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Le début de la fin pour Trump ?

La Cour suprême vient de rendre sa décision, concernant les droits de douanes décidés par Trump. Ils sont illégaux car ils n’ont pas été votés par le Congrès. Une décision prise sur la base du respect de la séparation des pouvoirs, par 6 juges contre 3 (donc trois juges classés comme conservateurs ont basculé contre Trump).

La claque est majeure pour Trump, à deux niveaux. Sur le plan intérieur, c’est un désaveu pour une politique largement mise en scène par Donald Trump, comme l’expression de sa toute puissance. C’est humiliant, comme pour un enfant qui se fait confisquer son jouet favori, parce qu’il faisait trop de bruit en l’utilisant. Il ne faut surtout pas négliger le choc symbolique et psychologique que cela représente, et voir comment Trump va réagir. Il est manifestement très énervé et encore dans le déni (il a annoncé de nouveau droits de douane, sur une autre base légale). Si finalement, il se plie à la décision, ça sera la première fois qu’il reconnaitrait que son pouvoir n’est pas sans limite, ce qui ouvre la voie à l’entrée en scène d’autres contrepouvoirs, qui jusqu’ici, n’osaient pas se lancer. Une fois qu’une brèche est ouverte dans une digue, elle peut s’élargir très vite, sous l’effet du courant. On peut penser que le Congrès va se rappeler qu’il dispose de pouvoirs, tout comme les gouverneurs des États. En fait, il fallait qu’il en ait un qui ouvre la voie, personne ne souhaitant être le premier. C’est finalement la Cour suprême qui s’est dévouée.

Sur le plan international, sans cet outil de chantage et de déstabilisation du commerce et de l’économie mondiale, Trump est relativement désarmé. Si les États-Unis restent une grande puissance économique, les principaux leviers ne sont pas aux mains de la présidence. La Réserve fédérale lui résiste, les grandes entreprises, même si elles vont baiser la babouche dans le bureau ovale, ne sont pas aux ordres quand il faut ouvrir le portefeuille. L’exemple des compagnies pétrolières est emblématique. Pour le moment, aucune n’a répondu aux injonctions de Trump d’aller exploiter le pétrole vénézuélien. Tout ce qu’il peut faire, pour le moment, est de déstabiliser les organes de gouvernance mondiale, en les quittant (et en cessant de payer). Cela a des effets certains à court terme, mais représente un danger à moyen terme pour les États-Unis, car on va vite se rendre compte que le monde des organisations internationales peut tourner sans eux, et que d’autres attendent même pour prendre la place de pivot, que les États-Unis abandonnent. Avec cette décision spectaculaire de la cour suprême, on voit bien que Trump a atteint les limites de ses capacités de déstabilisation du reste du monde. La puissance militaire est un outil hors de portée, sa base électorale étant farouchement contre tout interventionnisme extérieur. Le sketch sur le Groenland l’a démontré.

Cet épisode n’est pas sans me rappeler les débuts d’Emmanuel Macron au pouvoir. Pendant la première année de sa présidence, il pouvait faire à peu près ce qu’il voulait, les oppositions étaient paralysées, l’opinion était avec lui, toutes les critiques tombaient à plat, l’Assemblée nationale était aux ordres et votait tout. Puis est arrivée l’Affaire Benalla, en apparence un grain de sable, mais qui a fait dérailler cette belle mécanique, qui paraissait invincible, et capable de créer un « nouveau monde ». Ensuite, il n’a fait qu’enchainer les emmerdes : les Gilets jaunes, puis le Covid, sans jamais arriver à revenir au niveau de puissance de sa première année de mandat.

Il se pourrait que ce schéma se reproduise aux États-Unis. Après une victoire électorale, surtout quand elle est spectaculaire, l’élu dispose d’un état de grâce. Il a une légitimité politique forte, celle des urnes, qui est encore récente. L’opposition est assommée, et le nouveau pouvoir a la capacité de saturer les médias avec des annonces tonitruantes. Puis au bout d’un certain temps, la légitimité des urnes s’érode, les sondages se font moins bons, car des choses ont déplu aux électeurs. Les premiers résultats (ou leur absence) arrivent, et le désenchantement sur les promesses non tenues pointe son nez, les opposants se sont réorganisés et relèvent la tête.

La véritable clé est dans le respect des règles du jeu. Emmanuel Macron avait promis un « nouveau monde », un changement dans la manière de diriger le pays. Mais comme il n’a changé aucune règle du jeu politique et parlementaire, lui et ses troupes ont bien été obligés de se plier aux règles, et finalement, de faire comme ceux qui occupaient le pouvoir avant eux. Pour le moment, Trump et sa troupe ont beaucoup éructé, ont placé leurs hommes aux postes clés (parfois assez loin dans les structures gouvernementales) mais ils n’ont pas (trop) touché à la Constitution et aux règles du jeu démocratique. Même si certains États ont connu des tripatouillages sur le découpage électoral, cela ne pèse pas lourd en cas de vague électorale.

Je pense que si Trump et ses affidés ont la volonté de changer les règles électorales et constitutionnelles, c’est déjà trop tard. Ce genre de réforme se fait immédiatement, dans la foulée de l’élection. Une fois que la machine politique commence à déraper et à perdre de la vitesse, c’est beaucoup plus difficile. Ou alors, cela demande un passage en force qui s’apparente à un coup d’État. Trump a déjà essayé en 2020, donc on peut penser qu’il tentera à nouveau, avec comme cible les élections de mid-terms de novembre 2026. C’est désormais la seule inconnue : osera-t-il ? Y arrivera-t-il ? S’il ne le fait pas, et que les élections se déroulent normalement, selon les règles, le trumpisme ne sera qu’une parenthèse, comme le macronisme.

8 réponses sur « Le début de la fin pour Trump ? »

Bonjour Authueil, merci pour ce billet.

Selon une chaîne d’analyse américaine que je suis, HouseOfEl, le mécanisme juridique serait sévèrement limité : 15% et 150 jours maximum.
Vidéo ici : https://youtu.be/f2emHLwjZyo?si=VmK-Xr373gM0zvPr
Je pensais a une opération de communication, histoire de dire « les tarifs de douane sont toujours là » mais l’hypothèse du déni est plus plausible.

Mais pour le trumpisme comme parenthèse, pas d’accord au niveau international : il y a eu trop de dégâts, en particulier avec le Groenland et l’Ukraine.
Et pas qu’avec l’Europe.
Tout le monde a vu les USA abandonner leurs alliés (avec l’Ukraine) et menacer leurs alliés d’invasion. Ça laissera des traces durables au niveau international, aussi bien avec l’Europe que le Pacifique.

Et le sujet n’est pas Trump : c’est la capacité du peuple américain a élire et réélire des dirigeants pareils !
Désolé, mais qui peut assurer avec certitude que les Américains ne seront pas assez stupides pour élire dans la prochaine décennie un dirigeant qui ira VRAIMENT envahir le Groenland ou le Canada? Et que si c’est le cas, les garde-fous qui ont marchés ce coup-ci fonctionneront encore?

D’ici la fin des 150 jours, Trump utilisera d’autres dispositions juridiques pour maintenir ses droits de douane… Ou bien, il les relancera pour 150 jours à nouveau après les 150 premiers jours. Ce serait évidemment illégal, mais le temps que ça remonte à la Cour Suprême il aura potentiellement eu le temps de le faire 2-3 fois. Au moins jusqu’aux midterms, la gesticulation sur les droits de douane ne va pas s’arrêter. Mais on peut se demander si ça le rendra plus fou sur le reste ou s’il va manquer de bande passante pour gesticuler sur bcp de sujets à la fois.

Alors dans ce cas il devra trouver une autre manière de faire, car la section 122 du code de commerce américain ne s’applique que pour 150 jours non renouvelables

Ça ne l’empêchera pas d’essayer, en prétendant que c’est une urgence différente (quitte à attendre un mois entre les deux urgences). Il a déjà tenté la chose avec des nominations temporaires renouvelées illégalement

Mais il y a ce que lui veut et édicte, et ce que l’administration applique. Assez fou d’imaginer que les douanes continuent d’appliquer des péages manifestement illégaux.

> S’il ne le fait pas, et que les élections se déroulent normalement, selon les règles, le trumpisme ne sera qu’une parenthèse, comme le macronisme.

Ici et là-bas leur pratique des institutions qui dérive et abuse laissera des traces pour les suivants : beaucoup d’usages qui stabilisaient les choses ont été renversés, les suivants ne s’en priveront pas non plus.
Ceci n’est pas une parenthèse.

Trump est le symptôme d’une maladie très grave. N’importe qui qui tente de renverser une élection par un coût d’Etat populaire ou même qui garde des armoires entières de documents secret défense et s’en vante auprès de personnes lambda devrait être en prison pour une décennie au moins dans n’importe quel pays sain. Et sans parler du mélange des genres incroyable et perpétuel entre ses intérêts propres et ceux de la présidence. La Cour peut dire pause pour un décret économique mais le fait d’en être arrivé jusque là montre que tout le reste précisément n’a pas marché ! Il est dingue et il a le doigt sur la gâchette, on n’est pas au bout de nos surprises…

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