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Hidalgo offre Paris sur un plateau à Dati

La maire de Paris, Anne Hidalgo, ne se représente pas en 2026, et commet toutes les erreurs qui vont permettre à Rachida Dati de prendre la mairie.

La première erreur est d’adouber un dauphin qui n’était pas celui prévu de longue date. La logique aurait voulu que ce soit Emmanuel Grégoire, premier adjoint, qui soit désigné. Il se prépare depuis longtemps, et était vu par tous, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, comme l’héritier naturel. Mais les questions d’ego en ont décidé autrement, comme souvent en politique, et Anne Hidalgo décide, au dernier moment, de propulser un autre élu, Remi Féraud. Les deux dauphins sont de force et de qualité égale, ce qui risque d’entrainer une guerre de succession fratricide au sein du PS parisien, l’ancien dauphin ayant déjà annoncé qu’il y allait, et entend bien être adoubé par un vote des militants. Le suicide politique parfait.

Anne Hidalgo aurait pu éviter ce désastre, en tranchant dans le vif. Elle démissionne, et met en poste, en cours de mandat, le candidat de son choix. Cela tue le match en interne, car c’est difficile, pour les militants, de désavouer le maire en poste. C’est du passage en force de la part d’Hidalgo, mais c’est assez efficace. Elle a choisi de rester jusqu’au bout, autre erreur, une succession bien préparée se faisant par un passage de témoin en cours de mandat. Cela ne garantit pas la réélection de celui qui prend le poste en cours de mandat, mais ça lui donne les moyens d’acquérir une notoriété, dont Rémi Féraud, comme Emmanuel Grégoire, manquent cruellement.

La troisième erreur est une faute d’analyse politique. Anne Hidalgo exclut explicitement les insoumis de la future coalition de gauche aux municipales, tout en demandant aux écologistes et aux communistes de rallier le candidat PS dès le premier tour. Les communistes, qui n’ont pas les moyens de faire un liste autonome, répondront sans doute à cet appel. En revanche, pour les écologistes, c’est une autre histoire. Ce n’est sans doute pas par hasard que Yannick Jadot a été parachuté sénateur de Paris en 2023, ni pour lui assurer une retraite dorée. Je pense, au contraire, que c’est une stratégie pour partir, en autonome aux municipales, au premier tour, avec une tête de liste crédible. Vu les rapports de force à gauche, à Paris, c’est un pari qui peut être gagnant. Dans plusieurs gros arrondissements de gauche, si on a une liste PS-PC, une autre LFI et une troisième écologiste, je ne sais pas laquelle arrive en tête au soir du premier tour. Ce n’est pas certain que ça soit celle du PS.

De l’autre coté, la droite est en pleine recomposition, depuis que Rachida Dati est devenue ministre de la Culture. La macronie, qui n’était déjà pas bien vaillante à Paris, n’a personne à proposer, et Horizons ira sans trop de mal se vendre pour quelques places d’adjoints, la différence idéologique avec Dati n’étant pas plus épaisse qu’une feuille de papier à cigarette. Le reste de LR se fera acheter de la même manière, et ceux qui ne voudront pas se rallier (bon gré, mal gré) ne seront pas en mesure de faire des scores leur permettant de se maintenir, à part dans quelques arrondissements de toute manière acquis à la droite, quoi qu’il arrive. On peut compter sur le caractère bien trempé de Rachida Dati pour que tout le monde soit bien aligné et que la machine électorale fonctionne. Son seul souci est judiciaire, avec un probable procès pour corruption et donc un risque d’inéligibilité.

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La mousse médiatique autour de la censure

Les journalistes politiques français se sont pris de passion pour un sujet qui permet de faire croire qu’une nouvelle crise politique se profile. Le gouvernement Barnier pourrait bien être censuré, en décembre, lors des ultimes votes sur le budget. Encore une montée de fièvre à courte vue de la part de médias incapable de prendre un peu de hauteur.

Le gouvernement de Michel Barnier n’ayant pas de majorité absolue à l’Assemblée, il est à la merci d’une coalition gauche-RN qui peut le renverser. Depuis le début, la gauche ayant annoncé qu’elle voterait systématiquement les motions de censure, elle a placé le RN en position d’arbitre. Marine Le Pen, disposant de cette belle carte, fait monter la sauce depuis quelques jours. Elle agite la menace de voter la censure, si on ne lui donne pas quelques victoires politiques et symboliques lors de l’examen du budget.

Le moment n’est pas choisi au hasard. La configuration de l’Assemblée, sans majorité solide, ne laissait pas espérer un vote positif sur les lois financières. Tous les observateurs un peu lucides savaient que tout se jouerait au Sénat. Il est donc logique de mettre la pression dans la semaine qui précède l’examen du budget par le Sénat. C’est maintenant que les vraies décisions se prennent.

On va donc entendre les flonflons du bal, avec le premier ministre qui reçoit officiellement Marine Le Pen, ainsi que d’autres présidents de groupes parlementaires. On va avoir une semaine de chaud et froid, avec au final, une baudruche qui va se dégonfler. Le gouvernement Barnier ne sera très probablement pas censuré cette fois-ci, pour des raisons structurelles.

Si la gauche veut déposer une motion de censure à l’occasion de l’utilisation de l’article 49.3 sur le budget, son adoption entraine de facto le rejet du budget. Même si des mécanismes juridiques existent pour tenter d’éviter le shutdown, c’est quand même une décision politique lourde. Je vois mal le RN, en quête de respectabilité et d’une image de « gestionnaire responsable » se lancer dans cette aventure. On risque surtout d’avoir un message de mécontentement du RN contre Barnier et son budget, assorti d’une abstention lors du vote « par sens de la responsabilité envers le pays » (ou une autre formule approchante). On peut faire confiance à Michel Barnier pour mettre, le moment venu, la pression dans ce sens.

Si la gauche attend le vote du budget, et dépose juste après une motion de censure découplée (sur la base de l’article 49.2), on est dans une autre configuration politique. Le risque de shutdown est écarté, mais reste un souci : comment trouver un autre gouvernement, en attendant qu’Emmanuel Macron puisse à nouveau dissoudre, à l’été 2025 ? Le cirque de cet été a montré qu’il n’y a pas d’alternative possible à la majorité qui soutient Michel Barnier, même si les socialistes tentent d’explorer des idées fantaisistes (comme des accords de non-censure). Donc là encore, on est dans une impasse, la censure créant une crise politique dont il n’y a pas d’issue institutionnelle possible. Il ne faut pas oublier que le but de la gauche, comme du RN, est de récupérer le pouvoir au prochain coup, pas de plonger la France dans le chaos politique (dont on ne sait jamais ce qui peut sortir).

Enfin, les médias semblent sous-estimer le fait que Michel Barnier est un fin négociateur, qui a mené la barque du Brexit avec succès pour l’Europe. Je ne doute pas que le Premier ministre saura en lâcher un peu, promettre suffisamment, pour que Marine Le Pen se dise que, finalement, elle n’a pas intérêt à voter la censure. L’essentiel, pour elle, est déjà acquis, par la démonstration du fait qu’elle est incontournable, et qu’il faut donc bien la traiter.

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Faut-il se contenter de tondre les GAFAM ?

Très régulièrement, dans le débat public, surgissent des propositions de taxes sur les grandes entreprises du numérique. C’est soit pour alimenter les caisses publiques, soit pour subventionner d’autres secteurs économiques, censés avoir été « spoliés » par les Gafam.

Si la première alternative, d’alimenter le Trésor public, ne me pose pas de problèmes (c’est normal de payer des impôts) la seconde est beaucoup plus litigieuse et doit être regardée avec précaution, afin de ne pas accepter n’importe quoi, et ne pas se détourner des véritables enjeux, dans le bras de fer entre Etats et grandes plateformes.

Les cris les plus vocaux viennent souvent de secteurs économiques habitués à être subventionnés sur fonds publics, ou ayant longtemps bénéficié d’un monopole leur permettant de tondre les consommateurs. L’arrivée du numérique, et notamment des grandes plateformes, a bouleversé de nombreux secteurs économiques, en rendant possibles (et surtout rentables) d’autres manières de travailler. Beaucoup de secteurs ont ainsi connu une forme de désintermédiation, où le numérique s’est révélé bien plus efficace, et moins couteux. Les annonces et offres, les réservations diverses et variées, ont massivement migré vers des plateformes (dont toutes ne sont pas américaines). Le temps passé a également migré, les gens passant bien plus de temps devant des écrans. Donc nécessairement, des activités comme la publicité ont suivi. Des modèles économiques, dont certains tenaient de l’économie administrée, comme celui des médias « classiques » ont souffert des possibilités de contournement technique des péages et barrages destinés à obliger les comportements des consommateurs. On a ainsi « découvert » que bien des comportements ne relevaient pas de choix libres et éclairés, mais juste d’une contrainte bien organisée par les producteurs.

Le numérique a donc changé bien des règles du jeu, et dans les premiers temps, les acteurs économiques dominants ont tout fait pour rétablir les anciennes règles. Sans y arriver, comme le montre le secteur de la culture, où dès les années 2005, tout le monde leur disait que le consommateur devient pirate, car il n’aime pas être pris pour un pigeon, mais que si on lui propose une offre « légale » qui soit pratique et à un prix correct, il s’y dirigera. Cela a pris 10 ans, et ce sont les américains, avec Netflix notamment, qui ont pris le marché en proposant (enfin) une offre adaptée que les acteurs français du secteur de la culture n’ont pas été capable de proposer.

Aujourd’hui, les places étant prises, les acteurs économiques français n’ont souvent plus que leurs yeux pour pleurer. Ils vilipendent donc des opérateurs numériques qui font ce qu’ils auraient pu faire, s’ils avaient eu un peu plus l’esprit d’entreprise. Ils développent un discours victimaires, se présentant comme des gens qui auraient été « spoliés » et doivent donc être indemnisés. Comme si les lecteurs et les annonceurs publicitaires étaient la propriété des titres de presse, et que les Google et consorts devaient les indemniser pour leur avoir offert un service correspondant mieux à leurs attentes. On est vraiment dans la fable de Bastiat, sur les marchands de chandelles qui pétitionnent contre le soleil.

Le drame est que nombre de médias et d’acteurs de l’industrie culturelle sont encore dans cet état d’esprit de refus d’évolution. Ils ne veulent pas changer leurs habitudes, et trouvent d’autres arguments, pour qu’au final, ils soient subventionnés par ceux qui ont pris leur marché. C’est la question des droits d’auteurs, où des sommes astronomiques sont demandées par les patrons de presse, pour des productions souvent médiocres, bien loin de ce que des calculs économiques rationnels pourraient donner. C’est maintenant le rôle « d’intérêt général » des médias, pour la démocratie, qui est mis en avant, pour justifier qu’ils soient subventionner. Les pouvoirs publics, qui donnent déjà largement pour ça (plus d’un milliard par an) ne peuvent pas en rajouter, et ce seraient donc aux plateformes de venir en donner plus.

Derrière tout cela, il y a aussi des enjeux de pouvoir. Ces plateformes ont pris une place centrale dans la distribution de contenus et de services, mais aussi dans l’organisation du débat public. Et certaines de ces plateformes font n’importe quoi, entre irresponsabilité et manipulation. On n’est plus ici sur des questions d’argent, mais tous les moyens sont bons, au niveau des gouvernements, pour avoir prise sur ces acteurs américains, dans un bras de fer qui entre dans une phase critique. Ces sujets autour du droit d’auteur ou de la désinformation sont donc gonflés dans le cadre de cette lutte de pouvoir, bien au delà de ce qui relève de la responsabilité de ces plateformes (même s’il y a du vrai dans ces demandes et reproches).

Il serait bien que le débat public se recentre davantage sur la question de l’emprise et du pouvoir dont disposent ces plateformes, et ce qu’elles en font. Les vrais enjeux « démocratiques » sont là, et sont importants, et c’est sur ce terrain que se placent les autorités américaines (pour le moment). Ne laissons pas ce combat être détourné et instrumentalisés par des acteurs économiques qui cherchent juste à racketter un autre secteur plus prospère, afin de reconstituer des rentes leur permettant de vivre confortablement, sans avoir à innover.

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La France en pleine reconfiguration politique

La déflagration provoquée par la dissolution de l’assemblée en juin 2024 marque un moment majeur d’une reconfiguration politique qui se poursuit, vers des direction pour l’instant encore incertaine.

Le premier effet a été de mettre Emmanuel Macron à l’écart de la vie politique. Il reste président et garde donc une capacité de nuisance, mais il a été mis au rencart par son propre camp. Il ne représente plus l’avenir, et ce qu’il peut dire n’intéresse plus grand monde, et semble assez mal le vivre. Le bloc central peut donc commencer à se reconfigurer se stabiliser, mais ce sera très progressivement, et un peu dans la cacophonie. Il y a des moments, on se croirait dans une cour de récréation, avec quelques gamins mal élevés comme Attal ou Wauquiez, qui cherchent à jouer les caïds. Ils peuvent discréditer ce bloc politique aux yeux de leurs électeurs, désespérés de ces enfantillages.

Même si l’Assemblée est un véritable cirque, du fait de l’absence de majorité, c’est aussi un terrain d’expérimentations, avec des cohabitations inattendues comme l’improbable tandem Coquerel – de Courson à la tête de la commission des Finances. Malgré des résultats déroutants dans les élections internes, on est arrivé à un résultat finalement pas inintéressant en termes de partage du pouvoir, la gauche ayant plus de leviers qu’on ne le pense. Ils sont à la tête de trois commissions et ont la majorité au bureau. Ils sont donc, de fait, associés au bloc central dans manière dont l’institution est gérée, et en seront considérés comme co-responsables. Il ne sera pas possible, pour la partie « raisonnable » de la gauche, de se défausser du bilan, quand l’heure des comptes arrivera, sur le déroulement de cette XVIIe législature.

Cette absence de majorité donne (et donnera) des résultats surprenants et imprévisibles, ce qui donne un véritable pouvoir à l’Assemblée nationale (en tout cas, plus qu’avant). En matière de lois, on sait ce qui entre dans l’hémicycle, mais personne ne peut prédire ce qui en sortira, ni dans quel état le texte sortira. Après le budget, un nouvel exemple vient d’être donné cette semaine, avec une banale proposition de loi sur les titres restaurants. Le but était de prolonger d’un an un dispositif provisoire, le temps de voter une réforme d’ensemble du dispositif. Prévue en 2024, cette réforme n’avait pas pu se faire pour cause de dissolution. Et voilà qu’en commission, les députés votent, à une voix près, non pas la prolongation d’un an, mais la prorogation définitive du dispositif, contre l’avis de la rapporteure (et du gouvernement). La devise de cette législature pourrait être « sur un malentendu, ça peut passer ».

A gauche, les choses évoluent aussi, avec des rééquilibrages entre gauche réformiste et radicale, où la prochaine étape sera les municipales de mars 2026. On pourrait avoir beaucoup de surprises, on commence déjà à avoir des signes que « la poutre bouge » dans certaines villes, dans le choix des alliances. Et surtout, la question de la succession d’un Jean-Luc Mélenchon vieillissant n’est toujours pas réglée à LFI, où ce n’est pas Manuel Bompard, qui a le charisme d’une huitre, qui pourra passer de coordinateur du parti à candidat à la prochaine présidentielle.

La reconfiguration politique se poursuit également, avec l’évènement majeur que pourrait être la condamnation de Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité. Vu comment s’est déroulé le procès, l’amateurisme de la ligne de défense, on est bien parti pour qu’elle perde ses mandats dès 2025, et ne puisse pas se présenter à la prochaine présidentielle. Cette situation est une bombe à fragmentation, car cela pourrait entrainer une colère et une radicalisation du coté du RN et de son électorat. Cela pourrait aussi entrainer une guerre de succession, voire une implosion du parti, si Jordan Bardella n’arrive pas à s’imposer, ou tombe, lui aussi, pour des questions d’emplois fictifs.

L’élection de Donald Trump et le supplément d’instabilité qu’elle ajoute à une situation géopolitique déjà menaçant, peut également changer la donne politique nationale. Une crise géopolitique peut rapidement dériver sur une crise économique ou financière, la guerre en Ukraine l’a montrée en 2022. L’Europe n’est pas bien vaillante, entre une France gérée par un intérimaire qui pourrait durer, et une Allemagne qui n’aura un gouvernement stable qu’au mieux en avril 2025 et une Italie dirigée par l’extrême-droite. Les tractations autour de la prochaine commission européenne montrent bien que les failles politiques s’approfondissent à Bruxelles.

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L’Assemblée nationale est devenue un cirque

Depuis le début du mois d’octobre, avec les débats sur les lois financières, l’Assemblée nationale donne un bien triste spectacle. S’ils voulaient démontrer l’inadaptation, voire l’inutilité de l’institution, les députés ne pourraient pas s’y prendre mieux.

Depuis un mois, nous assistons à des débats totalement décousus, où certains parlementaires ne comprennent visiblement pas toutes les implications de ce qu’ils votent, voire s’en moquent éperdument. Il faut voir le nombre de dingueries fiscales qui sont adoptées, aux effets économiques absolument pas maitrisés, techniquement inopérants, contraires au droit européen et au droit constitutionnel. C’est profondément atterrant d’entendre « amendement adopté », après que le rapporteur général, qui siège depuis 30 ans en commission des Finances, l’ait démonté techniquement de manière claire et sans appel.

C’est également profondément attristant (et énervant) d’entendre des défenses d’amendements qui relèvent du discours de meeting politique, fustigeant les « ultra-riches » et passant des heures à parler de jets privés et aux autres objets symboliques, mais complètement anecdotiques. Ces mêmes députés, qui lisent leur papier où il y a deux punchlines par paragraphe, sont muets dès qu’on entre dans la technique de la mesure qu’ils proposent, car ils n’y comprennent rien. Le tout avec un art oratoire que l’on pourrait qualifier de médiocre. C’est également agaçant de voir qualifier de « débats » des séries de monologues pour défendre un même amendement, avec les mêmes arguments, juste pour que chacun ait sa pastille vidéo à poster sur les réseaux sociaux.

La Constitution fixant des délais assez courts pour l’examen des textes financiers, il a suffi au gouvernement de laisser les députés faire leur cirque et tenir meeting dans l’hémicycle, sans chercher à les freiner. Et arrivé au dernier jour du délai, il suffit de constater que les députés n’ayant pas terminé l’examen, c’est le texte initial du gouvernement qui est transmis au Sénat. C’est arrivé mercredi dernier sur le PLFSS, et cela arrivera très certainement sur le PLF, le couperet tombant le 21 novembre (à moins que les députés ne rejettent le texte avant).

Au final, la gauche aura pu faire son show, crier victoire sur les réseaux sociaux avec force visuels bien léchés, pour des amendements qui ne se retrouveront jamais au Journal officiel. Les citoyens, qui de bonne foi, ont cru que les mesures avaient effectivement été adoptées, risquent de tomber de haut en découvrant qu’il n’en est rien. C’est certainement le meilleur moyen pour les dégouter de la politique, et c’est l’ensemble du spectre, ainsi que l’institution, qui paieront les pots cassés.

Au bout du bout, on va s’apercevoir que c’est le Sénat qui aura eu la haute main sur le contenu des lois financières. La chambre élue au suffrage indirect va donc l’emporter sur celle élue au suffrage universel, ce qui n’est pas dans l’ordre des choses démocratiques. On va aussi s’apercevoir qu’on aurait finalement gagné du temps en passant directement par le Sénat, sans perdre de l’énergie avec les députés. Une leçon que vont retenir tout ceux qui travaillent dans les affaires publiques.

L’Assemblée nationale va se transformer en cirque inutile, où les députés vont faire de la petite politique, des débats enflammés qui ne mèneront nulle part. Tout cela durera jusqu’à ce que Marine Le Pen décide qu’il est temps de revenir aux urnes, et fasse voter ses troupes en faveur d’un motion de censure pour renverser le gouvernement Barnier. Ce sera le seul vote vraiment impactant de cette assemblée, le reste est sans intérêt.

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Il n’y aura pas de sursaut européen à l’élection de Trump

Donald Trump a réussi son retour, et de belle manière, puisqu’outre une majorité claire pour la présidence, les républicains emportent aussi le Sénat, la chambre des représentants, et ont déjà la cour suprême. Ils ont tous les leviers.

Je ne ferai pas ici l’exégèse de cette élection, ni les leçons politiques à en tirer, d’autres vont le faire abondamment. En revanche, les conséquences pour la France et l’Europe me préoccupent davantage.

Le résultat de cette élection est la prise de pouvoir central par la frange ultra-conservatrice, Trump n’étant finalement qu’un homme de paille. On les a vus à l’oeuvre lors du premier mandat de Trump, il n’y a pas de raison qu’ils aient fondamentalement changé d’options stratégiques. On aura peut être quelques accentuations, un habillage un peu différent (et plus brutal), et sans doute toujours beaucoup d’opportunisme et de pragmatisme.

L’élément géopolitique essentiel est que les Etats-Unis n’en ont plus grand chose à faire de l’Europe, qui dépend trop d’eux, pour partir ou les contredire. Leur vrai adversaire géopolitique, c’est la Chine. L’Europe n’est plus qu’une périphérique sans ressources essentielles, et sur ce terrain, leur objectif immédiat est que la Russie ne se rapproche pas trop de Pékin. Pour cela, il suffit de lâcher l’Ukraine, suffisamment pour que la Russie y trouve son compte, mais pas trop, pour éviter d’effrayer les européens.

L’Europe regardera tout cela en spectateur, car nous n’avons pas les moyens de remplacer les USA pour l’aide à l’Ukraine. Nous n’avons déjà pas les moyens de notre propre défense face à une guerre conventionnelle, si jamais la Russie se décidait à lancer ses troupes. Je ne suis pas certain que les français arriveraient à se mobiliser comme l’ont fait les ukrainiens, pour aller se faire tuer au front. Nous n’avons sans doute pas non plus les stocks d’armement pour faire face. Enfin, nous n’avons pas le choix de nos alliances, nous n’avons pas d’alternative à l’alliance américaine. On gesticulera beaucoup, on aidera l’Ukraine à panser ses plaies, et c’est tout. On se retrouvera avec un conflit gelé, où chaque belligérant campera sur les territoires qu’il contrôle.

L’état de fragmentation, politique, économique, idéologique de l’Europe est profond. Notre recul industriel, pas loin de virer à l’effondrement, est également structurel, et nous prive des moyens de la puissance. Nous n’avons jamais eu, depuis 60 ans, les moyens d’être une grande puissance mondiale, et l’élection de Trump ne suffira pas à changer nos orientations, pour faire de ce but une priorité. A moins d’une guerre sur notre territoire, je vois mal l’Europe changer de trajectoire. On va donc beaucoup gesticuler, mais ce sera surtout de la communication pour nous préserver notre ego et nous illusionner sur le fait que nous comptons encore, alors que c’est faux.

Cela fait déjà très longtemps que nous avons collectivement choisi (en France peut-être plus que dans d’autres pays) de sortir de la compétition pour continuer à être maitres de notre destin. Nous nous sommes placés dans la dépendance du bloc géopolitique américain, qui a trouvé son intérêt à y être présent en Europe, face au bloc soviétique. Depuis l’effondrement de l’URSS, l’Europe n’est plus un terrain majeur, et Trump pourrait tout simplement nous le dire brutalement, en nous indiquant qu’il veut bien nous garder sous son parapluie, mais à condition que nous lui fassions des concessions. Bref, que nous soyons un allié encore plus docile, et qui ouvre son chéquier pour rémunérer le service rendu. Trump l’a déjà dit lors de son premier mandat, avec la question du financement de l’OTAN, il va nous le redire, mais dans un contexte où nous avons encore moins les moyens de résister, ou de limiter les concessions.

Et nous nous cèderons, car nous n’avons pas le choix, et les choses continuerons comme avant. La deuxième président de Trump aura juste été une étape supplémentaire dans le déclin géopolitique de l’Europe.

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Clap de fin pour Emmanuel Macron

Ce 29 octobre, Elisabeth Borne a accepté de se retirer de la course à la tête du parti Renaissance, laissant le champ libre à Gabriel Attal. Dejà président du groupe parlementaire, il aura désormais tous les leviers pour être le véritable patron de ce qui reste du camp macroniste.

Il reproduit ainsi, avec brio, il faut le reconnaitre, ce que tous les héritiers ont fait, ou voulu faire : se donner « du vivant » de leur prédécesseur, les moyens de plier le match de la succession, avant même que la question de se pose. Exactement comme Nicolas Sarkozy, quand il prend la présidence de l’UMP, en novembre 2004.

En prenant le groupe, Attal s’est donné la visibilité politique et médiatique qu’offre l’hémicycle. En prenant le parti, il met la main sur le financement politique, et sur un réseau militant. Même s’il reste beaucoup de chemin, et d’obstacle, le plus difficile est fait. Il a éliminé tout rival sérieux, car il sera le seul à avoir les moyens d’être candidat à l’élection présidentielle, avec Edouard Philippe, lui aussi doté d’un parti et d’un groupe politique. Le Modem, où débute la guerre de succession d’un François Bayrou vieillissant, semble en retrait.

Dans cette affaire, Emmanuel Macron n’a plus que les faibles pouvoirs de sa fonction, qui relèvent surtout de la capacité de nuisance, tant qu’il n’y a pas de crise politique. Il ne tient plus les rênes du parti, ne représente pas l’avenir, car ne pouvant pas se représenter, ce n’est pas lui qui distribuera les postes. L’agonie politique commence, elle ne va pas être belle à voir.

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Le modèle économique des médias tue la démocratie

Aux Etats-Unis, Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post, a demandé que le journal ne prenne pas position sur la prochaine élection américaine. Cela empêche donc la rédaction de proclamer qu’ils roulent pour Kamala Harris. Bezos entend remettre en cause le fait que les journalistes « s’engagent » et souhaite qu’ils adoptent une neutralité qui est l’essence même de leur métier. En cela, je ne peux que l’approuver. J’attends d’un journal qu’il me donne des informations pour me faire une opinion, pas qu’il me donne les opinions de ses journalistes sur ce qu’il faut penser ou croire.

Cette décision a immédiatement suscité une levée de boucliers, tant en interne que chez les abonnés, avec 200 000 résiliations d’abonnements. Cela montre à quel point une part importante du lectorat d’un journal tient à cet engagement. Finalement, entre une neutralité informative, et un engagement affirmé, qui conforte des opinions, le choix du public est assez clair. S’ils paient et s’abonnent à un médias, c’est pour y lire ce qu’ils ont envie de penser et de croire. C’est un choix légitime, mais ce n’est pas le mien.

En France, nous avons aussi ce phénomène, avec des médias militants, comme Médiapart, qui bénéficient d’une communauté d’abonnés importante, dont les motivations sont clairement de soutenir un média qui exprime publiquement leurs opinions politiques et met en avant les thématiques qui leur tiennent à coeur. L’extrême-droite constatant que ce modèle économique fonctionne bien, développe rapidement la même chose, avec des virages radicaux de publications déjà bien à droite, comme Le Figaro, ou pire, Valeurs Actuelles. L’application la plus méthodique de ce virage est celle du groupe Bolloré, qui pratique l’épuration dans les rédactions des médias qu’il rachète, pour en faire des organes de propagande.

Au final, on se retrouve avec de moins en moins de médias dont la mission reste d’informer, de manière impartiale. De plus en plus, il faut se poser la question de l’existence d’un agenda politique derrière la mise en avant de certains sujets, ou de certains angles, et s’obliger à lire plusieurs journaux différents, pour arriver à se faire une idée juste de la réalité (toujours plus complexe et nuancée que ce qui peut être raconté en 2000 signes). Tout le monde n’a pas le temps, ni l’envie de se livrer à cet exercice.

Cela est dangereux pour la démocratie, car il faut bien constater la puissance de frappe de ces médias, et leur capacité à poser, de manière orientée, les termes du débat public, celui auquel les élus se sentent obligés de répondre. Quand la question est mal posée, la réponse ne peut pas être pertinente (outre le fait que bien souvent, la réponse est induite par la manière dont la question est posée).

Il existe donc, de plus en plus, une demande non satisfaite par les médias, du moins par les médias mainstream, ceux qui vivent de la publicité ou d’abonnements à prix modiques (nécessitant donc un gros volume d’abonnés). Pour trouver cette offre, il faut se tourner vers une presse professionnelle, ou de niche, dont les abonnements sont bien plus chers. On se heurte à un obstacle, qui est la propension du lecteur à payer aussi cher, alors même qu’une information bas de gamme ou biaisée est disponible gratuitement, et suffit à la plupart, à se considérer comme « informé ».

On est là devant un problème démocratique qui ne va pas aller en s’arrangeant. On va au devant d’une polarisation encore plus forte des débats publics, comme ce que l’on voit aux Etats-Unis, de manière caricaturale. Chaque camp vit dans un autre « pays mental » que l’autre, Républicains et Démocrates ont de moins en moins de choses en communs, et un type aussi erratique et délirant que Trump arrive quand même à convaincre des millions de personnes de voter pour lui.

Je n’ai pas envie de cela pour la France, et pourtant, on s’y dirige. Le modèle économique, mais aussi les aspirations et la « culture professionnelle » des journalistes poussent à cette politisation des médias, et donc à leur radicalisation.

Le maintien d’au moins un grand titre de presse, ayant les moyens de couvrir toute l’actualité, de manière factuelle et équilibrée, est indispensable. Retrouver ce qu’était autrefois « Le Monde », en inventant de nouveaux modèles de financement. Cela peut être un milliardaire, conscient de la nécessité d’un tel outil, qui y consacre l’argent nécessaire (je n’y crois pas trop pour la France). Cela peut aussi être un financement plus participatif, où des citoyens décident de soutenir, de manière militante, le maintien d’un ilot de neutralité et de hauteur de vue, au milieu d’un océan de militantisme plus ou moins radical. Là encore, ce n’est pas gagné, car avant toute chose, il faut que ce média « neutre » existe, avec un équipe et un patron qui l’animent et le font vivre sur cette ligne exigeante. Pour l’instant, je ne vois pas trop où il est…

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L’immobilier des églises est-il sacré ?

La question de la place des religions dans l’espace public resurgit d’une manière un peu étrange, avec la polémique autour du statut de Notre-Dame de Paris : lieu de culte ou attraction touristique ? L’enjeu de la polémique est de savoir lequel de ces deux usages doit primer sur l’autre. En effet, la ministre de la Culture (par ailleurs élue de Paris) souhaite faire payer un droit d’entrée, au profit de la restauration du patrimoine, lors de la réouverture de l’édifice.

L’église catholique se raidit, car elle sent bien que cet édifice hautement symbolique est en train de lui échapper, et qu’elle finirait par n’y être plus que « tolérée », dans des créneaux bien précis, à condition que les offices religieux ne troublent pas la visite des touristes. Ce raidissement est d’autant plus fort, qu’on sent bien que la question dépasse largement la simple cathédrale de Paris, et que ce qui est questionné, c’est le dimensionnement de l’immobilier contrôlé par l’église catholique, et sa légitimité à occuper ces bâtiments dont l’essentiel de l’entretien est à la charge de la collectivité publique.

La loi de 1905 a eu pour effet de transférer la propriété des édifices du culte aux collectivités publiques (les cathédrales pour l’Etat, et les autres églises et chapelles, aux communes) avec un statut d’affectataire pour les religions. Elles sont donc locataires, mais un bail perpétuel, qui ne peut être résilié que un décret avec l’accord de l’affectataire (on appelle cela la désaffectation).

La chute de la pratique religieuse a chuté drastiquement en France, rendant surdimensionné le réseau de lieu de culte, en particulier catholique. Il est logique qu’au bout d’un certain temps, les collectivités qui sont propriétaires des bâtiments et en payent l’entretien, s’irritent de leur sous-utilisation. Pour les « meilleurs morceaux », la tentation peut être grande d’en faire un autre usage, culturel ou touristique, qui puisse notamment procurer le financement de l’entretien par des recettes propres. Le proposition formulée par la ministre de la Culture est donc logique, et devait fatalement arriver un jour.

Il reste un verrou, fragile, celui de la loi de 1905, qui est un totem politique, un symbole qu’il est très délicat de toucher, car c’est une boîte de Pandore qu’il est dangereux d’ouvrir. Nombre de collectivités locales pourraient en profiter pour demander à l’église catholique de « rationaliser » son réseau de lieux de culte, voire rendre les biens pour ne plus avoir à payer. Etant donné la difficulté, technique et symbolique, de reconvertir les églises à d’autres usages, le risque (déjà en train de se réaliser) est que les bâtiments religieux qui ne sont pas récupérables soient laissés à l’abandon et finalement démolis.

On va donc vers un progressif effacement des religions de l’espace public, par la disparition ou la reconversion (en musée ou salles de concert) de bâtiments, où l’activité cultuelle sera évacuée ou résiduelle, et transférée ailleurs. Les hiérarchies religieuses auront bien du mal à lutter contre cela, car il leur restera encore suffisamment de lieux de culte pour accueillir le peu de fidèles qui fréquentent encore les églises. On leur expliquera que s’ils veulent conserver toutes leurs églises, pour un usage exclusivement cultuel, il va falloir payer. Si on lance le débat sur la justification de cette dépense d’entretien des bâtiments cultuels sur fonds publics, je crains fort qu’une majorité se dégage pour ne réduire drastiquement cette dépense.

Le débat qui a lieu autour du contrôle de Notre-Dame de Paris est donc important. On aura certainement un compromis, qui pourrait faire acter un recul de l’emprise des autorités religieuses sur les bâtiments de culte les plus prestigieux. Mais il n’y aura sans doute pas d’affrontement brutal. Les autorités politiques n’ont pas intérêt à heurter de front les catholiques, et à devoir réviser la loi de 1905. La hiérarchie catholique n’a pas plus intérêt à l’affrontement, sous peine de voir poser, ouvertement, le sujet du surdimensionnement de son réseau d’églises et le fait qu’il est entretenu sur fonds publics.

Pourtant, ce débat est légitime, et serait utile, plutôt que d’avoir une évolution rampante, où les choses ne sont pas dites, où les choix ne sont pas assumés. Mais je ne pense pas, vu les fractures politiques qui traversent ce pays, qu’on puisse avoir un débat serein sur un tel sujet.

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On arrive aux limites de la loi Sapin 2

Le Conseil d’Etat vient de rendre une décision importante, concernant l’inscription des think tanks au registre des représentants d’intérêt géré par la haute autorité de transparence de la vie publique (HATVP). En donnant raison à l’Institut Montaigne, qui refusait de s’inscrire, les magistrats ont montré les limites de la logique qui a présidé à la régulation du lobbying mise en place par la loi Sapin 2 de 2016.

Cette loi a créé une série d’obligations déclaratives auxquelles doivent se soumettre les représentants d’intérêts (lobbyistes en langage courant). Ils doivent s’identifier, dire pour qui ils travaillent, et indiquer les rencontres qu’ils sont eu avec tout un panel de décideurs publics, en vue d’influencer l’écriture de la loi ou des règlements. L’idée à la base du texte Sapin 2 est de rendre transparent le processus d’élaboration des normes, en dévoilant « l’empreinte législative » qui permet de savoir qui a pesé sur quoi dans la décision publique.

Le conflit tranché par le Conseil d’Etat portait sur les lignes directrices de la HATVP, qui considérait que les think tanks étaient soumis, par leur nature même, à l’obligation de se déclarer. Il est vrai que certains think tanks peuvent être des relais de lobbying, mais leur but premier est d’alimenter le débat public et politique, par leurs travaux de réflexion, sans que ce soit nécessairement du lobbying. Ou alors toute participation au débat public est du lobbying. Le Conseil d’Etat a donc conclu que pour obliger un think tank à se déclarer, il faut se baser sur son activité réelle et concrète, pour voir, au cas par cas, de quel coté de la barrière il se situe.

En fait, dès le départ, le processus est vicié, par une erreur fondamentale, qui ne peut amener que dans une impasse. Si on veut avoir une image exacte de ce qui a « alimenté » le décideur public, c’est à lui qu’il faut le demander. Or, le texte s’est bien gardé de faire peser la moindre obligation déclarative sur les décideurs publics. C’est sur ceux qui envoient des éléments, que reposent toutes les obligations, avec une course sans fin, car les élus reçoivent des éléments venus de partout, des lobbies bien entendu, mais aussi de leurs électeurs, qu’ils rencontrent sur les marchés, dans leurs permanence, et qui ont un avis sur les lois qu’ils doivent voter. La logique de la loi Sapin 2, si on la suit jusqu’au bout, est d’imposer des obligations déclaratives à absolument toutes les personnes qui entrent en contact avec un décideur pour chercher à l’influencer. Sinon, on n’a qu’une vision incomplète de l’empreinte législative, et on vide cette loi d’une grande partie de son utilité, et donc de sa justification. Cette logique de transparence se heurte ainsi à un double obstacle.

Il est matériellement impossible de documenter tous les contacts susceptibles d’avoir une influence sur les votes et les prises de parole d’un élu ou d’un décideur. C’est un travail titanesque et sans fin, car en plus de traiter la masse documentaire ainsi récoltée, il faudrait aussi contrôler les éventuelles fraudes, y compris jusqu’au domicile de l’élu, où le conjoint et les enfants peuvent être des vecteurs d’influence.

C’est également politiquement impossible, dans une démocratie, d’imposer de telles obligations aux citoyens. Mais en ne le faisant pas, on laisse une brèche énorme, un peu à la manière de la ligne Maginot, qui ne couvrait que la frontière directe entre la France et l’Allemagne. En 1940, les allemands n’ont eu qu’à passer par la Belgique pour la contourner tranquillement.

Cela pose aussi un problème politique du coté des élus, où leur imposer des obligations déclaratives lourdes peut être considéré comme une atteinte au libre exercice du mandat. Surtout si ces obligations sont assorties de sanctions en cas de non respect, et peuvent entrainer la perte du mandat. Cela rendrait l’exercice du mandat absolument ingérable, et totalement infernal.

La logique de la loi Sapin 2 sur la régulation du lobbying, qui est une bonne intention à la base, amène tout droit à un cauchemar façon « 1984 » de George Orwell, si on veut aller au bout de la logique. On devait bien finir, un jour, par s’en rendre compte. Ce jour est arrivé et on est bien ennuyé, car il est toujours difficile de faire demi-tour quand on se trouve au bout d’une impasse.