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Dupond-Moretti, dernier rempart contre le dégagisme

Emmanuel Macron a choisi de nommer le ténor du barreau Eric Dupond-Moretti, comme Garde des sceaux. Un choix qui détonne et m’apparait profondément salutaire, tant le besoin de renouvellement de la classe politique est devenu crucial.

Les premiers commentaires sont pourtant partagés, mais globalement négatifs du coté « éditorialistes parisiens » et très négatifs chez les magistrats : « grenade dégoupillée », « déclaration de guerre » et autres amabilités (comme une comparaison avec Eric Raoult) ont fleuri. Visiblement, cette nomination dérange et fait peur.

Il est vrai qu’Eric Dupond-Moretti est un personnage « hors normes », un ténor du Barreau, dans tous les sens du terme. C’est un véritable acteur, une forte personnalité qui a montré qu’il ne s’encombre pas des formalités et des bienséances quand elles sont un obstacle à son action. Il n’hésite pas à déranger dans le choix des causes qu’il défend, avec des cas « impossibles » (comme Patrick Balkany) qu’il accepte malgré tout de défendre, parce que c’est cohérent avec son éthique professionnelle. Et il obtient des résultats., il n’y a qu’à voir le nombre d’acquittements obtenus.

C’est exactement ce que l’on devrait attendre d’un responsable politique de haut niveau.

Un ministre n’est pas là pour lire gentiment les fiches rédigées par ses services, avec des mots pesés pour ne surtout pas bousculer les intérêts en place. Notre classe politique est devenue tellement insipide et transparente, qu’elle n’arrive même plus à dissimuler que ce sont les hauts fonctionnaires qui dirigent réellement le pays.

La nomination de Dupond-Moretti est un renouvellement profond du personnel politique. Il est l’anti-technocrate par excellence, un provincial qui n’a pas fait l’ENA ni la moindre grande école parisienne, une personnalité rugueuse, qui parle avec ses tripes et des convictions chevillées au corps. Il n’a rien à gagner à entrer en politique, il est déjà célèbre et reconnu. De ce fait, il dispose d’une légitimité bien supérieure au personnel politique en place, quand bien même il n’a jamais été élu.

En le faisant entrer au gouvernement, Emmanuel Macron apporte une réponse aux Gilets jaunes, dont le message est d’abord et avant tout une contestation des élites en place. Eric Dupond-Moretti est une personnalité reconnue, populaire, et on attend de lui qu’il secoue le cocotier. C’est bien cela qui inquiète et suscite les commentaires négatifs…

Je ne sais pas si Eric Dupond-Moretti arrivera à répondre à la commande et à obtenir des résultats à la hauteur de ceux qu’il a eu comme avocat. Il arrive en terrain hostile, sans disposer des codes, avec un calendrier contraint, les fins de quinquennats n’étant pas très propices aux réformes de fond.

Mais l’expérience mérite d’être tentée, doit être tentée, car la promesse du renouvellement des marcheurs de 2017 a été un échec cruel. L’envie de dégagisme de l’électorat est encore plus fort, et si les élus en place ne proposent rien, ils risquent de se faire dégager, pas forcément par les urnes, mais par la rue…

4 réponses sur « Dupond-Moretti, dernier rempart contre le dégagisme »

Mettre des gens de la société civile a déjà été tenté. Et ça n’a pas été facile. Ils n’ont pas les codes et leurs copains du sérail sont impitoyables avec eux. Voyez Claudie Haigneré (gvt Raffarin), Hulot et Buzyn récemment…
Surtout, Macron a déjà 2022 en tête…
Mais on verra bien…

Juste un petit mot pour vous remercier de partager vos points de vues. Sans être toujours (voire même juste souvent) d’accord avec vous, votre prose est claire et toujours très intéressante. Je continuerai de vous lire avec grand plaisir.

Faire venir des non-professionnels de la politique ressemble à une bonne idée mais elle ne l’est que si on met en place en parallèle une structure (un « parti ») qui tienne la route, qui produise des idées, qui fonctionne avec une gouvernance démocratique (élection des cadres, vote sur les idées…).
On constate que ni LREM, ni Agir par exemple n’ont été foutus de créer une base militante organisée en 3 ans de pouvoir.
Si on est pour la démocratie représentative il ne faut pas supprimer les partis il faut en modifier la structure et le fonctionnement, on dirait que personne ne comprend ça…

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