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Elisabeth Borne, au bout de l’usure

Les rumeurs bruissent d’un remaniement. Cela excite beaucoup les journalistes politiques, dont le boulot (du moins la part qu’ils en adorent) est de chroniquer la vie de la cour de Macron Ier. La grande question est de savoir si le président va maintenir ou pas Elisabeth Borne à Matignon. L’équation n’est pas simple, car entre l’espace politique, de plus en plus étroit, dont dispose la Macronie, et les difficultés de management d’Elisabeth Borne, elle restera, quoi qu’il en soit, en sursis.

Pour l’espace politique, on a en a déjà parlé, et le moment critique sera le vote de la motion de censure qui ne manquera pas d’être déposée après l’adoption du budget 2024 à coup de 49.3. Soit autour du 20-25 octobre. Les sénatoriales seront passées, et le budget de rigueur que le gouvernement va devoir prendre (sous la pression des agences de notation financières) offrira un large choix de prétextes à rupture pour LR.

L’autre sujet inquiétant est la manière de diriger d’Elisabeth Borne. Un gros warning vient de s’allumer, avec l’annonce du départ, cet été, de son directeur de cabinet, mais également du directeur adjoint et d’un chef de pôle. Cela fait suite à une série de départs de son cabinet, qui ont commencé dès l’automne 2022, seulement quelques mois après sa prise de fonction.

C’est un vrai problème, car dircab à Matignon est une place stratégique, avec réellement beaucoup de pouvoir pour son titulaire, qui tranche beaucoup de choses, sans avoir à en référer au dessus. On ne peut pas y mettre n’importe qui. C’est une sorte de sommet de carrière, le genre de poste qu’on a une fois ou deux dans sa vie de très haut fonctionnaire. En général, les Premiers ministres n’ont qu’un directeur de cabinet, voire deux mais c’est exceptionnel. L’actuel titulaire du poste, Aurélien Rousseau, avait déjà fait part de son souhait de partir, en avril, mais en pleine séquence des retraites, ce n’était juste pas possible politiquement. Quand les deux principales têtes du cabinet de Matignon partent, c’est révélateur d’un problème de fond, surtout quand il n’y a pas de noms qui circulent pour les remplacer.

Matignon est une tour de contrôle, qui voit tout passer, et nécessite d’avoir des « très bons », sous peine de voir l’ensemble du travail interministériel partir en vrille. Reconduire Elisabeth Borne à Matignon, mais avec une équipe de seconde zone, en CDD de quelques mois, est une solution qui ne tiendra pas bien longtemps. On prend le risque que les couacs se multiplient : arbitrages rendus en retard, ou contestés (donc remontée encore plus forte vers l’Elysée), manque de coordination entre ministres. Certes, le secrétariat général du gouvernement fait l’essentiel du boulot technique, mais si l’échelon politique ne suit pas, c’est la thrombose assurée.

Si Elisabeth Borne reste Première ministre, c’est le signe qu’Emmanuel Macron prépare autre chose, et qu’elle va juste gérer les affaires courantes, en attendant le grand choc politique de l’automne, avec un retour aux urnes d’ici la fin de l’année. C’est, de toute manière, le seul moyen de sortir de l’impasse politique où on se trouve depuis juin 2022.

Une réponse sur « Elisabeth Borne, au bout de l’usure »

La gouvernance actuelle, avec son exécutif monolithique émancipé d’une majorité législative introuvable, fait perdre toute sa substance au poste de PM.
Ce poste n’est pas inutile, mais devient moins intéressant pour les électeurs car partie intégrante de la machinerie présidentielle.
S’il était cohérent, Macron pourrait laisser le poste vacant jusqu’à la fin du quinquennat, ou y nommer Kohler.

D’ailleurs j’ai toujours détesté l’expression « régime semi-présidentiel » (qui me semblait procéder du fait que le régime présidentiel est mal nommé) mais il faut reconnaître qu’on s’en rapproche un peu, avec ce clivage exécutif/ législatif, cette inconsistance de la production législative gouvernementale et ce rôle d’arbitre du CC. Pas de place pour un PM dans ce modèle là. Donc finalement peu importe qui est nommé.

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