Le journal Le Monde vient de publier un article, qui nous explique que les superprofits des compagnies pétrolières sont généralement dirigés vers les paradis fiscaux, où ils sont moins imposés. Cela rend les projets de taxation de ces « superprofits » moins faciles à mettre en place.
Cet article, sur le fond, ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà. Les mécanismes de fonctionnement des paradis fiscaux et de leurs effets sont très largement documentés (et accessoirement dénoncés). Les fuites massives de données ont permis d’en comprendre finement les mécanismes. Pareillement, il n’y a rien de surprenant que des contribuables aillent vers les solutions où ils sont le moins taxés.
Sortir ce genre de papier, sur un sujet aussi sensible, juste en ce moment, ce n’est pas neutre. Cela peut avoir un impact sur le débat politique, et donc éventuellement sur des décisions publiques. Cela entretient également des clivages et des détestations, qui n’apportent rien de bon.
En fait, cet article se contente de reprendre une étude publiée par l’organisme dirigé par Gabriel Zucman. Une publication qui relève davantage de l’ONG militante altermondialiste que du laboratoire scientifique. Rien que le choix du timing permet de deviner le but de la publication, qui est de faire monter le sujet de la taxation des superprofits dans l’agenda politique.
Que l’ONG ait ce but, c’est normal, elle est dans son rôle. En revanche, que les journalistes se montrent si complaisant dans le relais de publications à but militant, cela me dérange davantage. Soit c’est de la complicité (cela arrive malheureusement trop souvent) où le journaliste partage les objectifs de l’ONG, et participe ainsi volontairement de son action. Soit c’est plus grave et relève de la paresse (ça existe aussi) ou de contraintes de productivité sans les moyens de produire. En effet, c’est tellement simple, quand on a des obligations de produire, de faire un papier qui relate juste un document qui vient d’arriver dans la boite mail (parfois poussé par un communiquant).
Cela pose la question du sens de la responsabilité des journalistes dans la construction de l’agenda politique. Le problème n’est pas nouveau, mais j’ai de plus en plus l’impression que la situation économique des médias d’information allant en se dégradant, on atteint une limite, où une majorité des contenus produits sont « problématiques ».
Il y a d’abord le basculement de titres de presse rachetés par des militants politiques, qui assument sans vergogne d’être au service d’un camp. Il y a en a à gauche, il y en a de plus en plus à l’extrême-droite, ce qui réduit le champ des médias que je considère comme « politiquement non engagés ». Il y a aussi des titres de presse, Le Monde notamment, où certaines rubriques font correctement leur travail, et d’autres sont complètement au service d’agendas politiques (la rubrique Planète par exemple), ce qui mine la crédibilité globale du titre. On ne sait jamais sur quoi on tombe. L’article que j’évoque en ouverture est un exemple typique du doute qui m’effleure régulièrement : est-ce du militantisme ou juste de la paresse ? Je n’attends ni l’un ni l’autre d’un média d’information. D’où mon agacement.