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Pour un christianisme d’avenir

John Shelby Spong, un important théologien protestant libéral vient de mourir à 90 ans. Son dernier livre, une synthèse de son approche du christianisme, s’intitule « Pour un christianisme d’avenir ». Il y pose un constat simple, mais dérangeant pour les autorités religieuses : « Le langage utilisé par les autorités religieuses, pour parler de la foi, est complètement déconnecté de l’époque actuelle, et n’est plus compris par une part grandissante de la population ». Il existe toujours une très forte demande de spiritualité dans la population, c’est juste l’offre « chrétienne » qui est devenue obsolète, et ne rencontre donc plus les aspirations contemporaines, qui se tournent vers d’autres offres religieuses ou spirituelles.

En effet, comment, avec les progrès de la science, faire croire à des gens « ordinaires » que tout ce qui est écrit dans la Bible est vrai, notamment que le monde a réellement été créé en 7 jours, qu’une femme vierge a réussi à enfanter, que des morts sont revenus à la vie, ou encore qu’un type a réussi à marcher sur la mer, et à transformer l’eau en vin. Ce n’est tout simplement plus « crédible » rationnellement, et l’attachement de certains courants du christianisme à ces vieilles lunes ne fait que discréditer l’ensemble de leur propos.

Si ces récits « parlaient » aux populations des époques où ces textes ont été écrits, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les moeurs ont changé, la science et la connaissance ont énormément progressé, la symbolique a évolué. Or, les textes religieux (du moins la lecture qui en est faite) sont restés bloqués sur certains concepts, appelés dogmes, qui en font aujourd’hui du charabia qui ne fait plus sens, quand on sort de la sphère culturelle chrétienne. Or, il se trouve que depuis une cinquantaine d’années, cette sphère va en se réduisant dramatiquement, avec un arrêt de la transmission de la culture religieuse. On en est au stade irréversible, où des enfants naissent dans des familles dont les parents, voire les grands-parents, n’ont pas eu d’instruction ni de pratique religieuse (autre que sociale).

Pour John Spong, si on veut éviter que le christianisme ne disparaisse, ou ne soit relégué au folklore, il faut absolument trouver des mots qui parlent aux contemporains, pour diffuser le message de la Bible, qui est, selon lui, encore valable et recevable.

Derrière cette première étape de la forme, Spong va plus loin, et ouvre une relecture des textes bibliques assez radicale. Il se demande par exemple, si la vision que l’on a de Dieu (un vieux type à la grande barbe blanche qui trône quelque part au delà des nuages) est réellement pertinente. En effet, alors que le judaïsme est resté fidèle à sa tradition de refus de construire des représentations de Dieu, le christianisme (qui est un spin off du judaïsme) s’est coulé dans le moule religieux de l’époque, en donnant de « Dieu le père » une image qui ressemble un peu aux dieux de l’Olympe, avec une imagerie proche, et des pratiques similaires (des rites, accomplis dans des bâtiments spécifiques, avec un clergé dédié, intermédiaire obligé avec le sacré). Une stratégie payante aux débuts du christianisme, car c’est comme cela que les populations de l’époque se représentaient les dieux et la pratique de la religion. Mais un choix théologiquement contestable, car ce n’est pas la seule lecture possible des textes fondateurs du christianisme.

Il enchaine comme cela une relecture des dogmes chrétiens (largement partagés par les catholiques et les protestants évangéliques). Le questionnement est rafraichissant, car il décentre le regard et amène à se questionner sur des points inattendus. Les démonstrations ne sont pas toutes follement convaincantes, mais il lance ainsi un travail de déconstruction, qui permet d’essayer de retrouver ce qu’est le message originel, en enlevant les surcouches rajoutées au fil du temps. Un travail essentiel si on veut pouvoir à nouveau faire entendre ce message.

7 réponses sur « Pour un christianisme d’avenir »

C’est intéressant mais un point m’interroge : pourquoi vouloir absolument maintenir le christianisme à flot ?

Certes le message reste recevable mais l’est il plus que celui des autres spiritualités ?

Très bonne question. Je pense que c’est ça « avoir la foi » c’est à dire croire à un message, plutôt qu’à un autre, sans nécessairement avoir des arguments « rationnels ».

Bonjour. Je ne dirais pas qu’il est « plus ou moins recevable » que les autres spiritualités. Mais, il ne faut pas oublier qu’à côté de l’aspect « rituel » chaque spiritualité façonne un mode de pensée et une éthique propre. Ainsi, notre système Judiciaire est inconsciemment empreint de « christianisme ». Le « bénéfice du doute » se retrouve dans l’ancien testament quand Dieu dit « ne juge personne sur la foi d’un unique témoignage ». Le fait qu’après avoir purgé sa peine, un délinquant soit supposé « avoir payé sa dette », relève de la rédemption. Les principes des « remises de peine », c’est à dire qu’une bonne action compense partiellement une mauvaise, en fait aussi partie. Soit dit en passant il est amusant de voir que les politiques qui veulent inscrire la référence judéo-chrétienne dans notre Constitution sont aussi ceux qui attaquent le plus le « message religieux » contenu dans ce différents principes judiciaires.

Après, le texte de ce post pourrait très bien s’étendre aussi aux autres spiritualités. Toutes ont figé leur « message » par rapport à ce qui a été dit ou écrit il y a mille, deux mille ans, voire plus. Et toutes ont donc énormément de mal à « mettre à jour la pensée divine ». Or, puisque Dieu est supposé omniscient, il devait bien évidemment tenir compte de ce qui était « acceptable » par les populations au moment où il délivrait un message. Ainsi si on prend le Coran, et le fait que les femmes doivent toucher une part de l’héritage. Même si à l’époque cette part était inférieure à celle des hommes, n’était-ce déjà pas un premier pas vers l’égalité homme-femme, dans une époque ou la « valeur d’une femme » était inférieure à celle d’un chameau? Et cela aurait-il été accepté s’il avait dit « Les femmes sont les égales des hommes », à cette époque?

Donc, dans l’apport éthique que pourrait amener un « christianisme modernisé » je pense que cela mériterait d’être soutenu. Et que cela pourrait alors servir aussi aux autres religions. Bien évident si une autre religion fait cela avant le christianisme, se serait aussi très bien.

Mais ceci ne sont que les réflexions d’un agnostique.

le boulot a été fait depuis longtemps par Luther, celui ci ne croyait pas aux miracles .<> devant la nature , lui répondait Thomas More .
Ne touchez pas à nos statues de saints, nos icônes , nos bouddhas .

Merci pour ce compte rendu très intéressant. C’est une remarque que l’on peut se faire, en effet: la « langue chrétienne » se détache parfois nettement du langage commun, et celui-ci de la langue des chrétiens. Et plus que l’hostilité, cette évolution suscite souvent l’indifférence.

Cet article me laisse dubitative : il laisse entendre que les religions sont très « fixes », et en particulier le christianisme. Or au contraire celui s’est adapté aux mentalités des différentes époques. Le passage sur la représentation de Dieu le Père, par exemple, est assez étrange : l’iconographie divine est quelque chose qui a considérablement évolué au fil du temps, en s’adaptant aux cultures des différentes époques. Les livres de François Boespflug le montrent très bien.

D’autre part, attribuer le clergé et les rites à l’influence païenne c’est faire fi du fait que le judaïsme du premier siècle était encore largement structuré par un clergé et le culte du temple, culte dont l’héritage est nettement plus prégnant dans la liturgie catholique que celui des cultes païens. D’ailleurs l’absence de clergé et de culte chez les Juifs n’est pas entièrement un choix mais aussi la conséquence tragique de la destruction du Temple en 70, et les populations juives conservent le souvenir de ce clergé et de ce culte jusque dans leur onomastique (les Cohen se veulent les descendants des prêtres du Temple, descendants en ligne masculine d’Aaron). À l’inverse, les groupes protestants qui n’ont pas de clergé spécifique ne se portent guère mieux que le catholicisme.

Je suis enfin perplexe devant l’idée que les miracles et les dogmes chrétiens étaient plus adaptés aux populations de l’époque de leur origine qu’aujourd’hui. dès les évangiles on voit que non (le discours sur le pain de vie fait fuir la moitié des disciples, Paul parle de « scandale pour les juifs, folie pour les païens », et après tout le Christ a été condamné comme blasphémateur et en est mort, ce qui ne plaide pas pour l’audibilité de son discours. Il ne faut pas prendre les gens des premiers siècles pour des imbéciles qui auraient trouvé normal ou rationnel qu’on marche sur l’eau ou qu’on change l’eau en vin, ou qu’on ressuscite des morts ; parallèlement de nos jours les gens croient des choses tout aussi irrationnelles : recours aux rebouteux et passeurs de feu divers, médecines parallèles, 5G dans les vaccins et j’en passe.

En revanche, notamment dans le cas de l’église catholique, il y a eu une incapacité, malgré les souhaits exprimés explicitement lors de Vatican II, à continuer de suivre cette évolution des mentalités. Plus exactement une partie des efforts a été un sabordage dans les règles (la fin de la prédication sur les fins dernières, voir ce qu’en écrit Guillaume Cuchet) ; une autre s’est vautrée dans un ridicule sans nom (les messes « cartons et ballons ») ; à côté de quoi un fixisme sur certains points à braqué le reste des gens (contraception, place des femmes…).

Enfin, une légitime exigence de cohérence s’est trouvée aux prises des abus divers, avec évidemment une perte de crédibilité énorme.

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