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Derrière la corrida, le statut de l’animal

Une proposition de loi du groupe LFI interdisant la corrida a été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, jeudi 24 novembre. Les chances que le texte soit adopté sont nulles, et il risque même de ne pas être discuté tout court. En effet, il est placé en quatrième position, et une journée de niche parlementaire permet en général de faire passer trois textes, mais guère plus. Ce choix dans l’ordre de passage, qui relève complètement des insoumis, montre bien qu’ils veulent un débat, mais surtout pas plus. Et c’est sans doute le plus raisonnable, car le sujet, s’il soulève des questions fondamentales, n’est pas encore mûr.

Sur le fond, je ne suis ni pour, ni contre la corrida. Ce n’est pas ma culture, je ne suis jamais allé à une corrida et cela ne viendrait pas à l’idée d’y aller. Ma position est donc celle d’un désintérêt total, mais pose la question de savoir à partir de quand on peut, collectivement, décider que certaines pratiques n’entrent plus dans le champ de l’acceptable et doivent être bannies ?

On peut tout à fait interdire des pratiques anciennes, parce que la sensibilité collective a évolué. On a par exemple interdit l’esclavage, et personne ne songerait à le rétablir. On a aussi aboli la peine de mort, mais là, il en reste pour vouloir la rétablir. Tout cela s’est fait après de très longs débats collectifs et une argumentation de fond, qui touchaient au sens même que nous donnons à la vie humaine, au statut de l’être humain.

Sur la corrida, ce n’est pas le statut de l’être humain qui est en jeu, mais celui de l’animal. L’argument majeur des anti-corrida est la souffrance animal, et le fait que l’on ne peut pas traiter des animaux ainsi. En face, les défenseurs de la corrida sont sur un registre complètement différent, celui de ‘l’exception culturelle » et le fait que si la « cause animale » progresse, elle est loin d’être majoritaire et donc légitime à imposer cette décision « destructrice de diversité culturelle ». Bref, pour les aficionados, c’est un combat entre eux, tenants d’une tradition culturelle très ancienne et respectable, contre les bobos des métropoles qui n’y comprennent rien.

Le débat public semble malheureusement aller dans la direction de cette opposition stérile, voire nuisibles, car il peut mener à renforcer la fracture entre urbains et ruraux.

Un débat de fond sur la condition animale serait autrement plus intéressant, car il est en évolution rapide, à bas bruit. J’ai été frappé, par exemple, aux dernières élections européennes, des 2,2% du parti animaliste. Aux élections législatives de 2022, s’il n’a eu aucun élu, ce parti a réussit à passer la barre pour obtenir un financement public pendant 5 ans. Il se passe manifestement quelque chose, qui mérite qu’on s’y penche, et surtout, qu’on en parle.

C’est d’autant plus intéressant que les débats pourraient arriver vite sur les fondements anthropologiques de nos sociétés, et de la manière dont nous, humains, nous positionnons face à l’animal, et plus globalement face à la nature. Un débat qui ferait écho à un autre sujet brulant, celui de la préservation de la planète, où une grande partie de la solution est entre nos mains, dans nos comportements. En comprendre les fondements est un moyen de les faire évoluer.

Dans une démocratie mature, nous aurions ce débat. J’ai peur que la France de 2022 soit une démocratie de moins en moins mature…

2 réponses sur « Derrière la corrida, le statut de l’animal »

Plus que la souffrance animale, car les animaux souffrent également ailleurs, dans les élevages industriels ou non ou les abattoirs où leur souffrance reste le plus souvent invisible sauf lorsque leurs conditions de vie ou de mort sont mises en ligne par quelque association trop curieuse, c’est la mise en scène de la souffrance par la corrida qui interroge, le fait qu’il en soit fait un spectacle tarifé, une fête joyeuse et bruyante avec musique et tralala qui doit interroger.
Est-ce que le spectacle de la mort douloureuse et cruelle d’un animal sous les cris de joie des afficionados est encore possible au nom d’une tradition somme tout pas si ancienne puisque la première corrida française se serait tenu à Bayonne en 1853 nous apprend le Monde (https://www.lemonde.fr/societe/article/2010/07/28/la-corrida-en-france-une-exception-tres-culturelle_1393205_3224.html)
Sauf erreur de ma part même en Espagne la question de la corrida est posée, et la pratique parfois interdite.
Mais au delà de la souffrance animale il y a les enjeux et les importants flux financiers qu’apporte la corrida aux villes et régions concernées.
Et l’économie c’est plus fort que tout.
Simplement.

Juste un point… la tradition « très ancienne et très respectable » est arrivée en France avec l’impératrice Eugénie de Montijo.
Avant il y avait des courses lors des migrations de taureau, mais on n’élevait pas de taureaux pour la corrida.
Donc même pas deux siècles…

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