Les municipales ont été l’occasion d’un triste spectacle donné par les appareils parisiens des partis politiques. La palme revient au Parti socialiste, où le soir du premier tour, alors que les leaders vomissaient sur LFI à la télévision, les barons locaux étaient en train de négocier des fusions de listes avec les insoumis, qui se sont globalement bien réalisées (même si le score final n’a pas été à la hauteur des attentes).
La déconnexion entre l’échelon national et le local est de plus en plus flagrant, et quelque soit le parti, l’autorité du siège parisien s’estompe rapidement passé le boulevard périphérique. On en vient à se demander si les étiquettes politiques ne sont pas devenues une franchise commerciale, comme pour les chaines de supermarché. Et à droite, c’est une marque qui fait de moins en moins recette dans les « territoires » (le nouveau mot politiquement correct que les parisiens utilisent pour parle de la province). Il n’y a qu’à voir le nombre de listes « divers » menées par des personnalités pas encartées, et qui ne veulent surtout pas l’être. Pour un bon nombre, cette absence d’étiquette était même une condition de leur succès électoral.
Cela ne va pas arranger les affaires de notre système démocratique, qui a besoin de partis politiques ayant un peu de substance, que ça soit intellectuelle ou organisationnelle.
C’est le lieu où on doit, normalement, faire de la politique au sens idéologique. Ce n’est malheureusement plus le cas depuis très longtemps, les partis sous-traitant cela à des think tanks, avec lesquels ils ont plus ou moins de liens et d’autorité. Voire, ils se passent de cet ingrédient, pour un simple vernis communicationnel, dont la Macronie est la parfaite illustration.
C’est aussi le lieu où on forme des militants, des techniciens de la vie politique et des futurs élus, car quoi qu’on en dise, la politique est un métier. Là en revanche, c’est un peu mieux, même si depuis quelques années, ça se dégrade aussi. Il reste encore dans les partis des personnes qui savent organiser une campagne, tenir un bureau de vote, lire une carte électorale et analyser un scrutin. C’est un savoir-faire qu’il faut valoriser et transmettre, car sans ces personnes, une démocratie s’effondre, car le système électoral ne tourne pas tout seul, il faut le faire vivre. S’il n’y a plus d’élections fiables et bien organisées, la démocratie s’abime dangereusement.
Un autre point m’a alarmé, illustrant la dégradation de la situation, c’est la présence de plus en plus importante des apparatchiks sur les listes. A Paris, c’était même caricatural, il n’y avait que cela. S’il est important qu’il y ait des organisateurs et des « professionnels » de la démocratie, ils ne doivent surtout pas truster les places sur les listes. Il faut préserver un engagement « citoyen » et que des personnes extérieures aux appareils politiques continuent à être candidats et élus. Sinon, le lien va vite se distendre entre la population et les dirigeants, et mettre en danger la démocratie elle-même, assimilée à un système verrouillé, confisquant le pouvoir. Cette évolution est largement avancée, il suffit de voir les scores des partis extrémistes pour se rendre compte qu’il est urgent de réagir.
Ce qui arrive, quand les partis politiques sont trop faibles, c’est que les choses se font en dehors d’eux, dans des partis protestataires, dans des « collectifs » plus ou moins « professionnels » avec des étiquettes « divers » qui ne renseignent pas vraiment sur ce qu’ils pensent. Pour faire face à cela, les élus ont constamment complexifier les processus électoraux, afin d’élever la barre à l’entrée. Ce sont toutes les règles byzantines sur le financement des campagnes, c’est la montée en puissance de la proportionnelle stricte (sans panachage) avec parité obligatoire (donc il faut trouver des femmes qui acceptent d’être candidates), ce sont toutes les obligations déclaratives. A chaque fois, il y a d’excellentes raisons pour mettre en place cela (lutte contre corruption, promotion de l’égalité homme-femme…) mais au final, ça préserve une forme de monopole des partis et organisations politiques sur l’accès aux postes électifs.
Ces partis, qui continuent à contrôler l’accès aux fonctions publiques, ont de moins en moins de légitimité politique, parce que sans idées et sans militants hormis un noyau de professionnels qui en vivent. On ne va pas pouvoir continuer à ce rythme, sous peine d’avoir une grave crise démocratique. D’ailleurs, elle est déjà là.
On a eu une première alerte avec Emmanuel Macron, qui a réussit à créer une structure militante nouvelle en un temps record. Il a pu le faire parce qu’il était déjà au cœur du système, et a embarqué avec lui une partie des professionnels du PS. Mais il a dû prioriser l’organisationnel sur l’idéologique, ce qui s’est vite vu et a provoqué une énorme frustration chez les Français. Une part du rejet rencontré par Emmanuel Macron (outre son style personnel arrogant) vient de l’absence d’idéologie, faute grave dans un pays aussi politique que la France. Sur le fond, il n’a rien résolu, et le dégagisme est toujours aussi présent. Sauf qu’en 2027, c’est le RN qui pourrait en profiter, car il arrive encore à incarner une « alternative » à un système démocratique qui n’est plus fonctionnel.
Il faut donc redonner vie aux partis politiques de l’arc républicain, comme lieux de production d’idées, de formation à la vie citoyenne, et pas juste comme filière professionnelle. C’est à ceux qui les dirigent actuellement d’en prendre conscience et de s’ouvrir. Ils ont une responsabilité démocratique essentielle.
2 réponses sur « La décadence des partis »
Tout cela est vrai, mais il y a deux exceptions:
– LFI, car Mélenchon (dont j’abhorre les idées) se confirme très au-dessus du lot en termes d’habilité tactique et de communication.
– Reconquête, qui avait presque disparu des écrans et à qui « la dame en jaune » (Sarah Knafo) a redonné beaucoup de visibilité.
Il n’y a pas de déconnexion entre le PS national et les barons locaux dans le rapport à LFI. Quand le PS dit « aucun accord », c’est « pas d’accord au premier tour et ensuite on verra »
Au 2e tour, le PS reste toujours un parti de gauche, soit il s’allie à LFI soit il reste séparé mais il ne peut pas s’allier ailleurs, par ex chez les centristes (cf Strasbourg). C’est vrai aux municipales, ce sera pareil aux régionales, aux départementales et aux législatives. Comme les tandems PS/PCF et RPR/UDF à la grande époque. Alliance, ralliement ou désistement au second tour, sauf haine locale irréconciliable ou certitude de gagner seul.
En 2027, un 2e tour LFI-LREM ou LFI-HOR n’est pas le plus probable, mais on sait pour qui les élus socialistes appelleront à voter dans ce cas là.