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Le renouveau démocratique ?

Les résultats des élections législatives sont tombés, et comme cela était prévisible, le chef de l’Etat n’y dispose que d’une majorité relative. Il lui manque une quarantaine de sièges pour arriver à la majorité absolue. Cela veut dire qu’il ne suffira pas de quelques débauchages individuels, il va falloir négocier avec un partenaire.

Tout indique que l’essentiel des discussions se feront entre la majorité (relative) présidentielle, et le groupe LR. Des discussions avec le RN sont absolument exclues. La gauche étant dominée par le groupe LFI, avec groupe EELV assez « radical », les socialistes, qui sont les plus susceptibles d’être réceptifs à certaines propositions, sont un peu coincés. Ils savent que s’ils vont trop loin, et rompent la solidarité politique sur laquelle ils ont été élus (l’ombre de la NUPES planera longtemps), ils le paieront très cher aux prochaines élections.

Le gouvernement va donc devoir trouver un accord avec la droite modérée, qui tient la clé de la sécurisation des votes à l’Assemblée, et surtout, tient aussi le Sénat. Autant dire que si LR se braque, et se range dans l’opposition ouverte, le gouvernement sera très embarrassé et devra assez vite dissoudre l’Assemblée. Non seulement ses textes seront rejetés, mais les quelques uns qui seront votés, ne seront pas nécessairement rédigés comme le gouvernement le souhaiterait. Le parlementarisme rationalisé, façon 1958, ça sert à domestiquer une majorité un peu rebelle, pas à faire adopter des textes contre la volonté d’une majorité.

Pour l’instant, nous sommes au début de la négociation, et les choses ne vont pas se débloquer d’un claquement de doigts. Les signaux envoyés sont, pour l’instant, globalement positifs, certains ténors de la majorité lançant des appels à la discussion et à l’échange avec les « élus soucieux du bien commun ». Du coté LR, c’est plus tendu, mais une majorité se retrouve sur une ligne « Aucun accord formel, mais aucun refus de principe non plus, il faut voir au cas par cas ». A ce stade, il est difficile d’en demander plus que l’expression d’une bonne volonté prudente.

Il va falloir un peu de temps pour que les LR, qui n’avaient pas vraiment anticipé cette situation, établissent leur « liste de courses » et arrêtent les positions qu’ils acceptent, et leurs lignes rouges. Cela va être un exercice salutaire pour LR, mais aussi pour LREM, qui n’avait jamais vraiment fait ce travail, et qui doit maintenant se doter d’une grille d’analyse. On en restera à des accords ponctuels, et le Graal de l’accord de coalition, ça sera pour plus tard, peut-être. Dans un système de scrutin majoritaire, on passe les accords avant, pas après le scrutin (comme c’est le cas dans les pays votant à la proportionnelle).

Je ne doute pas que ces deux structures, composées de gens raisonnables et responsables, arriveront à faire (tant bien que mal) le travail de clarification doctrinale et programmatique, et à trouver un terrain d’entente, même si cela n’ira pas sans psychodrames. Ils seront aidés, en cela, par la pression provoquée par les partis populistes, qui risquent fort de mettre de « l’ambiance » dans l’hémicycle, par une attitude militante bornée et agressive. Je crains que dans un premier temps, LFI et RN ne se lancent dans la confrontation et la surenchère démagogique, poussant encore plus LREM et LR dans les bras l’un de l’autre, l’électorat de ces deux partis (surtout LR d’ailleurs), craignant plus que tout le désordre.

Il serait imprudent, à ce stade, d’extrapoler sur un temps plus long, mais on peut penser que si les accords fonctionnent plutôt bien, une alliance de long terme peut se nouer. On reviendrait alors à un schéma connu, d’un parti dominant à droite, doté d’une vague aile gauche, et d’un autre parti, regroupant une droite plus hétéroclite, dont le ciment est de ne pas être dans le parti de droite dominant, tout en refusant de basculer à l’extrême-droite. On appellerait ça le RPR et l’UDF, et la boucle serait bouclée !

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Une majorité relative serait-elle une bonne chose ?

Le résultat des élections législatives s’annonce incertain. S’il est évident que le camp du président sera en tête, sa majorité sera étriquée. On sera très loin de la majorité confortable obtenue en 2017 par Emmanuel Macron, avec des novices en nombre suffisant pour lui permettre de faire ce qu’il veut, sans dépendre de personne.

Ce qui est clair, c’est qu’à partir de fin juin 2022, Emmanuel Macron aura besoin, a minima, de François Bayrou et d’Edouard Philippe, et au pire, du soutien de LR, voire du PS, selon les textes et les moments. C’est là que l’on va constater que changer la constitution n’est pas nécessaire, et que ce qui compte, ce n’est pas le texte mais la pratique. En effet, Emmanuel Macron va devoir réellement consulter, c’est à dire écouter et tenir compte des autres, en passant des compromis, sous peine de ne pas pouvoir faire passer ses réformes.

Cela risque d’avoir des effets inattendus, bénéfiques pour certains, catastrophiques pour d’autres, selon le degré de responsabilité et de maturité démocratique des élus, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition.

Cela risque de bousculer la culture politique française, beaucoup trop marquée par les postures de radicalité, au détriment des compromis et du pragmatisme. C’est très confortable pour tous. Pour l’opposition, cela permet de se faire mousser sur la pureté idéologique, sans avoir à travailler le fond. Pour la majorité, cela permet de décider seule sur les sujets techniques, sans avoir de réel contre-pouvoir. L’opposition ne faisant que « de la politique », les médias se contentent de ce spectacle (et en rajoutent) et personne n’explicite les tenants et aboutissants des décisions, et encore moins les enjeux à long terme.

Si le gouvernement veut embarquer avec lui des opposants sur des textes, il va devoir argumenter et convaincre, car un vote positif ou une abstention décisive, c’est un partage de responsabilité politique. Faire de la politique à l’Assemblée, deviendra peut-être un peu plus étudier le contenu réel des textes de loi, voire l’étude d’impact, et pas seulement l’exposé des motifs.

Soyons lucides, cela n’arrivera pas tout de suite. On aura d’abord des jeux de dupes, des « abstentions constructives » et des trocs « pétrole contre nourriture ». Les groupes permettant de faire l’appoint auront une « liste de course » qui se transformera, en fin de législature, en liste de trophées justifiant auprès de leur électorat, la justesse de leur choix de collaborer au cas par cas. En tout cas, c’est comme cela qu’ils vont l’envisager, et puis arriveront des textes où personne n’aura envie de porter la responsabilité d’un rejet, et où il faudra se mettre d’accord. Arriveront aussi des textes que le gouvernement veut absolument voir passer, et où il sera prêt à des concessions ou des contreparties. C’est par ces interstices que, peut-être, une culture de la délibération et du compromis « assumé » peut arriver à se glisser.

Une conséquence possible est la paralysie plus ou moins forte de la machine à légiférer, car si le Sénat entre dans la danse, et joue sa propre partition, cela pourrait vite devenir un vrai bazar. Si personne ne veut jouer le jeu des compromis, les lois ne passeront pas. Cela va obliger le gouvernement à faire des choix, à sécuriser en amont, ce qui prend du temps, et possiblement, de devoir déposer moins de projets de lois, et de ne plus pouvoir déposer à la volée, en séance, des amendements de trois pages. On pourra peut-être s’apercevoir que beaucoup de lois ne sont finalement pas si utiles, et que pour bien des dispositions, le gouvernement va redécouvrir qu’il peut passer par des décrets ou des ordonnances. Dans les deux cas, la qualité du droit n’en sera que meilleure (même si la démocratie n’y trouve pas son compte).

A l’inverse, cela peut aussi amener des textes législatifs complètement bâtards, avec des compromis politiques juridiquement baroques. L’expérience montre que dans ce domaine, la créativité des parlementaires est très grande. Là encore, tout va dépendre du sens de la responsabilité des parlementaires, et de leur culture du travail législatif.

Cette XVIe législature pourrait finalement se révéler beaucoup plus amusante et intéressante que la très insipide XVe législature, où l’Assemblée nationale a touché le fond.

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Faire campagne sur les points de permis

Face à une campagne atone en vue des législatives, où le nouveau gouvernement Borne ne suscite pas d’enthousiasme, Gérald Darmanin vient de faire lâcher une petite bombe. Le dépassement de vitesse, en dessous de 5 km/h, n’entrainerait plus de perte de points de permis.

C’est une petite bombe électorale, car c’est une proposition très fortement audible auprès d’un électorat qui est bien davantage acquis à Marine Le Pen qu’à Emmanuel Macron. Il ne faut jamais oublier que la crise des Gilets jaunes est née de la voiture, pas seulement du prix de l’essence. La baisse de la limitation à 80 km/h, sur les routes nationales, avait tassé la poudre de la crise sociale dans le baril, la taxe carbone n’a été que l’étincelle qui a tout fait exploser. Certains diront (à raison) que c’est démagogique et irresponsable, et qu’on porte atteinte à la sécurité routière, où parfois, le simple signal envoyé suffit, pour que les comportements se relâchent.

C’est là qu’on voit ce qu’est réellement « faire de la politique », c’est savoir trancher, et annoncer des mesures qui ont de réels inconvénients, mais dont les avantages, à l’instant T, sont plus importants. Oui, cette annonce est mauvaise pour la politique de sécurité routière (et on pourrait le payer par une remontée du nombre de morts et de blessés sur les routes). Mais à trois semaines des élections législatives, c’est aussi la seule mesure à peu près audible, qui puisse amener des électeurs du RN à se poser des questions sur leur vote (notamment au second tour, en cas d’absence de candidat RN). De plus, c’est amené par la bande, un « off » venu du ministère de l’Intérieur (à n’en pas douter un proche du ministre), donc à la fois crédible, tout en pouvant être démenti au besoin, par les étages supérieurs, si jamais le tollé est tel que le bénéfice coût/avantage devient négatif.

C’est aussi une petite bombe politique, car on peut tout à fait imaginer que cette annonce a été lancée sans prévenir Matignon auparavant, avec une Première ministre qui se retrouve devant le fait accompli. Moins de deux semaines après sa nomination, Darmanin, l’un des ministres les plus politiques du gouvernement, commence déjà à tester les limites, celle du pouvoir d’Élisabeth Borne et l’étendue des initiatives qu’il peut prendre.

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Elisabeth Borne, incarnation de la Macronie

Élisabeth Borne vient d’être nommée à Matignon. Un choix sans surprise, son nom étant avancé depuis le début, et surtout, elle colle tellement à l’essence même de ce qu’est devenue la Macronie. Elle en a, en effet, toutes les qualités (technocratiques) et les fragilités (politiques).

Coté qualités, la compétence sera au rendez-vous, il n’y a aucun doute. Le parcours est impeccable, sans erreur majeure et c’est une grosse bosseuse, qui connait ses dossiers et le fonctionnement de l’appareil d’Etat. Raffinement dans le choix, elle connait déjà à fond plusieurs des sujets qu’elle aura à gérer depuis Matignon : la planification écologique, la réforme des retraites, la restructuration du secteur énergétique (pour qu’il ne fasse pas faillite et construise huit EPR). Il n’y a guère que sur la réforme des institutions qu’elle n’a pas de références, mais ce sujet se négociera directement entre Macron et Larcher.

La faiblesse, sans surprise, vient du déficit politique. Élisabeth Borne est une technocrate, comme son prédécesseur, et n’a jamais été plongée dans le monde politique. Elle ne s’est jamais présenté à une élection, et sa candidature dans le Calvados, aux prochaines législatives, s’annonce comme une promenade de santé. De toute manière, c’est bien tard pour apprendre les codes de la politique. C’est en cela que sa nomination marque une évolution.

Edouard Philippe, bien technocrate lui aussi, a plongé très jeune dans le bain politique, et a révélé à Matignon un véritable charisme et un talent évident. Tellement évident qu’il a inquiété son N+1, qui s’est empressé de le mettre sur la touche dès que cela était possible, et de le corseter ensuite. Le suivant, lui aussi technocrate, avait également une petite expérience de la politique, à moindre niveau, puisqu’il n’a été qu’élu local. Mais au moins, il sait ce qu’est une « vraie campagne électorale », avec des réunions publiques dans des salles municipales et des séances de serrages de mains sur les marchés, avec en soirée, l’assemblée générale de l’association locale des anciens combattants, qui se termine par un pot au mousseux tiède.

Elisabeth Borne n’a pas du tout cette expérience. Et cela risque d’être un manque, car pour être un leader politique, il faut savoir comprendre ces codes, parler ce langage, qui ne s’apprend souvent que par le vécu. Le risque, pour un Premier ministre qui n’a jamais fait de politique, c’est de se retrouver en porte-à-faux avec sa majorité, avec ses élus locaux, et ne pas comprendre ce qui lui est dit, et ne pas savoir exprimer correctement les messages, et donc ne pas réussir à « embarquer » les français et les faire adhérer à la politique menée.

Or, il y a un gap entre ministre (où on peut très bien réussir en buchant bien ses dossiers) et Premier ministre, où finalement, on ne gère aucun dossier directement, mais on passe son temps à donner des directives et trancher des arbitrages, en ayant en prime l’obligation d’incarner une ligne politique, et de « donner du sens ». C’est toute la différence, entre « travailler » et « faire travailler ». On peut être un excellent directeur financer et un mauvais PDG, un bon journaliste et un piètre rédacteur en chef.

Le défi qui attend Élisabeth Borne, est de réussir cette mue, et de montrer qu’elle peut « incarner » une ligne politique et lui donne l’autorité nécessaire pour faire son job, sans faire de l’ombre à son chef. C’est loin d’être évident, car Édouard Philippe a parfaitement réussi à « incarner », mais en faisant de l’ombre à son chef, et Jean Castex, s’il a réussi à ne pas déplaire au chef, n’a pas incarné grand chose (même si le personnage était plutôt sympathique).

Le pari d’Emmanuel Macron est de croire qu’il peut continuer y arriver en étant le seul à « incarner » et à s’exposer en première ligne, face aux Français. Il s’en est bien sorti depuis 2017 (avec parfois beaucoup de chance). Est-ce que cela durera ? Pas sur…

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La gauche sort peut-être enfin la tête de l’eau

La gauche française serait-elle en train de vivre, ces jours-ci, l’un des ces moments où, en dépit de tout, elle arrive à renaitre de ses cendres ? Cette période entre les présidentielles et les législatives sera peut-être vue plus tard comme le moment fondateur d’une reconquête du pouvoir.

Malgré le bruit et la fureur, les petites phrases et les coups de gueules qui partent dans tous les sens, la gauche semble bien partie pour se présenter unie (autant que c’est possible à gauche) pour les législatives. C’est en soi un petit miracle, que je n’aurais pas pronostiqué il y a encore un an. Plusieurs murailles sont tombées, en un temps assez record. Les socialistes et les insoumis se sont assis à la même table, sans s’insulter et en ressortant contents des deux cotés. L’ensemble de la gauche accepte le leadership de Mélenchon sur la coalition, ça aussi, ce n’était pas gagné, tant les haines sont cuites et recuites, et que le bonhomme est clivant (pour ne pas dire plus).

Cette série d’avancées est le fruit du réalisme : quand on fait 1,75% à la présidentielle, on n’a pas les moyens d’exiger grand chose, et si on sauve ses sortants, c’est déjà beau. C’est aussi le résultat du seul verdict que les politiques acceptent, celui des électeurs : avec 22%, soit bien au delà de son socle, Mélenchon a fait la preuve qu’il rassemble la base sur son nom. Le signal est très clair, les électeurs de gauche veulent l’union. Très naturellement, comme les abeilles d’une ruche suivent la reine, où qu’elle aille, les cadres politiques des partis vont là où sont les électeurs. Sinon, c’est la mort politique assurée.

Tout cela ne se passe pas sans turbulence, car les périodes de redistribution des cartes peuvent amener des changements dans les hiérarchies, entre partis, et surtout, entre responsables politiques au sein d’un même parti. Si le PS sort des législatives avec plus de députés qu’en 2017, les opposants d’Olivier Faure n’auront plus grand chose à dire, et perdront assez rapidement leur crédit politique. Car au sein d’un parti, ce qui compte, c’est la conquête et la conservation des mandats et des positions de pouvoir. Le reste est de la littérature.

Reste maintenant à consolider tout cela, et c’est un énorme boulot, car l’édifice reste fragile. Il faut déjà que les résultats soient au rendez-vous le 19 juin au soir, sinon, tout s’effondre. Il faut aussi que les insoumis soient responsables, et acceptent le jeu de l’union, sans chercher à bouffer les autres. Le dosage est subtil à trouver et chacun doit jouer le jeu loyalement avec des partenaires, en respectant les sensibilités. Il faut enfin, dans la durée, que les militants et cadres des différents partis réapprennent à se parler, à se connaitre, et pourquoi pas, à s’apprécier.

Viendra ensuite le temps de la reconstruction idéologique, du programme, et du tissage de réseau avec les acteurs de la société civile de gauche, qui attendent désespérément qu’une structure politique se remette à fonctionner. On n’est pas au bout du chemin (ni des chicayas), mais la machine semble remise sur les rails, et pourrait être en mesure, en mettant suffisamment d’eau de rose dans le vin rouge du programme LFI, et en faisant émerger de nouveaux visages, d’être une force d’alternance crédible pour l’après-Macron. Et ce n’est pas dit qu’il faudra attendre jusqu’en 2027 pour que l’occasion se présente…

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Le Pen et le Chaos

Depuis le soir du premier tour, et la qualification de Marine Le Pen, un certain nombre d’arguments sont avancés sur le « risque » de l’arrivée du RN au pouvoir. Certains dénoncent le fait qu’elle soit raciste et d’extrême-droite. Même si cela est vrai, le principal souci ne serait pas là, mais dans le chaos où elle plongerait la France.

Si effectivement, une victoire est possible, vu que Marine Le Pen est au deuxième tour, cette hypothèse n’est pas la plus probable. Quand bien même elle gagnerait, elle rencontrerait immédiatement des obstacles, qui l’amèneront, si elle arrive à conserver le pouvoir, à mettre beaucoup d’eau dans son vin, et à ne finalement appliquer qu’une part infime de son programme.

Le mandat d’Emmanuel Macron prend fin le 13 mai, avec un gouvernement Castex qui restera en place jusqu’à cette date. Donc entre le 24 avril et le 14 mai, Marine Le Pen n’aura aucun pouvoir pour mettre en œuvre son programme, juste celui de parler pour faire face aux énormes difficultés qui vont surgir dans les 24 heures et éventuellement s’enfoncer un peu plus.

On risque d’avoir des émeutes, provoquées par l’extrême gauche, accompagnées d’un certain nombre de dérapages venus d’une extrême-droite qui se croit enfin arrivée au pouvoir, donc libre de sa lâcher (bavures policières à prévoir). L’ambiance ne sera pas à la fête mais à la guerre civile. Tous les ingrédients d’une réaction en chaine sont en place !

Les marchés financiers vont réagir très brutalement, avec un effondrement de la notation de la dette française, mais également des cours à la bourse de Paris et de la cotation des entreprises françaises sur les bourses étrangères (sans parler de la fuite des capitaux). Du fait de notre dépendance forte aux marchés, pour financer notre déficit, cela va vite devenir intenable pour le fonctionnement du pays. Les attaques vont également porter sur l’euro, ce qui ne va pas plaire du tout à nos partenaires européens, qui vont multiplier les déclarations indiquant que la France de Marine Le Pen sera (au mieux) traitée comme la Hongrie si jamais elle dépasse d’un millimètre la ligne jaune. L’influence française à Bruxelles va disparaitre et plonger le fonctionnement de l’UE dans le chaos.

Si jamais le calme revient, et que les élections législatives peuvent se tenir aux dates prévues, il n’est pas dit que le RN les gagnent, une partie des électeurs de Marine Le Pen ayant eu une démonstration, grandeur nature et devant chez eux, des problèmes qui pourraient se poser. Et cela portera sur du très quotidien. Il suffit qu’il y ait des ruptures d’approvisionnement (alimentation, carburant…), des retards de paiement de pensions et de salaires et que leur vie quotidienne soit affectée, pour qu’ils soient moins sûrs de leur vote.

Si, malgré tout cela, Marine Le Pen arrive à avoir une majorité à l’Assemblée, ses marges de manœuvre seront très limitées. Elle sera sous la surveillance étroite des marchés financiers, de ses partenaires européens, avec une résistance plus ou moins sourde d’une partie de l’appareil d’Etat. Sans parler du verrou de la Justice, qui pourrait l’empêcher de prendre des mesures illégales et inconstitutionnelles. En cas de bras de fer, Marine Le Pen ne s’en sortira que par un coup d’Etat, qui détruirait la légitimité démocratique de sa victoire dans les urnes. Sans compter un climat social exécrable, l’extrême-gauche continuant à provoquer le désordre. On aurait un gouvernement composé de seconds couteaux et d’affairistes, encadrés par quelques ralliés de la haute fonction publique conservatrice, qui mènent une politique à la petite semaine, loin des grandes ambitions affichées.

Le vrai risque de l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen n’est pas la mise en œuvre d’un programme xénophobe, mais que notre pays se disloque encore un peu plus, et ne devienne une Nation du Tiers-Monde, réaffirmant avec force une fierté et un rang qu’elle a encore moins les moyens de tenir.

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Macron, les retraites et l’humain

En politique, il faut toujours tenir compte des affects, des émotions autour des réformes, même les plus techniques. Aucune politique publique ne peut se réduire à une affaire de comptabilité et d’intérêts économiques bien compris. Emmanuel Macron vient d’en faire l’expérience sur la réforme des retraites, où son recul de l’âge de départ à 65 ans est très mal ressenti, au point de l’obliger à reculer (chose rare chez lui).

C’est une erreur de croire que la retraite n’est qu’une histoire d’argent, de prélèvements, de pensions, et d’équilibre. C’est aussi une question de parcours de vie, et de plus en plus de gens sont épuisés par leur vie professionnelle, et l’idée du départ à la retraite, c’est la petite lumière au bout du tunnel. Le monde professionnel est de plus en plus épuisant, même pour les jeunes (pourtant plein d’énergie et d’envies) qui montrent des réticences à y entrer. L’aspiration profonde de la société n’est plus à la réussite professionnelle et sociale, mais à la qualité de vie. Ceux qui veulent « décrocher », ce n’est pas pour ne rien faire, bien au contraire, mais pour pouvoir mener des projets qui leur plaisent vraiment, qui leur semblent réellement utiles, sans le stress et la pression des résultats et des deadlines, dans un lieu choisi.

Tous réaliseront ce grand décrochage, au plus tard le jour de leur départ en retraite, quand leur revenu financier ne dépendra plus de leur activité. Toucher à ce seuil symbolique est à haut risque politique, car il percute une aspiration profonde à souffler, dans une société fatiguée, si ce n’est épuisée. Pour beaucoup, la question financière (montant de la pension) est une variable secondaire, à laquelle ils peuvent se préparer, avec des investissements pour un complément financier, ou des choix de vie intégrant un train de vie moins dispendieux. Mais pas question de retarder le moment de la libération… y compris chez les marcheurs les plus endurcis !

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2022, consolidation de la recomposition

Le premier tour de l’élection présidentielle vient de mettre en tête le même trio qu’en 2017, Macron, Le Pen et Mélenchon. Seul Fillon manque à l’appel. Il a sombré dans les affaires et surtout, son parti s’est écroulé, miné par les coups de boutoirs de la recomposition politique.

Cette élection présidentielle de 2022 confirme que les clivages politiques ont changé, que le vieil axe droite-gauche que l’on a connu jusqu’ici est obsolète. Il suffit de voir les scores de LR et du PS, qui étaient jusqu’ici en duopole. C’est le crash intégral. Malgré un réseau d’élu locaux et de militants, ils ont été incapables d’opérer les virages idéologiques et stratégiques, pour apparaitre comme crédibles aux yeux des électeurs. L’humiliation suprême est pour le PS, qui termine en dessous des 2%. Un score qui pourrait être celui de LR en 2027, s’ils s’obstinent à vouloir conserver leur autonomie. Les élections législatives risquent d’être une boucherie pour ces deux formations.

Aujourd’hui, le clivage politique majeur passe par la question de l’ouverture ou de la fermeture de la société, avec des demandes de radicalités et de clivage. Les français veulent refaire de la politique, retrouver des propositions idéologiques qui ne soient pas un filet d’eau tiède.

Le pays se retrouve dans une tripartition qui n’est pas si nouvelle, entre une gauche, captée par Mélenchon, un centre droit avec Macron, et une droite radicale pour Le Pen. Trois camps très bien identifiés et identifiables, qui ont rendu les autres offres inaudibles.

Une forme de recomposition est en train de se cristalliser, et de former une matrice pour les prochaines années, d’où il sera difficile de sortir, même si les visages et donc les styles, peuvent évoluer. C’est sans doute dans le contenu exact des idées, des propositions, que les choses vont bouger, s’affiner. Le gros-oeuvre de la reconstruction politique de la France est à peu près réalisé, reste maintenant les finitions et la décoration.

Les principaux chantiers des cinq prochaines années vont être la gestion des trois successions, car il est fort possible qu’aucun du trio de tête ne soit sur la ligne de départ en 2027.

S’il est réélu, Emmanuel Macron ne pourra pas, constitutionnellement, se représenter. Un dauphin pointe déjà son nez, en la personne d’Edouard Philippe. Rien ne dit qu’il sera adoubé par Macron, ni qu’il arrivera à prendre l’ascendant pour s’imposer. De toute manière, celui qui voudra succéder à Macron aura intérêt à faire un gros travail sur les idées et le programme, car il va falloir des arguments pour se présenter sans l’aura d’Emmanuel Macron. Le slogan « 5 ans de plus » ne sera pas suffisant.

Jean-Luc Mélenchon, 71 ans, va devoir passer la main. Il le sait, le laisse entendre dans ses discours de fin de campagne et le soir du premier tour. D’abord, pour des raisons d’âge, mais aussi parce que sa personnalité clivante et son tempérament sont un obstacle à une union de la gauche. Les débris du PS et d’EELV n’accepteront de s’arrimer au navire amiral LFI qu’à cette condition. Reste à savoir si le vieux lion acceptera de partir pour de vrai.

Enfin, Marine Le Pen a annoncé qu’elle quitterait la politique en cas de nouvelle défaite. On peut en douter, mais on sent tout de même une forme de lassitude de sa part. Le score du second tour sera sans doute décisif dans la décision. Une nouvelle défaite écrasante peut l’achever. Le souci est que la succession n’est pas assurée au sein du RN, que la « dauphine » naturelle, Marion Maréchal, a choisi l’autre bord, celui de Zemmour et de la droite très radicale, celle qui n’a aucune chance de se faire élire, mais qui a un programme et des idées assez structurées, qui peut donc survivre à un changement de chef. Dernière inconnue, la capacité à rallier la frange droitière de LR, qui pourrait apporter quelques cadres et élus locaux, qui renforceraient la crédibilité « gestionnaire » de cette famille politique.

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L’Etat et les consultants

Le Sénat vient de rendre un rapport très intéressant sur le recours des services de l’État à des cabinets de consultants privés. Vu les montants engagés et l’influence que pourraient avoir ces cabinets sur les politiques publiques, cette initiative est complètement dans les missions du sénat. Pour une fois qu’une commission d’enquête parlementaire n’est pas la suite d’un scandale ou d’une indignation médiatique, ce travail est à saluer comme l’une des meilleures initiatives de contrôle prise par une assemblée parlementaire ces dernières années.

Malheureusement, ce travail est quelque peu gâché par l’exploitation médiatique qui en est faite, et la volonté de certains d’y chercher des fautes pénales. Pénalement, il n’y a rien pourtant pas grand chose à gratter. Le code des marchés publics a probablement été respecté : vu les montants, et les cabinets concernés et l’éclatement des décisions de commande, le risque d’une fraude est assez faible. Les sénateurs n’auraient certainement pas raté une occasion de pointer une faille sur ce volet. La plainte annoncée par le Sénat contre un responsable de McKinsey est largement de la poudre aux yeux. Le délit de mensonge devant une commission d’enquête suppose que la personne interrogée ait sciemment menti, sur des éléments ayant un impact réel sur les conclusions du rapport. Le fait que McKinsey paie effectivement de l’impôt sur les sociétés en France, ou pas, n’a que très marginalement d’impact sur le sens et les conclusions du rapport. Rien à voir, par exemple, avec un professeur de médecine, qui témoigne comme expert indépendant, et qui ne mentionne pas ses liens d’intérêts avec le secteur économique qui est sous le feu des critiques dans le cadre de la commission d’enquête.

Le véritable sujet est politique, c’est celui de la doctrine d’emploi de cabinets de consultants privés par les pouvoirs publics. Le principal apport de ce travail sénatorial, est de montrer que cette doctrine n’existe pas ou trop peu, et que chaque ministère fait ce qu’il veut, sans véritable cadrage. D’où un sentiment de gâchis d’argent public, et surtout, un risque pour les pouvoirs publics, d’être exposés à des influences politiques insidieuses. Les décisions politiques prises à la suite d’un rapport peuvent être induites par les présupposés (avoués ou pas) de ceux qui écrivent le rapport, donc sur la manière dont ils ont posé le débat et les questions. Ce n’est sans doute pas le fruit d’un hasard complet si c’est le groupe communiste au Sénat qui est à l’origine de la mission, les grands cabinets de conseil visés n’étant pas, fondamentalement, des adeptes du marxisme, mais à l’inverse, des libéraux, pour ne pas dire pire.

Vu les montants en jeu (1 milliard sur 5 ans) et les risques de « porosité » politique sur des sujets sensibles, il est nécessaire que ce rapport ait des suites, car il soulève des questions de fond qu’il n’est pas possible d’évacuer d’un revers de main. Cela a déjà d’ailleurs commencé, le gouvernement ayant pris, en catastrophe, en janvier 2022, une circulaire pour essayer de cadrer le recours aux cabinets de conseil. C’est bien la preuve que les sénateurs ont levé un lièvre ! Cela doit donner lieu à un débat public plus large que les simples sphères administratives.

Là encore, le traitement médiatique du sujet est assez pitoyable, avec pleins de commentaires de personnes qui glosent sans savoir comment fonctionne un cabinet de conseil, et encore moins ce qu’il apporte. Mettre en lien le prix de la mission et le simple rendu final, c’est terriblement réducteur et témoigne, soit d’une mauvaise foi, soit d’une ignorance crasse (bien souvent, c’est une combinaison des deux). Pourtant, si on ne part d’une bonne base, à savoir un constat partagé, et conforme à la réalité, on n’arrivera à rien sur un sujet où il existe des marges de manœuvre pour améliorer les choses.

L’apport d’un cabinet de conseil ne se résume pas aux parties « visibles » comme les rapports écrits et les power-point. Ce ne sont souvent d’ailleurs que des traces d’un travail plus profond, à la fois de la part du cabinet, mais aussi chez le commanditaire. Faire venir, dans une structure, des personnalités extérieures, peut avoir un impact sur la manière dont la structure se pose des questions, sur la manière dont elle pose le problème. Une part du travail des cabinets de conseil est d’amener leurs clients à penser autrement. Dans certains cas, le « problème » tel qu’il est identifié, est un effet de perspective, et décentrer le regard peut être salutaire. Beaucoup connaissent le syndrôme « nez dans le guidon », où à force d’être dans l’action, toujours avec les mêmes personnes, qui vous disent les mêmes choses, on perd du champ de vision, voire de l’esprit critique. Pour une administration, un tel apport peut se révéler pertinent, pour « voir » la réalité sous un autre jour.

Le deuxième apport d’un cabinet de conseil est qu’il est (normalement) extérieur au microcosme dans lequel il intervient. Cela lui apporte une forme de neutralité et surtout, permet de sortir de face-à-face et d’impasse dans lesquelles s’enferrent ceux qui ne sortent plus de leur petit milieu. C’est sur ce modèle que fonctionnent les arbitrages, où interposer un tiers entre deux acteurs lourdement en conflit, permet de rétablir une forme de discussion, à même d’amener vers une résolution des problèmes. Pour que cela fonctionne, il faut des conditions très précises, mais il ne faut pas écarter cet apport, pour le coup assez immatériel, et ne donnant pas toujours lieu à une production écrite. Cela vaut pourtant cher, d’arriver à débloquer une situation. Parfois, cet apport est instrumentalisé pour faire endosser au tiers extérieur des décisions impopulaires, que le décideur politique n’arrive pas, ou le plus souvent, ne veut pas endosser. Dans cette affaires de recours aux cabinets de conseil par l’Etat, c’est un aspect qu’il ne faut pas négliger !

Les grands cabinets de conseil ont une masse critique (ce qui est le cas des McKinsey et consorts), ils regroupent un panel de talents et de compétences divers, qu’aucun de leur client n’a, en totalité, en interne. Les entreprises et administrations ont des compétences, parfois très pointues, mais limitées à leur objet d’activité. Elles n’ont que rarement besoin d’avoir des spécialistes en management des organisations, en résolution de conflit, ou encore en analyse. Les corps d’inspections, censés jouer ces rôles, sont en fait composés de fonctionnaires « expérimentés », plus ou moins mis au placard (donc pas forcément les meilleurs), qui ont surtout une « expérience métier ». Quand on ne rencontre un sujet que très épisodiquement, c’est une aberration économique d’internaliser toutes les compétences dont on n’a rarement besoin. Les armées ont longtemps eu cette vision, au nom d’impératif d’autonomie d’action, de tout avoir en interne. On en est revenu, vu le coût que cela représentait, par rapport aux moyens (en baisse). Cela explique que les tarifs à la journée de ces cabinets soient très chers. Il y a des couts fixes, avec des personnels hautement qualifiés dans plein de domaines, qu’il faut faire venir et garder (le turn over est important).

Pour autant, le recours à ces cabinets de conseil n’est pas toujours pertinent, et c’est là qu’il faut que le politique ait une réflexion de fond. Pour quelle type de mission (ou partie de mission) est-il raisonnable et pertinent de recourir à un cabinet extérieur ? Faut-il l’interdire sur certains sujets, dans certains ministères ? Faut-il faire du cas par cas ou passer des marchés globaux permettant d’avoir un meilleur contrôle sur ce que font ces cabinets (et ce qu’ils coûtent) ? Quelles procédures d’autorisation (et donc de contrôle) ? Voilà les véritables questions à laquelle le gouvernement, mais aussi la haute administration, doit répondre.

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La faute démagogique sur le RSA

Dans son programme électoral, Emmanuel Macron a inclus une mesure imposant « 15 à 20 heures d’activité par mois », pour les allocataires du RSA. Cette promesse, destinée à racoler (au sens premier du terme) les électeurs de la droiteLR, est une erreur profonde d’Emmanuel Macron, tant elle heurte l’électorat modéré.

Un vieil adage politique dit qu’à force d’essayer de gagner l’électoral de ses concurrents, on risque de perdre le sien, sans pour autant gagner celui qu’on vise. Nous pourrions avoir là un beau cas d’école.

Le premier point qui me fâche, dans cette mesure, est la dimension symbolique. Le RSA est une allocation sociale, une aide de la société aux plus fragiles, pas une forme d’emploi déguisée, et encore moins une forme de travail forcé. La société se doit de penser aux plus faibles, de les soutenir, pour leur permettre de continuer à rester dignes et pleinement insérés, comme membres à part entière. Le fait d’imposer des comportements ou des actions pour ne pas se voir retirer un minimum vital est une forme d’atteinte à leur dignité, une sorte de mise sous tutelle qui n’est pas acceptable, car les personnes concernées ne sont pas en mesure de refuser la proposition en renonçant à l’aide.

Nous sommes devant l’expression même de la vision « dame patronesse » de la droite sur l’aide sociale, qui aide les pauvres, mais uniquement les « bons pauvres », ceux dont les comportements sont conformes aux attentes dictées par les classes dirigeantes. Ici, le « bon pauvre » est celui qui travaille, qui n’est pas oisif. En quoi cette « valeur » devrait être mise en avant et imposée ? En quoi, d’ailleurs, un système de valeur devrait être imposé à une catégorie de la population, sous la menace de leur faire perdre leur subsistance ? C’est une logique qui apparait dangereuse, car ouvrant la porte à des dérives dont les effets n’ont pas été mesurés, tant sur le plan des principes que des effets pratiques. En tout cas, c’est une voie que je refuse d’emprunter, car attentatoire à la liberté, à l’égalité et à la fraternité.

Le deuxième point qui me fâche est le caractère irréaliste, en pratique, de cette mesure. Il y a environ 2 millions de foyers bénéficiaires du RSA. 15 à 20 heures par semaine, c’est un mi temps. Qui va donc pouvoir fournir les activités ? Pour leur faire faire quoi ? Et avec quel accompagnement, car certains bénéficiaires du RSA sont des personnes en décrochage social, voire pire, qui ne sont pas en mesure, tout simplement, de travailler. Comment demander une telle chose à tous les abimés de la vie, et pire, à ceux qui les accompagnements, et vont devoir se transformer en contremaitres. Car il ne faut pas se leurrer, ce sont les services chargés de gérer la prestation, et d’assurer l’accompagnement social, qui vont se voir chargés de cette tâche. Au risque d’une dissonance cognitive dévastatrice, devant cette injonction contradictoire…