L’élection présidentielle est déjà lancée, et c’est une mauvaise nouvelle pour le pays, qui se retrouve gravement fragilisé.
Depuis juillet 2024, le gouvernement ne disposant pas d’une majorité à l’Assemblée, ne peut pas faire grand chose. Dès qu’il s’avance un peu, il risque la chute. C’est arrivé deux fois et Sébastien Lecornu l’a bien compris, reculant à la moindre grogne. Ajoutez à cela que nous sommes en grande difficulté financière, avec aucune marge de manœuvre. Même pas possible de distribuer des chèques pour acheter la paix sociale ou pour faire face aux aléas, comme la hausse du prix des carburants. Il n’y a quasiment plus aucun amortisseur.
Ce n’était déjà pas brillant avant les municipales, mais maintenant, ça va être pire, car les différents camps n’ont aucun intérêt à trouver des compromis, bien au contraire. C’est déjà parti très fort, avec une succession de polémiques ces dernières semaines. Presque n’importe quel texte, à l’Assemblée, est explosif, comme par exemple celui qui propose d’autoriser les boulangers et les fleuristes à ouvrir le 1er mai. Pareil pour la réforme de la procédure pénale, avec le « plaidé-coupable » en matière criminelle, dénoncé par les avocats. A chaque fois, cela devient un affaire de symbole, menaçant de dégénérer en manifestations. Les consensus politiques vont être de plus en plus difficiles à obtenir.
Les candidats potentiels ont plutôt intérêt à cliver, pour mobiliser leur base. Certains jouent sciemment avec le feu, comme Gabriel Attal, qui met en avant des textes incandescents, comme la PPL Yadan sur l’antisémitisme ou celle sur l’ouverture des commerces le 1er mai. Sur le budget, on voit déjà apparaitre les premiers signaux, du coté du PS, qu’il est hors de question de passer le moindre compromis avec le gouvernement Lecornu. Le RN reste silencieux pour le moment, mais cela devrait accélérer après le 7 juillet, quand les juges auront tranché sur la capacité de Marine Le Pen à être candidate. Et en attendant, ça va être des coups de Trafalgar dans l’hémicycle, avec des votes « prudents » qui ne vont pas permettre d’adopter grand chose.
Vivre pendant un an comme cela est hautement dangereux pour le pays. Outre la difficulté à faire face efficacement aux problèmes très immédiats, c’est l’image de la classe politique, voire du système démocratique, qui va être abimée. Tous les discours sur « la nécessité de l’action » ou encore « être utile jusqu’au dernier jour » sonnent de manière étrange, et donnent surtout l’impression d’une dissonance cognitive de la part des dirigeants. Si on voulait privilégier les candidats « anti-système », on ne s’y prendrait pas autrement.
Une fois la présidentielle passée, le nouveau chef de l’Etat n’est pas assuré de récupérer une majorité (même en cas de dissolution) et il va devoir reprendre tous les dossiers en souffrance. Cela risque de l’occuper beaucoup, car comme pour les maladies ou les travaux dans une maison, plus attend, plus ça coute cher. Donc il n’y a même pas la possibilité d’espérer que passé mai 2027, tout va revenir au beau fixe, avec une nouveau président doté d’une majorité absolue à l’Assemblée.
Le problème est avant tout politique : La France est devenue un pays très (trop) clivé et il est urgent de reconstruire une communauté politique qui est en train de se déliter dangereusement. Pour le résoudre, il ne faut pas attendre de miracle ou de Grand Soir. C’est malheureusement cela qui risque de nous être promis.