d’or, les politiques nous avouent qu’ils sont incapable d’avoir le moindre courage politique, et qu’il faut donc un encadrement juridique, pour les empêcher de trop dépenser. Comme cela, quand leurs électeurs viendront avec leurs doléances (qui entrainent forcément des dépenses publiques), ils pourront dire qu’ils aimeraient bien, mais ne peuvent pas. A cause de cette satanée « règle d’or ». On fait déjà ça avec l’Europe, pourquoi ne pas étendre le dispositif d’organisation d’une impuissance politique ?
Ce n’est pas une voie qui me semble souhaitable, car en se dépouillant de tout pouvoir, les politiques creusent leur tombe. A quoi servent-ils, s’ils sont impuissants ? Le pire est que ça ne servira à rien, car même si les dépenses sont plafonnées, il reste quand même des choix possibles, en sabrant des dépenses, au profit d’autres, jugées plus prioritaires. Mais au lieu d’avoir fromage et dessert, on sera obligé de choisir entre les deux, ce qui va nécessiter des choix politiques, donc encore plus de courage, car il n’y a même plus la soupape du déficit, pour faire face à des accidents conjoncturels.
Bref, la règle d’or ne règle rien, c’est juste un empêchement supplémentaire à la décision politique, qui deviendra encore plus contrainte.
L’essence de la politique, c’est de faire des choix et les assumer. Pour que ces choix soient acceptés, il faut expliquer, écouter les remarques, et consulter ceux qui sont concernés. La règle d’or va faire tout l’inverse, en réduisant le champ des possibles.Elle donne aussi aux politiques l’excuse « il n’y a pas d’autres choix » pour continuer à imposer des décisions présentées comme technocratiques, alors qu’elles sont très politiques, mais pas assumées comme telles.
18 réponses sur « La « règle d’or », négation du politique »
S’il n’y avait que sur le budget que nos politiques étaient faibles et incapables!
Actuellement, Trump est en train de nous forcer à vendre nos réserves stratégiques de pétrole pour faire baisser les prix mondiaux… et l’aider a sauver ses fesses aux midterms!
Sinon les USA ne vendent plus de pétrole à toute l’Europe !
Et comme on commence a manquer d’idées et qu’on a toujours pas de pétrole, la fin est prévisible : on va encore baisser notre froc!
En oubliant bien sûr de rappeler que les deux responsables de la crise du pétrole sont Trump et le peuple qui l’a réélu…
Mais j’ai de plus en plus de mal à faire la différence entre l’attitude de la Russie et des USA a notre égard !
Vous avez du mal à faire la différence entre un individu qui amène la guerre en Europe, menace nos alliés et même nos intérêts essentiels, sans parler des opérations d’influence voir plus… Et un qui négocie économiquement ? C’est certe désagréable mais les relations internationales le sont souvent, la France n’est pas au dessus de mettre son poids économique dans la balance contre un petit, surtout pour la survie politique de ses dirigeants.
Je fais parfaitement la différence, mais aussi je n’ai pas oublié le Groenland.
ABSOLUMENT RIEN ne nous assure que les Américains ne vont pas élire un Président encore pire que lui dans la prochaine décennie.
Un qui lui lancera l’invasion, parce que les Américains se seront habitués a l’idée.
Et juste être confiant dans l’idée que « les États-Unis ne seraient jamais assez stupides pour faire ça » me semble relever d’une naïveté assez effarante !
Il faut savoir… O vend les réserves pour faire baisser les prix ou on baisse les taxes. Peu importe la méthode, cela coutera à l’état, et de ce fait à la nation.
En théorie je suis contre ce type de règles, pour les raisons que vous développez très bien. Mais quand on voit tous les budgets depuis 1975 je me demande si ce n’est pas devenu indispensable tant que la culture politique et économiques des français n’a pas changée.
Bof règle sans intérêts.. un peu comme la règle des 3% du traité de Maastricht…
J’ai cru que c’était une republication d’un article de la campagne de 2012! 🙂
Malheureusement (ou finalement plus tot), la France vient de commencer sa crise Grecque en passant la barre des 5%, elle sera probablement à 6/7 d’ici la fin du mois, et ca n’ira pas jusqu’à la présidentielle à ce rythme.
Je ne comprends pas du tout le raisonnement.
Le parlement décide dans le cadre de la Constitution : c’est une limite à dessein de son pouvoir. Il s’agit rien de plus que d’écrire qu’il ne peut pas non plus engager des déficits excessifs par manque de courage.
Cela l’obligera à prioriser les dépenses : c’est exactement le but.
Cela appuiera le discours consistant à dire que l’Etat ne peut pas tout financer : tant mieux !
Notez que le prochain parlement sera tout autant ‘impuissant’ que s’il y avait une règle d’or : ce n’est pas la constitution mais les investisseurs qui l’y contraindront.
L’ « impuissance » que vous décrivez est l’impuissance à faire n’importe quoi et c’est tant mieux. Le politique reste tout à fait puissant à faire des choix budgétaires, du moment que ceux-ci ne repoussent pas à plus tard les décisions difficiles.
On n’a pas besoin d’outil, du genre règle d’or, pour prioriser les dépenses. Il suffit de le décider. Annoncer qu’on va mettre en place un outil juridique pour obliger les politiques à faire leur boulot, c’est la preuve qu’ils ne sont pas capables de le faire spontanément.
Eh bien non ils en sont incapables.
Ils sont pieds et poings liés par l’intérêt dispendieux de leur électorat.
Regardez le vote boomer, il y a pas un parti qui prends le risque de les fâcher en touchant aux pensions.
La preuve que nos gouvernants (ainsi que ceux qui pourraient leur succéder) sont incapables de faire des choix budgetaires, on l’a sous les yeux. La règle d’or consisterait simplement à en tirer les conséquences logiques. Je préfère encore que cette contrainte soit auto-imposée plutôt qu’imposée par l’FMI ou par les fonds d’investissement.
Est ce que nos élus sont incapable de faire des choix budgétaires ou n’est ce pas plutôt les électeurs qui sont incapable d’accepter ces choix ?
Je comprends très bien votre point de vue et suis globalement d’accord, mais je trouve qu’il s’applique à un pouvoir majoritaire. Avec ce qu’on vit depuis 2 voire 4 ans, ça aurait le mérite de donner un cadre à une Assemblée qui ne peut assumer aucun compromis sérieux car politiquement personne le les assume quand il s’agit d’être courageux. Après oui tout est affaire d’exception « olala cette année sécheresse / crise d’Ormuz / évènement XX évidemment on va faire 4 ou 5% » et une limite reste très théorique…
Une autre manière de le dire c’est que cette proposition pourrait faire une sorte de « limite à la démagogie » un peu plus lisible pour le citoyen lambda que l’article 40
Très bon argumentaire qui a l’avantage de pouvoir convaincre et s’appliquer à tous les camps politiques. Merci.
Bonjour,
Je pense que vous avez entièrement raison sur cette question.
Nos hommes politiques, se sachant parfaitement ineptes et inaptes, ont atteinte une sorte de fond: dans la mesure où la tâche écrasante de gouverner n’est qu’une désagréable parenthèse entre deux élections, et qu’il n’est rien de plus rassurant que de se sentir irresponsable (la faute à l’Europe, aux USA, au climat, à ce que l’on veut), il ont désormais imaginé de juridiquement organiser leur propre impuissance par cette ‘règle d’or’.
C’est véritablement fascinant.
On pourrait faire le parallèle avec la règle qui empêche les collectivités locales de s’endetter pour financer leur fonctionnement. L’expérience montre que malheureusement ça n’empêche en rien les dérapages (même si on peut se dire que ça aurait été pire sans ?)
Déjà si dans le débat on pouvait comparer des flux à des flux on avancerait un petit peu. De même, la dépense est à ramener à son objet : investissement ou fonctionnement.
Enfin, on pourrait toujours réfléchir à des alternatives de financement : il y a les titres indexés sur l’inflation (on ne sait pas trop pourquoi), l’entement interne plutot qu’externe, etc.