Il n’a échappé à personne que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 a commencé. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, et je serais bien incapable de dire, à cette date, qui sera finalement élu. Mais on peut déjà voir se dessiner des pistes, certaines prometteuses, d’autres étant des impasses.
A gauche, il est évident que Mélenchon sera candidat (sauf incapacité physique) et il s’y prépare méthodiquement. Pendant ce temps, le reste de la gauche se livre à ses habituelles disputes stériles, pour ensuite venir pleurer que celui qui a fait le boulot de préparation a encore réussi à prendre le leadership. Pour l’élection présidentielle, ce n’est pas le programme qui compte (ça c’est pour les législatives) mais d’avoir un candidat, de préférence une personnalité qui tienne la route. Et pour le moment, dans le champ de la gauche réformiste, personne ne se dégage vraiment, au point que François Hollande fait figure de candidat crédible. Ce n’est pas avec le cirque actuel des querelles d’appareils autour d’une hypothétique primaire, que la gauche va arriver à trouver le candidat qui sera capable de faire mieux que Mélenchon. Je ne crois guère en Raphaël Glucksmann, tout sympathique et « gendre idéal » qui soit : trop « bobo parisien », trop peu d’expérience de la politique nationale, et pas d’appareil politique derrière lui pour mener une campagne nationale. Il ne pourra y aller que si le PS est derrière lui. S’il est finalement désigné, il va s’épuiser à gérer les querelles internes de ses soutiens, sur lesquels il n’aura aucune autorité.
Dans le bloc central, c’est déjà un peu plus clair, il y a deux candidats déclarés ou quasi, Édouard Philippe et Gabriel Attal, qui ont derrière eux un appareil politique, de l’argent, une notoriété. Bref, ils sont en capacité de mener une campagne présidentielle digne de ce nom. Cela n’est pas pour autant une garantie de réussite. Ils ont aussi des handicaps (dont celui d’être associés à Emmanuel Macron) et chassent globalement sur le même terrain, donc sont en rivalité. Rationnellement, il ne devrait en rester qu’un, sinon, c’est l’élimination assurée. Mais la rationalité n’étant pas toujours présente en politique, ils peuvent échouer à se départager, et s’annuler mutuellement. Tous les autres candidats qui se positionneraient sur ce terrain politique n’ont aucun chance, sauf comme recours, au cas où les deux canassons qui font la course en tête se retrouvent dans le décor. Dans ce cas, l’actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu, pourrait faire l’affaire, à condition que Philippe et Attal acceptent de se retirer et de lui fournir les ressources. Des candidats comme Gérald Darmanin, Xavier Bertrand, Dominique de Villepin (71 ans, jamais candidat à rien) ou François Baroin (l’éternel velléitaire) permettent surtout aux journalistes d’alimenter la machine médiatique qui a besoin d’histoires à raconter pour capter l’attention (il faut tenir un an). Ils n’ont ni l’argent, ni l’appareil militant pour faire sérieusement campagne. En avril 2016, Emmanuel Macron était en pleine création d’En Marche, et en pleine levée de fonds auprès des expatriés. Rien de tout cela n’existe en ce moment dans le bloc central, indiquant la possible arrivée d’un outsider. A l’été, il sera trop tard pour surgir en espérant rafler la mise.
Dans le bloc de droite, trois candidatures se dessinent. D’abord celle de Bruno Retailleau. Il est à cheval sur les deux blocs, un pied (non assumé) dans le bloc gouvernemental, un autre dans la droite dure. Sa personnalité, son parcours (il a commencé chez Philippe de Villiers) et les éléments programmatiques mis en avant montrent que c’est surtout dans l’électoral de droite qu’il part à la chasse. Il est certain que le Rassemblement national présentera quelqu’un, avec une probabilité plus forte que ça soit le joker, Jordan Bardella, qui y aille. Enfin, une troisième candidature significative commence à poindre son nez, celle de Sarah Knafo. Elle a réussi son galop d’essai aux élections municipales à Paris, elle a un appareil politique à sa disposition (Eric Zemmour s’écartera pour elle), et pourra sans difficulté trouver de l’argent auprès de la bourgeoisie conservatrice. Elle pourrait être l’élément perturbateur sur ce segment, où les deux autres candidats présentent des handicaps. Là encore, les autres candidatures potentielles, comme Marion Maréchal, ne pourront pas aller bien loin, faute d’appareil politique et de financements suffisants.
Les sondages nous disent qu’actuellement, le deuxième tour se jouerait entre le bloc de droite dure et le bloc central, la gauche étant (une fois de plus) éliminée. Si la situation politique reste en l’état, à savoir une gauche réformiste incapable de présenter autre chose que Raphaël Glucksmann ou François Hollande, c’est ce qui risque d’arriver. Pour ce qui est résultat du second tour, c’est totalement indécis, car la société française est très fragile et clivée, et la situation du monde tellement volatile.
16 réponses sur « La présidentielle a commencé »
Et le maire de St Denis ? Ne pourrait il pas faire l’affaire à gauche ? Quitte à faire un « ticket » avec la malheureuse Lucie Castets ? Le programme reste celui de Mélenchon. Mais le maire de St Denis a l’avantage d’être une « page blanche » pour l’instant et il fait déjà partie des personnalités qui ont progressé en notoriété. Au centre, je pense que Lecornu va y aller. Ne serait ce que pour agréer à M. Macron qui veut qu’on lui garde une place au chaud. Coté RN, pas de surprise. Par contre, à droite, je pense qu’il peut y avoir une vraie surprise avec M. LISNARD. Qui a l’avantage d’un franc parler, de bien connaitre les maires (dont pour les 500 signatures c’est ok) et qui peut clairement « démoder » les candidats actuels, qui sont tous passés par le Gouvernement. Il a (malgré tout) pour lui un bilan positif et peut faire échec à un Retailleau qui ne peut pas faire le poids.
Lisnard fait partie des gens qui ne sont pas vraiment candidats, mais qui veulent se montrer pour obtenir un ministère (dans un gouvernement RN, vu comment c’est parti).
Après la campagne municipale parisienne, Lucie Castets est aujourd’hui clairement identifiée PS et n’a plus aucune chance de pouvoir apparaître comme une candidate de rassemblement.
Dans le climat raciste généralisé que nous connaissons, présenter le maire de Saint-Denis serait hélas un suicide politique.
Le problème de la gauche, c’est que s’ils pensent que c’est foutu de toute façon (et ils sont nombreux à le penser), il n’y a aucun intérêt à s’effacer derrière un candidat unique. Autant tous y aller et se compter, pour essayer de prendre le leadership sur la suite.
À commencer par les législatives. Après une présidentielle qui donnerait le vrai poids de chacun et un président RN qui ferait peur et pousserait à l’union de la gauche, les négociations seraient malheureusement beaucoup plus simples (parce qu’il faudra bien négocier un minimum, sous peine d’être éliminé partout au 1er tour sauf dans les circonscriptions les plus à gauche du pays, ce qui profiterait d’ailleurs à LFI. Un point qui peut faire réfléchir même au PS)
« Dans le climat raciste généralisé que nous connaissons, présenter le maire de Saint-Denis serait hélas un suicide politique. »
En dehors d’un climat raciste largement entretenu par LFI, le maire de Saint-Denis n’a aucune chance parce qu’au niveau national il n’est personne et n’a strictement rien prouvé pour montrer qu’il serait à la hauteur de la tâche. Comme par exemple prendre un arrêté anti-expulsion illégal comme première mesure bien médiatisée. Et pour le coup, sa couleur de peau ou son origine n’y change rien
« un climat raciste largement entretenu par LFI » ?
Mais dans quel monde vivez-vous ?
L’explosion des actes racistes et antisémites ces dernières années ne vous parle pas ?
En quoi l’élection de personnes racisées entretient le racisme ? Voir des noirs médiatisés dans des positions de pouvoir vous dérange ? Ces personnes ne restent pas assez « à leur place » ?
Ben oui, justement, ça me parle, et je vois bien que LFI largement le phénomène, entre autre sur l’antisémitisme.
Pour le reste, je n’ai jamais dit ou écrit que l’élection de personnes racisées entretenait le racisme. Pour ma part, qu’il y ait des noirs ou des maghrébins au pouvoir, je m’en moque. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la compétence des personnes et les idées portées. Et là, Bagayoko, Castets ou Faure, ce sont juste des incompétents. Ils n’ont aucunement fait la preuve qu’ils pouvaient avoir l’étoffe du job au niveau national.
Mais c’est plus facile, plus rassurant pour les gauchistes de hurler au sexisme/racisme/… que de se demander, si, par hasard, les personnes ont les compétences, si les idées ne sont pas débiles (la taxe Zucman),….
Et François Ruffin?
Si melenchon n’y va pas, il n’est pas crédible ?
Il n’a jamais été LFI, et a été « purgé » donc aucune chance que la meute le soutienne.
Tableau très clair et convaincant de la situation ! Deux réserves : 1° l’espace Attal-Philippe & co ne s’appelle pas « bloc central » mais « la droite », c’est plus clair ainsi, notamment en termes de programme (sinon « la doite », c’est l’espace Retailleau-Knafo, qui s’est toujours appelé l’extrême droite, avec ses diverses tendances) ; 2° On ne peur donc pas pas renvoyer la dimension « programme » aux législatives, les deux élections fonctionnent ensemble. C’est l’erreur des présidentiables « modérés ». On ne vote pas pour des « personnes », on ovte pour des positionnements (mais pas non plus, certes, pour des mesures techniques précises). LFI et le RN (ou Reconquête) sont très clairs. La désaffection pour les plus « modérés » s’explique largement par cette pauvreté en « idées ». Qui peut dire pour quoi se battent Faure, Attal ou même Philippe ?
Attal à droite? C’est une blague?
Dire qu’il est a gauche est également une blague.
Il y a historiquement trois blocs politiques, identifiables depuis le début du XIXe siècle : les conservateurs, les libéraux et les socialistes. On les a retrouvés depuis 2024, avec des noms différents, mais qui recouvrent assez fidèlement les positionnements. Le bloc macroniste représente le bloc libéral, et Retailleau est l’aide modérée des conservateurs, qui a fait un temps alliance avec les libéraux.
Oui, sauf que le RN a opéré un virage « socialiste » en économie qui le rend difficilement classable dans le bloc conservateur A moins de supposer que ce n’est qu’une posture, ce qui est tout à fait possible.
On est en France, tous les partis ont une posture socialiste en économie: dépenser, dépenser, dépenser, l’état, l’état, l’état.
Je crois que vous n’avez pas bien suivi où en est le RN. Cette ligne « socialiste » et souverainiste (avec la sortie de l’euro notamment) qui était celle de Philippot a été purgée, et le RN est revenu à une ligne très libérale sur le plan économique.
Marine Le Pen a bien compris à l’époque que jamais la droite libérale ne la suivrait dans une politique frontalement anti-européenne, alors qu’une extrême droite façon Meloni ne fait absolument pas peur aux milieux d’affaires, bien au contraire.
Le ralliement des grands patrons à Bardella devrait être suffisamment clair pour tout le monde.
Je pense que pour ce qui est du ralliement des grands patrons à Bardella, vous allez un peu vite en besogne. Ils ont déjeuné avec lui, l’ont écouté lors de rencontres, comme le feraient tout acteur rationnel face à un candidat ayant des chances crédibles d’arriver au pouvoir. Et ils en sortis consternés par le faible niveau de compétence de Bardella et consorts…
Liberal Macron ? Si je devais qualifier sa politique ou plutôt son absence de politique, j’oscillerais entre du socialisme ou le stalinisme. Le libéralisme n’est pas représenté en France. Connaissez-vous un parti qui défende la liberté individuelle en France ?