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Les recasages de macronistes

Emmanuel Macron veut nommer Amélie de Montchalin, actuelle ministre des Comptes publics, comme première présidente de la Cour des Comptes. Cela suscite quelque critiques, et s’insère dans un ensemble de nominations, où des députés battus, ou des anciens ministres, sont recasés à des postes administratifs.

Cette situation suscite (bien évidemment) des critiques de l’opposition, et c’est normal, c’est son rôle. Certains vont même jusqu’à dénoncer une forme de « verrouillage » de l’administration. Il faut prendre la mesure des choses, qui est moins alarmante qu’on peut le penser, du moins pour l’administration. C’est davantage l’image publique d’Emmanuel Macron qui est en risque.

Un certain nombre d’anciens ministres ou députés macronistes ont été recasés à des postes totalement périphériques, voire anecdotiques. On a par exemple Alexis Izard, député entre 2022 et 2024, qui est maintenant délégué ministériel chargé de la protection économique des consommateurs, ou encore Olivier Damaisin, député de 2017 à 2022, maintenant coordinateur national interministériel du plan prévention mal-être en agriculture. Le principal sujet, c’est l’utilité réelle du poste, pas vraiment la capacité qu’il offre de « prendre le contrôle de l’administration ».

On a quelques cas plus lourds, comme Richard Ferrand, nommé président du conseil constitutionnel, ou encore Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des Comptes. Ces postes sont plus centraux, sans nécessairement avoir l’ampleur qu’on peut leur prêter en termes de capacité de contrôle de l’appareil d’Etat. Le président du conseil constitutionnel, même s’il dispose d’une influence, ne pèse qu’une voix, dans un collège de neuf, au moment de rendre les décisions. Le souci, ce n’est pas tant que Ferrand en soit président, mais qu’il y ait sept anciens élus, sur neuf, au sein du collège. Pareil pour le poste de premier président de la Cour des Comptes, c’est prestigieux, mais ça ne permet pas d’orienter grand chose sur le fond. Il fait essentiellement de la représentation et de la communication. L’institution est profondément collégiale dans son fonctionnement, et ce n’est pas le premier président qui rédige les rapports, ni même désigne les rapporteurs. Le vrai pouvoir, à la Cour des Comptes, il est chez les présidents de chambre. Pierre Moscovici s’en est rendu compte, et est parti, un peu amer, poursuivre sa carrière administrative à Luxembourg, après une « fin de règne » houleuse, où il ne contrôlait strictement plus rien.

Quand vous êtes nommé à un haut poste administratif, le seul fait d’être un ex-politique ou un pote de Macron ne suffit pas à être respecté et obéi. Il faut aussi que vous fassiez la preuve de votre capacité à remplir correctement les fonctions. La haute administration est un corps collégial, de plusieurs centaines de personnes de haut niveau (voire un peu plus) qui sortent des mêmes écoles, se connaissent, avec des « chefs de corps » qui gèrent les carrières de manière prévisionnelles (ce qui ne va pas sans heurts). Si des macronistes débarquent, et sont considérés comme des incompétents ou des indésirables, ils sont vite mis sur la touche, et leur influence est proche de zéro.

Il arrive aussi que certaines des personnes nommées sur critères en apparence politique, sont en fait des purs produits des écoles d’administration, et faisaient partie de ces corps, avant de faire un tour en politique. En étant nommés à un poste administratif, ils ne font que « revenir à la maison », le passage en politique étant juste un accélérateur de carrière. Personne n’est en mesure de savoir si leur loyauté va à Macron, ou si au fond d’eux, ils restent des hauts fonctionnaires dans l’âme. Les exemples sont nombreux de personnalités politiques, nommées en apparence par copinage, qui se mettent à exercer leurs fonctions en toute indépendance. Rappelez-vous, tout ce qui a été dit et écrit au moment où Jacques Toubon a été nommé Défenseur des droits !

Enfin, croire à un verrouillage de l’administration par la Macronie, postule de croire que la Macronie va survivre au départ d’Emmanuel Macron, en mai 2027. Personnellement, j’ai quelques doutes sur la survie de ce collectif, et encore plus sur le fait qu’ils continuent à agir, collectivement, dans le même but, au service d’un dessein politique. Car s’il y a bien une chose qui est clair, c’est que la Macronie est avant tout une pratique du pouvoir et du clanisme autour d’un homme, bien plus qu’une idéologie structurée. Une fois l’homme central parti sous d’autres, chacun reprend sa liberté, et la Macronie peut vite devenir une simple amicale d’anciens combattants.

5 réponses sur « Les recasages de macronistes »

Je m’attendais à ce que vous preniez l’angle de la débandade.
Car lorsque qu’un pouvoir exécutif se met à recaser ses amis en nombre, c’est qu’il sait la raclée électorale inévitable.

Ce n’est pas une raclée électorale qui est en vue, puisque Macron ne peut pas se représenter ! C’est juste la fin programmée, et le fait qu’il sait qu’il ne contrôlera plus rien passé 2027.

Le vrai problème est que le poste de premier président de la Cour des comptes aille à une personnalité politique, et pas à un « technicien » relativement impartial (l’impartialité parfaite étant évidemment une utopie).
Dans le cas de Mme de Montchalin, son jeune âge pose aussi problème – difficile de croire qu’il n’y avait pas de profils plus expérimentés…Aussi, voire surtout, elle pourrait rester en poste pendant 28 ans!
Quant à l’image publique de M. Macron, je pense qu’elle n’a plus rien à craindre 😉

Pour la Cour des Comptes, le mouvement est ancien. On a eu Philippe Seguin, Didier Migaud, Pierre Moscovici. L’âge pose aussi problème, même si elle ne restera pas en poste 27 ans. Le principal problème est le passage direct de Bercy (le contrôlé) à la Cour des comptes (le contrôleur).

Quelques remarques, qui pour l’essentiel confirment votre analyse.
Il est certain que la Cour est profondément collégiale et attachée au statut de ses membres.
Il y a eu des cas de politiques parachutés à sa tête qui n’ont pas réussi à s’y acclimater (Pierre Arpaillange notamment). On verra bien pour la future première présidente.
Depuis les années 1970, avec le rôle croissant des anciens élèves de l’ENA en son sein (et compte tenu aussi de quelques facteurs externes non négligeables, comme l’évolution des organisations publiques), son rôle est de plus en plus sorti des missions techniques qui étaient les siennes à l’origine, pour s’intéresser aux politiques publiques. Ce mouvement ne date pas d’hier, même s’il s’est accéléré avec les trois derniers premiers présidents.
Bref, cette nomination est significative à la fois d’une fin de règne et de l’évolution de l’institution concernée.

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