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Inquiétantes municipales

Le résultat des municipales n’est pas bon pour notre système politique et démocratique local, notamment en zone rurale. Jusqu’ici, le bloc communal était le seul à conserver une certaine confiance des français, avec le maire en figure de proue. C’est le seul qui échappait à la détestation dont sont victimes les élus des autres strates, et les élites en général. C’est en train de se terminer.

Comme on pouvait s’y attendre, la situation des maires est en train de s’aligner sur celle des autres élus. Les municipales de 2026 ont été marquées par une forme de dégagisme, où des maires sortants (pas tous usés) ont été sortis par des listes « sans étiquette » ou « divers » sorties de nulle part, mais qui ont su faire du bon marketing. La prime au sortant et l’enracinement n’ont pas permis de les sauver. L’électeur est désormais complètement un consommateur qui zappe à les scrutins, y compris en zone rurale.

On en est arrivé là avec des réformes, pensées par les élus, pour les élus, qui vont provoquer une catastrophe démocratique. La première, à l’oeuvre depuis quelques années, est la montée en puissance d’une intercommunalité non démocratique. Pour des raisons d’efficacité de l’action publique, l’essentiel des compétences qui comptent, notamment de vie quotidienne, ne sont plus gérées à l’échelon communal. C’est particulièrement flagrant dans les petites communes rurales, où le maire d’une commune de 300 habitants n’a plus d’école, d’équipements culturels, n’a plus la main sur le ramassage des ordures, sur l’eau et l’assainissement, sur la voirie (hormis faire faucher les bas-coté par le cantonnier). Tout se décide dans des structures opaques pour le citoyen, peuplées d’élus qui sont entre eux et n’ont de comptes à rendre à personne.

En 2025, une nouvelle loi a achevé le mouvement de déresponsabilisation démocratique, en supprimant le panachage, et en imposant d’avoir des listes paritaires dans toutes les communes, y compris les plus petites. Résultat des courses, dans deux tiers des communes, il n’y avait qu’une seule liste, et c’est dramatique. La participation s’est effondrée, et avec elle, la légitimité politique des équipes ainsi désignées. Il n’y a pas eu de campagne, au sens d’un débat contradictoire, juste des candidats qui, comme des commerciaux, venaient vendre leur soupe. A la moindre décision un peu difficile à prendre, le maire va se prendre en pleine face ce déficit de légitimité : il n’a pas eu véritable mandat, il n’a pas pu mesurer la réalité du soutien dont il bénéficie chez ses administrés.

Tout cela va entrainer un verrouillage complet du système politique local, avec une caste d’apparatchiks qui vont pouvoir accéder au pouvoir par cooptation, avec une élévation du seuil de contestabilité. Dans de vastes zones rurales, le citoyen n’aura plus aucun prise sur ses « élus », car s’il n’est pas content, il va devoir s’engager aux élections. Mais pour cela, il faut monter une liste (donc convaincre d’autres de vous suivre), donc trouver des femmes (même si on en trouve de plus en plus, ça reste le talon d’Achille) ouvrir un compte de campagne et faire toutes les formalités. Autant d’obstacles majeurs, car l’évolution de la société, individualiste et hédoniste, ne va vraiment pas dans ce sens. A l’échelle des petites communes rurales, arriver à avoir un collectif suffisamment nombreux, soudé, et prêt à bosser, pour virer l’ancienne équipe, sera plus difficile, même si théoriquement toujours possible. Quand on a un peu d’ambition et de compétence, ça sera tellement plus facile de se faire coopter par les équipes en place.

Cela va tuer la démocratie locale, car il n’y aura plus aucune redevabilité des élus, puis que le risque de se faire dégager sera faible. Je ne pense pas que les français se laissent dépouiller ainsi du peu de pouvoir qui leur reste, et vont trouver d’autres formes, certainement plus violentes, d’interventions citoyennes dans le fonctionnement du système. La mise en place de « consultations » et autres fadaises de « démocratie participative » ne fera pas illusion longtemps. Il faudra bien trouver, ou retrouver des mécanismes pour réintégrer les citoyens dans le système politique local. Jusqu’ici, on n’a pas trouvé mieux que l’élection, au suffrage direct, de ceux qui exercent directement les « vraies » responsabilités.

Cela impliquera de faire passer les intercommunalités au rang de collectivités à part entière, élues directement. On ne pourra pas tenir avec le véritable pouvoir structurant qui reste aux mains de syndicats d’élus. Il faudra aussi revenir à des mécanismes simples et efficaces sur le plan électoral, en limitant ou contrebalançant le scrutin de liste, pour faire une place à la responsabilité directe, et personnelle des élus. Le panachage était un de ces mécanismes, dont la suppression est un vrai recul, mais on peut en trouver d’autres, comme les mécanismes de référendums révocatoires. La France est très frileuse, et pourtant, cela fonctionne bien ailleurs, et permet d’éviter que certains potentats locaux ne dépassent les limites. Cela implique aussi d’accepter des redécoupages territoriaux, et la fin d’échelon qui ne sont plus pertinents, comme les communes. Quasiment tous nos voisins l’ont fait, sauf nous.

4 réponses sur « Inquiétantes municipales »

Je vous suis concernant la nouvelle Loi électorale. Elle est inadaptée (c’est peu dire). Ici, petit village de 700 habitants, partie de la Communauté Agglo de Niort, tout le monde s’en est plaint. Il n’y avait que deux listes, difficile de faire comprendre qu’en conséquence il n’y aurait qu’un seul et unique tour, les gens étant restés à l’ancienne logique « au 1er tour je choisis au second j’élimine ». Ils aimaient tous barrer des noms, en rajouter. Il est vrai que cela tournait parfois au règlement de compte perso ! La préfecture avait envoyé la veille du scrutin un mail pour que dès leur arrivée au bureau de vote, les assesseurs rappelent bien aux électeurs de ne pas caviarder les listes. C’est d’ailleurs la seule disposition nouvelle que les gens connaissaient et n’y étaient pas favorables.
Ancien parisien, la nouvelle Loi est tout aussi stupide. Avec moins de voix, Grégoire a plus de Conseillers de Paris qu’Hidalgo.

La seule élection au suffrage direct à laquelle se présentait Anne Hidalgo, c’était le 15e arrondissement, et les a toutes systématiquement perdues.

Bonsoir. Il est clair que l’intercommunalité a des effets délétères sur la démocratie locale. Petit exemple personnel. J’avais écrit à ma Mairie pour signaler des problèmes d’entretien et d’ambiance sur la piscine du village. Réponse: « écrivez à l’intercommunalité. C’est elle qui gère ». Donc nous ne savons en fait plus trop ce qui reste comme responsabilité aux Maires, à part celle de se faire engueuler par ses concitoyens pour des problèmes locaux qui ne sont plus de son ressort.

Mais le vrai problème de l’intercommunalité c’est qu’elles sont devenues des monstres. Au départ l’idée était bonne. En restant de petite taille elles devaient avoir pour vocation de remplacer à terme les communes. Tant il est vrai que le pays est morcelé. Et, si je prend la région de Grenoble, où j’habite, personne ne voit les limites entre les communes de Grenoble, d’Eybens, d’Echirolles, de Saint-Martin-d’Hères, …, car cela forme un seul bloc urbain. Donc il était logique de fusionner tout cela. De même, pour les petites communes rurales. En dehors des haines séculaires, les communes voisines ont les même problématiques. Donc fusionner en une seule commune est assez logique.

Mais pour cela il ne fallait pas qu’elles grossissent au point de venir concurrencer non pas les communes, mais les départements. C’est cette réforme là qui a été une stupidité sans nom.

Vous avez raison de souligner que les modes d’élection créent un décalage important entre les élus et ceux qu’ils sont (dans le meilleur des cas) censés représenter. Il y a tellement de cas où les « élus » n’ont en réalité aucune légitimité démocratique : élections des français de l’étranger où l’abstention atteint 100 %, Gouvernement actuel élu par personne, etc. J’avais d’ailleurs osé anticiper modestement ce sujet dans mon commentaire sous votre billet du 17 février. Ne manquons pas d’ajouter la proposition de supprimer les deux-tiers des élus à tous les niveaux, pour tarir les idées de dépenses à leur source. Ce sera un sacrifice terrible, mais un préalable nécessaire au rétablissement des comptes publics.

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