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L’autre débat sur le floutage des policiers

Le monde politico-médiatique s’enflamme sur une disposition contenue dans une proposition de loi, dite « de sécurité globale », actuellement discutée à l’Assemblée nationale.

Son article 24 impose de flouter les images de policiers et de gendarmes quand elles sont diffusées, notamment sur les réseaux sociaux. Dans une ambiance de défiance croissante de la population vis-à-vis des forces de l’ordre, il n’a pas fallu grand chose pour déclencher une pluie de critique.

Les détracteurs de ce texte craignent que cela ne restreigne la liberté d’informer, en offrant une possibilité supplémentaire de poursuivre, ou au moins de menacer de poursuites, ceux couvrent les manifestations sur la voie publique et donc l’action plus ou moins musclée des forces de l’ordre. Il est vrai que depuis deux ans, cette question, légitime quelque soit l’époque, est devenue ultra-sensible. Notamment du fait de l’utilisation de doctrine de maintien de l’ordre contestables et contestées. D’autres craignent que cette protection ainsi offerte aux policiers ne les amènent, dans un sentiment d’impunité, à aller encore plus loin dans les violences.

Ces remarques sont parfaitement fondées et il y a une question « liberté d’expression » et liberté d’information qui se pose. Mais, il existe un autre enjeu, très largement éclipsé par la couverture, assez unilatérale, donnée à cette affaire par les médias.

Cet article 24 n’est pas arrivé par hasard dans cette proposition de loi. C’est une demande des policiers, dont les ressorts sont parfaitement compréhensibles et légitimes.

En se faisant photographier, dans l’exercice de leurs fonctions, ces policiers et gendarmes peuvent se retrouver personnellement exposés. Identifiés, ils peuvent faire l’objet de critiques, voire pire, d’agressions ou de harcèlements, en ligne ou dans leur vie personnelle et privée, ce qui peut être difficile à vivre pour la personne et son entourage. On sait tous que le lynchage est quelque chose qui fonctionne très bien sur les réseaux sociaux, et que les images et vidéos de policiers qui peuvent y circuler sont rarement bienveillantes pour les forces de l’ordre.

Est-il normal et acceptable qu’un policier se retrouve personnellement pris à partie, alors qu’il n’a fait que son travail, c’est à dire obéir aux ordres de sa hiérarchie (même s’il les trouvent idiots) ? Un simple policier de base doit-il assumer personnellement les errements de sa hiérarchie dans les choix de maintien de l’ordre ?

Il existe une règle de droit, la protection fonctionnelle, qui impose à l’employeur, public comme privé, de protéger ses employés, afin qu’ils ne subissent pas personnellement des préjudices, parce qu’ils ont juste fait leur travail, et obéit aux ordres. Le ministre de l’Intérieur a donc l’obligation de répondre à cette demande de protection contre le lynchage en ligne, dont peuvent être victimes de policiers dont l’identité, associée à des images jugées choquantes, circule en ligne.

Dans cette affaire, deux demandes légitimes sont exprimées, protéger les policiers de risques anormaux sur leur vie privée, du fait de l’exercice de leurs fonctions, et la liberté de la presse, avec le maintien d’une capacité de contrôle de l’action publique, en l’occurence la manière dont l’ordre est maintenu sur la voie publique.

Trouver un point d’équilibre n’est pas simple, et la solution proposée par le seul article 24, dans sa rédaction ‘sortie de la commission à l’Assemblée » n’est pas satisfaisante. Mais le demande (classique) de retrait pur et simple, formulée par les journalistes et activistes des Libertés laisse entier le problème, légitime, de la protection fonctionnelle des policiers. La solution est d’autant plus complexe, que la question sous-jacente est celle des violences policières, régulièrement dénoncées et que le ministère de l’Intérieur ne veut pas reconnaitre, et donc traiter à la hauteur de ce qui est souhaitable pour répondre à une demande sociale qui va croissant.

Malheureusement, comme souvent en France, on est partis dans un débat bloc contre bloc, avec une incapacité à creuser le fond, à trouver des interlocuteurs qui acceptent, de part et d’autre, de se mettre autour d’un table, pour voir comme résoudre un problème, ou au moins, trouver un compromis acceptable.

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L’irresponsabilité des élus français

Ces derniers jours, les appels au boycott ou au démantèlement des GAFA se succèdent venant d’élus et de responsables politiques. Quand ce n’est pas Google, c’est Amazon qui s’en prend plein la figure. A chaque fois, on est dans la posture, où on démolit, sans rien proposer en remplacement.

Ce comportement est malheureusement typique de la politique à la Française, où on adore créer des boucs-émissaires, pour les bruler en place publique. Cela permet de se pousser du col, au jeu du « plus radical que moi, tu meures » en se donnant bonne conscience. Diaboliser et dénoncer, c’est agir. Donc pas besoin d’en faire plus. C’est pitoyable et pathétique !

Faire de la politique, c’est d’abord identifier les problèmes, dire en quoi cela pose problème, puis élaborer des solutions applicables, où un maximum d’acteurs s’en sortent gagnants.

Sur le sujet Amazon, le principal problème est que le basculement des consommateurs vers le e-commerce, qui s’est accéléré avec la crise sanitaire, menace les commerçants « physiques » qui ne sont plus en mesure de rivaliser. Premier point, le e-commerce ne se limite pas à Amazon, loin de là, et ses parts de marché en France ne sont pas si élevées. Concentrer le tir sur cette entreprise, et l’ériger en symbole (la bête à abattre) c’est prendre le risque de nuire aux autres entreprises du e-commerce, voire aux consommateurs, et laisser Amazon quasi indemne. Taxer le e-commerce, c’est au final pénaliser les consommateurs, sur qui le montant de la taxe va être répercuté. Démanteler les plateformes américaines, c’est juste ouvrir la voie aux chinois, l’Europe n’ayant rien à proposer comme alternative aux consommateurs.

Ces postures extrêmes sont vouées à l’échec, d’abord parce que ces grands acteurs mondiaux sont largement à l’abri du gouvernement français. Google ne doit pas vraiment trembler devant les diatribes du président de la région Hauts-de-France, qui devrait peut-être davantage s’occuper des risques de fermetures d’usines dans sa région, que de crier sus aux Gafa.

La solution n’est donc pas d’essayer de tirer le e-commerce vers le bas, mais de faire monter en compétence les commerçants « physiques », pour qu’ils soient capables de rivaliser et donc de survivre. Cela demande un énorme effort de formation, d’équipement en matériel informatique, de réorganisation de l’activité. C’est autrement moins glamour et valorisant que de manifester devant un chantier d’entrepôt, en criant des slogans (et de rentrer le soir, pour commander ses courses sur internet, ou aller dans la grande surface, parce qu’on n’a pas eu le temps de les faire dans le commerce de proximité).

Cela peut aussi passer par une surveillance un peu plus poussée des pratiques, parfois prédatrices, de grandes entreprises, avec une régulation pensée pour protéger les « petits » commerçants et les consommateurs. Mais là encore, cela demande du travail, pour comprendre les évolutions technologiques, enquêter, et savoir exactement où frapper. Ce n’est pas en bloquant l’installation des entrepôts d’Amazon qu’on va l’empêcher d’étouffer les petits commerçants sur sa market place.

Tout cela demande un travail de fond, où il faut avancer avec tous les acteurs, y compris les Gafa, qui sont peut-être un problème, mais aussi une partie de la solution. Cela donne des petites avancées, pas très spectaculaires, et peu valorisante dans un pays comme la France, où on ne rêve que de grands soirs et de tables rases.

Si la France est tombée aussi bas, c’est peut-être aussi parce que sa classe politique a majoritairement choisi de basculer dans la facilité et la démagogie. Cela peut être payant à court terme (et flatteur pour l’ego) mais c’est désastreux à long terme, car cela ne règle pas les problèmes de fond, qui pourrissent, et finissent par plomber complètement le pays.

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La Laïcité à la française, nouvel avatar de notre arrogance ?

On débat beaucoup, en France, en ce moment de laïcité. Au point de ne plus trop savoir ce qu’on n’y met. Neutralité de l’espace public face aux croyances pour les uns, arme de destruction des religions pour certains, outil d’exclusion d’une religion en particulier pour d’autres… Nous ne sommes pas si au clair que cela sur le contenu exact de la notion, mais en tout cas, c’est un totem, un dogme républicain. Gare à ceux qui s’aviseraient de le contester, ils se font rappeler à l’ordre.

La semaine dernière, ce sont des jeunes des couches populaires, en grande partie musulmans (ce qui ne relève pas du hasard), qui ont eu le malheur de ne pas réciter la doxa devant une ministre. Ils se sont faits excommunier en direct, la ministre leur déniant le droit de tenir certaines positions. L’organisme qui a laissé s’exprimer des opinions aussi dissidentes, on aurait dit hérétiques dans les temps anciens, va se prendre une inspection, qui n’est pas diligentée dans une optique bienveillante, mais pour rechercher des fautes, et sanctionner.

Que disent ces jeunes ? Qu’ils se sentent exclus, sur tous les plans, et que la « laïcité à la française » est un outil d’exclusion supplémentaire, qui est destiné à stigmatiser l’islam et à interdire de se revendiquer musulman. Ils questionnent, pour certains, le dogme de la neutralité de l’espace public. Une faute lourde, qui justifie, pour la ministre, de couper court aux échanges, par une fin de non recevoir et une disqualification de la position de l’autre. Sans écoute, sans dialogue, sans échange.

Autre épisode intéressant, l’échange, assez vif bien que feutré, entre Emmanuel Macron et les journalistes du New-York Times à Paris. Pour le président, les journalistes américains en poste à Paris ne comprennent pas la France, ne la regardent pas comme il le faut (sous-entendu, comme lui le souhaiterait). La vision de la « presse anglo-saxonne », qui dérange Emmanuel Macron, est que la montée du terrorisme islamiste dans notre pays, est en partie le résultat de l’échec de la politique d’intégration, et de notre nombrilisme, qui nous pousse à nous poser en donneurs de leçons au reste du monde.

Sur l’affaire des caricatures, nous avons claironné qu’il y a un droit absolu à la caricature, et que si certains n’aiment pas cela, et bien tant pis pour eux, nous allons les republier et en faire des tonnes. Qu’importe sur le contenu des caricatures, qui peut faire rire ou sourire dans un contexte français, est perçu comme une insulte ou une humiliation dans d’autres pays. Nous nous posons ainsi comme la référence, le nombril du monde, et si les autres ne sont pas d’accord avec nous, c’est qu’ils ont tort. La fameuse « arrogance française » qui fait, malheureusement, partie de notre culture nationale.

La « faute » des journalistes étrangers, est justement de ne pas s’inscrire dans ce culte de la vache sacrée « laïcité à la française » et d’en pointer les limites, voire les contradictions. En effet, il est assez piquant de relever qu’au nom de la laïcité, qui prône la stricte séparation de l’Etat et des religions, le chef de l’Etat aille expliquer à une religion comment elle doit s’organiser et évoluer. Faut-il un « islam à la française » ? Peut-être, mais ce n’est pas au président de la République de le dire et de le promouvoir, dans un Etat qui se veulent aussi strictement laïc.

Les journalistes sont également particulièrement cruels, en expliquant que nombre de musulmans se sentent sommés par l’Etat et la société, au nom de la laïcité, de renoncer à une part de leur identité culturelle, tout en faisant d’eux des citoyens de seconde zone. Quand ils expriment leur mécontentement, ils se font rabrouer. Comment s’étonner, après, que nombre de français de confession musulmane aient un problème avec la « laïcité à la française » voire avec la France ?

Finalement, les journalistes étrangers ne font que dire, avec des mots clairs, les choses et les faits qu’ils voient et que les élites françaises s’obstinent à nier, comme l’a fait la ministre évoquée un peu plus haut dans ce billet. La France, « Pays des droits de l’homme », n’aime pas qu’on mette en lumière ses échecs et ses insuffisances, et qu’on la fasse ainsi descendre de son piédestal d’où elle aime tant donner des leçons, au reste du monde qui, bien souvent en rit ou s’en offusque, et n’en tient pas compte.

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La vaste blague du second confinement

Depuis le 30 octobre, les Français sont à nouveau confinés. Enfin presque, tellement le risque est élevé que ce confinement soit contourné et finalement sans grand effet sanitaire. La gestion, par le gouvernement, de la lutte contre la pandémie, est en effet très critiquable, et la décision de confiner est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire.

L’arrivée du virus, au début de l’année 2020, est une réelle surprise. La décision de confiner, en mars, est brutale, mais compréhensible et acceptable pour la population. Le virus est inconnu, sans vaccin, avec des effets très divers, certains en meurent, d’autres n’ont que des symptômes qui vont de quasiment rien à l’équivalent d’une bonne grippe. Devant autant d’inconnues, la réaction de confiner, pour éviter la saturation du système hospitalier, est logique et donc bien acceptée par la population, qui a globalement respecté ce confinement.

En octobre 2020, la situation est très différente. On en sait un peu plus sur ce virus et les moyens de s’en préserver. C’est le port du masque, la distanciation sociale, le lavage fréquent des mains. On sait aussi que la probabilité est forte que le virus revienne à l’automne. Le conseil scientifique l’a écrit noir sur blanc dès juillet, et en septembre, a averti qu’il fallait prendre des mesures fortes rapidement. On savait qu’elle allait revenir, et comment s’en préserver.

Les mesures nécessaires pour éviter cela n’ont jamais été prises, ni même envisagées. Il fallait, dès la rentrée, mettre en place des protocoles sanitaires stricts, préparer psychologiquement les Français à une année difficile. Au lieu de cela, on a laissé la vie reprendre son cours, avec quelques contrariétés légères comme l’obligation d’avoir un masque.

Les Français n’ont donc que très moyennement respecté les règles sanitaires. Ils en sont les premiers responsables, c’est clair. Mais à aucun moment, les pouvoirs publics n’ont joué leur rôle qui est d’avertir, et de prendre les mesures pour demander et convaincre les Français d’être plus responsables. Début octobre encore, un ministre incitait ses compatriotes à partir en vacances. Tout comme le chef de l’Etat avait encouragé les Français, début mars, à aller au théâtre. Le signal envoyé était « la vie continue comme avant ou presque ».

Tout cela résulte d’un choix politique, finalement assez assumé, de privilégier l’économie sur la santé. Il fallait que les Français recommencent à consommer, à aller dans les bars, les restaurants, les magasins. On a bien tenté d’imposer quelques règlementations comme une distanciation dans les salles de spectacles ou les réunions publiques. Mais il suffisait de se promener près des terrasses des cafés, pour se rendre compte que personne n’y portait de masque, se parlant à moins d’un mètre. Tout cela n’a donc servi à rien, ou presque, sur le plan sanitaire.

Ce choix politique s’est heurté, bien plus rapidement que prévu, à la reprise de la pandémie, et à une saturation des capacités hospitalières. Tout cela était prévisible, prévu même, si on se donnait la peine d’écouter les scientifiques. La politique du gouvernement était donc une impasse, une erreur stratégique majeure.

En plus de cet errement stratégique, s’est ajoutée une gestion tactique déplorable. On ne passe pas en quelques jours de « il y a une légère aggravation et un couvre feu dans les grandes villes suffira » à un reconfinement généralisé. Les gens n’y sont pas préparés, psychologiquement, mais également matériellement, surtout en pleines vacances scolaires. Revenir précipitamment de son lieu de vacances, pour se confiner immédiatement chez soi, c’est compliqué. Les centaines de kilomètres de bouchons (dans le sens des départs) en Ile-de-France, en plein milieu de semaine, est une illustration supplémentaire de l’impréparation des Français.

Un gouvernement responsable aurait envoyé des signaux, avant les départs en vacances, indiquant que la situation se dégrade, et qu’il est possible qu’on en arrive, dans un délai assez proche, à prendre des restrictions de déplacement. Certes, cela aurait pu provoquer des inquiétudes, mais aurait aussi permis aux Français de prendre leurs dispositions. Rien n’est plus irritant que de se faire cueillir par surprise, alors qu’on aurait pu faire autrement. Cela ne facilite pas franchement l’acceptabilité sociale du confinement.

La cacophonie, il n’y a pas d’autre mot, au somment de l’Etat, n’incite pas non plus les Français à prendre au sérieux ce confinement. On a senti bien des ministres, plus préoccupés par le sauvetage de leurs ouailles, que par la nécessité de préparer le pays à l’inéluctable. Les gesticulations du secteur de la Culture, pour que les libraires soient dans la catégorie ‘biens de première nécessité » sont assez pathétiques au regard de l’enjeu sanitaire (qui s’est doublé d’un enjeu sécuritaire). Je ne parle même pas de la préparation de la réouverture des écoles, sommées d’accueillir tous les élèves (il faut bien que les parents travaillent) avec un « protocole sanitaire renforcé. Un triste mélange d’improvisation sur fond d’injonctions contradictoire, le tout saupoudré de technocratie, avec des circulaires administratives détaillées sur ce qu’il faut faire ou pas (l’attestation de circulaire scolaire de chaque élève doit avoir le tampon de l’école).

La cacophonie vient également du maintien du choix politique de privilégier l’économie. Les écoles restent ouvertes, et les entreprises sont priées de continuer à fonctionner, pour sauver l’économie. Cela va donc amener à multiplier les « bons de sortie ». Le système des attestations que l’on se donne à soi-même est une vaste blague. Il ne tiendra pas si les Français décident, massivement, de jouer avec les limites. On peut très bien se donner plusieurs attestations par jour : j’amène les enfants à l’école à 9 heures, je vais faire les courses à 11h, je vais faire ma promenade sportive d’une heure à 14h, et je vais chercher les enfants à 17h. Et entre temps, je peux me donner une deuxième attestation « courses » si j’ai encore envie de prendre l’air.

S’il n’y a que quelques resquilleurs, ils ont assez vite fait de se faire rattraper par la patrouille. Si c’est la moitié, ou même le tiers de la population qui décide de ne pas jouer le jeu, cela ne tiendra pas.

Le risque est réel que la population estime avoir « déjà donné » avec le premier confinement, et ne souhaite pas remettre ça, en plus en hiver, quand le jour est court et le temps gris. Si en plus, ce qui est demandé aux Français, c’est d’aller bosser, en renonçant à tous les plaisirs de la vie ou presque, ce n’est pas franchement enthousiasmant. On peut consentir à des sacrifices, pour une cause qui en vaut vraiment la peine, et parce qu’on ne peut pas faire autrement. Encore faut-il démontrer que les sacrifices sont utiles et inévitables. Une démonstration qui n’est pas faite pour l’instant.

Les conditions de l’acceptabilité sociale du confinement sont donc beaucoup moins au rendez-vous en octobre qu’en mars. L’erreur majeure du gouvernement a été de ne pas se donner les moyens de la construire. Maintenant que le confinement a commencé, et qu’il semble assez moyennement respecté (il y avait du monde, dans les rues de Paris, ce samedi matin 31 octobre), c’est un peu tard. A moins que le choc sanitaire soit d’une telle ampleur, qu’il fasse peur aux Français, les obligeant à se calfeutrer réellement.

Dans ce cas, le gouvernement aura perdu sur les deux tableaux, le sanitaire, et l’économique. Car il est évident qu’à partir du moment où le gouvernement décidera, face à la montée de la pandémie, de fermer les écoles et de restreindre les ouvertures de commerces, l’économie replongera aussitôt. Et autrement plus sévèrement qu’au printemps.

La chute est peut-être finalement plus proche qu’on ne le pense…

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Il faut en finir avec les chaînes d’info en continu

Le système médiatique français s’enfonce de plus en plus dans le grand n’importe quoi. Les Français ont de moins en moins confiance dans les médias, et les chaînes dites « d’info » à savoir BFM, Cnews et LCI en portent une large part de responsabilité. En période de crise, à la fois économique et sanitaire, c’est particulièrement dangereux pour le pays.

Depuis bien longtemps déjà, ces chaînes ne font plus de l’information, mais du spectacle. Toute la journée, une même information est traitée en boucle, avec des grandes gueules, plus ou moins expertes du sujet, qui commentent en plateau. Y compris quand on est dans l’attente d’une annonce, et que les intervenants et présentateurs en sont réduits à commenter du vide.

Le drame est que trop souvent, ce sont ces chaînes qui construisent la hiérarchie de l’info, c’est à dire qu’elles imposent les sujets dont les autres médias (à commencer par les autres télévisions) vont traiter en priorité. Derrière, la presse écrite suit et c’est ainsi qu’elles sont le lieu où le débat public est posé. Un sujet qui n’est pas évoqué sur ces chaînes n’existe pas dans le débat. A l’inverse, une micro-polémique, si elle tourne en boucle, oblige les politiques à se positionner, et en fait un objet du débat démocratique

Un certains nombre d’extrémistes ont parfaitement compris que ce système a besoin de polémiques et de postures excessives et tranchées, et en profitent pour pousser leurs propres obsessions à l’agenda. Ils parasitent et biaisent ainsi le débat public et démocratique. C’est bien connu, la fausse monnaie chasse la bonne, et rapidement, l’agora politique se transforme en jeux du cirque.

Tout cela entraîne une crise de défiance majeure des français dans les médias. Les téléspectateurs ont une image négative de la qualité de ce qui leur est proposé, même si les audiences sont encore au rendez-vous. Derrière, c’est l’ensemble de la presse qui pâtit de cette image et c’est là un vrai danger. Les cassures sociales françaises sont déjà énormes, avec un fossé grandissant entre villes et campagnes, entre « élites » et classes populaires. Si en plus, les médias sont gangrénés, et que la confiance dans l’information données par les journalistes baisse, on creuse encore un peu plus les fossés.

Aujourd’hui, ce sujet de la qualité de l’information, et du rôle néfaste des chaînes d’information en continu doit devenir une question politique. Est-ce vraiment ce qui nous est proposé actuellement que nous voulons pour la France ?

Il n’est plus possible de faire l’économie d’une réflexion d’ensemble, sur les moyens de retrouver un débat public sain, et une bonne qualité d’information. Le temps n’est plus aux petits bricolages, mais à une refonte globale, qui doit utiliser tous les leviers, notamment et surtout le levier économique, car la base du problème est le modèle économique de ces chaînes.

Le débat qui doit s’ouvrir ne porte donc pas sur les moyens (cela viendra après), mais sur ce que l’on attend, en France, des médias audiovisuels d’information et de débat politique, et plus globalement, des médias, dans leur traitement de l’information. Le sujet, derrière, est la solidité de notre démocratie et la cohésion sociale du pays. Laisser les choses suivre leur pente actuelle, c’est se préparer une crise sociale et politique majeure !

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La cohésion sociale sera la clé

Tous les signaux indiquent que le réchauffement climatique s’emballe. Il est clairement perceptible dans les catastrophes climatiques de très grande ampleur, avec les incendies en Australie et en Californie, les sécheresses et inondations qui se succèdent plus rapidement. On cherche à se rassurer, mais il est sans doute trop tard pour éviter la catastrophe, surtout que nous ne faisons finalement pas grand chose, à l’échelle de l’humanité, pour l’éviter. Ce ne sont pas nos « petits gestes » qui vont sauver la planète. Autant être lucide et admettre que les changements nous seront imposés par des contraintes extérieures, et pas par une quelconque action volontaire de notre part.

Il faut donc envisager un avenir sombre, et l’imaginer comme une série de catastrophes climatiques et sanitaires, que les sociétés humaines auront de plus en plus de mal à encaisser, où une sécheresse succède à une pandémie. Tout cela amènera des tensions, des replis identitaires, des guerres, des migrations, mais également des reconversions économiques. Il faudra s’adapter, revoir l’organisation de tout un pays, accepter des sacrifices et des réductions de train de vie.

Les hommes s’adapteront, mais pas tous au même rythme, ni avec la même réussite. Les zones géographiques qui s’en sortiront seront celles qui ont la plus forte cohésion sociale. Il va falloir, un peu partout, faire des choix, plus ou moins radicaux : reconversions économiques, déplacements internes de populations, accueil de flux de migrants, voire mener des guerres ou des opérations militaires pour la défense du territoire.

Ces choix, dans nos sociétés (du moins en occident) démocratiques, ne pourront pas être faits par des élites autoritaires. L’éclatement des sociétés, l’autonomisation de plus en grande des individus face au collectifs, la communautarisation sont des réalités, des tendances lourdes qui s’imposent aux dirigeants. A un moment, il faut une validation populaire, sous peine d’avoir des troubles politiques qui finissent par la chute du régime. En général, les dictatures se terminent mal pour les dictateurs.

Les sociétés qui s’adapteront le mieux, et donc qui arriveront à absorber les chocs, sont celles qui seront capables de poser les diagnostics, adopter les solutions et arriver à partager équitablement les efforts que demanderont ces solutions. Les efforts peuvent être économiques, mais également politiques, voire éthiques. Pour cela, il faut une cohésion forte, une culture partagée, une capacité à dialoguer, à écouter, à inclure toutes les strates de la population dans le processus et les décisions.

Dans ce processus, je ne suis pas certain que la France soit la mieux armée pour survivre…

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La niche était presque parfaite

Le 8 octobre 2020 a eu lieu la première journée d’initiative parlementaire du groupe Ecologie, Démocratie, Solidarité, composé d’anciens députés LREM. L’opération a été très bien préparée, et la niche a été exploitée à fond, avec un sens politique que j’ai rarement vu à l’Assemblée sous cette législature. Cela fait plaisir de voir que des députés élus en 2017, peuvent arriver à faire de la politique. Un petit bémol, il aurait peut-être été judicieux de ne pas en mettre en premier un texte polémique (sur l’IVG), qui a complètement phagocyté la journée, au détriment des autres textes. Une niche, c’est une journée de séance, et c’est court !

Le groupe a initialement déposé sept propositions. A chaque fois, sur des thèmes hautement politiques, et bien marqués politiquement à gauche. Un groupe EELV (ou un groupe PS avec un peu d’audace) aurait pu choisir les mêmes textes : renforcement du droit à l’IGV, restriction de la publicité, parrainage citoyen des réfugiés, bien-être animal, moratoire sur l’installation des entrepôts d’Amazon, extension du congé parental, droit de vote à 16 ans. Le champ des « publics » touchés est large, avec des textes faciles à porter dans les médias, car aisément compréhensibles, à la fois sur le sujet visé, et sur les buts. La première utilité d’une niche parlementaire est de pouvoir mettre des sujets à l’ordre du jour, et de créer le débat, de préférence au delà de l’hémicycle. Rien que sur cet aspect, la niche du groupe EDS est un succès.

Avec trois textes, ils ont joué tous les registres possibles pour une niche parlementaire. Au sein du groupe LREM, deux clans se disputaient le sujet du bien-être animal, chacun ayant déposé sa PPL et faisait son lobbying auprès du gouvernement pour la faire inscrire avant l’autre. C’est finalement Cédric Villani qui les a grillés. Le débat, qui aurait eu lieu, d’une manière ou d’un autre, s’est finalement fait sur la base de son texte, frustrant ainsi le groupe majoritaire.

Le gouvernement a donc été obligé, en catastrophe, de faire des annonces en septembre, sur le bien-être animal, et sur l’extension du congé parental, afin de ne pas laisser tout le bénéfice politique au groupe EDS. Au moins, on sait que ces deux propositions de loi ont des chances de poursuivre leur chemin parlementaire.

Autre belle opération, la proposition de loi faisant passer le délai d’avortement de 12 à 14 semaines. Un sujet brulant, clivant et qui divise les français, donc médiatique. En proposant ce texte, le groupe EDS, qui est unanime sur la question, sait qu’il va fracturer la majorité, qui est « en même temps » de droite et de gauche. Ils vont également ennuyer le gouvernement en ouvrant un dossier brulant, alors que les débats de la loi bioéthique sont encore frais. Le ministre, sachant qu’il va être battu, s’est prononcé « ni pour, ni contre » en sachant que la proposition de loi n’a que très peu de chances (sinon aucune) d’arriver au bout du processus parlementaire d’ici 2022, car la navette va être longue.

Troisième beau coup, la reprise des propositions de la Convention citoyenne pour le Climat, sur la restriction de la publicité. Le gouvernement s’est engagé à tout reprendre « sans filtre », et bousculer le calendrier est un moyen, pour les oppositions, de mettre la pression, en forçant le gouvernement à s’exprimer et à dévoiler ses batteries. Un grand classique des niches parlementaires d’opposition. Même si le texte n’est finalement pas allé au bout (il a été retiré après le débat en commission), le débat médiatique a été lancé. Pareil pour la très démagogique proposition de moratoire sur les implantations d’entrepôts d’Amazon. Le texte ne tient pas juridiquement la route, mais il fait le buzz, car parfaitement taillé pour les médias. Lui aussi a été abandonné en cours de route, car il a rempli son rôle avant même le passage en séance publique.

C’est sur la gestion de la journée que le groupe a péché par inexpérience. En déposant sept textes, le groupe EDS savait qu’il était trop gourmand, et qu’il n’arriverait pas à tout passer en séance, pendant la journée qui leur est consacrée. Mais au moins, il y a eu un examen en commission, avec un rapport parlementaire sur chacune. Une fois cette étape passée, le groupe retire trois propositions, celles qui n’avaient aucune chance de passer, et qui n’étaient destinées qu’à faire le buzz, ou à poser des jalons pour l’avenir. Ne restent alors que quatre textes, ce qui est jouable. A condition de ne pas avoir, dans le lot, un sujet chaud bouillant. Comme l’IVG, par exemple…

L’erreur a été de placer le texte sur l’IVG en première position, sans mesurer à quel point l’opposition LR allait être vent debout. Vieux briscards des travées, les députés de droite ont fait durer les débats, y trouvant leur intérêt médiatique en se posant en opposants à l’IVG. Ils ont ainsi cramé la niche EDS, ne permettant pas d’examiner les autres textes prévus, alors même qu’ils avaient de très bonnes chances d’être adoptés.

Cette journée risque toutefois de laisser des traces au sein du groupe LREM. Les députés qui y sont restés ont vu que leurs 16 collègues, qui sont partis former leur propre structure, ont ainsi pu faire parler d’eux et de leurs sujets bien plus qu’ils ne peuvent le faire en restant dans le groupe majoritaire. En effet, les journées réservées au groupe majoritaire sont la plupart du temps trustées par le gouvernement, qui y place des propositions de lois qui sont des projets de loi déguisés. On y trouve aussi des textes techniques, ou des propositions gentillettes et absolument pas clivantes (comme la proposition de loi sur l’apprentissage des gestes qui sauvent et le statut du citoyen sauveteur).

Voir que c’est en quittant le groupe majoritaire qu’on peut enfin faire de la politique, et arriver à faire progresser ses idées, ça ne va pas aider le nouveau président, Christophe Castaner, à tenir ses troupes.

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La loi sur le séparatisme, le « Dien Bien Phu » de la Macronie ?

Le 2 octobre 2020, Emmanuel Macron a séché la moitié d’un sommet européen (où sont évoqués des sujets très importants) pour venir faire un discours, en banlieue parisienne, sur le « séparatisme islamique ». Il annonce au passage une loi, qui sera présentée en conseil des ministres le 9 décembre, et devrait être discutée en début d’année 2021 au Parlement.

Autant dire qu’autant de signaux montrent que le pouvoir en place mise gros sur ce texte. C’est Emmanuel Macron qui monte directement en ligne, et donne déjà les détails de ce qu’ont trouvera dans le texte. Ce faisant, il prend des risques énormes, et pourrait subir une défaite politique qui pourrait marquer un tournant dans la campagne présidentielle de 2022, qui de fait, a déjà commencé.

La bombe, c’est l’annonce que l’instruction à la maison ne sera plus autorisée, sauf raison de santé, et que les enfants devront aller « à l’école ». Il s’agit d’un tournant majeur, d’une prise de position tranchée sur un sujet très lourd, celui de la place des parents et des familles dans l’éducation de leurs enfants.

Il heurte de front un certains nombre de communautés, de droite comme de gauche, qui pratiquent cette instruction à la maison. Tous ne sont pas islamistes, certaines sont catholiques (plutôt très tradi, et qui auraient été enclins à soutenir le texte) d’autres sont franchement à gauche, d’autres encore libertaires. Certaines ont des capacités à se faire entendre de manière assez vocale. LR va hurler, mais on pourrait bien aussi entendre une petite musique discordante du coté d’EELV voire de la France Insoumise. En deuxième ligne, on va avoir la montée en ligne des écoles hors contrat, qui sont aussi dans le viseur. Là encore, cela ne concerne pas que les musulmans, ni même que les religions. Quid des écoles Montessori par exemple ?

Ce changement du rôle des familles dans les choix éducatifs pour leurs enfants pourrait en amener d’autres, car c’est la question du contenu de l’autorité parentale qui est en jeu. Si on bouge les lignes sur un sujet, pourquoi ne pas le faire sur d’autres ? On ouvre une boite de Pandore sans la moindre étude d’impact, sans même se rendre compte des implications vertigineuses. Le sujet est important, politique, et vouloir l’aborder est légitime. Mais pas comme ça, au détour d’une loi anti-islamistes radicaux. Entrer dans ce sujet par cet angle, c’est l’assurance d’aller dans le mur.

Autre risque inconsidéré, de la part d’Emmanuel Macron, est de se lancer dans cette croisade (le mot est choisi à dessein) sans consulter sa base. Est-ce que sa majorité et ses alliés sont prêts à suivre ? Je n’ai pas entendu grand chose de la part du Modem, ou des députés LREM. Ce n’est pas franchement rassurant, et connaissant l’attachement du Modem, parti démocrate-chrétien, à la politique familiale, leur silence vaut sans doute beaucoup plus réserve et désapprobation, que soutien.

Notre cher président ne doit pas oublier qu’un texte de loi doit être voté par le Parlement, et qu’il lui faut donc une majorité.

Il m’apparait assez évident que LR se prononcera contre le texte. L’occasion est trop belle de faire chuter Macron. Nous aurons d’un coté les députés très à droite (les quasi-RN du sud) qui vont se lancer dans la surenchère anti-islamiste, et les connaissant, ils sont capables d’aller très loin, et d’amener ainsi le débat sur des terrains marécageux, où le téméraire Gérald Darmanin n’hésitera pas trop à aller. Une autre aile, les cathos de l’ouest, vont se focaliser sur l’interdiction de l’instruction à la maison, et en faire le point dur du texte, qui justifiera, in fine, qu’ils votent contre lors du scrutin final. Il n’est pas exclu que la « jeune garde » des députés LR élus en 2017, ne s’amusent à jouer les progressistes, en partie par tactique, en partie par conviction.

Comme je l’ai dit plus haut, je ne suis pas certain que tous les députés de la majorité soient enthousiasmés par le texte. D’abord par son contenu, qui va heurter de plein fouet ceux qui sont plutôt à gauche. Le groupe EDS des marcheurs fatigués, créé par Matthieu Orphelin, va sans doute accueillir quelques recrues supplémentaires, écœurés par les débats, et n’ayant plus rien à perdre à écouter leur conscience. Vu ce qui reste de temps utile dans le mandat, pour ceux qui étaient restés au groupe LREM, dans l’espoir de faire avancer leurs propres causes, ce sera la couleuvre de trop.

Bien évidemment la gauche va être unanime pour mitrailler ce texte, sur l’air du « qui fait le jeu du RN ». C’est du pain béni pour unir un camp qui reste profondément divisé, une occasion en or pour avoir des manifestations unitaires.

Le timing est également une erreur politique lourde. Après les gilets jaunes et les conséquences économiques du Covid, l’économie française est à genoux. Ce qui inquiète les français, ce n’est pas quelques barbus dans les banlieues, mais la perte de leur emploi (sans grand espoir d’en retrouver un). Dans un pays au bord de la crise sociale, causée par une crise économique, ce n’est pas le moment de faire de l’identitaire. C’est complètement à contre-temps, et surtout contre-productif pour le pouvoir en place, car désigner un ennemi, en espérant détourner l’attention des problèmes, ça ne marche pas souvent.

Pendant la guerre d’Indochine, l’armée française, n’arrivant pas à battre les Vietminh, se dit qu’il lui faut une grande victoire décisive, et décide d’envoyer une armée en plein milieu des territoires contrôlés par ses adversaires à … Dien Bien Phu. On a vu le résultat. J’ai un peu l’impression que cette offensive politique d’Emmanuel Macron pourrait se terminer, à un an de la présidentielle, par un désastre politique.

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Figures de spiritualité

Ce billet part d’un tweet, lancé vendredi 11 septembre (une éternité sur les réseaux) où l’utilisateur Le Nain demande à ses followers de donner les figures qui ont compté dans leur spiritualité. J’ai eu envie de lui répondre (puisque très aimablement, il ne se limite pas aux catholiques, même s’ils sont son cœur de cible).

Plus que des penseurs, ce sont deux livres qui m’ont marqué dans mon itinéraire, « La subversion du christianisme » de Jacques Ellul et « Le désenchantement du monde », de Marcel Gauchet.

Deux ouvrages qui amènent à penser le fait religieux de manière radicalement différente, et à voir le christianisme avant tout comme une éthique de vie, une exigence que l’homme se fixe à lui-même. Une religion qui en arrive presque à se passer de la figure de Dieu.

Marcel Gauchet explique que le christianisme est en rupture avec les autres croyances, et est la « religion de la sortie de la religion ». C’est une croyance qui amène à sortir des pratiques habituelles, basées sur une pensée magique, à bases d’esprits surnaturels, de miracles, sur lesquels se sont bâtis des clergés intercesseurs, dont l’un des rôles primordiaux est l’encadrement social.

Jacques Ellul, montre lui que ce message libérateur de la religiosité a été complètement récupéré et retourné. L’église catholique a en effet construit, sur ce message anti-religions, un édifice tout ce qu’il a de plus religieux, réintroduisant le fatras du surnaturel, et un appareil de pouvoir chargé d’encadrer tous les aspects de la vie des gens. Un comble, qui ferait se retourner Jésus dans son tombeau, s’il y était resté !

Sauf que malgré toutes les tentatives, le cœur du message des évangiles résiste, avec ponctuellement, des poussées de retour aux sources. Elles sont réprimées sévèrement, par l’élimination physique des hérétiques, surtout quand ils remettent en cause le pouvoir de l’institution religieuse. Parfois, elles sont récupérées et intégrées à la marge du système, pour servir de refuge et d’exutoire à ceux qui persistent à vouloir mettre en œuvre le message originel (par exemple les franciscains, qui ont frôlé le classement comme hérétiques).

Tout dérape au XVIe siècle, où l’église catholique n’arrive pas à venir à bout d’une hérésie, le protestantisme (ce n’est pas faute d’avoir essayé). S’ouvre alors un espace de liberté, qui reste restreint, car la pensée magique et la volonté d’encadrement reprennent vite le dessus, même dans les églises protestantes. Sauf qu’il n’existe, dans le protestantisme, aucune institution centrale à même de réduire au silence les dissidents. La culture de cette branche du christianisme est même de valoriser cette dissidence, de la rendre légitime.

Ces deux lectures croisées m’ont amené à lire les évangiles autrement, débarrassés des oripeaux magiques ajoutés par des générations de théologiens. Ce qu’il reste alors, du message du Christ, c’est avant tout une éthique de vie exigeante et révolutionnaire car basée sur la relation d’égalité entre les hommes, sur le refus de la rivalité et des hiérarchies. Un point qui a été particulièrement bien vu par René Girard, qui en a fait le cœur de son œuvre.

A la base de tout cela, on trouve un mythe, que l’on trouve au début du livre de la Genèse. Adam et Eve qui quittent le paradis terrestre, pour gagner leur pain à la sueur de leur front, c’est la sortie du paléolithique pour passer au néolithique, avec une transformation radicale, la naissance de l’agriculture, de l’élevage, et plus globalement, de la société. Les rapports humains changent du tout au tout, avec la fin de l’égalité et la création de hiérarchie, et surtout, la création des religions. Désormais, l’homme enterre ses morts, leur rend hommage, conserve leur mémoire et s’inscrit dans une histoire. Il a besoin de comprendre le monde qui l’entoure, de lui donner un sens.

Le message du christianisme peut se lire comme un refus de ce basculement. Cette entrée dans le néolithique est le péché originel, la chute initiale. La notion de péché n’a donc rien de moral, c’est juste l’expression d’un basculement, qui éloigne l’homme de ce qui est considéré par les tenants de cette ligne, comme le mode de vie souhaitable. Mais ce refus est minoritaire et voué à l’échec, car il est l’expression d’une nostalgie. Le basculement s’est opéré et aucun retour en arrière n’est possible. Mais cette voix continue à s’exprimer, à rappeler qu’il existe une autre manière de voir le monde et de concevoir les rapport humains. Il rappelle à l’humain, qui aspire à la toute-puissance, d’où il vient.

Les formes pour porter ce message ont été très variées, et paradoxalement, il est passé et a été transmis par les religions, niché dans les recoins des livres sacrés, par le biais d’un petit peuple nomade du Proche-Orient. Un très mince filet, qui a réussi à arriver jusqu’à nous, et conserve une actualité.

Les évangiles, lus autrement qu’avec les lunettes religieuses, parlent encore au monde contemporain. Sur des questions aussi fondamentales que le statut de l’être humain, son rapport au monde, à la nature, et à la société, ils trouvent encore de l’écho. C’est quelque part presque un miracle…

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L’autre débat de la 5G

Depuis quelques temps, les écologistes ont décidé de cibler la technologie de téléphonie mobile dite « 5G ». Le courant « anti-sciences » présent chez les Verts, et incarné notamment par l’eurodéputée Michèle Rivasi, s’est ainsi trouvé un nouveau combat, après celui contre les vaccins.

A l’occasion des municipales, leur poids politique leur a permis d’imposer à leurs alliés socialistes, dans certaines villes, de reprendre leur proposition d’un moratoire sur l’installation de la 5G.

Emmanuel Macron, avec le sens de la formule cinglante qu’on lui connaît depuis le début de son mandat, vient d’entrer dans le débat. Il rejette en bloc cette demande, qualifiant ceux qui la soutiennent d’amish. Cette communauté religieuse, présente en Amérique du Nord, a pour caractéristique de refuser toutes les technologies apparues depuis la fin du XVIIIe siècle. Cela en fait un groupe très pittoresque, qui roule encore en charrette tirée par des chevaux et s’éclairent à la lampe à huile.

Ce faisant, le chef de l’État pose brutalement les termes du débat et entre dans le jeu des anti-5G, pour mener un débat stérile, bloc contre bloc, comme on sait malheureusement si bien le faire en France.

J’ai une autre approche de cette question du rapport aux évolutions technologiques. Ce débat est légitime, mais entre par la mauvaise porte, celle de la technologie, alors que le véritable enjeu, ce sont les usages.

Une technologie n’est qu’un outil, qui peut servir au bien comme au mal. Le sujet central est donc l’humain et son éthique dans l’utilisation des outils qui sont mis entre ses mains.

Certes, c’est compliqué de s’interdire, pour des raisons éthiques, des usages possibles d’une technologie. C’est exigeant, cela demande de longs débats, des délibérations, la création d’un consensus. On le voit par exemple avec les lois de bioéthiques, où certains débats sont ouverts et délicats, et où des terrains (l’eugénisme par exemple) restent fermés. Il ne sera bien entendu pas possible d’empêcher quelques individus isolés de mettre en œuvre ce que permet la technologie, mais cela restera des cas isolés, qui ne seront en aucun cas généralisés et considérés comme « normaux » car refusés par une majorité.

Il n’y a aucune raison que le types de débats menés autour des questions bioéthiques ne le soient pas autour des sujets numériques. Ce ne sont pas les sujets délicats qui manquent : utilisation des algorithmes, des données personnelles, reconnaissance faciale…Toutes les facettes des technologies doivent être explorées, y compris leur potentielle dangerosité pour la santé (question légitime posée par les anti-5G), pour déterminer quels usages sont légitimes.

Déplacer le débat vers les seules technologies, avec comme seule solution de refuser d’augmenter leur puissance, c’est à mes yeux une manière d’esquiver le débat sur l’éthique des usages. Les anti-sciences ont des arguments à faire valoir, et ils peuvent trouver une audience. Mais elle est pour l’instant très minoritaire, et ils n’ont donc aucun intérêt à un débat de fond, qui sorte des caricatures, oblige chacun à exprimer sa pensée, à la confronter à celle des autres, et à accepter de perdre…