Catégories
Non classé

L’assemblée, victime collatérale de la présidentielle ?

Depuis les élections municipales, les travaux parlementaires ont repris dans une ambiance explosive, les incidents et surprises se succédant. Les députés vont de bourdes en maladresses, au point qu’on se demande s’il reste une once de sens politique au Palais-Bourbon.

La dernière grosse bourde en date est la PPL sur l’ouverture de certains commerces le 1er mai. Si dans les faits, la modification initiale était marginale (ça concernait les boulangers et les fleuristes), symboliquement, c’est autre chose et les députés ont été imprudents en ne regardant pas les élargissements proposés par le Sénat. Ce jour a un statut très particulier, et y toucher, même d’un millimètre, risque de mettre en furie les syndicats et toute la gauche. Cela n’a pas manqué…

Ne tirant aucune leçon, les députés s’apprêtent à discuter d’une proposition de loi au contenu particulièrement liberticide, la PPL Yadan. Déposé par la députée Renaissance des français de l’étranger, qui ne recule devant rien (et surtout pas le soutien inconditionnel à Israël), le texte propose par exemple de pénaliser l’appel à la destruction d’un Etat. Un texte qui ne passera pas le Sénat, et encore moins le conseil constitutionnel. Et pour couronner le tout, 24 heures avant le débat en hémicycle, qui s’annonce explosif, la commission des Lois décide de classer sans suite une pétition contre ce texte, qui avait recueilli 700 000 signatures.

Derrière ces deux textes, il y a Gabriel Attal, qui visiblement, a décidé de copier la stratégie de Mélenchon. Pour avoir un socle de premier tour solide, il faut cliver et faire du racolage électoral auprès de communautés clairement identifiées, en leur disant ce qu’elles ont envie d’entendre. Et si on s’en prend plein la gueule, c’est encore mieux, ça renforce le message et ça hystérise la communauté qui n’aura pas eu ce qu’elle voulait. Ce n’est pas un hasard si Gabriel Attal, juste avant l’examen de la PPL sur le 1er mai, a écrit à tous les boulangers et fleuristes de France, pour leur dire qu’il est à leurs cotés. Et si ça n’a pas marché, c’est à cause des méchants gauchistes et de cette couille-molle de Lecornu qui a baissé sa culotte devant les syndicats. Qu’importe que le texte soit adopté, ce qui compte est de « cranter » dans l’électorat.

Dans cette affaire, la grande perdante est l’Assemblée nationale, dont les travaux sont complètement instrumentalisés au service de la campagne d’un individu prêt à tout, y compris la politique de la terre brulée. Peu lui importe si ces incendies à répétition abiment durablement le Parlement. Sur le 1er mai, Attal n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, en passant en force, par le biais d’une motion de rejet préalable. Il ouvre ainsi la voie à la démonstration que finalement, les députés ne servent pas à grand chose, et qu’on se passer d’eux. Voire, que c’est mieux de s’en passer.

8 réponses sur « L’assemblée, victime collatérale de la présidentielle ? »

Je réagis au début de l’article: il serait drôle d’adopter la ppl yadan, reconnaître l’état palestinien et emprisonner Yadan et Habib (et les collabos russes au passage).

Bonjour,
sur le fond de la PPL :
-quel est le problème de droit ou de morale dans la volonté d’interdire l’appel à la destruction d’un Etat ?
-et ceci n’est-il pas déjà couvert par le délit d’incitation publique à la violence ?

J’attends avec impatience de voir pénaliser les appels à la destruction de la Corée du nord.
Et c’est franchement drôle d’imaginer que ça ce serait appliqué à l’URSS.
Blague à part, même si le mot Israël n’est pas dans la loi, impossible de manquer pour quel pays spécifique elle serait uniquement appliquée.

Il existe déjà (et c’est bien normal) l’interdiction d’appel à la violence, d’apologie du terrorisme, ou de négatition de crime contre l’humanité. Donc ici, on parle de personne qui voudrait la disparition d’un état, sans violence – sinon on tombe sous le coup des lois déjà existantes. Du coup, quelle est la justification morale pour interdit l’appel à la destruction d’un état sans violence ?

Et même en se restreignant à Israel : pourquoi serait-il illégal d’appeler à la suppression de l’état d’Israel ? (sans faire de mal aux israéliens). D’ailleurs soutenir la solution à deux états ( qui revient de fait à détruire l’état israélien tel qu’il existe actuellement, pour en créer un nouveau) serait du coup illégal ?

Et inversement, les déclaration pro-israélienne qui appelle a chasser les palestiniens, serait elles illégales sous cette loi?

Il me semble que la PPL sur l’ouverture de certains commerces le 1er mai concernait aussi les établissements exerçant, à titre principal, une activité culturelle. Et pas seulement les boulangeries, mais tous les établissements assurant, à titre principal, la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate, ainsi que les autres établissements dont l’activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail.

Je pense que beaucoup de gens craignent , à tord ou à raison, que, comme on l’a vu avec l’élargissement continu du fichier ADN, accorder une petite dérogation revienne à mettre le doigt dans un engrenage législatif qui finit par transformer l’exception en norme.

Répondre à Jérôme Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *