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Revisiter notre identité nationale

Nous sommes entrés dans une phase d’instabilité politique forte. Tous les ingrédients sont là : une population chauffée à blanc, des difficultés économiques, une insécurité géopolitique, un pouvoir politique à faible légitimité et enfermé dans sa tour d’ivoire.

Mais la clé de sortie existe, l’élection présidentielle (et les législatives qui suivront vraisemblablement) permettant une redistribution du pouvoir. L’enjeu est d’arriver à trouver les sources du malaise français, et de faire des propositions politiques (et pas un catalogue de mesures technos) pour en sortir par le haut.

Il y a bien entendu de multiples causes au « malheur français », et certainement pas une qui dominerait les autres. J’aimerais m’appesantir un peu sur une, et esquisser un diagnostic, qui reste au stade d’hypothèses et de pistes de réflexion personnelles.

L’un des problèmes que rencontre la France est que finalement, nous n’avons jamais complètement réussi à « faire peuple » c’est à dire à créer une solidarité suffisante, un sentiment suffisamment fort d’appartenance à une entité. J’ai le sentiment que la France est composé de groupes, sociaux, ethniques, culturels, religieux, qui se vivent ensemble, mais se pensent parfois comme concurrents, voire antagonistes. Chacun se méfie de l’autre, préserve ses pré-carrés, et notamment sa place dans la hiérarchie. Le haut de la hiérarchie rechigne à s’ouvrir. Le tout en se racontant des histoires, des mythes comme la « méritocratie » et un grand « récit national de grandeur » qui masquent une réalité moins reluisante, mais font illusion quand, en période d’abondance économique, il y a plus que des miettes à distribuer. En revanche, en période de déprise, les réflexes égoïstes reprennent le dessus.

La grande passion française pour l’égalité (qui dérive parfois en haine des riches) est en fait le symptôme d’une inégalité réelle et bien ancrée, dont on ne trouve pas la sortie, car ceux qui sont aux manettes ne veulent rien lâcher. J’ai parfois l’impression que nous sommes en 1788, avec une société d’ordres, dominée par une noblesse et un clergé (issus des mêmes lieux) dont l’objectif est de conserver leurs privilèges et de les transmettre à leurs descendants, tout en évitant les révoltes de la plèbe. Même si le « contenu » a évolué (l’ancienne aristocratie a du laisser de la place à la bourgeoisie économique), nous avons toujours les mêmes structures et les mêmes réflexes. Pareil pour le pouvoir politique, toujours aussi concentré, avec un président vu comme un monarque absolu, qui dirige tous dans les détails depuis un point central, Paris ayant remplacé Versailles. Rien n’incite ceux qui sont au sommet à s’ouvrir et à changer de modèle.

Il me semble nécessaire de sortir de ces schémas ancien, et d’avoir un « peuple » français, basé sur des solidarités qui dépassent les différences culturelles ou les intérêts économiques et sociaux (intérêts de classe, diraient les marxistes). Nous sommes engagés dans une compétition mondiale, avec des pays aux fonctionnements différents, et pour certains, plus « compétitifs » que la France, totamment au sein de l’UE, qui est le cadre réel de la décision politique, et le niveau économique pertinent. Nous ne pouvons plus nous permettre de jeter la poussière sous le tapis, ou de prôner, comme le fait le RN, de revenir au modèle ancien, de pays replié sur lui-même. Nous sommes entrés dans la mondialisation depuis plus de 40 ans, et même s’il y a des regrets, on ne peut pas rejouer le match. Il faut maintenant nous adapter pour rester un pays efficace, qui compte dans la compétition. Ce que nous sommes de moins en moins.

Le premier enjeu d’accepter qu’on ne reviendra pas en arrière, et qu’il faut s’adapter, ou accepter une marginalisation de la France et de l’Europe. Elle est déjà en cours, et si nous avons encore de beaux restes, le déclin est bel et bien là, face à des zones puissantes et dynamiques qui ne nous ferons aucun cadeau.

Cela demande un travail de discussion, d’échanges et de débats. De tels changements ne peuvent pas être imposés d’en haut. Il faut créer une confiance, et malheureusement, la conflictualisation de notre vie publique pousse en sens inverse. Une autre voie qui permet de créer des solidarités, c’est de traverser des épreuves communes. La première guerre mondiale à eu comme effet secondaire de renforcer la cohésion interne, et d’apaiser de vieilles querelles. Je ne souhaite pas que nous nous retrouvions en guerre (pour de vrai, pas à la Macron) mais cela apporterais des évolutions sur ce sujet. Une prise de conscience du déclin et de ses conséquences réelles serait déjà un levier. Nous sommes en train de le vivre, ça ne fait que commencer, et la première étape, serait de mettre en lumière que la baisse de notre niveau de vie, de la dégradation de nos services publics par exemple, vient de ce déclin.

Si nous arrivons à avancer sur cette idée de la nécessité de revoir notre fonctionnement interne, la deuxième étape est de prendre conscience qu’une solution est dans une révision de notre fonctionnement collectif, avec davantage de confiance et de solidarité. La troisième étape serait de réinventer de nouveaux modes de fonctionnement, qui ne soient pas de simples réformettes de ce qui existe déjà, car cela ne marcherait pas. C’est une refondation de notre « identité nationale » qui est nécessaire, et donc de réinventer les mécanismes.

C’est à ce stade qu’intervienne les intellectuels et les politiques, dont le rôle n’est pas seulement de proclamer « qu’un autre monde est possible » mais aussi de matérialiser les futurs alternatifs, de proposer ce quoi pourrait être fait cet « autre monde ». Pour l’instant, et ça me fait mal de le dire, seul LFI fait cet effort. Mon souci est que leurs propositions ne me conviennent pas du tout. J’aimerais beaucoup que mon « segment politique » fasse de même, au lieu de se complaire dans une technocratie qui passe directement à des solutions opérationnelles sans imagination, en zappant la délibération sur le diagnostic et la vision d’avenir.

Les six mois qui s’ouvrent sont la fenêtre de tir pour que les idées et les imaginaires se libèrent, soit débattus, c’est ça que j’attends de la campagne présidentielle. Voulons-nous continuer à être maitres de notre destin ? Vers quel avenir voulons-nous aller ? Est ce que nous sommes prêts pour cela à revisiter notre identité profonde et notre manière de « faire peuple commun » ?

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