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Investigation et journalisme

La notion de journalisme d’investigation m’a toujours un peu heurté. Qu’un journaliste enquête, cherche des informations, y compris non publique ou que certains voudraient cacher, c’est son métier. Mais le but est de présenter des faits honnêtement, sous toutes les facettes, sans donner son opinion, en laissant chaque lecteur tirer les conclusions qu’il souhaite.

Certains médias vont plus loin, en se présentant comme « d’investigation », indiquant que leur raison d’être n’est pas seulement d’informer, mais aussi de mener des enquêtes, comme pourraient le faire la police ou le parquet. Il y a là une forme de dérive, car souvent, ces médias qui se disent « d’investigation » partent de postulats politiquement orientés, avec un agenda militant plus ou moins clairement affiché.

La frontière devient parfois très poreuse, entre militantisme et journalisme, et pour certains médias, on est clairement sur du militantisme sous la couverture d’une carte de presse. Cela n’est pas nécessairement illégitime, car dans une démocratie, tous les courants de pensée doivent pouvoir s’exprimer. Que certains mouvements souhaitent professionnaliser la construction de leurs récits militants ne me choque pas. C’est le jeu de la politique et du débat démocratique.

Mais cela ne peut pas se faire n’importe comment, et notamment pas en se parant des habits d’un journalisme, à la mode « anglo-saxonne ». Un récent article du Monde, sur un média régional se revendiquant comme « d’investigation » nous offre un cas d’école. Les journalistes de ce médias se plaignent d’avoir été refoulée d’un évènement organisé par un président de conseil départemental, qui n’apprécie pas leurs articles., et dénoncent une entrave au journalisme et à la presse. Ce média affiche une ligne éditoriale que l’on peut qualifier de « bien à gauche » avec une attention récurrente pour l’industrie agro-alimentaire bretonne, pour en dénoncer les méfaits. On y trouve tous les poncifs habituels d’une gauche radicale détestant l’entreprise privée, accusée de tous les maux, et notamment de porter atteinte à l’environnement. Sur le fond, ce n’est pas forcément faux, mais ce n’est qu’une facette de la réalité.

Il est donc peu surprenant que ce média ne soit pas apprécié de ceux qui y sont critiqués à longueur de temps, et qui peuvent avoir l’impression d’avoir en face d’eux des procureurs, et pas des journalistes. Que des élus de droite n’aient pas envie de donner des billes à Médiapart et consorts pour se faire taper dessus, ça se comprend. Pour moi, ça relève de la légitime défense, et pas de l’entrave au journalisme, si on sait d’avance ce qui va être écrit. Quand un « journaliste d’investigation » fait une longue enquête sur vous ou votre organisation, et qu’il ne vous contacte qu’à la toute fin, en vous laissant 48 heures (avant publication) pour répondre à des questions binaires et orientées, ce n’est pas du journalisme. C’est pourtant une pratique plus que régulière de la part de ces journalistes « d’investigation ».

Oui, ces médias « d’investigation » ont le droit d’exister, sont légitimes et utiles au débat démocratique, où tous les points de vue doivent s’exprimer. Mais ils doivent être cohérent et assumer clairement qu’ils sont au service d’agendas militants, et d’en tirer toutes les conséquences, y compris quand cela les gênent dans leur action. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux, journaliste quand ça les arrangent, et militant le reste du temps.

13 réponses sur « Investigation et journalisme »

Une feuille de chou gauchiste qui connaît son heure de gloire grâce à un article dans le Monde.
Maël de Calan, président du conseil départemental du Finistère et bien de « droooâââte », est d’une maladresse crasse dans cette histoire.

J’avais loupé cet article du Monde, et je croyais que vous parliez du Figaro…

Pour les grands titres de presse, tout dépend de la rubrique, il y en a qui sont potables, d’autres vérolées. La rubrique planète du Monde est clairement tenue (et de longue date) par des militants écologistes dotés d’une carte de presse.

Cela fait à peine contrepoids contre le retour de bâton qui sape les « normes » et cette foutue « écologie punitive » contre lesquelles quelques pauv’paysans et industriels luttent âprement pour défendre le droit de continuer à produire comme si rien dans le climat n’avait changé…

Justement, il serait peut-être bien de prendre de vraies mesures qui soient efficaces contre le réchauffement climatique ou pour l’environnement, et pas les âneries débitées par des militants écolos qui font du militantisme politique et pas des choix éclairés par des éléments scientifiques.

D’où tenez vous donc que la science est écartée des choix faits par les écologistes ?
On remet la loi Duplomb sur le métier ?

@Brucolaque: Dites-moi quels sont les choix faits par les écologistes qui sont conformes au consensus scientifique.
Si on parle de loi Duplomb et d’acétamipride, il me semble que l’ANSES a rappelé que ce n’est pas elle qui en avait demandé l’interdiction.
Sinon, on peut parler de la fermeture de Fessenheim qui a permis un grand bond en avant en matière de décarbonation de la production d’énergie. Ou de la promotion du bio, dont personne n’a réussi à démontrer qu’au kg de matière produite, l’AB était plus efficiente que l’agriculture dite conventionnelle pour produire moins de CO2. On peut aussi évoquer les énergies dites renouvelables et l’Energiewende allemand, d’une efficacité redoutable. Tellement redoutable qu’ils vont lancer cette année (avec subventions..) 10 GW de capacités de production d’électricité au gaz, bien réputé pour sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.
Donc, pour ma part, je veux bien des exemples où les écolos ont pris en compte la science pour proposer des mesures. La science, c’est à dire le consensus scientifique, pas les positions hétérodoxes ultra-minoritaires de chercheurs militants. Tout le monde n’est pas Galilée (« Et pourtant elle tourne ») ou Einstein (« Dieu ne joue pas aux dés »)

L’Anses a alerté sur la persistance des néonicotinoïdes dans l’environnement et les risques pour la santé, elle a en outre proposé des alternatives à l’usage de l’acétamipride.
Pour la décarbonation basée sur l’énergie nucléaire, on verra dans les prochaines années et plus, notamment avec la mise en stockage des déchets de longue durée si la décarbonation par l’énergie nucléaire est toujours aussi pertinente, itou pour la prolongation ad vitam aeternam des centrales actuelles et la fusion de l’ASN avec l’IRSN qui interroge sur la transparence concernant les incidents nucléaires. J’avoue quand même être plus tranquille depuis la fermeture de Fessenheim, quand on habite à côté aussi.
L’enfouissement des déchets longue vie issus de l’industrie nucléaires en sous-sol à Bure en est à peine à la construction des infrastructures.
Il reste aussi à sécuriser l’approvisionnement des centrales nucléaire en combustible, surtout si tout le monde décide d’en construire un peu partout, ne risque t-il pas de manquer ou de devenir hors de prix. Heureusement il y a ITER qui nous sauvera tous de l’obscurité et l’obscurantisme très certainement.
Stocamine n’a pas été exemplaire pour l’enfouissement de déchets toxiques de longue durée.
En matière agricole, vous dites que bio ou conventionnel c’est du pareil au même concernant le CO2, vous en dites trop ou pas assez, je ne vois pas comment vous aboutissez à cette conclusion lorsqu’il est notoire que la production d’engrais est très polluante. Mais du moment qu’on les produit ailleurs et qu’on les importe c’est moins grave peut-être ? Mais à coup sûr vous avez une solution que vous partagerez bien avec nous ?
L’Allemagne a commis une erreur terrible en maintenant sa dépendance au gaz russe bon marché jusqu’au déclenchement de la guerre. Alors oui l’Allemagne doit trouver des solutions rapides pour produire une énergie indispensable pour son industrie. Le parc nucléaire fermé aurait-il suffit à remplacer le manque de gaz russe ? J’espère que vous aurez la réponse.
Mais il est clair que le climat change de plus en plus vite, que la science a fait consensus sur l’origine de cette évolution : les activités humaines, et qu’il convient de modifier nos comportements dans le sens d’une plus grande frugalité pour épargner les ressources et réduire notre empreinte écologique.

Oui, les déchets, ça se gère.
Les néonicotinoïdes, effectivement l’ANSES a proposé des alternatives. Essentiellement des produits dits « chimiques ». ET il n’est pas dit que ça couvre tous les cas, ni que la balance bénéfices/risques est meilleures avec ces alternatives.
Pour l’agriculture bio vs « conventionnelle » en CO2, ce sont des études scientifiques qui le disent. Le bio demande plus de travail du sol, plus de passages de tracteurs,… Sans compter qu’il ne peut pas se passer du conventionnel ou de l’élevage pour produire les engrais.
Le parc nucléaire fermé n’aurait peut-être pas remplacer tout le gaz russe (je n’ai pas fait le calcul de faisabilité), mais s’il en remplace une partie, c’est déjà ça, non?

La solution parfaite n’existe pas, la décroissance ou la frugalité c’est bien, mais:
– est-on tous prêts à en supporter les conséquences ?
– est-ce que ça changera vraiment les choses si les autres pays du monde ne font rien?

Sinon, j’attends toujours « Dites-moi quels sont les choix faits par les écologistes qui sont conformes au consensus scientifique. »

Terminons en car notre discussion est hors sujet au regard du billet. La plupart des dispositions, normes et lois décidées en vue de réduire des émissions de gaz à effet de serre étaient des initiatives vertes basées sur des consensus scientifiques y compris les ZFE destinée à l’amélioration de la qualité de l’air dans les métropoles, de même que la réduction de la vitesse dans les villes, 30 ou 40 km/h plutôt que 50, 80 km/h plutôt que 90 et 110 mieux que 130. Je ne suis pas un petit rouleur pourtant 15.000 à 20.000 km/an.
Les propositions écologistes ont été reprises par les partis traditionnels lorsque ces dernières étaient soutenues par la population. Mais le contexte a changé, la fin du mois plutôt que la fin du monde, aussi s’empresse t-on de remettre en cause des lois votées en les supprimant ou en les amoindrissant.
Le recul politique sur la taxe carbone kilométrique frappant les poids lourds est lourd de conséquence, moins de moyens pour le rail et en général les transports publics.
Celui sur les ZFE éclaire cruellement le manque de vision ou l’incurie des politiques qui ont décidé d’exclure de nombreux véhicules des centres villes sans rien proposer de crédible pour les remplacer. Dans le même ordre d’idée laisser croire que la voiture électrique remplacera tous les usages d’un véhicule thermique est de l’imbécilité pure.
La taxation des énergies fossiles est une bonne mesure si des compensation sont mises en place pour les plus modestes, chose compliquée en période de crise budgétaire. Les révisions incessantes concernant « maprimerenov » sont proprement ahurissantes et ne sont pas le fait du parti vert.
Que dire de l’absence de taxation du kérosène carburant des avions ? De la pêche industrielle qui vide les océans ? Du tourisme qui veut qu’on aille voir d’urgence les derniers sanctuaires naturels vierges avant leur disparition quitte à accélérer leur destruction.
Et parce que les autres nations ne feraient rien ou presque on ne devrait rien faire non plus et regarder le monde continuer de s’abîmer. C’est pour cela qu’il y a des grands raoults mondiaux. Parfois on avance comme cela fut le cas concernant la protection de la couche d’ozone ou lorsque les chefs d’états sont convaincus de l’urgence. Si le contexte politique change, ce qui se passe sur la planète se poursuit ou se dégrade. Et vous triez vos ordures même si votre voisin ne le fait peut-être pas ?

C’est au contraire très inquiétant que des élus choisissent les journalistes, comme de vulgaires trump du terroir.

Votre article ne definit pas franchement « bonne » et « mauvaise » enquêtes, mais on comprend que tout ce qui déplaît peut rentrer dans la seconde catégorie. « 48h pour répondre », mais cela n’a rien d’anormal pour un article de presse !

L’ argument des « multiples facettes » marchera également pour toute enquête journalistique : on trouvera toujours un aspect de la question qu’un article n’aura pas (suffisamment) traité. Et alors ? Ce n’est pas une raison pour ne pas dévoiler des faits. Ou il ne faudrait pas parler pollution de l’eau car « ça fait de l’emploi » c’est ça ? C’est bien au lecteur ou au politique de soupeser ensuite les différents aspects.

Par ailleurs, dénoncer un petit site artisanal qui serait militant, alors que des galaxies médiatiques entières sont pilotées par des milliardaires avec des volontés d’influence non dissimulées (et parfois de fort lien avec des pays hostiles), c’est assez lunaire !

Si ce sont des personnes proves qui tiennent une conférence, ils ont bien le droit d’inviter qui ils veulent. Mais quand ce sont des représentants des citoyens, élus comme fonctionnaires, ils ont l’obligation de s’adresser à tous les citoyens, y compris leurs opposants. Si ce journal est le porte voix d’une minorité bruyante, cette minorité a quand même le droit d’être informé des décisions politiques qui les impacts.

De même ces journaux d’investigations, bien qu’oriente ( et c’est effectivement assume) a quand même sorti bien des affaires qui ont profondément impacté la vie politique française ( Sarkozy, Bayrou pour prendre l’exemple de Mediapart)

Pour ces deux raisons ( devoir d’information de l’état, utilité démontre de leur démarche pour notre democratie) je suis en profond désaccord ici.

Pour moi, un journaliste d’investigation aura toujours une orientation politique puisqu’il sera naturellement plus enclin à voir les dérives du camp opposé. C’est pourquoi j’estime que l’idée de neutralité de la presse est en fait une hypocrisie destinée à ne défendre qu’une seule vision de l’information.
Il faut d’abord défendre la pluralité de la presse, avec une liberté d’expression totale. Ainsi, less journalistes de gauche auront loisir à enquêter sur les partis de droites, pendant que ceux de droite iront voir ce qu’il se passe à gauche, et le lecteur pourra se faire lui-même son opinion à partir des différentes visions.

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