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Fabien Roussel a-t-il occupé un emploi fictif ?

Médiapart vient de publier une série d’articles accusant le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, d’avoir occupé un emploi fictif, comme collaborateur parlementaire de Jean-Jacques Candelier, député PCF du Nord entre 2008 et 2014.

A cette époque, Fabien Roussel est secrétaire fédéral du PCF dans le département du Nord. Il exerce donc une activité réelle et documentée, dans le secteur politique. Rien à voir, donc, avec Pénélope Fillon, qui n’exerçait pas la moindre activité tout court.

Le cœur du problème, ici, est l’appréciation du caractère « rattachable à l’activité parlementaire » du travail effectué par Fabien Roussel. On est sur un terrain complexe, où les appréciations ont évolué ces 20 dernières années.

Le rôle d’un député est double, à la fois « personnalité faisant de la politique » et « technicien de la législation et de l’évaluation de l’action du gouvernement ». Selon la définition, large ou restreinte, que l’on retient, le champ de l’activité d’un assistant parlementaire n’est pas le même.

Si on retient la définition large, Fabien Roussel est globalement dans les clous. Patron départemental du parti, surtout au PCF, c’est un poste stratégique, important à contrôler pour les parlementaires membres de ce même parti. En effet, cela permet d’avoir des réseaux, qui rayonnent au delà de la circonscription. Quand on est une personnalité politique ambitieuse, on cherche à se déployer au delà de son seul territoire d’élection, et avoir une influence, au moins départementale, si ce n’est nationale. Avoir une personne dédiée à ce volet spécifique peut alors se justifier.

Dans une mouvance politique où le parti pèse beaucoup (notamment pour obtenir l’investiture aux élections), avoir avec soi le patron local permet de sécuriser sa propre place, et se mettre à l’abri d’un vote défavorable des militants, au moment de la remise en jeu des mandats. Ce n’est pas un hasard si, dans certains partis, les postes à responsabilité au niveau départemental (président ou secrétaire départemental) sont occupés par les parlementaires. Un partie des tâches techniques sont alors effectuées par les collaborateurs du parlementaire en question, sans que personne, au sein du parti, voire au delà, ne trouve cela incongru, tant que l’action du collaborateur est clairement perçue comme étant « au bénéfice de son parlementaire ».

Mais il se trouve que la conception du rôle du parlementaire a progressivement évolué, vers une vision plus restrictive, celle du parlementaire « technicien de la loi », concentré sur ce qui se passe à Paris. Dans cette conception, il faut que les assistants parlementaires en circonscription soient cantonnés à la permanence et dévolus à des tâches comme la rédaction de courriers aux administrations, la réception d’électeurs (pour une finalité, le piston, qui n’est pas vraiment dans la liste des tâches d’un parlementaire) et la rédaction d’amendements ou de questions écrites. Dans ce cadre là (celui que retient Médiapart), la situation de Fabien Roussel est beaucoup plus bancale.

Cette « dépolitisation » du mandat parlementaire s’observe depuis une bonne dizaine d’années, avec des étapes législatives qui marquent le basculement, comme l’interdiction du cumul des mandats. Cette loi, en spécialisant le parlementaire sur l’aspect national du mandat, contribue à l’isoler du tissu politique local. Les parlementaires, anciennement cumulards, et qui sont restés au Parlement après 2017 l’ont fortement ressenti, et l’ont souvent mal vécu, au point pour certain, de revenir à la politique locale. Ils ne sont plus invités aux manifestations locales et aux cérémonies officielles, ou alors en mode « cinquième roue du carrosse », prenant la parole en dernier, quand on la leur donne. Les lois sur la Transparence et la déontologie (en 2013 puis 2017) ont eu également un rôle, en apportant des précisions aux règles relatives à l’exercice concret du mandat, appuyant clairement la vision restrictive.

Sentant la montée en puissance de cette évolution, Jean-Jacques Candelier décide en 2014, de ne plus salarier Fabien Roussel comme assistant parlementaire. Il est conscient que cette pratique, ancienne et jusque là « normale », est de moins en moins bien acceptée, et que ça pourrait lui valoir des ennuis. Son flair ne le trompe pas, des actions en justices étant engagées en 2017 contre le Modem ou encore le FN, pour des faits similaires (mais dans proportions quasi industrielles). C’est cela qu’il exprime dans la conversation privée diffusée par Médiapart, datant de 2018, se disant qu’il a eu le nez creux, et s’est ainsi évité des ennuis.

L’emploi de Fabien Roussel n’était donc pas fictif dans son esprit, car il remplissait bien un rôle d’assistant parlementaire, en « tenant » et animant le parti local, pour le compte et le bénéfice de son député. Un raisonnement qui pouvait encore être majoritaire en 2012, qui l’est beaucoup moins en 2022. Les accusations de Médiapart, ont donc une logique compréhensible et une cohérence par rapport à une certaine vision du mandat parlementaire, technique et dépolitisé.

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Le vaste pipeau des réseaux sociaux

Il va falloir un jour, que les journalistes en finissent avec ces regards frénétiques rivés sur les réseaux sociaux, croyant y scruter la réalité et confondant ainsi une carte floue, partielle et déformée, à la réalité du territoire.

Les fameux réseaux sociaux, à commencer par Twitter, le plus scruté, ne rassemblent qu’un nombre très limité de personnes, absolument pas représentatifs de la population. Ils sont un forum, largement déformant par rapport à la réalité, d’où il peut parfois sortir de bonnes choses, à condition de savoir trier. C’est d’abord un lieu d’expression purement individuel, d’où il est difficile de sortir une conclusion « collective ». Les journalistes commettent une lourde erreur en accordant une valeur de « signal social » à ce qui se dit sur Twitter, qui rassemble des gens qui s’expriment à titre individuel. Quand ils le font à titre collectif, c’est souvent par le biais d’un effet de meute. Les manipulations à base de publications automatiques et de robots, achèvent de fausser complètement les résultats « collectifs ». Et pourtant, régulièrement, on voit des publications comme celle-ci, où on dissèque doctement de savoir ce que « pèsent » les différents candidats à partir des données recueillies sur les réseaux sociaux. Ailleurs, on va prétendre vous mesurer « l’influence » de personnalités sans jamais avoir défini, d’ailleurs, ce qu’on entend pas influence.

Le même raisonnement s’applique dans le domaine du marketing, où des consultants fumeux font croire que les pubs et les « influenceurs » très suivis ont un réel impact, alors qu’en fait, on n’en sait rien. Quel est l’impact réel sur le public ? Avoir généré beaucoup « d’impressions », au final, cela a quel effet ? A-t-on réussi à toucher durablement une personne, à la faire changer d’avis ? On n’en sait pas grand chose et toutes ces évaluations relèvent trop souvent du pifomètre et de l’analyse au doigt mouillé.

De tout cet écosystème n’émerge que du bruit et assez peu de signal, avec des « médiateurs » (comme les journalistes ou les publicitaires) qui leur font dire ce qui les arrangent, et arrivent, en plus, à faire gober que cela est réellement représentatif de ce que pense la population. Tout cela n’est, au final, qu’une vaste escroquerie intellectuelle.

Comment s’étonner, ensuite, de la dégradation de la qualité du débat public, quand il prend appui sur de telles bases ?

Les personnes en charge d’animer le débat démocratique, journalistes et personnel politique (quand il est de bonne foi), doivent prendre leurs responsabilités, et ne pas prendre ces mirages numériques pour des lanternes. Il y a d’autres moyens de connaitre (un peu) la société, ses attentes et ses refus, il suffit d’écouter les gens, avec les bons outils. C’est d’abord leur parler, en vrai, en face-à-face, en prenant le temps d’entendre leur complexité, de suivre les nuances d’un raisonnement. Les sondages, quand ils sont bien fait, avec des questions intelligentes et une partie « qualitative » apportent également une matière utile. Mais c’est vrai que cela demande du travail et une expertise que tout le monde n’a pas (ou ne souhaite pas se donner).

Un débat démocratique digne de ce nom ne peut pas se bâtir sur la paresse et les facilités.

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Comment regarder les nominations de « Sages »

Les autorités de nomination viennent de procéder à la désignation des trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel, qui vont entrer en fonction en mars prochain, pour neuf ans. Cette promotion 2022 est aussi bien équilibrée et intéressante sur le fond et sur les compétences, qu’elle peut prêter le flanc à la critique sur la forme.

Il y a plusieurs manières d’envisager ces choix, et les commentaires vont bon train. Comme à chaque fois, le regard le plus utilisé est celui de la politique, avec d’abondants commentaires sur la proximité politique des nominés avec l’autorité de nomination.

Il est évident que la tentation existe, pour celui qui nomme, d’utiliser ce pouvoir au mieux de ses intérêts politiques, comme par exemple recaser un proche. Pour les trois nominés, cette grille de lecture fonctionne. Emmanuel Macron nomme une ministre en exercice, venant du Modem, son allié auquel il n’a pas toujours donné tout ce qu’il attendait. Gérard Larcher nomme son ancien directeur de cabinet, et Richard Ferrand nomme une magistrate qui a pu éventuellement jouer un rôle dans le classement sans suite d’un dossier judiciaire qui lui pourrit la vie depuis quelques années. Même si dans les faits, on n’en sait rien de son rôle exact, les apparences rendent cette critique plausible. Ne pas prendre cela en compte relève de l’erreur politique, en ces temps suspicieux.

Ces remarques et commentaires sur la forme sont légitimes, mais malheureusement, trop souvent, les commentaires et analyses s’arrêtent à ce stade, postulant presque naturellement que, puisque nommés sur critères politiques, ces personnalités sont incompétentes. C’est ce point qui me chiffonne, car l’élément le plus important n’est pas la manière dont les personnes sont arrivées au poste, mais leur capacité à contribuer efficacement aux missions de l’organisme où ils sont nommés.

Évacuons d’abord le soupçon de renvoi d’ascenseur pour service rendu, qui entoure souvent les nominations à un poste prestigieux. Une place au Conseil constitutionnel est très souvent un dernier poste. On y est pour neuf ans, avec un boulot à plein temps et des règles déontologiques qui empêchent de faire autre chose à coté. On sort du conseil retraité à temps plein, car trop âgé pour reprendre une activité, et surtout, largement déconnecté du monde des affaires et de la haute administration. On n’a donc rien à attendre pour la suite, d’autorités de nomination qui de toute manière, ne seront sans doute plus au pouvoir (donc en mesure de récompenser) neuf ans plus tard.

L’analyse intéressante est de voir si les personnes nommées correspondent aux besoins. Sont-ils compétents ? Ces compétences sont-elles utiles à l’institution ? C’est à ces questions que j’aimerais apporter quelques éléments, en n’oubliant pas que le Conseil constitutionnel est un organe collégial, qui rend des décisions à l’issue d’une délibération collaborative. Il faut donc un panache de profils et de talents.

Jacqueline Gourault a une longue carrière politique derrière elle, d’élue locale, puis au Sénat et enfin au gouvernement. Elle vient du Modem, parti « minoritaire » pas réputé pour être un cocon douillet. Elle a donc fait preuve d’une solide capacité de survie. J’ai le souvenir qu’en 2011, elle a tout de même réussi à être réélue sénatrice, en battant le président du conseil départemental de l’époque, Maurice Leroy, qui était alors ministre en exercice, et très très loin d’être un perdreau de l’année.

La présence d’anciens élus nationaux, qui connaissent bien la vie politique est utile pour deux raisons. La première est que le Conseil constitutionnel est juge électoral des législatives et des sénatoriales, et qu’il y a rien de mieux qu’un « vieil élu expérimenté » pour comprendre ce qui s’est passé, détecter les embrouilles, et poser les « bonnes questions ». La deuxième est que le processus législatif est politique, et qu’il n’est pas inutile de comprendre la genèse d’une loi et la manière dont elle a été discutée. Le droit parlementaire est assez particulier, et il n’y a rien de mieux que d’avoir été un acteur du processus, pour en comprendre les ressorts. C’est d’ailleurs pour cela qu’à plusieurs reprises, d’anciens secrétaires généraux de l’Assemblée ont été nommés au Conseil.

La seule critique à ce choix est le nombre, sans doute trop élevé dans les trois prochaines années, d’ancien élus. On aura Laurent Fabius, Alain Juppé, Jacques Mézard, François Pillet et donc Jacqueline Gourault. Cinq sur neuf, c’est trop. La faute a été commise au précédent renouvellement, en 2019, avec trois anciens élus nommés, là où il aurait fallu n’en nommer qu’un.

Un conseiller d’Etat, François Seners, a également été nommé. Le profil est très intéressant. Après avoir commencé dans la préfectorale, il s’est occupé de l’Outre-Mer dans les années 1990, notamment du statut de la Nouvelle-Calédonie, juste après les accords de Matignon. Il continue depuis à suivre ces sujets ultra-marins. Une compétence rare et précieuse pour le Conseil constitutionnel, en cette période d’incertitude sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Il a également exercé des fonctions juridictionnelles au sein du Conseil d’Etat, notamment contentieuses. C’est donc un juriste de droit public confirmé, compétence loin d’être inutile à la Rue de Montpensier. Enfin, il connait bien le monde politique, pour avoir fait plusieurs passages en cabinet ministériel : Chez Juppé quand il était premier ministre, chez Rachida Dati quand elle était ministre de la Justice, et surtout, il a été secrétaire général adjoint du gouvernement, de 2009 à 2012. On se dit que finalement, le fait d’avoir été directeur de cabinet de Gérard Larcher, entre 2014 et 2017, était un « creux » de sa carrière, et qu’elle lui a surtout servi à se faire connaitre personnellement par Gérard Larcher. Le « petit plus » qui fait qu’à profil égal, la balance penche en votre faveur.

Enfin, nous avons une magistrate judiciaire, Véronique Malbec. Après une carrière très classique de magistrate, elle devient directrice des services judiciaires du ministères, où elle succède à Dominique Lottin (qui quitte le conseil constitutionnel en mars 2022…). Elle devient ensuite procureure générale de la cour d’Appel de Rennes (de 2013 à 2017), puis à Versailles (poste encore plus sensible et prestigieux) avant de passer, en 2018, secrétaire générale du ministère de la Justice. Elle aussi, connait donc les rouages de l’administration. En 2020, c’est elle qui se retrouve directrice de cabinet d’Eric Dupont-Moretti, à devoir réaliser la mission de haut vol de gérer à la fois le ministère, mais aussi le ministre, personnalité totalement novice en politique, particulièrement éruptive et ingérable. Je pense que si cette nomination est pour « services rendus », c’est sans doute plus pour son travail de directrice de cabinet, que de supérieure hiérarchique du procureur qui a classé sans suite une plainte qui embarrassait Richard Ferrand, à une époque où il était simple député PS.

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Penser les chocs externes

Nous vivons dans un monde de plus en plus inquiétant, avec le retour d’une instabilité forte, génératrice de chocs externes. Sur le temps long de l’histoire, c’est une situation plutôt normale, mais dans le temps court de notre occident post-seconde guerre mondiale, c’est un peu déstabilisant de penser que notre quotidien puisse être lourdement impacté par un évènement, imprévu, ou sur lequel nous n’avons aucune prise.

La pandémie de Covid a été un premier avertissement, sur la capacité perturbatrice d’un évènement à dérégler notre économie et notre vie sociale. Nous avons finalement pu encaisser le choc, notre résilience étant forte. Le problème pourrait devenir autre si les chocs venaient à s’enchainer, ou à frapper sur nos faiblesses, questionnant sérieusement nos capacités de résistance.

A ce jour, des menaces, pour l’instant non réalisées, peuvent survenir plus ou moins vite, et constituer de nouveaux chocs déstabilisants. Je pense notamment à la menace d’invasion militaire russe en Ukraine, dont les conséquences peuvent être délicates à gérer. Nous sommes en plein hiver, et si le gouvernement russe décide de couper les approvisionnements en gaz de l’Europe, nous serions face à une sérieuse crise énergétique. Dans le même ordre d’idée, si la tension continue à monter entre la Chine et Taïwan, au point d’interrompre le commerce international dans cette zone, nous pourrions connaitre une pénurie critique de semi conducteurs (l’usine située à Taïwan fournit une part substantielle de la production mondiale). Le choc peut aussi être climatique, un tsunami dévastant cette usine produirait les mêmes effets.

Nos sociétés occidentales devraient davantage intégrer ces aléas, qui vont se multiplier avec le dérèglement climatique, dans leur réflexion autour de leur organisation. Y compris sur le quotidien. Le premier confinement a été un révélateur que, du jour au lendemain, on peut se retrouver bloqué chez soi. Si demain, ou la semaine prochaine, nous nous retrouvions avec un black-out énergétique, avec de l’électricité seulement 12 heures par jour, et/ou plus de gaz ?

Le problème est que si notre société est encore solide, elle m’apparait moins résiliente qu’on ne pourrait le penser. On commence seulement à voir les conséquences psychologiques et les séquelles, de long terme, des confinements et restrictions sociales. Nous avons réussi à passer ce cap, économiquement, au prix d’un endettement qui nous met à la merci d’une remontée des taux d’intérêts qui pointe le bout de son nez.

Il faut absolument que la réflexion publique, politique et au-delà, retrouve un regard prospectif, avec l’élaboration de scénarios permettant de dérouler les conséquences (économiques, sociales, politiques…) d’un choc externe. Je pressens que nous entrons dans une période où les décisions politiques se feront beaucoup plus en fonction des réponses à apporter à des chocs, qu’en fonction de projets de société construits sur des souhaits ou des désirs de la population.

Il faut se garder de penser que nous serons toujours résilients. Beaucoup de sociétés qui se pensaient solides (et l’étaient) se sont effondrées du fait d’un choc externe auquel elles n’ont pas su répondre.

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Orpea, révélateur de nos choix de société

Une entreprise gérant des maisons de retraite, Orpéa, est dans la tourmente à la suite du livre d’un journaliste, dénonçant la manière indigne dont son traités les personnes âgées résidant dans les établissements de ce groupe. Les révélations ne sont malheureusement pas une surprise pour ceux sont déjà allés visiter des parents ou grands-parents dans des maisons de retraite. Même quand ils y sont bien traités, cela reste un peu sordide, et souvent, on est soulagé d’en sortir, une fois la visite terminée, en souhaitant « ne jamais finir comme ça ».

La question va bien au-delà de la simple maltraitance physique, le problème de fond, c’est la place que notre société réserve au grand âge. Nos modes de vie et l’augmentation du nombre de personnes lourdement dépendantes, ne permettent plus aux familles de prendre en charge les parents âgées. Il y a également un refus de regarder en face la déchéance physique et intellectuelle, qui nous rappelle notre condition mortelle. Il y a un immense problème dans notre société, qui développe une médecine formidable pour augmenter l’espérance de vie (et donc sa durée), tout en étant incapable de traiter politiquement la question de la fin de vie et en refusant de se donner les moyens financiers et sociaux de s’occuper dignement des personnes très âgées.

Le grand âge n’est pas, ou mal pris en compte, car c’est le moment de la fin de la vie sociale et de l’isolement. Entre ceux qui sortent de la société, car ils n’ont plus toute leur tête, où ne sont plus assez valides pour aller vers les autres, cela fait beaucoup de « morts-vivants » dont la voix n’est plus audible, avec personne pour les représenter. Les quelques uns qui restent encore en forme vivent une forme d’isolement, car ils voient partir tous ceux de leur génération et se sentent bien seuls. De ce fait, le financement de leur dépendance dépend largement de leur fortune personnelle, du soutien de leurs enfants (voire petit-enfants) et des structures mises en place, soit par les collectivités locales, soit par le secteur privé lucratif.

Le scandale Orpea est juste un dépassement de ligne jaune, mais est le fruit du choix collectif de reléguer les personnes âgées invalides dans des lieux clos, loin de nos regards et à l’écart de la société. Car de ce choix, découle une allocation de moyens qui ne peut être que « juste à la limite de ce qu’il faut » voire un peu en dessous, tant que ça tient et que ça ne se voit pas trop.

Le livre les fossoyeurs a mis cela en lumière. C’est heureux que cela mette mal à l’aise, mais je crains que cela ne change finalement pas grand chose, sinon réduire un peu la rentabilité financière des entreprises privées dont l’activité est de gérer des Ehpad. Le choc n’est pas suffisant pour questionner, et encore moins remettre en cause, les choix de société autour de la longévité et du grand âge. Car il faut être lucide, jamais les jeunes et les valides n’accepteront de supporter les sacrifices financiers nécessaires pour assurer une fin de vie vraiment digne pour tous. Les lois sur la dépendance, tant promises, ne sont jamais venues. Le pouvoir politique se contente de remettre quelques financements supplémentaires, quand c’est vraiment nécessaire. Et tout le monde s’en accommode…

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Édouard n’est pas un amateur

La vie politique française vient de vivre un évènement, qui parait anecdotique, mais qui pourrait se révéler important, voire fondateur. Édouard Philippe, ancien premier ministre ne cachant pas ses ambitions pour 2027, entend s’en donner les moyens en créant son nouveau parti, Horizons. Partant de rien, il n’a pas de structure, pas d’argent, et a besoin de croitre rapidement, pour être opérationnel pour les législatives de juin.

Il s’apprêtait donc à absorber Agir, petit parti de centre-droit de la majorité (et en particulier ses salariés et son trésor de guerre). Cette structure a été montée par Franck Riester, pour accueillir d’anciens LR ralliés à Macron, et occupe exactement le segment où se trouve Édouard Philippe. Au point que certains ont vu dans Agir, la simple préfiguration du futur parti d’Édouard Philippe, qui n’avait pas le temps de s’en occuper depuis Matignon, poste qui occupe beaucoup et ne laisse pas la latitude politique de créer une nouvelle structure.

Cette fusion-absorption apparaissait donc naturelle, voire quasiment actée, quand soudain, à la surprise générale, Franck Riester, président d’Agir, la fait échouer, sur ordre direct d’Emmanuel Macron. Une manière pour le chef de l’État de rappeler brutalement à son ancien second, que c’est lui le patron, et qu’il ne faudrait qu’il pense avoir les mains totalement libres. Macron entend bien être réélu en 2022 et exercer la plénitude de ses fonctions le plus longtemps possible. Pas question qu’un dauphin émerge trop vite, et le relègue à l’inauguration des chrysanthèmes.

La réaction d’Édouard Philippe n’a pas trainé, créant un rapport de force appelé à durer. Il a annoncé la suspension de sa participation de sa formation à la « maison commune », cette confédération de la majorité qui a déjà eu bien du mal à voir le jour. Il a accompagné ce coup de semonce (il n’est pas parti, il a juste « suspendu sa participation ») d’un message très clair à destination du président-pas-encore-candidat : « Emmanuel, la candidate la plus dangereuse pour toi, c’est Valérie Pécresse, et je suis le seul, dans ta majorité, à être en mesure de la contrer. En m’affaiblissant, tu t’affaiblis aussi ». Tout cela a donné une telle belle opération de communication politique, avec une attaque bien dosée, avant la redescente progressive de la tension, car personne n’a intérêt à aller à la rupture.

Maintenant tout le monde est prévenu, au sein de la majorité : Édouard Philippe n’est pas un amateur de la politique. Il sait ce qu’il veut, où il va et n’entend pas se laisser marcher sur les pieds. Il n’a pas peur d’aller au clash, y compris avec le Boss.

Tout est en place pour le feuilleton des investitures aux législatives, qui sera le vrai moment clé pour la majorité. L’enjeu n’est pas tellement la réélection d’Emmanuel Macron, assez probable, mais la taille et la composition exacte de sa majorité à l’Assemblée.

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Le journalisme n’en finit plus de se faire discréditer

La télévision n’est pas un média d’information, mais un lieu de promotion, que ce soit de produits dits « culturels » ou de personnalités politiques. La récente prestation du chanteur Stromae, au « JT » de 20 heures de TF1, en est une illustration supplémentaire. Je partage complètement l’analyse consternée qui est en faite sur l’Obs. Ce n’est pas de l’information, mais du spectacle, cela ne fait pas appel à la raison, mais à l’émotion. Le tout au profit d’un but clairement promotionnel. Aucune surprise donc, cela fait des décennies que la télévision est comme cela.

Cela met clairement en abime la prétention des personnes travaillant à la télévision à être qualifiés de « journalistes ». Du moins dans le sens que la profession donne au mot et à la fonction, à savoir le mythe d’Albert Londres « qui met la plume dans la plaie » ou des grandes stars américaines qui font tomber les présidents après des enquêtes dantesques. Pour qui connait un peu le monde de la télévision, il y a bien longtemps (si jamais il l’ont fait un jour) que les « journalistes » enquêtent et se penchent sur la recherche des faits. Ils se contentent de lire Le Parisien, ou d’autres, et reprennent leurs infos en les mettant en scène pour que ça passe bien à l’image. C’est l’un des drames de « l’info télévisuelle », c’est que s’il n’y a pas d’image, il n’y a pas d’info. En fait, tout n’est que mise en scène et spectacle, les faits (donc l’information) n’étant qu’une matière première à arranger pour que ça fasse de l’audience.

Comment s’étonner, ensuite, que les « journalistes » de télévision soient pris à partie par des manifestants, qui estiment qu’ils ne font pas leur travail, voire pire, désinforment ? Sans partager la violence de la réaction, je partage pleinement le constat. Là où les manifestants Gilets jaunes sont encore dans l’illusion, c’est de croire que « l’information télévisée » est sauvable. C’est foncièrement faux, et plutôt que de s’en prendre physiquement à des personnes qui souvent, ne pensent pas à mal et font le boulot pour lequel on les paie, ces gilets jaunes devraient tout simplement éteindre leur télévision et cesser d’avoir BFM et Cnews allumés en permanence dans le salon.

C’est cela qui fera réfléchir et inquiètera ce petit milieu de la télévision-spectacle. La seule chose qui compte, c’est la recette publicitaire. Tant qu’elle est là, le reste n’a aucune importance et tant pis pour les dégâts collatéraux…

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Systèmes de pensée et vie politique

La vieille opposition sociologique, entre bourdieusiens et boudonniens, même si elle commence à être un peu datée, offre tout de même une clé de lecture intéressante pour essayer de discerner les maux qui frappent actuellement la politique française.

En résumé, d’un coté les bourdieusiens plaident que l’individu est déterminé par la société dans laquelle il se trouve, de l’autre, les disciples de Raymond Boudon estiment que l’individu est beaucoup plus maitre des choses, et est capable de choix individuels, parfois complexes, qui ont des incidences collectives.

Je ne vais pas ici clore le débat, car les deux ont des arguments solides et ont sans doute raison en partie tous les deux. Les bourdieusiens ont raison dans le sens que des systèmes de pensée complets et complexes irriguent les sociétés humaines. Ils disent ce qu’est la norme socialement acceptable, ainsi que les limites à ne pas franchir pour rester membre du collectif et ne pas finir exclu, avec tout ce que cela peut comporter de désagréments. Mais là où les boudonniens ont raison, c’est que l’homme est doué de libre arbitre, et peut faire des propres choix, qui ont des incidences sur le système de pensée, à partir du moment où un nombre significatif de personnes partagent une appréciation nouvelle des choses.

C’est grâce à cela que les systèmes de pensée évoluent, en fonction des époques, parfois du fait de changements lents et profonds, ou au contraire, de l’action d’une personne, qui ouvre une nouvelle voie, suivie par les autres.

La politique, dans nos démocraties libérales, est un outil pour faire coexister pacifiquement des systèmes de pensée et de valeur différents. Sans organisation des affrontements, cela tourne à la bagarre et au déchirement de la société, donc à la guerre civile. C’est cette obsession de l’éclatement qui a amené, dans le passé, de nombreuses sociétés à promouvoir l’existence d’un seul système de pensée, et à imposer l’adhésion de tous. Ceux qui s’y refusent sont exclus, traités de tous les noms (hérétiques étant celui donné à ceux qui refusent le système de pensée religieuse dominant) voire éliminés. Dans ces époques anciennes, le choix n’était guère possible, car les outils de régulation n’existaient pas pour permettre à des systèmes de pensée très différents de coexister. Plus une entité politique se sentait menacée et fragile, plus elle avait recours à ce dispositif de système de pensée unique. C’est la grande innovation de la modernité européenne que d’avoir réussi à imposer comme norme l’existence d’un pluralisme de systèmes de pensée.

Cette évolution libérale n’est pas allée de soi, et un système de pensée que l’on peut qualifier de « conservateur » s’y est opposé, restant crispé sur des idéaux d’unité, d’ordre et d’autorité. Longtemps puissant, ce courant est devenu marginal, mais s’exprime encore du coté de l’extrême-droite, dont il est l’un des substrats. Il a été très largement étudié. L’émergence politique de Zemmour est construite sur ce courant conservateur, qui coche à peu près toutes les cases dans la grille du bingo ultra-conservateur.

Le débat politique actuel, si on le regarde sous cet angle, est intéressant, car il remet sur la table des sujets sensibles, qui, comme tous les sujets sensibles, ont besoin d’être périodiquement rediscutés, pour conforter ou modifier les consensus politiques. L’émergence de Zemmour remet en question cette norme libérale du pluralisme.

Cela ne surprendra personne, je suis profondément « anti-conservateur » et je récuse avec force cette vision « unicitaire » de la société, qui refuse le pluralisme et prétend maintenir des cadres autoritaires à tous les niveaux.

Je suis au contraire, partisan d’une société ouverte, où sous réserve du maintien d’un cadre général permettant la vie en société, tous les courants de pensée puisse s’exprimer, et que les gens puissent adopter des comportements individuels conformes à leurs systèmes de pensée (sous réserve que cela ne heurte pas le cadre global). Le « communautarisme » ne me pose pas de problème, tant que la loi est respectée. Si des tensions existent entre systèmes de pensée, le débat politique est là pour les régler.

Si nous avons un problème politique, ce n’est pas le communautarisme, qui est présent partout (les catholiques traditionalistes sont une communauté), mais la difficulté de la classe politique à faire son travail, qui est d’expliciter les demandes des courants de pensée et de construire des compromis solides et largement acceptés.

Le moment est donc propice, pour tous les courants, de revoir leurs propres positions sur ces questions d’acceptation du pluralisme, sur les conditions et limites à l’existence de « communautés ». Aucune occasion de faire un travail de fond ne doit être négligé, car le débat politique démocratique impose que les termes en soient posés clairement.

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Faut-il revenir sur le cumul des mandats ?

La petite musique autour d’une réforme des règles sur le cumul des mandats commence à se faire entendre. Les parlementaires en poste, qui ont compris qu’ils sont les perdants du non cumul, font pression depuis longtemps. Ce qui est nouveau, c’est que le Premier ministre, et même le Chef de l’Etat, donnent eux aussi des signaux d’ouverture.

Il est clair que cette réforme a été faite n’importe comment en 2014, pour faire plaisir à l’opinion, avec des élus qui n’en voulaient pas, et n’ont donc pas fait correctement leur travail législatif. Même si le sujet était sur la table depuis très longtemps, la réflexion a été assez indigente, et une foule d’effets secondaires n’ont pas été analysés. De plus, la réforme a été faite à moitié, puisque seul le cumul vertical (mandat national et mandat local) est concerné, alors que le cumul horizontal (deux mandats locaux) reste autorisé.

Le sujet mérite donc d’être repris, mais pas pour faire n’importe quoi (en période électorale, le risque existe). Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Ce qui m’inquiète n’est pas tellement la solution qui sera retenue, mais les mesures d’accompagnement qui seront prises, pour assurer l’équilibre global du système politique français, chose qui n’a pas été faite en 2014.

Il faut être conscient que le cumul des mandats est une modalité de fonctionnement de l’organisation politico-administrative française. Le cumul vertical est la réponse au centralisme parisien. Pour exister et porter ses dossiers, un élu, au delà d’une certaine taille de collectivité, doit être régulièrement à Paris, et de préférence avec un titre ou une fonction lui permettant d’être reçu dans les ministères. Au niveau local, le cumul est une solution pour faire fonctionner un système kafkaïen, où les compétences sont tellement entremêlées que personne ne s’y retrouve. Avoir des élus siégeant dans deux strates différentes assure un minimum de coordination et de cohérence des décisions entre le bloc communal, les départements et les régions. Interdire strictement le cumul implique de trouver d’autres manières de gérer le système français (le réformer en profondeur est trop lourd et compliqué). Je n’ai, jusqu’ici, pas vu de pistes de travail sérieuses là dessus. Il y aura, quoi qu’il arrive, des effets de bord et des adaptations qui peuvent avoir des conséquences lourdes et créer des problèmes encore plus graves que ceux causés par le cumul des mandats.

Un autre point, qui n’a pas été bien appréhendé (ou du moins, dont on n’a pas tiré les conséquences) est le bouleversement des carrières politiques. Le non cumul des mandats rend les carrières plus précaires. Avoir deux mandats, c’est l’assurance, en cas de défaite, de rester dans le jeu politique, et de pouvoir se refaire, à une autre échéance. Quand on n’a qu’un mandat et qu’on le perd, il est plus compliqué de se maintenir, car il faut manger, et tout le monde n’est pas rentier ou retraité. Une véritable réflexion est à mener sur la manière d’insérer un moment « mandat politique » dans une carrière professionnelle, voire dans un parcours de vie.

Si c’est relativement bien géré pour les mandats locaux (qui permettent mieux le temps partiel), la question est entière et délicate pour les mandats nationaux. Les réformes de 2014, en plus d’interdire le cumul des mandats, ont aggravé la situation, en restreignant les possibilité d’avoir une activité professionnelle en même temps que le mandat parlementaire. Un autre problème se pose, par ricochet, celui du temps nécessaire pour accéder à un mandat national. On ne va plus passer 15 ans dans des fonctions subalternes, pour espérer décrocher le graal, si celui-ci se révèle précaire et décevant. Les filières d’accès et de formation politiques sont donc à revoir, car on a bien vu, en 2017, ce que cela donne d’avoir des novices débarquant dans l’hémicycle !

Un autre point est l’équilibre des pouvoirs. La fin du cumul d’un mandat national avec un exécutif local a modifié la répartition du pouvoir, affaiblissant les parlementaires, dont une partie du pouvoir était du au fait qu’ils avaient aussi un mandat exécutif local. C’est particulièrement visible localement, où par endroits, le député est la cinquième roue du carrosse, et passe en dernier dans le protocole. Cette réforme a également rehaussé le poids collectif des maires de grandes villes et des présidents de région, qui sont désormais les seuls interlocuteurs politiques du gouvernement central, par le biais de leurs associations représentatives, ou d’organisations plus politiques. Le choix d’Édouard Philippe de construire son nouveau parti, Horizons, sur son réseau de maires, est emblématique.

J’oublie certainement des sujets et des angles, mais ces trois exemples que je viens de donner montrent bien que cette réforme du cumul des mandats est en fait un jeu de domino. Les effets sont bien plus vastes qu’on ne peut le penser, et nous sommes encore loin d’avoir complètement évalué les effets de la réforme de 2014. Prudence, donc, avant de jouer, une nouvelle fois, aux apprentis sorciers. Je sais bien que les réformes institutionnelles sont souvent des objets de communication politique, destinés à satisfaire la défiance de l’opinion publique vis-à-vis de ses élus (sans que ce ne fasse remonter la confiance). Mais cela n’interdit pas de réfléchir aux conséquences, voire même de les prendre en compte !

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Le rétrécissement socialiste

La candidature à la présidentielle d’Anne Hidalgo est à la peine. Elle ne dépasse que rarement les 5% dans les sondages, et est largement inaudible dans les médias. Et pourtant, elle devrait avoir un boulevard. Elle dispose d’une certaine notoriété, le Parti socialiste l’a investie et met son réseau à son service, et le reste de l’offre politique, à gauche, n’est pas très affriolante.

Ce début de naufrage n’est pas tant celui d’une personne, que d’une posture d’enfermement d’une certaine gauche sur les seules problématiques sociétales.

Une anecdote, en introduction d’un article du Monde, est emblématique. Un militant de gauche, qui prône une candidature unique, demande à Anne Hidalgo, à brule-pourpoint, pourquoi elle ne fait pas équipe avec le candidat de gauche le mieux placé. La maire de Paris lui répond : « Quand je les vois faire, je ne pense pas que les autres soient capables de rassembler… Et puis, se retirer derrière un mec, c’est fini ! ».

L’explication, en deux temps, est révélatrice des impasses du Parti socialiste. Elle commence par une considération tactique, à savoir qu’aucun autre candidat n’est en mesure de faire la différence, et donc de mettre tout le monde d’accord. En cela, elle n’a pas tort mais elle oublie de s’inclure dans le lot des candidats qui ne sont pas en capacité de rassembler.

Mais c’est surtout la seconde considération qui me frappe. « Pas question, pour elle qui est une femme, de se retirer derrière un homme « . Affirmer que le simple fait d’être une femme justifie le maintien de sa candidature me laisse pantois.

C’est là qu’on prend conscience à quel point les socialistes (du moins ce qu’il en reste) ont complètement basculé dans le sociétal et intégré ces questionnements (légitimes et intéressants par ailleurs) comme l’alpha et l’omega de leur action politique. Il n’y en a que pour les droits des femmes et des minorités, les luttes contre tous les « truc-phobie ». Quand l’Unef, organisation dans la mouvance socialiste, pratique la « non mixité » et le langage dit « inclusif » (celui avec des points médians et des pronoms inventés de toutes pièces), ils ne font que traduire, de manière caricaturale, une évolution qui touche toute la mouvance.

Il y a bien longtemps que le social, la défense des précaires, a été abandonné en rase campagne par les socialistes. Par le reste de la gauche réformiste également, mais au moins, les Verts ont derrière eux des positions philosophiques et idéologiques plus construites et plus en phase avec l’esprit de l’époque. Les socialistes n’ont même plus d’armature idéologique, la social-démocratie étant en état de mort cérébrale depuis pas mal de temps.

En fait, seuls quelques petits groupes de gauche radicale s’indignent encore du sort fait aux travailleurs de la logistique et du service à la personne, qui sont les nouveaux prolétaires de notre temps. Pourtant, les sujets de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la qualité de vie, de la Santé sont en tête dans toutes les enquêtes concernant les préoccupations des français. Quand on arrive sur le terrain des inégalités, ce sont les inégalités dans la répartition des richesses qui préoccupent le plus les français. L’économique encore !

Comment expliquer cet aveuglement, qui pousse tous les partis de gauche à abandonner ce qui est leur ADN politique, pour se jeter sur le sociétal, au point d’en arriver presque à faire de ce choix une forme d’impensé ?

Je n’ai pas véritablement de réponse, je ne peux juste que constater les dégâts. C’est d’autant plus triste et alarmant qu’un programme économique et social pleinement de gauche, existe avec le pacte du pouvoir de vivre. Des acteurs de la société civile ont fait le travail que le PS aurait dû faire (et n’a pas fait). Il suffirait à Anne Hidalgo de l’endosser explicitement et de le mettre en avant pour répondre aux attentes de son électorat « naturel ». Elle n’en semble même pas capable…

En politique, les structures qui n’écoutent plus qu’elles-mêmes et leurs proches, sont vouées à disparaitre. La Démocratie à cela de bon, qu’elle élimine impitoyablement ceux qui perdent le lien avec les citoyens et les préoccupations qu’ils expriment. Si les socialistes ne réagissent pas, cette présidentielle 2022 sera peut-être la dernière où ils sont en mesure de présenter un candidat.