Les britanniques viennent à nouveau de confirmer, lors d’une élection législative partielle, l’évolution politique déjà aperçue lors des élections générales de 2024. Tories et Labour, qui dominaient la vie politique depuis 80 ans, sont en train de se faire dégager par plus radicaux qu’eux. Un mouvement qui ressemble un peu à ce qu’on voit chez nous, avec un mode de scrutin uninominal à un tour, ce qui montre bien que l’enjeu est ailleurs que dans le mode de scrutin.
Même s’il s’agit d’une élection partielle, avec tout ce que cela peut avoir de déformations (circonscription très typée, participation plus faible, pas d’élan national), le résultat de l’élection partielle de Gordon et Denton, qui a eu lieu hier au Royaume-Uni, est très intéressant.
Cette circonscription de la banlieue de Manchester est historiquement à gauche. Le sortant Labour a démissionné pour raison de santé, laissant la place à une élue écologiste, qui a fait une campagne très à gauche (Jérémy Corbyn est venu la soutenir). Elle l’emporte avec 14 980 voix (40,6%) (4810 voix, 13,2% en 2024). La candidate travailliste obtient 9 364 voix (25,4%), contre 18 555 (50,8%) en 2024. Le basculement est violent. A droite, Reform UK de Nigel Farage, qui avait déjà fait une percée en 2024 (5142 voix, 14,1%) passe à 10 578 voix (28,7%) et renvoie les conservateurs au rang de groupuscule (706 voix, 1,9%). Hier, le bloc radical (Vert et Reform UK) a obtenu 69% des voix.
Le mode de scrutin britannique, uninominal à un tour est particulièrement violent, et accentue encore plus les tendances. Il oblige à l’union de chaque camp. En 2024, les travaillistes ont obtenu une grande victoire aux élections générales, mais elle était en trompe l’oeil. Leur score n’était pas formidable, mais c’est la désunion à droite, avec la montée en puissance des populistes de Reform UK, qui provoqué la défaite de nombreux conservateurs. La chance de Starmer est que la gauche radicale n’avait pas de leader crédible, et n’a donc pas été en mesure de le faire perdre. Pourtant, plusieurs députés très à gauche, dont Jérémy Corbyn, ont été élus contre un travailliste, signe qu’il y avait déjà un danger potentiel. Le problème de Starmer est que désormais, une alternative plus radicale à gauche existe, avec le parti Vert (qui fait moins peur de Corbyn) dirigé par le charismatique Zack Polanski.
Même si les élections générales sont encore loin (2029) et que la majorité travailliste est nombreuse, ça va secouer au Labour, où Keir Starmer, très impopulaire, pourrait rapidement devoir quitter son poste de Premier ministre, avec au passage, un coup de barre à gauche. Chez les conservateurs, l’effondrement en cours (plusieurs leaders de premier plan ont déjà basculé chez Farage) devrait s’accélérer.
La radicalisation du paysage politique, que nous voyons dans beaucoup de pays, est une lame de fond, et le mode de scrutin n’est en rien une barrière à la montée des populistes. Elle peut, tout au plus l’accélérer (scrutin uninominal à un tour) ou la ralentir (proportionnelle intégrale). Le véritable enjeu est l’offre politique, et le résultat d’hier, au Royaume-Uni, montre que les rentes de situation n’existent plus. Un parti, même dominant, qui ne bosse pas et se contente de brandir le « vote utile » et le « barrage » n’a plus la moindre chance dans les urnes. Une leçon à méditer en France, notamment à LR et au PS.