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L’oubli de l’exemplarité

En 1940, lorsque les allemands ont commencé à bombarder Londres, la famille royale aurait pu aller se mettre à l’abri à la campagne. Ce choix était parfaitement logique, cohérent et explicable pour des raisons de sécurité. Un autre choix a été fait, celui de rester. Le roi, la reine et leurs filles sont ainsi restés au palais de Buckingham, partageant le quotidien des londoniens, et subissant les mêmes risques. Ils y ont gagné une immense popularité et un lien très fort avec la population qui a duré dans le temps.

C’est une leçon politique majeure : quand on dirige un pays, on se doit d’être solidaire de la population, en refusant des passe-droits. Quand l’ensemble de la population subit des contraintes fortes et désagréables, les dirigeants doivent mettre un point d’honneur à se les imposer aussi, même si cela constitue une gêne pour leur quotidien et l’exercice de leurs fonctions. Dans un pays aussi fracturé que la France, une telle attitude est une nécessité vitale pour les dirigeants, s’ils ne veulent pas être complètement discrédités.

Alors que les français sont soumis à un régime de couvre-feu, qu’on leur demande restreindre leur vie sociale (pas plus de 6 personnes au Réveillon, avec papi et mamie à l’isolement dans la cuisine) et d’être au maximum en télétravail, on apprend que le mercredi 16, au soir, un long diner a réuni tous les ténors de la majorité à l’Elysée.

Je comprend tout à fait l’utilité de telles rencontres entre le chef de l’Etat et ses soutiens immédiats. Dans tous les entreprises, on sait que la visioconférence, ce n’est pas terrible pour les brainstorming et que rien ne vaut les échanges à bâtons rompus, pour se dire les choses. Je comprend aussi que ce genre de réunions prend du temps, et que vu l’agenda de toutes ces personnes importantes, il faut bien utiliser tous les créneaux disponibles, y compris le soir.

Ils ont juste oublié qu’il n’est pas possible, pour eux, de se comporter comme « avant », en se contentant de masques et de gestes barrières. La population souffre des restrictions qui lui sont imposées (notamment sur sa vie sociale), et peut très mal prendre le fait que ses dirigeants s’en affranchissent allègrement. Dans un pays où les Gilets jaunes ont montré qu’il existe une fracture très profonde et un fort ressentiment des couches populaires vis-à-vis de leurs dirigeants, c’est un paramètre essentiel à avoir en tête.

Il ne faut surtout pas donner l’impression que les dirigeants bénéficient de passe-droits, et que les règles imposées aux autres ne s’appliquent pas à eux. C’est dévastateur pour l’autorité et la popularité des dirigeants.

C’est d’autant plus terrible, quand ces règles sont justifiés par la nécessité d’éviter la propagation de la pandémie. Il ne peut pas y avoir de passe-droit, le Covid-19 ne faisant pas la différence entre un ouvrier et un président de la République.

Ce qui devait arriver arriva, Emmanuel Macron a contracté le virus, développé des symptômes, et transformé le gouvernement et les dirigeants de la majorité en « cas contact » (en espérant que ça n’aille pas plus loin). Les précautions imposées aux français se révèlent justifiées, ne pas les respecter expose à se faire contaminer et à en contaminer d’autres.

Comment voulez-vous, ensuite, que les dirigeants du pays soient écoutés de la population, si eux-mêmes ne respectent pas scrupuleusement (voire plus encore) leurs propres prescriptions ? Toutes les mesures de confinement ne peuvent fonctionner que par la bonne volonté des français et leur auto-discipline, qui peut rapidement se fracasser s’ils prennent conscience qu’ils sont bien bêtes de se donner du mal…

Diriger un pays, cela ne s’improvise pas. C’est un « métier » qui demande finesse, sens politique, et surtout, sens du sacrifice de son confort et de sa situation personnelle, pour créer un lien symbolique avec la population que l’on est amené à diriger. Quelque chose que la Macronie n’a visiblement pas assimilé.

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La loi Séparatisme, un texte profondément dérangeant

Le gouvernement vient de déposer à l’Assemblée un projet de loi, qui a commencé sa carrière médiatique comme « loi séparatisme », et qui s’appelle maintenant « confortant le respect des principes de la République ». C’est un texte qui me gêne considérablement, par la dérive autoritaire qu’il sous-tend.

Ce texte est d’abord une capitulation politique, un reniement de l’esprit qui a animé la campagne d’Emmanuel Macron. A aucun moment, on ne parle d’islam dans ce projet de loi, mais tout est tellement limpide, vu les discours, à commencer par celui du chef de l’Etat. Par cette initiative, il cède aux semeurs de haine, qui comme Eric Zemmour, depuis des années, déversent dans les médias que tous les malheurs de la France vient de ces étrangers, qui ne sont pas de chez nous, et qui sont tous des criminels en puissance. Ils ont enfin leur texte de loi, qui légitime leur combat xénophobe. Il cède aussi à tous ceux qui confondent laïcité et haine de la religion, et veulent en fait éradiquer les cultes de l’espace public. Ces courants se sont rejoints récemment, avec par exemple l’emblématique « printemps républicain ». Ce projet de loi est leur victoire, et cela me déplait profondément, car je suis profondément en désaccord avec leurs positions. En 2017, je n’ai pas voté Macron pour ça.

En plus de céder symboliquement à ce dévoiement de la Laïcité, et à la xénophobie, parce qu’il faut bien appeler les choses par leur nom, cette loi vient poursuivre un recul des Libertés publiques. Car ce texte est le plus liberticide que j’ai vu depuis au moins 10 ans. Il est malheureusement dans la continuité de ce qu’on voit, depuis au moins 2013, où chaque nouvelle loi sur le sujet marque un recul des Libertés face à l’administration, notamment des forces de sécurité. A chaque fois, c’est par petites touches. Là, on a plusieurs petites touches en même temps, ce qui finit par faire une grosse tache.

Le nombre de problèmes est en effet impressionnant, et même le Conseil d’Etat, avec son sens de la litote et malgré ses réflexes de protection de l’exécutif, ne peut pas s’empêcher de le remarquer.

Premier sujet, l’extension de l’idée d’interdiction du religieux dans l’espace public. L’article 1er de la loi impose ainsi que même dans une entreprise privée, quand elle est délégataire de service public, il faille respecter la « laïcité », c’est à dire en claire l’absence de signes considérés par l’opinion ou la hiérarchie, comme l’expression de convictions religieuses de la part des agents. Cela autorise une « police de l’appartenance religieuse » qui va bien entendu se déployer pour cibler une communauté, celle qui porte des voiles et des grandes barbes.

Le gouvernement n’a pas osé aller jusqu’à étendre cette police aux collectivités locales, ces dernières ayant vigoureusement protesté. En effet, la version initiale du texte prévoyait qu’en cas de « problème », si l’élu local ne faisait rien (ou ne faisait pas ce que les initiateurs de la loi attendaient qu’il fasse), le préfet pouvait de substituer à lui. Une atteinte manifeste à la libre administration des collectivités, et au passage, une marque d’absence de confiance qui a été remarquée des élus locaux. Le paternalisme doublé d’autoritarisme est un réflexe bien ancré chez les administrations d’Etat.

On retrouve, dans plein d’endroits du texte, ce paternalisme autoritaire, de l’administration qui se donne le droit de s’ingérer chez les autres et de juger de ce qui est bon et conforme. La partie réformant la loi de 1905 (un totem républicain allègrement piétiné) permet par exemple au préfet de demander le rapport d’activité et les comptes à une association cultuelle. C’est assez intrusif, et on sait bien que l’intimidation passe, non par l’usage de ce genre d’outils, mais par la simple menace de les utiliser. Cela me ferait bien rire que le préfet de police de Paris aille demander à l’archevêque de lui présenter les comptes et l’inventaire du patrimoine immobilier du diocèse. Avec cette loi, il en aura le droit ! Ce quoi calmer les revendications de responsables religieux qui déplaisent.

Si ce point prête un peu à sourire, d’autres sont plus gênants. En effet, le texte prévoit que le statut d’association cultuelle soit soumis à autorisation, et donc contrôle de l’autorité administrative. Le préfet peut donc débarquer dans une association cultuelle, regarder ce qui se fait, et décider qu’à ses yeux, certaines choses ne relèvent pas du cultuel. Et décider de retirer le statut. On frôle, pour ne pas dire autre chose, l’ingérence publique dans ce qui relève de la libre organisation d’une religion. Ce n’est pas à l’Etat de définir si une pratique relève ou pas du cultuel, c’est une question avant tout théologique. La pratique religieuse ne se résume pas à des actes rituels « traditionnels », c’est beaucoup plus diffus, et une pratique considérée comme culturelle vu de l’extérieur, de la part de non croyants, peut être vécue comme un acte ayant un sens religieux par les croyants.

En voulant cibler une mouvance particulière de l’islam, le texte de loi va toucher bien plus largement. Les règles concernant le contrôle des fonds venant de l’étranger, ont vocation à s’appliquer à toutes les religions. Va-t-on aller bloquer les flux financiers entre l’Etat du Vatican et l’église catholique française, entre les consistoires juifs et des personnes morales domiciliées en Israël ? Les outils mis en place le permettraient, il ne manquerait plus que la volonté politique et le courage de le faire. Bien entendu, je n’imagine pas que l’actuel gouvernement s’amuse à cela. Mais qui sait ce que l’avenir réserve. Aux Etats-Unis, Donald Trump a bien succédé à Barack Obama.

Autre volet problématique, l’atteinte au libre choix du mode de vie. Dans ce texte, et j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, le gouvernement procède à une révolution qui ne va pas passer comme une lettre à la poste. Poser le principe de l’interdiction de l’éducation à domicile, sauf exception, est une atteinte à l’autorité parentale. Le principe est que les familles sont libres de choisir leur mode de vie et la manière dont leurs enfants sont éduqués. Ils ont juste l’obligation de leur fournir une instruction. Mais certainement pas l’obligation de les confier à des tiers contre leur gré. Dans ce domaine, le projet de loi cherche également à resserrer la vis pour les établissements hors contrat, qui ne sont pas sous la tutelle de l’Etat. Ils seront plus surveillés avec plus de possibilités de l’administration d’Etat pour les faire fermer. Le mouvement est clair : l’éducation des enfants doit être faite selon les principes fixés par le gouvernement, même quand cela va à l’encontre du souhait des familles. Au passage, cela ne va pas concerner que les religions, mais également les pédagogies alternatives. Un choix politique très discutable, avec un avertissement très clair du Conseil d’Etat sur le risque constitutionnel.

Ce texte n’échappe pas, malheureusement, aux travers des lois faits-divers, avec ce nouveau délit de divulgation d’informations personnelles sur les réseaux sociaux dans le but de nuire. Complètement calqué sur l’affaire de l’assassinat de Samuel Paty, donc permettant de répondre à l’émotion que sa mort a suscité. Sauf que juridiquement, ce sera inopérant ou presque, car pour que le délit soit constitué, il faut prouver que celui qui a diffusé des informations personnelles sur les réseaux sociaux, avait l’intention de nuire. On envoie donc un message de fermeté, qui sera forcément déçu, vu le nombre ridicule de condamnations prononcée sur cette base. On voudrait saper la confiance des citoyens dans leurs représentants, on ne s’y prendrait pas autrement.

Le gouvernement en profite, au passage, pour détricoter encore un petit peu la loi de 1881 sur la presse. En effet, l’article 20 prévoit la possibilité d’utiliser la procédure de comparution immédiate, qui ne favorise pas l’exercice des droits de la défense, pour certains délits comme l’incitation à la haine. Certes, ce délit doit être sanctionné, mais comme tout exercice problématique de la liberté d’expression, il faut y aller prudemment, sinon, le risque est de voir le fort écraser le faible, et le faire taire, par la menace d’une procédure expéditive.

C’est l’occasion de rappeler le ressort profond de la loi de 1881 est justement d’empêcher cela. Cette loi organise, sciemment, un parcours procédural complexe et piégeux pour celui qui veut attaquer en justice sur ce type de délits. C’est un moyen pour que les petites querelles se règlent autrement que par un procès, réservant cela aux préjudices importants, qui valent le coup de se lancer dans cette aventure. L’idée est ainsi de protéger celui qui exerce sa liberté d’expression, en mettant une barrière à l’entrée à sa répression. C’est cette barrière à l’entrée que, loi après loi, depuis une quinzaine d’années, le législateur s’emploie à abaisser. Une dérive que je considère comme profondément délétère.

Demain, pour un mot de travers, pouvant être interprété pour une apologie du terrorisme ou un appel à la haine, vous pouvez vous retrouver deux heures plus tard devant un magistrat, qui vous colle une peine de prison avec sursis, une amende, et une inscription dans un fichier infâmant qui vous empêchera de passer un concours administratif, de trouver du travail, d’obtenir un HLM. La lutte contre le « Séparatisme », c’est aussi cela : organiser l’exclusion sociale des déviants, de ceux qui n’entrent pas dans le moule des « principes républicains » et qui se risquent à braver les tabous et les interdits.

Aujourd’hui, le déviant, c’est le jeune musulman de banlieue, qui a intérêt à ne surtout pas exprimer ni colère, ni ressentiment (même s’il a objectivement de bonnes raisons de le faire) et encore moins de marquer sa différence. Demain, qui sera le déviant que l’on fera rentrer dans le rang de la bienpensance ? Toute époque à ses hérétiques qu’on envoie au bucher. On en est encore là au XXIe siècle en France.

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A la recherche de la légitimité politique perdue

Pris dans une crise politique autour des violences policières, le Premier ministre a pensé avoir trouvé la parade, en proposant de créer une commission indépendante, pour réécrire le très décrié article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale.

La démarche est très révélatrice, car loin d’être isolée. En effet, depuis le début de la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron multiplie les contournements d’institutions. C’est une Convention citoyenne qui est chargée de trouver des solutions au problème de la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Toujours sur les questions climatiques, on a créé un « haut conseil pour le Climat« , organe indépendant qui se voit associer à la définition de la politique du gouvernement. Pendant la pandémie, tout s’est joué entre un conseil scientifique, créé spécialement pour cela, et le conseil de Défense, un organe « officiel » mais pas du tout conçu pour le rôle décisionnaire qui lui a été donné sur ces sujets. Les institutions normalement en charge ont été allègrement contournée, et aujourd’hui, l’Assemblée nationale et le Conseil des ministre sont devenus des lieux vides, avec à peu près autant de pouvoirs qu’Elisabeth II.

Cette dérive n’est que le résultat mécanique du discrédit des institutions, qui se montrent de plus en plus incapable de remplir leur rôle, qui est d’élaborer et de légitimer les décisions de politique publique. Devant cette paralysie, le pouvoir en place cherche des solutions, pour continuer à avancer, et prendre des décisions qui, en même temps, tiennent techniquement la route, mais surtout, qui soient considérées comme légitimes et acceptables par la population (leur justesse technique étant un élément, mais pas le seul, de leur acceptabilité).

Vu comme cela, il y a une justification à demander à des professeurs de médecine ce qu’il faut faire face à une pandémie, ou au président de la commission consultative des droits de l’homme, sur la liberté de la presse et la lutte contre les violences policières. Ils sont les personnes idoines pour débloquer un dossier enlisé, ou l’euthanasier proprement. Cela révèle aussi en creux que les institutions normalement chargé de gérer le dossier, ont failli. Techniquement et politiquement. On le voit bien sur la gestion de la pandémie, l’administration d’Etat n’a pas été à la hauteur, tant dans la préparation que dans la gestion du début de crise, sans parler des absurdités technocratiques des confinements et déconfinements. Pareil pour l’article 24 de la PPL sécurité globale, où le ministère de l’Intérieur a cherché le passage en force et est en train de se prendre un mur en pleine face.

C’est à la fois une dérive, mais aussi un signe de vitalité. Face aux blocages politiques et techniques, Emmanuel Macron teste autre chose, cherche des solutions pour continuer à exercer, tant bien que mal, sa mission.

Nous vivons une crise politique et institutionnelle depuis maintenant plusieurs années. Une partie des solutions est peut-être en train d’émerger, sous nos yeux, de manière un peu improvisée. Cela peut valoir le coup de les analyser, en positif comme en négatif, et d’avoir des débats ouverts sur le bilan. Le strict respect des institutions et des prérogatives de chacun ne doit pas être un tabou, surtout quand la personne compétente n’a pas été mesure de faire correctement son travail.

Si les institutions qui défendent bec et ongles leurs prérogatives, ne veulent pas être contournées et vidées de leur substance, il ne tient qu’à elles de se ressaisir et de faire leur boulot, tant technique que politique.

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L’autre débat sur le floutage des policiers

Le monde politico-médiatique s’enflamme sur une disposition contenue dans une proposition de loi, dite « de sécurité globale », actuellement discutée à l’Assemblée nationale.

Son article 24 impose de flouter les images de policiers et de gendarmes quand elles sont diffusées, notamment sur les réseaux sociaux. Dans une ambiance de défiance croissante de la population vis-à-vis des forces de l’ordre, il n’a pas fallu grand chose pour déclencher une pluie de critique.

Les détracteurs de ce texte craignent que cela ne restreigne la liberté d’informer, en offrant une possibilité supplémentaire de poursuivre, ou au moins de menacer de poursuites, ceux couvrent les manifestations sur la voie publique et donc l’action plus ou moins musclée des forces de l’ordre. Il est vrai que depuis deux ans, cette question, légitime quelque soit l’époque, est devenue ultra-sensible. Notamment du fait de l’utilisation de doctrine de maintien de l’ordre contestables et contestées. D’autres craignent que cette protection ainsi offerte aux policiers ne les amènent, dans un sentiment d’impunité, à aller encore plus loin dans les violences.

Ces remarques sont parfaitement fondées et il y a une question « liberté d’expression » et liberté d’information qui se pose. Mais, il existe un autre enjeu, très largement éclipsé par la couverture, assez unilatérale, donnée à cette affaire par les médias.

Cet article 24 n’est pas arrivé par hasard dans cette proposition de loi. C’est une demande des policiers, dont les ressorts sont parfaitement compréhensibles et légitimes.

En se faisant photographier, dans l’exercice de leurs fonctions, ces policiers et gendarmes peuvent se retrouver personnellement exposés. Identifiés, ils peuvent faire l’objet de critiques, voire pire, d’agressions ou de harcèlements, en ligne ou dans leur vie personnelle et privée, ce qui peut être difficile à vivre pour la personne et son entourage. On sait tous que le lynchage est quelque chose qui fonctionne très bien sur les réseaux sociaux, et que les images et vidéos de policiers qui peuvent y circuler sont rarement bienveillantes pour les forces de l’ordre.

Est-il normal et acceptable qu’un policier se retrouve personnellement pris à partie, alors qu’il n’a fait que son travail, c’est à dire obéir aux ordres de sa hiérarchie (même s’il les trouvent idiots) ? Un simple policier de base doit-il assumer personnellement les errements de sa hiérarchie dans les choix de maintien de l’ordre ?

Il existe une règle de droit, la protection fonctionnelle, qui impose à l’employeur, public comme privé, de protéger ses employés, afin qu’ils ne subissent pas personnellement des préjudices, parce qu’ils ont juste fait leur travail, et obéit aux ordres. Le ministre de l’Intérieur a donc l’obligation de répondre à cette demande de protection contre le lynchage en ligne, dont peuvent être victimes de policiers dont l’identité, associée à des images jugées choquantes, circule en ligne.

Dans cette affaire, deux demandes légitimes sont exprimées, protéger les policiers de risques anormaux sur leur vie privée, du fait de l’exercice de leurs fonctions, et la liberté de la presse, avec le maintien d’une capacité de contrôle de l’action publique, en l’occurence la manière dont l’ordre est maintenu sur la voie publique.

Trouver un point d’équilibre n’est pas simple, et la solution proposée par le seul article 24, dans sa rédaction ‘sortie de la commission à l’Assemblée » n’est pas satisfaisante. Mais le demande (classique) de retrait pur et simple, formulée par les journalistes et activistes des Libertés laisse entier le problème, légitime, de la protection fonctionnelle des policiers. La solution est d’autant plus complexe, que la question sous-jacente est celle des violences policières, régulièrement dénoncées et que le ministère de l’Intérieur ne veut pas reconnaitre, et donc traiter à la hauteur de ce qui est souhaitable pour répondre à une demande sociale qui va croissant.

Malheureusement, comme souvent en France, on est partis dans un débat bloc contre bloc, avec une incapacité à creuser le fond, à trouver des interlocuteurs qui acceptent, de part et d’autre, de se mettre autour d’un table, pour voir comme résoudre un problème, ou au moins, trouver un compromis acceptable.

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L’irresponsabilité des élus français

Ces derniers jours, les appels au boycott ou au démantèlement des GAFA se succèdent venant d’élus et de responsables politiques. Quand ce n’est pas Google, c’est Amazon qui s’en prend plein la figure. A chaque fois, on est dans la posture, où on démolit, sans rien proposer en remplacement.

Ce comportement est malheureusement typique de la politique à la Française, où on adore créer des boucs-émissaires, pour les bruler en place publique. Cela permet de se pousser du col, au jeu du « plus radical que moi, tu meures » en se donnant bonne conscience. Diaboliser et dénoncer, c’est agir. Donc pas besoin d’en faire plus. C’est pitoyable et pathétique !

Faire de la politique, c’est d’abord identifier les problèmes, dire en quoi cela pose problème, puis élaborer des solutions applicables, où un maximum d’acteurs s’en sortent gagnants.

Sur le sujet Amazon, le principal problème est que le basculement des consommateurs vers le e-commerce, qui s’est accéléré avec la crise sanitaire, menace les commerçants « physiques » qui ne sont plus en mesure de rivaliser. Premier point, le e-commerce ne se limite pas à Amazon, loin de là, et ses parts de marché en France ne sont pas si élevées. Concentrer le tir sur cette entreprise, et l’ériger en symbole (la bête à abattre) c’est prendre le risque de nuire aux autres entreprises du e-commerce, voire aux consommateurs, et laisser Amazon quasi indemne. Taxer le e-commerce, c’est au final pénaliser les consommateurs, sur qui le montant de la taxe va être répercuté. Démanteler les plateformes américaines, c’est juste ouvrir la voie aux chinois, l’Europe n’ayant rien à proposer comme alternative aux consommateurs.

Ces postures extrêmes sont vouées à l’échec, d’abord parce que ces grands acteurs mondiaux sont largement à l’abri du gouvernement français. Google ne doit pas vraiment trembler devant les diatribes du président de la région Hauts-de-France, qui devrait peut-être davantage s’occuper des risques de fermetures d’usines dans sa région, que de crier sus aux Gafa.

La solution n’est donc pas d’essayer de tirer le e-commerce vers le bas, mais de faire monter en compétence les commerçants « physiques », pour qu’ils soient capables de rivaliser et donc de survivre. Cela demande un énorme effort de formation, d’équipement en matériel informatique, de réorganisation de l’activité. C’est autrement moins glamour et valorisant que de manifester devant un chantier d’entrepôt, en criant des slogans (et de rentrer le soir, pour commander ses courses sur internet, ou aller dans la grande surface, parce qu’on n’a pas eu le temps de les faire dans le commerce de proximité).

Cela peut aussi passer par une surveillance un peu plus poussée des pratiques, parfois prédatrices, de grandes entreprises, avec une régulation pensée pour protéger les « petits » commerçants et les consommateurs. Mais là encore, cela demande du travail, pour comprendre les évolutions technologiques, enquêter, et savoir exactement où frapper. Ce n’est pas en bloquant l’installation des entrepôts d’Amazon qu’on va l’empêcher d’étouffer les petits commerçants sur sa market place.

Tout cela demande un travail de fond, où il faut avancer avec tous les acteurs, y compris les Gafa, qui sont peut-être un problème, mais aussi une partie de la solution. Cela donne des petites avancées, pas très spectaculaires, et peu valorisante dans un pays comme la France, où on ne rêve que de grands soirs et de tables rases.

Si la France est tombée aussi bas, c’est peut-être aussi parce que sa classe politique a majoritairement choisi de basculer dans la facilité et la démagogie. Cela peut être payant à court terme (et flatteur pour l’ego) mais c’est désastreux à long terme, car cela ne règle pas les problèmes de fond, qui pourrissent, et finissent par plomber complètement le pays.

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La Laïcité à la française, nouvel avatar de notre arrogance ?

On débat beaucoup, en France, en ce moment de laïcité. Au point de ne plus trop savoir ce qu’on n’y met. Neutralité de l’espace public face aux croyances pour les uns, arme de destruction des religions pour certains, outil d’exclusion d’une religion en particulier pour d’autres… Nous ne sommes pas si au clair que cela sur le contenu exact de la notion, mais en tout cas, c’est un totem, un dogme républicain. Gare à ceux qui s’aviseraient de le contester, ils se font rappeler à l’ordre.

La semaine dernière, ce sont des jeunes des couches populaires, en grande partie musulmans (ce qui ne relève pas du hasard), qui ont eu le malheur de ne pas réciter la doxa devant une ministre. Ils se sont faits excommunier en direct, la ministre leur déniant le droit de tenir certaines positions. L’organisme qui a laissé s’exprimer des opinions aussi dissidentes, on aurait dit hérétiques dans les temps anciens, va se prendre une inspection, qui n’est pas diligentée dans une optique bienveillante, mais pour rechercher des fautes, et sanctionner.

Que disent ces jeunes ? Qu’ils se sentent exclus, sur tous les plans, et que la « laïcité à la française » est un outil d’exclusion supplémentaire, qui est destiné à stigmatiser l’islam et à interdire de se revendiquer musulman. Ils questionnent, pour certains, le dogme de la neutralité de l’espace public. Une faute lourde, qui justifie, pour la ministre, de couper court aux échanges, par une fin de non recevoir et une disqualification de la position de l’autre. Sans écoute, sans dialogue, sans échange.

Autre épisode intéressant, l’échange, assez vif bien que feutré, entre Emmanuel Macron et les journalistes du New-York Times à Paris. Pour le président, les journalistes américains en poste à Paris ne comprennent pas la France, ne la regardent pas comme il le faut (sous-entendu, comme lui le souhaiterait). La vision de la « presse anglo-saxonne », qui dérange Emmanuel Macron, est que la montée du terrorisme islamiste dans notre pays, est en partie le résultat de l’échec de la politique d’intégration, et de notre nombrilisme, qui nous pousse à nous poser en donneurs de leçons au reste du monde.

Sur l’affaire des caricatures, nous avons claironné qu’il y a un droit absolu à la caricature, et que si certains n’aiment pas cela, et bien tant pis pour eux, nous allons les republier et en faire des tonnes. Qu’importe sur le contenu des caricatures, qui peut faire rire ou sourire dans un contexte français, est perçu comme une insulte ou une humiliation dans d’autres pays. Nous nous posons ainsi comme la référence, le nombril du monde, et si les autres ne sont pas d’accord avec nous, c’est qu’ils ont tort. La fameuse « arrogance française » qui fait, malheureusement, partie de notre culture nationale.

La « faute » des journalistes étrangers, est justement de ne pas s’inscrire dans ce culte de la vache sacrée « laïcité à la française » et d’en pointer les limites, voire les contradictions. En effet, il est assez piquant de relever qu’au nom de la laïcité, qui prône la stricte séparation de l’Etat et des religions, le chef de l’Etat aille expliquer à une religion comment elle doit s’organiser et évoluer. Faut-il un « islam à la française » ? Peut-être, mais ce n’est pas au président de la République de le dire et de le promouvoir, dans un Etat qui se veulent aussi strictement laïc.

Les journalistes sont également particulièrement cruels, en expliquant que nombre de musulmans se sentent sommés par l’Etat et la société, au nom de la laïcité, de renoncer à une part de leur identité culturelle, tout en faisant d’eux des citoyens de seconde zone. Quand ils expriment leur mécontentement, ils se font rabrouer. Comment s’étonner, après, que nombre de français de confession musulmane aient un problème avec la « laïcité à la française » voire avec la France ?

Finalement, les journalistes étrangers ne font que dire, avec des mots clairs, les choses et les faits qu’ils voient et que les élites françaises s’obstinent à nier, comme l’a fait la ministre évoquée un peu plus haut dans ce billet. La France, « Pays des droits de l’homme », n’aime pas qu’on mette en lumière ses échecs et ses insuffisances, et qu’on la fasse ainsi descendre de son piédestal d’où elle aime tant donner des leçons, au reste du monde qui, bien souvent en rit ou s’en offusque, et n’en tient pas compte.

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La vaste blague du second confinement

Depuis le 30 octobre, les Français sont à nouveau confinés. Enfin presque, tellement le risque est élevé que ce confinement soit contourné et finalement sans grand effet sanitaire. La gestion, par le gouvernement, de la lutte contre la pandémie, est en effet très critiquable, et la décision de confiner est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire.

L’arrivée du virus, au début de l’année 2020, est une réelle surprise. La décision de confiner, en mars, est brutale, mais compréhensible et acceptable pour la population. Le virus est inconnu, sans vaccin, avec des effets très divers, certains en meurent, d’autres n’ont que des symptômes qui vont de quasiment rien à l’équivalent d’une bonne grippe. Devant autant d’inconnues, la réaction de confiner, pour éviter la saturation du système hospitalier, est logique et donc bien acceptée par la population, qui a globalement respecté ce confinement.

En octobre 2020, la situation est très différente. On en sait un peu plus sur ce virus et les moyens de s’en préserver. C’est le port du masque, la distanciation sociale, le lavage fréquent des mains. On sait aussi que la probabilité est forte que le virus revienne à l’automne. Le conseil scientifique l’a écrit noir sur blanc dès juillet, et en septembre, a averti qu’il fallait prendre des mesures fortes rapidement. On savait qu’elle allait revenir, et comment s’en préserver.

Les mesures nécessaires pour éviter cela n’ont jamais été prises, ni même envisagées. Il fallait, dès la rentrée, mettre en place des protocoles sanitaires stricts, préparer psychologiquement les Français à une année difficile. Au lieu de cela, on a laissé la vie reprendre son cours, avec quelques contrariétés légères comme l’obligation d’avoir un masque.

Les Français n’ont donc que très moyennement respecté les règles sanitaires. Ils en sont les premiers responsables, c’est clair. Mais à aucun moment, les pouvoirs publics n’ont joué leur rôle qui est d’avertir, et de prendre les mesures pour demander et convaincre les Français d’être plus responsables. Début octobre encore, un ministre incitait ses compatriotes à partir en vacances. Tout comme le chef de l’Etat avait encouragé les Français, début mars, à aller au théâtre. Le signal envoyé était « la vie continue comme avant ou presque ».

Tout cela résulte d’un choix politique, finalement assez assumé, de privilégier l’économie sur la santé. Il fallait que les Français recommencent à consommer, à aller dans les bars, les restaurants, les magasins. On a bien tenté d’imposer quelques règlementations comme une distanciation dans les salles de spectacles ou les réunions publiques. Mais il suffisait de se promener près des terrasses des cafés, pour se rendre compte que personne n’y portait de masque, se parlant à moins d’un mètre. Tout cela n’a donc servi à rien, ou presque, sur le plan sanitaire.

Ce choix politique s’est heurté, bien plus rapidement que prévu, à la reprise de la pandémie, et à une saturation des capacités hospitalières. Tout cela était prévisible, prévu même, si on se donnait la peine d’écouter les scientifiques. La politique du gouvernement était donc une impasse, une erreur stratégique majeure.

En plus de cet errement stratégique, s’est ajoutée une gestion tactique déplorable. On ne passe pas en quelques jours de « il y a une légère aggravation et un couvre feu dans les grandes villes suffira » à un reconfinement généralisé. Les gens n’y sont pas préparés, psychologiquement, mais également matériellement, surtout en pleines vacances scolaires. Revenir précipitamment de son lieu de vacances, pour se confiner immédiatement chez soi, c’est compliqué. Les centaines de kilomètres de bouchons (dans le sens des départs) en Ile-de-France, en plein milieu de semaine, est une illustration supplémentaire de l’impréparation des Français.

Un gouvernement responsable aurait envoyé des signaux, avant les départs en vacances, indiquant que la situation se dégrade, et qu’il est possible qu’on en arrive, dans un délai assez proche, à prendre des restrictions de déplacement. Certes, cela aurait pu provoquer des inquiétudes, mais aurait aussi permis aux Français de prendre leurs dispositions. Rien n’est plus irritant que de se faire cueillir par surprise, alors qu’on aurait pu faire autrement. Cela ne facilite pas franchement l’acceptabilité sociale du confinement.

La cacophonie, il n’y a pas d’autre mot, au somment de l’Etat, n’incite pas non plus les Français à prendre au sérieux ce confinement. On a senti bien des ministres, plus préoccupés par le sauvetage de leurs ouailles, que par la nécessité de préparer le pays à l’inéluctable. Les gesticulations du secteur de la Culture, pour que les libraires soient dans la catégorie ‘biens de première nécessité » sont assez pathétiques au regard de l’enjeu sanitaire (qui s’est doublé d’un enjeu sécuritaire). Je ne parle même pas de la préparation de la réouverture des écoles, sommées d’accueillir tous les élèves (il faut bien que les parents travaillent) avec un « protocole sanitaire renforcé. Un triste mélange d’improvisation sur fond d’injonctions contradictoire, le tout saupoudré de technocratie, avec des circulaires administratives détaillées sur ce qu’il faut faire ou pas (l’attestation de circulaire scolaire de chaque élève doit avoir le tampon de l’école).

La cacophonie vient également du maintien du choix politique de privilégier l’économie. Les écoles restent ouvertes, et les entreprises sont priées de continuer à fonctionner, pour sauver l’économie. Cela va donc amener à multiplier les « bons de sortie ». Le système des attestations que l’on se donne à soi-même est une vaste blague. Il ne tiendra pas si les Français décident, massivement, de jouer avec les limites. On peut très bien se donner plusieurs attestations par jour : j’amène les enfants à l’école à 9 heures, je vais faire les courses à 11h, je vais faire ma promenade sportive d’une heure à 14h, et je vais chercher les enfants à 17h. Et entre temps, je peux me donner une deuxième attestation « courses » si j’ai encore envie de prendre l’air.

S’il n’y a que quelques resquilleurs, ils ont assez vite fait de se faire rattraper par la patrouille. Si c’est la moitié, ou même le tiers de la population qui décide de ne pas jouer le jeu, cela ne tiendra pas.

Le risque est réel que la population estime avoir « déjà donné » avec le premier confinement, et ne souhaite pas remettre ça, en plus en hiver, quand le jour est court et le temps gris. Si en plus, ce qui est demandé aux Français, c’est d’aller bosser, en renonçant à tous les plaisirs de la vie ou presque, ce n’est pas franchement enthousiasmant. On peut consentir à des sacrifices, pour une cause qui en vaut vraiment la peine, et parce qu’on ne peut pas faire autrement. Encore faut-il démontrer que les sacrifices sont utiles et inévitables. Une démonstration qui n’est pas faite pour l’instant.

Les conditions de l’acceptabilité sociale du confinement sont donc beaucoup moins au rendez-vous en octobre qu’en mars. L’erreur majeure du gouvernement a été de ne pas se donner les moyens de la construire. Maintenant que le confinement a commencé, et qu’il semble assez moyennement respecté (il y avait du monde, dans les rues de Paris, ce samedi matin 31 octobre), c’est un peu tard. A moins que le choc sanitaire soit d’une telle ampleur, qu’il fasse peur aux Français, les obligeant à se calfeutrer réellement.

Dans ce cas, le gouvernement aura perdu sur les deux tableaux, le sanitaire, et l’économique. Car il est évident qu’à partir du moment où le gouvernement décidera, face à la montée de la pandémie, de fermer les écoles et de restreindre les ouvertures de commerces, l’économie replongera aussitôt. Et autrement plus sévèrement qu’au printemps.

La chute est peut-être finalement plus proche qu’on ne le pense…

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Il faut en finir avec les chaînes d’info en continu

Le système médiatique français s’enfonce de plus en plus dans le grand n’importe quoi. Les Français ont de moins en moins confiance dans les médias, et les chaînes dites « d’info » à savoir BFM, Cnews et LCI en portent une large part de responsabilité. En période de crise, à la fois économique et sanitaire, c’est particulièrement dangereux pour le pays.

Depuis bien longtemps déjà, ces chaînes ne font plus de l’information, mais du spectacle. Toute la journée, une même information est traitée en boucle, avec des grandes gueules, plus ou moins expertes du sujet, qui commentent en plateau. Y compris quand on est dans l’attente d’une annonce, et que les intervenants et présentateurs en sont réduits à commenter du vide.

Le drame est que trop souvent, ce sont ces chaînes qui construisent la hiérarchie de l’info, c’est à dire qu’elles imposent les sujets dont les autres médias (à commencer par les autres télévisions) vont traiter en priorité. Derrière, la presse écrite suit et c’est ainsi qu’elles sont le lieu où le débat public est posé. Un sujet qui n’est pas évoqué sur ces chaînes n’existe pas dans le débat. A l’inverse, une micro-polémique, si elle tourne en boucle, oblige les politiques à se positionner, et en fait un objet du débat démocratique

Un certains nombre d’extrémistes ont parfaitement compris que ce système a besoin de polémiques et de postures excessives et tranchées, et en profitent pour pousser leurs propres obsessions à l’agenda. Ils parasitent et biaisent ainsi le débat public et démocratique. C’est bien connu, la fausse monnaie chasse la bonne, et rapidement, l’agora politique se transforme en jeux du cirque.

Tout cela entraîne une crise de défiance majeure des français dans les médias. Les téléspectateurs ont une image négative de la qualité de ce qui leur est proposé, même si les audiences sont encore au rendez-vous. Derrière, c’est l’ensemble de la presse qui pâtit de cette image et c’est là un vrai danger. Les cassures sociales françaises sont déjà énormes, avec un fossé grandissant entre villes et campagnes, entre « élites » et classes populaires. Si en plus, les médias sont gangrénés, et que la confiance dans l’information données par les journalistes baisse, on creuse encore un peu plus les fossés.

Aujourd’hui, ce sujet de la qualité de l’information, et du rôle néfaste des chaînes d’information en continu doit devenir une question politique. Est-ce vraiment ce qui nous est proposé actuellement que nous voulons pour la France ?

Il n’est plus possible de faire l’économie d’une réflexion d’ensemble, sur les moyens de retrouver un débat public sain, et une bonne qualité d’information. Le temps n’est plus aux petits bricolages, mais à une refonte globale, qui doit utiliser tous les leviers, notamment et surtout le levier économique, car la base du problème est le modèle économique de ces chaînes.

Le débat qui doit s’ouvrir ne porte donc pas sur les moyens (cela viendra après), mais sur ce que l’on attend, en France, des médias audiovisuels d’information et de débat politique, et plus globalement, des médias, dans leur traitement de l’information. Le sujet, derrière, est la solidité de notre démocratie et la cohésion sociale du pays. Laisser les choses suivre leur pente actuelle, c’est se préparer une crise sociale et politique majeure !

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La cohésion sociale sera la clé

Tous les signaux indiquent que le réchauffement climatique s’emballe. Il est clairement perceptible dans les catastrophes climatiques de très grande ampleur, avec les incendies en Australie et en Californie, les sécheresses et inondations qui se succèdent plus rapidement. On cherche à se rassurer, mais il est sans doute trop tard pour éviter la catastrophe, surtout que nous ne faisons finalement pas grand chose, à l’échelle de l’humanité, pour l’éviter. Ce ne sont pas nos « petits gestes » qui vont sauver la planète. Autant être lucide et admettre que les changements nous seront imposés par des contraintes extérieures, et pas par une quelconque action volontaire de notre part.

Il faut donc envisager un avenir sombre, et l’imaginer comme une série de catastrophes climatiques et sanitaires, que les sociétés humaines auront de plus en plus de mal à encaisser, où une sécheresse succède à une pandémie. Tout cela amènera des tensions, des replis identitaires, des guerres, des migrations, mais également des reconversions économiques. Il faudra s’adapter, revoir l’organisation de tout un pays, accepter des sacrifices et des réductions de train de vie.

Les hommes s’adapteront, mais pas tous au même rythme, ni avec la même réussite. Les zones géographiques qui s’en sortiront seront celles qui ont la plus forte cohésion sociale. Il va falloir, un peu partout, faire des choix, plus ou moins radicaux : reconversions économiques, déplacements internes de populations, accueil de flux de migrants, voire mener des guerres ou des opérations militaires pour la défense du territoire.

Ces choix, dans nos sociétés (du moins en occident) démocratiques, ne pourront pas être faits par des élites autoritaires. L’éclatement des sociétés, l’autonomisation de plus en grande des individus face au collectifs, la communautarisation sont des réalités, des tendances lourdes qui s’imposent aux dirigeants. A un moment, il faut une validation populaire, sous peine d’avoir des troubles politiques qui finissent par la chute du régime. En général, les dictatures se terminent mal pour les dictateurs.

Les sociétés qui s’adapteront le mieux, et donc qui arriveront à absorber les chocs, sont celles qui seront capables de poser les diagnostics, adopter les solutions et arriver à partager équitablement les efforts que demanderont ces solutions. Les efforts peuvent être économiques, mais également politiques, voire éthiques. Pour cela, il faut une cohésion forte, une culture partagée, une capacité à dialoguer, à écouter, à inclure toutes les strates de la population dans le processus et les décisions.

Dans ce processus, je ne suis pas certain que la France soit la mieux armée pour survivre…

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La niche était presque parfaite

Le 8 octobre 2020 a eu lieu la première journée d’initiative parlementaire du groupe Ecologie, Démocratie, Solidarité, composé d’anciens députés LREM. L’opération a été très bien préparée, et la niche a été exploitée à fond, avec un sens politique que j’ai rarement vu à l’Assemblée sous cette législature. Cela fait plaisir de voir que des députés élus en 2017, peuvent arriver à faire de la politique. Un petit bémol, il aurait peut-être été judicieux de ne pas en mettre en premier un texte polémique (sur l’IVG), qui a complètement phagocyté la journée, au détriment des autres textes. Une niche, c’est une journée de séance, et c’est court !

Le groupe a initialement déposé sept propositions. A chaque fois, sur des thèmes hautement politiques, et bien marqués politiquement à gauche. Un groupe EELV (ou un groupe PS avec un peu d’audace) aurait pu choisir les mêmes textes : renforcement du droit à l’IGV, restriction de la publicité, parrainage citoyen des réfugiés, bien-être animal, moratoire sur l’installation des entrepôts d’Amazon, extension du congé parental, droit de vote à 16 ans. Le champ des « publics » touchés est large, avec des textes faciles à porter dans les médias, car aisément compréhensibles, à la fois sur le sujet visé, et sur les buts. La première utilité d’une niche parlementaire est de pouvoir mettre des sujets à l’ordre du jour, et de créer le débat, de préférence au delà de l’hémicycle. Rien que sur cet aspect, la niche du groupe EDS est un succès.

Avec trois textes, ils ont joué tous les registres possibles pour une niche parlementaire. Au sein du groupe LREM, deux clans se disputaient le sujet du bien-être animal, chacun ayant déposé sa PPL et faisait son lobbying auprès du gouvernement pour la faire inscrire avant l’autre. C’est finalement Cédric Villani qui les a grillés. Le débat, qui aurait eu lieu, d’une manière ou d’un autre, s’est finalement fait sur la base de son texte, frustrant ainsi le groupe majoritaire.

Le gouvernement a donc été obligé, en catastrophe, de faire des annonces en septembre, sur le bien-être animal, et sur l’extension du congé parental, afin de ne pas laisser tout le bénéfice politique au groupe EDS. Au moins, on sait que ces deux propositions de loi ont des chances de poursuivre leur chemin parlementaire.

Autre belle opération, la proposition de loi faisant passer le délai d’avortement de 12 à 14 semaines. Un sujet brulant, clivant et qui divise les français, donc médiatique. En proposant ce texte, le groupe EDS, qui est unanime sur la question, sait qu’il va fracturer la majorité, qui est « en même temps » de droite et de gauche. Ils vont également ennuyer le gouvernement en ouvrant un dossier brulant, alors que les débats de la loi bioéthique sont encore frais. Le ministre, sachant qu’il va être battu, s’est prononcé « ni pour, ni contre » en sachant que la proposition de loi n’a que très peu de chances (sinon aucune) d’arriver au bout du processus parlementaire d’ici 2022, car la navette va être longue.

Troisième beau coup, la reprise des propositions de la Convention citoyenne pour le Climat, sur la restriction de la publicité. Le gouvernement s’est engagé à tout reprendre « sans filtre », et bousculer le calendrier est un moyen, pour les oppositions, de mettre la pression, en forçant le gouvernement à s’exprimer et à dévoiler ses batteries. Un grand classique des niches parlementaires d’opposition. Même si le texte n’est finalement pas allé au bout (il a été retiré après le débat en commission), le débat médiatique a été lancé. Pareil pour la très démagogique proposition de moratoire sur les implantations d’entrepôts d’Amazon. Le texte ne tient pas juridiquement la route, mais il fait le buzz, car parfaitement taillé pour les médias. Lui aussi a été abandonné en cours de route, car il a rempli son rôle avant même le passage en séance publique.

C’est sur la gestion de la journée que le groupe a péché par inexpérience. En déposant sept textes, le groupe EDS savait qu’il était trop gourmand, et qu’il n’arriverait pas à tout passer en séance, pendant la journée qui leur est consacrée. Mais au moins, il y a eu un examen en commission, avec un rapport parlementaire sur chacune. Une fois cette étape passée, le groupe retire trois propositions, celles qui n’avaient aucune chance de passer, et qui n’étaient destinées qu’à faire le buzz, ou à poser des jalons pour l’avenir. Ne restent alors que quatre textes, ce qui est jouable. A condition de ne pas avoir, dans le lot, un sujet chaud bouillant. Comme l’IVG, par exemple…

L’erreur a été de placer le texte sur l’IVG en première position, sans mesurer à quel point l’opposition LR allait être vent debout. Vieux briscards des travées, les députés de droite ont fait durer les débats, y trouvant leur intérêt médiatique en se posant en opposants à l’IVG. Ils ont ainsi cramé la niche EDS, ne permettant pas d’examiner les autres textes prévus, alors même qu’ils avaient de très bonnes chances d’être adoptés.

Cette journée risque toutefois de laisser des traces au sein du groupe LREM. Les députés qui y sont restés ont vu que leurs 16 collègues, qui sont partis former leur propre structure, ont ainsi pu faire parler d’eux et de leurs sujets bien plus qu’ils ne peuvent le faire en restant dans le groupe majoritaire. En effet, les journées réservées au groupe majoritaire sont la plupart du temps trustées par le gouvernement, qui y place des propositions de lois qui sont des projets de loi déguisés. On y trouve aussi des textes techniques, ou des propositions gentillettes et absolument pas clivantes (comme la proposition de loi sur l’apprentissage des gestes qui sauvent et le statut du citoyen sauveteur).

Voir que c’est en quittant le groupe majoritaire qu’on peut enfin faire de la politique, et arriver à faire progresser ses idées, ça ne va pas aider le nouveau président, Christophe Castaner, à tenir ses troupes.