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vendredi 21 avril 2017

La présidentielle de la dernière chance

La campagne présidentielle s'achève, du moins pour le premier tour, avec une incertitude et une tension comme je n'en ai jamais vécu auparavant. A l'incertitude des scores, s'ajoute un sentiment d'urgence. C'est la dernière occasion de régler, par les urnes, le problème du divorce entre le peuple et ses élites. La France est un pays fracturé et bloqué, qui a un réel problème d'inclusion. Que ce soit pour l'accès à l'emploi, au logement, à la culture, tout est fait pour favoriser et protéger ceux qui sont déjà dans la place, au détriment des outsiders. Le problème devient tellement énorme que même une partie des insiders en est gênée, voire effrayée, tellement le potentiel d'explosion sociale du pays est énorme. Il y a urgence à déverrouiller. Si cela ne se fait pas maintenant, par les urnes, cela se fera autrement, avec un prix à payer bien plus conséquent. Le drame de cette élection présidentielle est qu'aucune offre politique ne répond à la demande.

La volonté de changement est le thème majeur de 2017. Un bon nombre de candidats ont cherché à surfer dessus, en se présentant comme "hors système". Au delà de la posture, les propositions concrètes pour changer de cap sont assez différentes. Elles tiennent malheureusement souvent à la désignation d'un bouc émissaire (l'Union Européenne, la finance, les étrangers...) et à quelques mesures spectaculaires, censées tout régler comme par miracle, comme la convocation d'une constituante ou la sortie de l'euro. Ces populismes, qu'ils soient de gauche ou de droite, sont des impasses, car leur trop grande radicalité les empêchent de construire un consensus, un espace politique dans lequel tous se retrouvent a minima. Faire tout sauter, dans des révolutions est certes une manière d'apporter le changement. Encore faut savoir où on atterrit. Le XIXe siècle français est plein de ces révolutions, censées apporter la démocratie et le bonheur, qui finissent par mettre en place un régime autoritaire.

Emmanuel Macron est une autre offre possible, plus susceptible de créer le consensus, mais elle est fragile et ambiguë. Surgi dans le paysage politique très récemment, il est séduisant par la vraie nouveauté, et par sa jeunesse. Un candidat crédible à la présidentielle, qui a moins de 40 ans, c'est inédit en France, où on a le plus souvent droit à des sexagénaires ayant 30 ans de carrière derrière eux. Mais le revers de la médaille, c'est qu'il s'agit d'un inconnu, et la campagne n'a pas vraiment permis d'en apprendre plus sur lui. Les belles phrases creuses consensuelles, ça va un temps, mais j'aurais aimé savoir, politiquement, où il se situe, ainsi que ses intentions réelles. Il n'a sans doute pas eu le temps de murir un projet, faute de temps et de moyens. Cela fait que voter Macron, c'est un peu faire un chèque en blanc, et ce n'est guère satisfaisant.

L'autre problème est que cette attente de changement n'est pas partagée par tous. Une partie de l'électorat, c'est particulièrement vrai des personnes âgées, est globalement satisfaite du système tel qu'il est, et voit dans l'élection une simple modalité de choix d'un dirigeant, à système constant. François Fillon a parfaitement capté cet électorat, avec un positionnement politique conservateur et une absence totale de volonté de réformer le pays. Pas question de "fracture sociale" dans sa campagne. Les affaires qui ont terni son image n'ont pas fondamentalement touché à ce positionnement, et c'est sans doute pour cela qu'il a réussi à conserver son cœur d'électorat. De ce fait, sa campagne était en décalage avec les autres, car lui faisait réellement des propositions de politiques publiques, là où les autres parlaient de changer la société.

La complexité de la campagne vient en partie de cette absence de diagnostic partagé sur la situation du pays et sur les priorités de l'élection. Faut-il le réformer en profondeur, pour le déverrouiller socialement ou au contraire, garder les choses en l'état et améliorer la situation économique ? D'autres clivages politiques apparaissent, comme celui très bien incarné par l'opposition entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, la première incarnant le nationalisme fermé, là où le deuxième propose une ouverture sur la mondialisation. La fracture droite-gauche est toujours présente, même si elle a été un peu mise en sourdine. Les français n'ont qu'un bulletin de vote, ils ne peuvent donc que réponse à une seule question, à un seul choix. Or, tous ne répondent pas à la même question, d'où la confusion qui a régné pendant toute la campagne. Cela ne serait pas trop grave si le mécontentement de la population n'était pas aussi grand, et si l'élection présidentielle n'était pas aussi cruciale.

Je crains malheureusement que nous ne demandions trop de choses, parfois contradictoires, à ce scrutin présidentiel. Il ne va pas régler, d'un coup de baguette magique, la fracture française. Par contre, il peut rapidement envoyer le pays dans le décor, en cas de choix malencontreux. On peut avoir, en 2017, un président élu sur un malentendu, ou par accident, parce que tous les autres se sont neutralisés et qu'il a finalement, presque subrepticement, réussi à décrocher la timbale. Si c'est le cas, le président ne pourra pas se prévaloir d'une quelconque légitimité politique, et une sanction électorale peut lui être infligée dès les élections législatives, rendant le pays ingouvernable. Le chaos politique est possible, voire probable. Personne ne sait ce qui pourra en sortir, et c'est cela qui est le plus inquiétant.

jeudi 13 avril 2017

Pour un encadrement de la profession politique

Un petit ouvrage très intéressant, intitulé "métier : député" vient de paraitre, que j'ai pu découvrir en avant-première. Il est remarquable. Il synthétise le travail de chercheurs qui se sont penchés sur le recrutement des députés, et sur la montée en puissance des apparatchiks. Un phénomène qu'à peu près tous les observateurs ont remarqué, mais sur lequel les données étaient assez imprécises, les députés s'efforçant de masquer au maximum ce statut "infamant".

Ce livre est d'autant plus intéressant que les auteurs ne portent pas de jugement. Ils fournissent les données, avancent des explications au fait que les choses se passent comme ils le constatent, mais n'en tirent pas de conclusions. Ce n'est pas un ouvrage militant, comme on en rencontre tant, sur le sujet de la vie politique, des assemblées parlementaires ou encore du lobbying. Il permet de se rendre compte que le système politique est une alchimie, et que, si on veut transformer les manières de faire, il faut aller au fond des choses. Une phrase m'a frappé, et résume bien une idée que je développe dans ce blog : "Il est illusoire de croire qu'on peut transformer en profondeur la manière dont est faite la politique, sans remettre en question les cadres dans lesquelles elle est produite". Or, avant de se lancer sabre au clair des des constituantes et des renversements de table, il faut commencer par savoir comment on veut que le système fonctionne, avant de chercher sur quels leviers agir, pour une efficacité réelle. Trop de propositions émises sur les questions institutionnelles tombent à coté de la plaque, soit parce que leurs auteurs veulent avant tout se la péter, en flattant les clichés répandues dans la population, quand bien même ils ne correspondent pas à la réalité.

La question de la professionnalisation de la politique est un exemple éclairant. Les auteurs constatent que de plus en plus de députés ont été, dans leur carrière, "auxiliaires politiques", c'est à dire assistants parlementaires, permanents de partis ou d'associations militantes, membres de cabinets ministériels et de grandes collectivités. Une partie bascule ensuite sur des mandats locaux de second rang, comme conseiller régional ou élu intercommunal. Toutes ces fonctions, qui ont véritablement explosé avec la décentralisation, permettent de vivre en faisant de la politique. Et le champ peut encore s'élargir avec les emplois de lobbyistes dans les entreprises ou les cabinets de conseil, souvent occupés par ces mêmes personnes qui peuplaient les cabinets ministériels dans la majorité précédente. Et cela ne va pas en s'arrangeant.

Est-ce un bien ou un mal ? La question mérite d'être posée de manière dépassionnée, car il y a du bon et du moins bon dans le système tel qu'il existe en France, et qui est en pleine crise.

Dirigeant politique est un métier, au sens d'un rôle bien défini dans une organisation, qui nécessite des compétences et une formation. L'Antiquité avec ses paysans soldats, qui quittent la charrue pour devenir grand chef, et retourner ensuite faire la moisson, c'est un mythe. Dans nos sociétés occidentales hypercomplexes, c'est juste impensable et ça se serait même catastrophique d'avoir des candides aux postes de direction politique du pays. Nous avons une administration particulièrement forte et nombreuse, qui nécessite d'avoir une couche de management politique expérimentée et lucide, pour ne pas se faire mener en bateau par les administrations. La nature a horreur du vide, et le pouvoir reste peu longtemps vacant. Donc oui, il faut admettre que dirigeant politique, c'est une fonction qui justifie qu'on forme et spécialise des gens à son exercice.

La classe politique s'est globalement organisée pour que cela se passe ainsi. Les partis politiques et les fonctions d'auxiliaire politique sont les écoles d'apprentissage, avec les mouvements de jeunes des partis et les syndicats étudiants comme "école maternelle". Il existe une stabilité des postes et des filets de sécurité, qui permettent à ceux qui ont suivi le cursus, et qui ont sacrifié beaucoup de choses pour cela, de ne pas se retrouver sans rien en cas d'aléa électoral. Malheureusement, la culture politique des français, nourrie de mythe, n'admet pas cette professionnalisation. Il faut donc que tout cela se fasse de manière plus ou moins discrète, voire dissimulée. Forcément, les choses sont moins bien faites que si tout cela pouvait se faire au grand jour. Les règles de régulation du milieu existent, mais elles ne sont soumises à aucun contrôle démocratique, vu qu'elles ne sont pas avouables. Les élus doivent multiplier les contorsions, et donc rendre le système moins efficace, ou plus coûteux pour le contribuable, à cause de cela.

L'acceptation de ce besoin d'avoir des professionnels de la politique permettrait de réguler des points qui posent problème. Accepter que tout cela se fasse au grand jour permet de fixer des règles claires, équitables, avec un contrôle citoyen digne de ce nom.

Il y a d'abord la rotation des postes, qui concerne la durée dans le mandat et de l'organisation de la désignation des remplaçants. Alors que j'y étais hostile, j'ai évolué sur la question de la limitation du nombre de mandat dans le temps. Cela m'apparait sain que les têtes changent. Au bout de trois mandats, notamment dans une collectivité locale, on a eu le temps de faire des choses, et après 20 ans en place, il est rare qu'on ait encore beaucoup de dynamisme à apporter. Mais pour que les élus en place acceptent cette rotation, il faut leur proposer des sorties honorables. Nous avons en effet des personnes qui se sont spécialisés dans cette fonction, et ont investi du temps et de l'énergie à se former. Quelle reconversion, quelle reconnaissance des acquis ? Si des élus restent en poste trop longtemps et s'accrochent à leurs fauteuils, c'est aussi faute de débouché intéressant. Pourquoi ne pas accepter, par exemple, que davantage d'anciens parlementaires intègrent les corps de contrôle administratifs, voire l'administration. C'est déjà le cas, mais cela se fait sans cadre, sans règles, dans le copinage et l'arbitraire. Il faut accepter qu'il y ait un pantouflage des anciens élus, pour lui imposer des règles afin d'empêcher les conflits d'intérêts ou la nominations d'incompétents à des postes sensibles, comme c'est parfois le cas actuellement.

La seconde question qu'il faut réguler, c'est l'entrée dans le système. Le manque de diversité de la classe politique vient en fait de loin, car ce n'est pas au moment de l'élection que les choses se jouent. Les électeurs n'ont souvent que le choix de ratifier, ou pas, les désignations faites par les partis politiques, qui piochent dans le vivier des auxiliaires politiques. Si on veut davantage de personnes "de couleur", de femmes, de gens issus des couches sociales populaires, c'est en amont qu'il faut agir. Si l'entrée dans le système est un peu plus régulé, et qu'on ouvre plus tôt à la diversité, il sera peut être plus facile d'y arriver. Réguler l'accès, c'est aussi mieux pondérer les qualités requises pour monter dans la hiérarchie. Si on pouvait mieux valoriser la compétence technique et la collaboration, sur la capacité à réaliser les coups tordus ou à flatter les chefs, peut-être que nous aurions moins honte de notre classe politique. Ce n'est pas au moment où ils passent le bac qu'il faut se préoccuper du niveau de culture des élèves.

Une autre question fâche, l'argent. Il faut accepter que la profession de politique soit bien rémunérée. C'est comme cela que l'on peut attirer les talents et les garder. Le risque est grand que les élus, s'estimant mal payés, se débrouillent pour s'augmenter discrètement. Cela donne l'affaire Fillon, qui est l'arbre cachant une véritable forêt d'Amazonie. Le cumul des mandats, en plus d'être une assurance contre l'aléa électoral, est aussi un moyen de gagner plus, en cumulant rémunération et avantages en nature, parfois dans l'opacité la plus complète. Le résultat est désastreux, car à cause de cela, les élus locaux ont transformé l'organisation des collectivités locales en un maquis inextricable. Cela permet, voire oblige à cumuler, car si la boutique tient, malgré les enchevêtrements de compétences, c'est grâce au cumul. C'est par le présence d'une même personne à plusieurs échelons, que la coordination se fait. Cela donne au final un gâchis pharaonique, qui dépasse largement ce qu'il en couterait de rémunérer correctement les élus.

Si on veut en finir, ou limiter le cumul des mandats, avoir une fluidité et une perméabilité de la classe politique, il faut avoir tous ces paramètres en tête. La simple suppression du cumul des mandats, pour les députés, ne mènera nulle part. Le cumul d'une fonction locale et d'un mandat national reviendra même, mais sous d'autres formes. Il est indispensable pour un grand élu local, vu l'organisation centralisée de la France, d'avoir un pied à Paris, une fonction qui lui permette de prendre part, d'une manière ou d'une autre, aux décisions nationales. Ou au minimum, d'avoir un titre pour accéder aux décideurs parisiens. Il en sera de même pour le non cumul dans le temps, qui va amener à un carrousel d'échange de mandats, organisé de manière plus ou moins opaque, et sans vrai contrôle démocratique, si on ne traite pas, à la base, les raisons qui génèrent une telle organisation.

La crise politique que nous vivons vient du divorce entre les citoyens et leurs élus. Il faut reconstruire la confiance et passer un véritable contrat entre les citoyens et leurs élus. Les efforts ne doivent pas tous venir du même coté. Les citoyens ont aussi des concessions à faire. Les grandes réformes ne passent pas toujours par de grandes lois, mais davantage par la création de consensus sur des diagnostics, et par des compromis.

vendredi 31 mars 2017

Le sidérant aveuglement déontologique des élites

Après les politiques (Fillon, Le Roux...) qui ne comprennent pas où est le problème d'offrir des emplois fictifs à des membres de leur famille, voilà que le monde des médias parisiens s'y met aussi. Une journaliste du Nouvel Obs, chargée de suivre la campagne de Jean-Luc Mélenchon, vient de sortir, alors que la campagne bat son plein, un livre d'entretiens avec ce même Jean-Luc Mélenchon.

Le problème déontologique est évident. Comment cette journaliste peut faire croire qu'elle est objective dans le traitement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, alors qu'elle vient de participer directement à la réalisation d'un document de campagne, en y apportant sa compétence technique, mais aussi et surtout sa "caution morale" ? Le conflit d'intérêt commence à partir du moment où les apparences peuvent créer de la suspicion, même si dans les faits, il n'en est rien. Cette notion n'est visiblement pas encore comprise par les élites parisiennes

Très logiquement, son directeur lui demande d'aller traiter d'autres sujets et de ne plus couvrir la campagne de Monsieur Mélenchon. C'est bien le minimum, car une telle faute professionnelle aurait vu justifier un licenciement. En acceptant de servir de caution à des politiques, dans des livres qui n'ont rien d'une enquête, des journalistes acceptent de servir la soupe aux politiques (et éventuellement touchent un chèque de l'éditeur). Il remettent en cause ainsi leur crédibilité et celle des médias, en alimentant un soupçon de collusion et de connivence, alors que la profession journalistique se targue pourtant d'avoir pour rôle de "porter la plume dans la plaie". Ce comportement, malheureusement courant, ne suscite quasiment aucune réaction au sein de la hiérarchie ou chez les confrères. On a vu par exemple, il n'y a pas si longtemps, la journaliste du Monde chargée du Parlement, écrire un livre d'entretiens avec le président de l'Assemblée, qui s'est révélé être un tract publicitaire au contenu insipide. Personne n'a semble-t-il tiqué au Monde, et au terme de son temps au Palais-Bourbon, la journaliste a même été promue.

Non seulement, les journalistes concernés ne voient pas le problème, mais en plus, ils sont défendus par leurs amis, comme c'est le cas pour cette journaliste du Nouvel Obs. Un mélange hétéroclites de chanteurs, d'acteurs, d'élus de gauche et de peoples parisiens crient à la punition et à l'atteinte à sa "liberté de questionnement". En gros, on demande gentiment à une journaliste de mettre fin à un faux-pas déontologique évident, et voilà que des membres de l'élite politico-médiatique demandent "où est le problème ?" avec comme argument "pourquoi donc la sanctionner, alors que jusqu'ici, tout le monde a fait pareil, et qu'on ne leur a jamais rien dit ?" Exactement comme François Fillon qui s'étonne qu'on lui cherche des poux pour un ami qui lui offre des costumes à 6500 euros pièce...

Le mal est véritablement profond, et ne touche pas que la classe politique. C'est toute "l'élite" qui n'a pas compris ce qu'est l'éthique, et que les manquements à la déontologie ne sont plus acceptés par la population. Comment être surpris de la montée du "populisme" et de la perte de crédibilité des médias ?

dimanche 26 mars 2017

La fuite en avant de Fillon

Englué dans des affaires qui le discréditent toujours un peu plus, le candidat de la droite a décidé de se maintenir et à continuer sa campagne. Pour cela, il a choisi une stratégie suicidaire pour son camp politique, celui de la dénonciation d'un complot contre lui. Dès le départ, la droite a cherché à mettre en cause la gauche dans la responsabilité des révélations faites au Canard enchaîné. Une accusation guère crédible, car quand on regarde vers le passé, ce genre de barbouzerie vient toujours du bord de la victime. Les "amis" politiques de la personne atteinte sont à la fois les premiers bénéficiaires de sa chute, mais aussi ceux qui sont les plus à même d'avoir les éléments pour le faire tomber. On regarderait du coté des sarkozystes, on serait sans doute plus proche de la réalité qu'en pointant François Hollande.

Ce choix tactique, celui de l'homme qui se noie, brasse beaucoup d'eau, et s'accroche à la moindre planche, est désastreux pour la droite française.

Jamais, dans son histoire, la droite de gouvernement n'a sorti des arguments et une rhétorique qui s'apparente à celle l'extrême droite. Cela révèle une radicalisation, sur le fond et la forme. Jamais un parti qui se veut respectable ne devrait ainsi s'avancer dans les marécages du complotisme, qui rassemble des faits réels, créé des rapprochements surprenants et sans réels fondements, pour affirmer ensuite "qu'il ne s'agit peut-être pas d'une coïncidence" sans jamais apporter la moindre preuve. La voracité avec laquelle la droite se jette sur un ouvrage de journaliste, fort opportunément paru en période de campagne électorale (ça se vend mieux à ce moment là) "Bienvenue Place Beauvau", cristallise cette orientation. La principale thèse en est l'existence d'un "cabinet noir" du président de la République, qui a tout téléguidé, y compris la chute de proches comme Manuel Valls. Un poncif des mythes politiques et complotistes. Il est surprenant que François Hollande, qui s'est planté dans à peu près toutes ses manœuvres tactiques en cinq ans, au point d'être contraint à se retirer, ait réussi un tel coup. Encore plus étonnant, personne n'en a eu vent, pas même les journalistes qui ont passé un nombre incalculable d'heures à l'Elysée. Tout cela n'est pas sérieux, et François Fillon est même obligé de le reconnaitre, à demi-mot.

Cette campagne, relayée par les soutiens de Fillon, radicalise la base électorale de la droite conservatrice. Des gens que je connais, que sais être intelligents, tombent dans le panneau, et me disent vouloir croire à cette histoire à dormir debout. Ils veulent tellement que leur camp revienne au pouvoir, qu'ils sont prêts à tout pardonner à Fillon, et à soutenir les positions les plus farfelues. Leur angoisse est à la hauteur des espérances qu'ils avaient, il y a encore quelques mois : cette élection était imperdable pour la Droite, Fillon allait l'emporter haut la main. Le 24 avril au matin, lorsqu'ils constateront que leur champion a été éliminé dès le premier tour, ils seront hystériques, et leur colère mettra longtemps à retomber. Leur premier réflexe sera de contester la légitimité des urnes, et de refuser de reconnaitre le vainqueur comme légitime. Les députés et sénateurs LR, contraints par leur base à suivre le mouvement, refuseront toute alliance, même ponctuelle, avec le pouvoir en place. Entre 2012 et 2017, le groupe LR a été dans une position d'opposition frontale au pouvoir socialiste, refusant de lui faire le moindre cadeau, quand bien même certaines réformes auraient pu, sur le fond, emporter leur assentiment, comme par exemple la réforme constitutionnelle du conseil supérieur de la magistrature. Après 2017, cela risque d'être pire encore.

Cette hystérie fait, ou va faire partir les éléments les plus modérés. A l'UDI, il n'y a plus guère que les candidats aux législatives qui restent accrochés à Fillon, pour cause d'investiture. Tous les autres sont déjà chez Macron, où s'apprêtent à y aller. Une scission à droite est possible, avec une reconstitution de l'ancienne UDF, qui entrera dans la coalition gouvernementale de Macron, et un ancien RPR, rassemblant la droite conservatrice. Dans une telle configuration, le risque est grand d'avoir un parti LR qui se lance dans la compétition avec le FN, et vire encore plus dans le populisme et l'opposition frontale. Une pente encore plus accentuée avec cette affaire du "cabinet noir" qui radicalise la base militante et la déporte vers la droite. Si on ajoute à cela, les dégâts que ne manquera pas de causer la guerre de succession qui va s'ouvrir à droite, on se rend compte que la fracture à droite risque de s'accentuer au point de devenir difficile à recoudre. Alors que je pensais, il y a quelques mois, que le PS risquait l'éclatement, en fait, c'est maintenant le cas aussi à droite, ce qui est assez inédit.

Ce désastre de la droite vient avant tout d'une erreur d'analyse, qui s'est traduite par une erreur de casting. La clé de cette élection présidentielle est la volonté profonde de changement de la part des électeurs, avec un rejet très fort de la classe politique. Les français en veulent profondément à leur classe politique pour leurs échecs de fond : les quinquennats Sarkozy et Hollande ont été des échecs, sur le plan économique et social. La colère porte aussi sur la forme, sur l'attitude des élus, complètement coupés de leurs électeurs, au point de répondre "et alors ?" quand on reproche à l'un d'eux de s'être fait offrir des costumes à 6500 euros par un intermédiaire naviguant dans les réseaux de la Françafrique. Je ne suis pas certain que les responsables de la droite aient complètement compris cela. En tout cas, ils ne sont absolument pas en mesure d'y répondre.

lundi 20 mars 2017

Déplacer la démocratie

Il est important de ne pas se tromper de combat. Depuis quelques temps, je m'intéresse aux questions de participation des citoyens à la décision publique. Un truc qu'on appelle la "démocratie". Les modalités actuelles de l'exercice sont clairement en décalage avec les attentes des citoyens, et l'excuse de l'impossibilité technique est de moins en moins crédible, au fur et à mesure des avancées technologiques. Il suffirait pourtant de pas grand chose pour rendre plus démocratique le processus de la décision publique. Pas besoin de grand soir ni de constituante, juste de l'ouverture, une juste diffusion de l'information et l'acceptation, par l'élite en place, du fait qu'elle pourrait perdre du pouvoir, et pire, devoir rendre des comptes. C'est sans doute là qu'est le blocage le plus essentiel, et sur lequel il faut porter les efforts.

La décision publique est le fruit d'une délibération. Dans une démocratie, elle doit être prise soit par les citoyens directement, soit par le biais de représentants élus. Actuellement, l'essentiel des décisions sont prises par des technocrates, avec quelques politiques qui tentent de mettre leur grain de sel, en se carbonisant à lutter contre la force d'inertie des administrations. Quand un projet de loi arrive à l'Assemblée nationale, il est ficelé à 95%, et s'il évolue, c'est sur quelques points, et parce que les parlementaires ont réussi à s'organiser, collectivement, pour faire bouger le gouvernement. Avant ce processus parlementaire, le texte est en effet passé par de nombreux filtres, tant sur le plan technique que politique. Entre l'élaboration de l'avant projet par l'administration concernée, les réunions interministérielles d'arbitrage, le passage en Conseil d’État, les consultations ont été nombreuses, et le travail souvent bien fait, il faut reconnaitre cela à notre administration. Mais tout cela est totalement opaque pour le citoyen. Seuls les fonctionnaires, quelques politiques et les lobbies qui ont leurs entrées ont pu participer au processus. C'est là que le bât blesse, car dans un État réellement démocratique, tout ce processus devrait être transparent, et associer tout ceux qui veulent participer. Il faut donc déplacer les règles de la démocratie là où se prennent réellement les décisions, et sur l'ensemble du spectre, pas seulement se focaliser sur le théâtre d'ombres qu'est devenu le Parlement.

Il faut d'abord faire circuler l'information. Un logiciel, qui s'appelle Solon, gère tout le processus de suivi d'un texte normatif. L'information existe, elle n'est juste pas partagée. La publicité des avant-projets; avec un mise à jour à chaque étape importante, devrait être la norme. Des comptes rendus détaillés des échanges qui ont lieu dans les instances ayant un pouvoir de décision est essentiel. Les débats en réunion interministérielles, où se calent les compromis (qui sont ensuite figés) devraient être publics. De même, le travail d'analyse juridique du Conseil d’État est très riche, et il serait très utile de comprendre pourquoi un texte a bougé après son passage au Palais Royal. Depuis peu, l'avis du Conseil d’État sur les projet de loi est public. Mais malheureusement, nous n'avons que le texte à la sortie, mais pas la version qui est entrée. Ce serait pourtant bien pratique de comparer, et si en plus, on pouvait comprendre sur quelles bases les changements ont été décidés, ce serait parfait. En fait, ce serait le minimum qu'on puisse exiger dans une démocratie digne de ce nom.

Il faut ensuite que tous soient associés. Et pas seulement en bout de chaîne, quand les arbitrages sont rendus et que le texte est déjà cristallisé. La diffusion de l'information permettrait à tous de pouvoir donner leur avis. Bien entendu pas n'importe comment, en réservant des moments pour cela, en demandant que le propos soit un minimum construit et pertinent. Gueuler par le biais de pétitions en ligne, sans écouter les autres parties et sans rien proposer, c'est contre-productif. La consultation ne doit pas tourner au forum de trolls. Je suis certain que la société civile s'organiserait beaucoup plus pour contribuer si cela se fait dans de bonnes conditions, à un moment où c'est encore utile. Beaucoup sont aujourd'hui découragés et désabusés, car les consultations qui ont été menées ces deux dernières années, notamment sur la loi numérique, ont été des simulacres. Les citoyens qui ont participé ont été baladés et instrumentalisés, et s'en sont rendus compte.

Les décideurs élus n'en seront pas pour autant dessaisis de leur pouvoir, puisque c'est eux qui continueront à prendre les décisions ayant valeur juridique. Mais ils devront le faire en assumant leurs responsabilités, en justifiant leurs choix, dans un processus transparent, où à chaque étape, on sait qui a dit quoi, quelles évolutions ont été apportée, et par qui. Bref, tout est prêt, il suffit juste aux élus et aux décideurs actuels d'appuyer sur le bouton, ce qu'ils refusent obstinément de faire, par peur de perdre la marge énorme de pouvoir et d'irresponsabilité politique que leur donne l'opacité du processus. Il faudra bien qu'ils y viennent, car de toute manière, au train où vont les choses, ils vont se faire dégager. Le processus a commencé, et il pourrait aller très loin, sauf si les revendications légitimes de la société civile sont enfin satisfaites.

jeudi 2 mars 2017

Un moment clé de la vie politique

La campagne présidentielle de 2017, bien qu'elle ne soit pas encore terminée, est un moment clé de l'histoire politique de la Cinquième République. Le nombre de personnalités de premier plan qui se sont fait dégager est absolument impressionnant : Hollande, Valls, Sarkozy, Juppé, Bayrou, Duflot, Montebourg, Copé. S'ils n'ont pas été purement et simplement battus à une primaire, c'est qu'ils ont renoncé, avec plus ou moins d'élégance, à se présenter. François Fillon est en train de subir le même sort, et s'il se débat encore, en utilisant toutes les ficelles du populisme, le lacet se resserre implacablement. De plus en plus, c'est un deuxième tour Macron-Le Pen qui se dessine, une perspective encore impensable il y a 6 mois.

Cette situation ne me surprend pas, voire même me rassure. La colère et le désarroi de la population française face à ses dirigeants politiques sont palpables depuis de longs mois. Tous ceux qui sont en contact, un tant soit peu, avec le "terrain" sentent cette immense aspiration au changement. Il est vrai que le degré de déliquescence des élites françaises a atteint un niveau jamais atteint. Il est donc rassurant qu'au moment du grand rendez-vous électoral qu'est la présidentielle, cela se traduise très concrètement par une série de baffes distribuées à tous les sortants. Cela permet d'éviter que l'aspiration des électeurs à un changement profond ne se traduise autrement que dans le cadre du processus électoral. En terme de renouvellement des têtes, Macron devrait pouvoir faire l'affaire. Certes, il vient du cœur du système avec un bon profil "blanc-propre sur lui", mais on dit souvent que les vraies révolutions, celles qui arrivent à atterrir sans trop de dommages, viennent de l'intérieur même du système. Il faut quand même s'en assurer, car Marine Le Pen à la présidence, c'est la sortie de route assurée.

Reste par contre à traiter un autre aspect, celui du renouvellement des pratiques, car l'attente ne se limite pas à de nouvelles têtes. C'est le fonctionnement même du système politique qui doit changer, sinon, tout cela ne servira à rien, et ouvrira toutes grandes les portes du pouvoir à Marine Le Pen en 2022.

Sur ce plan, je suis plus inquiet. En cas de victoire de Macron à la présidentielle, sa majorité législative ne pourra être composée que de ces deux mouvements, avec éventuellement quelques supplétifs au centre, mais cela restera marginal. Même battue, la droite conservatrice restera ce qu'elle est, un parti qui considère être le seul légitime à gouverner, et qui donc refuse toute collaboration avec le camp d'en face. Une grande coalition à l'allemande n'est tout simplement pas envisageable en France. Je vois mal Wauquiez, Bertrand ou Baroin entrer au gouvernement aux cotés des centristes et des socialistes. Je crains qu'il ne soit difficile au futur président d'avoir une majorité parlementaire solide, et donc une capacité à faire voter les lois nécessaires à la mise en œuvre des réformes promises. Si c'est une coalition de droite qui se dégage, et que l'on entre en cohabitation, ce sera un échec majeur.

Je suis également un peu inquiet quand je lis les programmes des partis qui pourraient composer la coalition gouvernementale. On y trouve plein de belles idées très généreuses, mais pas toujours très applicables, ainsi que des trucs assez farfelus. Pour le point qui m'intéresse plus particulièrement, l'exercice du pouvoir et l'organisation des institutions, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent. Aucun candidat ne revient, quoi qu'ils en disent, sur l'équilibre actuel, avec une omniprésidence, où le Parlement est écrasé. Rien sur l'équilibre entre président et premier ministre, sur l'indépendance de la justice et la montée en puissance d'un véritable pouvoir judiciaire. Le programme de Macron serait même une régression pour le Parlement, qui serait voué à devenir un mélange entre le CESE et la Cour des Comptes, qui ne doit surtout pas passer trop de temps à légiférer. Peu de choses réalistes sur les moyens de limiter l'emprise de la haute fonction publique sur les circuits de décision, qui est pourtant un problème. Enfin, rien, absolument rien, sur le déverrouillage de la vie politique, cadenassée par les lois sur le financement de la vie politique.

Cela ne veut pas dire que rien ne sera fait. On a souvent vu des candidats ne pas tenir leurs promesses, et faire des choses qu'ils n'avaient pas promises. Cela pose un problème politique et démocratique, car c'est au moment de l'élection qu'il faut annoncer la couleur, et à défaut de formuler des propositions précises, il faut au moins donner la philosophie et les grands axes de la politique qui sera menée. Il reste encore 50 jours de campagne pour arriver à cela. J'espère que la période qui s'ouvre va permettre aux différents partis qui pourraient être amenés à gouvernement, d'être plus précis sur ces sujets.

Cette élection présidentielle est donc cruciale, car le changement ne peut se faire que par le haut, la "société civile" française ayant malheureusement montré qu'elle n'est pas suffisamment forte pour imposer des réformes par le bas. Nous n'attendrons pas 5 ans de plus dans l'immobilisme et le conservatisme, c'est dès l'été 2017 que le signal du changement réel doit être donné. Le pays est prêt à suivre, il faut juste que le personnel politique soit à la hauteur, sur le fond comme sur la forme.

mardi 28 février 2017

On passe à coté des vrais enjeux de l'affaire Fillon

Depuis la révélation de l'affaire "Pénélope Fillon" les regards sont tournées brutalement vers la situation des collaborateurs parlementaires ayant un lien familial avec le parlementaire qui les emploient. On ne découvre rien, cette pratique est connue et a été chiffrée. Le seul apport des enquêtes lancées par des journalistes, comme par exemple les décodeurs du Monde, est d'affiner un peu les chiffres. Et encore, on reste dans l'ordre de grandeur qui a été précédemment défini. Pour le reste, l'analyse est absente, et c'est un peu ça le drame. Mis à part Mathilde Mathieu de Médiapart, qui bosse le sujet depuis des années, et qui cherche à faire parler les données, le reste de la troupe se contente de publier des statistiques. Ce n'est malheureusement pas cela qu'on attend des journalistes, et dans le cas qui nous intéresse, se contenter de ça est même très mauvais, les journalistes passant complètement à coté des vrais enjeux.

La question des collaborateurs parlementaires "familiaux" n'est pas nouvelle, loin de là même, et périodiquement, elle resurgit. Les journalistes des médias "mainstream" ne s'y intéressent malheureusement que lorsqu'un scandale éclate. C'est le premier problème, car ils sont alors en réaction par rapport à une demande de leur lectorat. Le biais par lequel l'information est traitée est imposé par le lecteur. Dans le cas de l'affaire "Pénélope Fillon", c'est même flagrant. Le public est scandalisé, à juste titre, par le fait qu'on ait pu payer de telles sommes à une personne, sans contrepartie effective. Quand en plus, le "coupable" est un homme politique qui aspire aux plus hautes fonctions, et qui s'est présenté comme un parangon de vertu et d'honnêteté, cela donne un retentissement particulier à l'affaire. De manière quasi automatique, la demande du rédacteur en chef à ses journalistes va être de creuser ce sillon, de "documenter" le cas et d'aller chercher si d'autres ne font pas pareil. On va donc aller chercher des données (par ailleurs disponibles depuis 2014) de manière plus ou moins efficace et respectueuse des personnes concernées. Que les parlementaires et leurs collaborateurs aient eu le sentiment d'une chasse, dont ils sont le gibier, n'est pas infondé. Les journalistes auront beau se récrier que c'est faux (et le pire, c'est qu'ils sont souvent de bonne foi), le fait est qu'en se contentant d'apporter de l'eau au moulin du public, sans toucher aux questionnements et aux biais selon lesquels le débat a été posé, ils n'ont pas fait leur job.

De cette affaire, va juste ressortir un peu plus de ressentiment de la population envers les élus. Comme si on avait besoin de cela ! Par contre, les vrais enjeux n'auront pas été abordés, les bonnes questions n'auront pas été posées, et donc des solutions n'auront pas été proposées. Cette affaire "Pénélope Fillon" permet pourtant de poser la question qui fâche : "qu'est ce qu'on doit attendre du travail d'un assistant parlementaire ?" et derrière cette question, une deuxième encore plus importante "Quel doit être le travail d'un parlementaire ?". Autant de questions qui amènent à l'enjeu de la "redevabilité", l'accountability des anglo-saxons. Un élu doit rendre des comptes à ses électeurs, sur un bilan concret, bien entendu, mais également sur la manière dont il exerce son mandat. C'est sur ce deuxième aspect que le bât blesse très sérieusement, car les parlementaires refusent, avec une obstination phénoménale, que la question soit même posée. Ils partent du principe qu'ils sont totalement libres de s'organiser comme ils le veulent, que cette question est hors du champ démocratique, avec un discours bien rôdé autour de la liberté de l'élu, du refus du mandat impératif. On est dans un véritable trou noir démocratique, où la demande citoyenne est de plus en plus forte, et se heurte à un refus catégorique.

Pour moi, le parlementaire doit des comptes sur la manière dont il exerce son mandat, notamment sur l'efficience de l'utilisation des fonds publics qui sont mis à sa disposition pour l'exercice de son mandat. Une grande partie de cet argent sert à payer les collaborateurs. Les citoyens sont donc fondés à demander aux élus des comptes sur la manière dont travaillent leurs collaborateurs. C'est là qu'on se rend compte que Pénélope Fillon est l'arbre qui cache la forêt, car comme le montre un chercheur, les parlementaires qui emploient un membre de leur famille sont ceux qui ont les plus mauvaises statistiques d'activité sur nosdéputés.fr. Cela est corroboré par des constatations de terrain que peuvent faire tous les assistants en poste : beaucoup d'épouses de députés, si elles sont présentes et travaillent, ne "foutent pas lourd" et sont clairement très bien payées au regard de la masse de travail fourni. Le vrai coupable est le député, qui peut se permettre d'employer une équipe peu ou pas efficace, car lui-même ne bosse pas beaucoup...

Quand on tire le fil, on arrive à s'interroger sur ce que doit être le travail d'un député (et donc les tâches de ses collaborateurs), et sur la manière de l'évaluer. Se focaliser sur le fait qu'un député salarie sa femme, c'est passer à coté de l'enjeu essentiel, qui est celui du travail que doit faire un député et des comptes qu'il doit rendre à ses électeurs sur la manière dont il remplit le contrat passé au moment de l'élection. On est malheureusement devant une page blanche, où tout ou presque est à écrire et à inventer.

vendredi 17 février 2017

La disruption d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron est un vrai "disruptif". Il a déboulé par surprise dans la vie politique, à un moment clé, la présidentielle, et ne fait rien comme les autres. Beaucoup de commentateurs "officiels" le critiquent, parlent de "flou", de "bulle", d'un arriviste entouré d'opportunistes.En fait, ils ne regardent pas là où il le faudrait. Enkystés dans les modes habituels et les codes traditionnels de la vie politique, incapable de faire un pas de côté, ils sont déroutés car Macron est hors des clous. Il répond pourtant à une attente fondamentale et puissante des électeurs, celle du renouvellement. Le discrédit de la classe politique "traditionnelle" est abyssal et François Fillon est là pour montrer que la plupart d'entre eux n'ont juste rien compris aux attentes de leurs électeurs. La clé de la présidentielle 2017 est sans doute là.

Premier point, l'homme en lui-même. Emmanuel Macron est quelqu'un d'intelligent et bosseur, c'est indéniable, mais il est aussi doté d'une capacité d'écoute assez rare en politique. Je l'ai vu à l’œuvre lors des débats parlementaires sur la loi qui porte son nom, il m'a bluffé. Il est capable, en écoutant le député qui a déposé un amendement de comprendre sa position, de lire la fiche rédigée par les services de Bercy qui dit le contraire, et de finalement décider de suivre le député, car il estime, en conscience, que c'est lui qui a raison. Ce n'est pas une surprise si ses principaux soutiens sont les députés qui ont été rapporteurs sur sa loi, à commencer par Richard Ferrand, rapporteur général, devenu secrétaire général d'En Marche. Emmanuel Macron a fait preuve d'un réel respect des parlementaires, chose rare, les ministres ayant tendance à vouloir passer en force, en lâchant quelques cacahouètes si ça coince un peu. Comme chez tous les politiques, il y a également une bonne dose d'ambition et de narcissisme, avec un travail sur l'image, via des couvertures à répétition de Paris-Match, qui peut laisser dubitatif. Mais globalement, les "fondamentaux" humains sont sains, Emmanuel Macron n'est pas le pire de la bande.

Son parcours détonne dans la politique française. Moins de 40 ans, jamais élu, ancien banquier d'affaires et haut fonctionnaire, c'est franchement atypique pour un candidat crédible à la présidentielle. La tradition française est plutôt d'avoir des sexagénaires, avec 30 ans de carrière et plusieurs postes ministériels derrière eux. Ce schéma est globalement respecté par les autres candidats, Fillon, Mélenchon, et même Hamon, qui a 49 ans, est dans la politique depuis 25 ans, voire plus, et n'a rien à apprendre de personne pour les intrigues de couloirs. Vu que ce profil n'est pas "normal", cela ne peut être qu'une bulle, nous expliquent les "experts" qui vivent de manière consanguine avec la classe politique, et sont donc incapables de prendre du recul. De la même manière, l'émergence du mouvement "en marche" est assez surprenante, la vie politique française étant soigneusement cadenassée par les règles du financement des partis politiques. Qu'un parti puisse émerger, ce n'est pas "normal", ça ne rentre pas dans les cases, donc c'est une bulle. Il faut bien constater, pourtant, que la bulle n'a pas encore éclaté, et qu'il est capable de remplir les salles de 15 000 personnes pour ses meetings. Même si les règles d'airain du mode de scrutin risquent de ramener ce petit monde brutalement sur terre, il y a très longtemps que la vie politique française n'a pas connu un telle dynamique.

Sur le "programme", même absence de recul de la meute des commentateurs "officiels" qui nous serinent qu'il "n'a pas de programme". Oui, effectivement, Macron n'a pas (encore) un document de 4 pages, avec ses 150 propositions, et marqué en gros "programme". C'est vrai que pour les commentateurs, c'est tellement pratique d'avoir ce document de synthèse, qui leur mâche le travail. Une fois qu'ils l'ont, plus rien d'autre n'existe, et la vision du candidat est réduite à ce catalogue. Sauf qu'un candidat à la présidentielle, c'est plus que cela, c'est d'abord une vision de la société, une manière d'aborder les problèmes. On voit bien ce que valent les catalogues de mesures, ils sont mis en œuvre tant bien que mal, si la conjoncture économique et politique le permet. Mais le bilan d'un quinquennat ne se résume pas à ça, et François Hollande a fait pas mal de choses qui ne figuraient pas dans son programme. Par contre, il existe un site, très bien fait, qui répertorie les prises de position d'Emmanuel Macron sur différents thèmes. Ce ne sont pas des engagements fermes, cela n'a pas la stabilité intangible d'une "promesse de campagne", cela demande de lire plus que 4 pages. Mais en tant qu'électeur, cela me permet de me faire mon jugement. Je vote pour une personne, pas pour un catalogue de la Redoute de politiques publiques.

Sur la méthode, Macron détonne également. Un excellent article de Médiapart (payant) explique très bien que "En marche" est dirigée par un staff qui sort d'HEC, et qu'il est dirigé comme une start-up, avec des méthodes commerciales et de management qui sont familières à ceux qui bossent en entreprise, mais totalement étrangères au monde politique. Le choix des thématiques et des messages, comme le positionnement centriste "ni droite ni gauche", ne doivent rien au hasard, et il y a du y avoir de bonnes études de marché au préalable. Emmanuel Macron est lancé comme un nouveau produit, avec toutes les techniques marketing qui vont bien pour ça. C'est, pour l'instant, redoutablement efficace, et cela donne un sérieux coup de vieux aux appareils politiques traditionnels. Il est vrai que ces derniers disposent d'atouts, comme l'existence d'un réseau militant ancien et très bien implanté, là où "En Marche" peine un peu à exister en dehors des grandes villes. Pour la présidentielle, ce n'est pas trop grave, car c'est justement ce public urbain et diplômé qui est le cœur de cible. Cela risque d'être plus délicat aux législatives et par la suite, surtout si finalement, l'échec est au rendez-vous à la présidentielle.

Emmanuel Macron, c'est une autre manière de se présenter à la présidentielle. Alors qu'en France, on ne connait que le marathon, il se lance dans un sprint. Si cela échoue, il partira faire autre chose, et le soufflé retombera. Cela fonctionne comme ça aux États-Unis, où des types surgissent de nulle part, font campagne, et s'ils sont battus, disparaissent du paysage politique.

dimanche 12 février 2017

Journaliste ou activiste, il faut choisir

La sortie du "décodex" du Monde, qui prétend attribuer un label de fiabilité aux sources en ligne, a fait beaucoup de bruit et suscité pas mal de controverses. Le débat est très intéressant, car il touche aux limites du journalisme. Vérifier la fiabilité d'une information est au coeur du métier de journaliste, mais le journaliste ne peut être celui qui combat, et ensuite, assure la médiatisation de ce combat.

Par cette initiative, l'équipe des "décodeurs" du Monde, qui s'est donné pour mission de vérifier la véracité des affirmations des uns et des autres, sort de son terrain et tombe dans un travers qui guette les journalistes depuis toujours, qui est la tentation de devenir activiste, alors que l'essence même du journalisme est de jamais mélanger les genres et de rester en surplomb. Le journaliste doit relater, vérifier, trier, mais ne jamais être partie prenante des sujets qu'il traite. En délivrant des labels, nécessairement subjectifs, les décodeurs font un travail qui doit être celui de la société civile. On ne peut pas être à la fois juge et partie, activiste et commentateur d'un même fait.

L'actualité récente vient de fournir un autre exemple, montrant que le travers est très répandu, avec cet article de Pierre Barthélémy, qui tient le blog "passeur de sciences". Il est allé s'amuser à créer un canular sur Wikipédia, un article en apparence tout ce qu'il y a de sérieux, avec des références, le tout mêlant le vrai, le vraisemblable et le faux. Un canular quasiment indétectable, sauf pour un spécialiste. Son but est de tester les limites de la manipulation sur Wikipédia, avec en arrière plan, la question des fake news. En clair, la communauté des wikipédiens, qui assure la maintenance et la surveillance, est-elle armée pour faire face à cette nouvelle menace de falsification intelligente des faits ? La réponse est malheureusement non, et c'est un vrai sujet dont les wikipédiens devraient se saisir. N'ayant pas la volonté de laisser ce canular trop longtemps, il a contacté un administrateur, pour dévoiler le pot-aux-roses.

Là où le bât blesse, à mes yeux, c'est que Pierre Barthélémy est à la fois celui qui a conçu et réalisé le test, ainsi que celui qui le relate et le porte à la connaissance du public. Les deux rôles doivent rester strictement séparés. Les journalistes ne doivent jamais construire eux mêmes les faits qui vont servir de base à leur travail d'analyse et de mise en perspective purement journalistique. Je comprend que la tentation soit grande, pour les journalistes, de se saisir de cet important problème des "fake news". Mais ils doivent y résister, car sans le vouloir, en jouant sur les deux tableaux, ils affaiblissent la crédibilité des journalistes, ce qui renforce ceux qui cherchent à manipuler l'information. La réaction des wikipédiens au test de Pierre Barthélémy est emblématique : le journaliste se fait lyncher, alors même qu'il est animé de "bonnes intentions", et cela risque de créer un blocage dans le public visé.

La question de la manipulation de l'information est un grave problème, dont la société civile doit s'emparer. Il faut des organisations qui se consacrent à la chasse aux fausses informations et à ceux qui les diffusent, à la sensibilisation du public et au développement de l'esprit critique. Pour l'instant, je n'en vois pas trop, les quelques associations qui exercent dans le domaine de la critique des médias, comme Acrimed, ne semblent pas avoir pris la mesure du problème, restant sur leur position de critique des biais idéologiques des médias (oeuvre utile par ailleurs, mais moins urgente et prioritaire). Dans ce dispositif de lutte contre la manipulation de l'information, les journalistes ont un rôle à jouer, celui de diffusion de ce que font les associations de lutte contre la désinformation, des réponses de ceux qui désinforment, et surtout de fact checking de ces réponses. Pour que ce fact checking soit crédible, il ne faut pas que ce soit les journalistes qui fassent le travail de dénonciation initiale.

mardi 7 février 2017

Pénélopegate : à trop vouloir en faire...

Le Canard enchainé vient de remettre une pièce dans la machine sur Pénélopegate. Elle aurait touché 45 000 euros de prime de licenciement, en deux fois. je pense qu'on a atteint les limites de l'exercice, et qu'aller au delà, ce serait aider François Fillon.

Le chiffre de 45 000 euros me semble tout à fait logique au regard des salaires perçus. En effet, quand un assistant est licencié à la suite de la non réélection de son député, il touche une somme qui peut être rondelette en fonction de son niveau de salaire et de son ancienneté. Ce pactole est financé hors enveloppe parlementaire, ce qui est logique, vu que le député-employeur n'est plus député au moment du versement. C'est l'Assemblée qui prend tout à sa charge. Pour juin 2017, 27 millions d'euros ont été provisionnés dans les comptes pour régler le "plan social" que pourrait coûter une déculottée de la majorité socialiste.

Bien que précaire, le collaborateur parlementaire n'est pas complètement à la rue en cas de défaite de son patron. Son salaire de base, qui peut être fort sympathique (Pénélope, avec ses 6000 euros net par mois entre 2002 et 2007 est hors concours) est amélioré, tous les ans, par une prime d'ancienneté, qui est un pourcentage en plus, calculé sur son salaire de base. Il n'est donc pas complètement surprenant que Pénélope ait touché, en 2012, une somme supérieure à l'enveloppe allouée à son patron. L'assistant bénéfice en plus d'une indemnité de dispense de préavis (il est viré du jour au lendemain, avec une semaine pour vider le bureau) égale à deux mois de salaire. Il a aussi droit à une indemnité compensatrice pour les congés payés non pris et une fraction de 13ème mois. Enfin, l'indemnité légale de licenciement représente un cinquième de la rémunération mensuelle par année d'ancienneté. Les chiffres avancés de 45 000 euros, en deux fois, ne sont donc que la conséquence logique de la situation et du niveau de salaire de Madame Fillon. Aucun scandale dans le scandale, elle a été traitée comme n'importe quelle autre assistante se trouvant dans la même situation.

Les révélations du Canard de ce mercredi n'apportent donc pas grand chose. En droit parlementaire, on appellerait ça un "amendement de conséquence". Je pense que l'épisode éventuel de la semaine prochaine pourrait être "Pénélope a touché des indemnités chômage", ce qui serait la conséquence logique de l'épisode précédent. Ce serait scandaleux, je l'accorde très volontiers, mais ce n'est que pousser le scandale initial jusqu'au bout.

Or, il se trouve que Fillon, avec l'aide de ses communicants, a repris du poil de la bête cette semaine. Il a fait une conférence de presse, lundi, où il n'a pas été trop mauvais. il ne fallait pas gratter beaucoup le vernis pour trouver les éléments de langage, mais ça a suffit pour rendre heureux les éditocrates qui sévissent sur les plateaux des télévisions d'information en continu. Dans le même temps, ses troupes ont compris qu'ils n'ont pas le choix. Il n'y a pas de plan B, les remplaçants possibles ayant tous décliné l'offre. Si on ajoute à cela que Fillon refuse de partir, et brandit son investiture par 4 millions de français, vous comprenez l'impasse où se trouvent les députés LR : garder Fillon est encore la moins mauvaise des solutions. Ils comprennent ce qu'il en coûte, certains ont même fait une croix sur la victoire. Mais le choix, c'est une défaite honorable (voire un miracle) avec Fillon ou une déroute. Troisième ingrédient, Fillon a agité le chiffon rouge devant ses militants : voulez-vous que la gauche reste au pouvoir ? Si c'est non, il faudra mettre votre mouchoir sur la déontologie et avaler la couleuvre. Connaissant les militants de droite, une grande majorité, dans ces conditions, est prête à avaler un anaconda.

Le piège est alors prêt à se refermer sur les médias. L'électorat réceptif aux critiques sur la déontologie a déjà tout ce qu'il lui faut pour se faire son opinion. L'ajout de nouvelles turpitudes, surtout si elles ne sont que la suite logique des premières, n'apporte rien. Par contre, l'accusation de "complot" et de "lynchage" portée par Fillon, y trouverait du grain à moudre auprès de ceux qui doutent, mais qui ne demandent qu'à revenir au bercail. Quand on attaque un politique, passé une certaine dose, si politique n'est pas mort, les accusations le renforcent auprès des fidèles, car l'accusation de harcèlement devient crédible. Si on sort de nouvelles informations à charge, il ne faut surtout pas que ce soit du feuilletonnage.

Je pense que pour le cas de François Fillon, la limite est atteinte, et qu'à moins de révélation qui n'ont rien à voir avec Pénélope, il faut arrêter les frais. L'effet maximal de ce scandale est atteint. Si Fillon est toujours le candidat officiel de la droite, il le restera, même si son potentiel électoral en a pris un coup. Il faut savoir arrêter une guerre...

samedi 4 février 2017

Le "Pénélopegate" symptôme d'un mal démocratique

François Fillon est cuit, le "Pénélopegate" a duré trop longtemps, il n'a pas su clore l'affaire et rebondir. Même si sa candidature est maintenue, il est durablement affaibli et n'est plus en mesure, en l'état actuel des forces en présence, d'être présent au second tour de la présidentielle. Lui qui se présentait comme le candidat de l'honnêteté est tombé pour un problème d'éthique. Au delà du naufrage personnel d'un homme politique "à l'ancienne", nous avons sous les yeux l'illustration d'un problème criant de notre démocratie : le refus, de la part des élites, de débattre de leur statut, de leurs rémunérations et des conditions d'exercice des mandats politiques.

François Fillon a commencé sa carrière politique dans les années 80, et s'est coulé dans les moeurs et pratiques de son milieu. A cette époque, embaucher son épouse comme collaboratrice parlementaire était monnaie courante, pour des montants assez élevés. C'est bien pour cela que l'Assemblée nationale a décidé de limiter les abus, en plafonnant à la moitié de l'enveloppe, le montant qui peut être attribué à un membre de la famille. Les services rendus par les conjoints sont très variables. Cela va de l'authentique collaborateur, qui fait le job comme n'importe quel autre, à l'emploi fictif, en passant par tous les stades du soutien, du conseil et autres services.

La situation de François Fillon est très "classique" : il faut assurer le train de vie du ménage, et salarier sa famille, c'est un moyen de se mettre de l'argent dans la poche (ou dans celle de ses enfants). A l'époque du cumul des mandats, pas besoin de permanence parlementaire et de collaborateur en circonscription. Tout se fait à la mairie, avec le cabinet du maire, pas besoin de permanence parlementaire, comme c'est le cas pour François Fillon. Cela permet de se mettre aussi l'indemnité de frais de mandat dans la poche. Comme beaucoup de "grands élus", les indemnités parlementaires (quelques 5000 euros par mois) ne sont pas suffisantes, il faut trouver d'autres ressources. Cela passe par les détournements d'enveloppes parlementaires, pratiqués à l'échelle industrielle au sein de la droite sénatoriale. C'est aussi la création de société de conseil ou l'exercice d'une activité d'avocat, qui facturent des prestations dont la matérialité est parfois délicate à établir. A droite comme à gauche, ça se pratique couramment. Rappelons quand même que le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a été condamné à deux reprises pour des emplois fictifs.

Tout cela semblait "normal" dans les années 80, ceux qui pratiquaient cela se considérant comme au dessus d'un certain nombre de règles, pensant que les citoyens n'avaient pas leur mot à dire sur la manière dont ils remplissent les obligations de leur mandat. Ils ne se sont pas aperçus que les mentalités ont énormément évolué depuis 10 ans sur ces questions d'éthique et de déontologie. La classe politique, dans son ensemble, fait preuve d'un aveuglement collectif ahurissant, refusant brutalement, sauf si elle y est contrainte par un scandale, de réformer ses pratiques. Les différentes lois votées sur le financement de la vie politique, le cumul des mandats et la Transparence, ont été à chaque fois des cotes mal taillées, car votées aux forceps, par des élus qui refusaient de bouger, et donc de faire leur travail d'élaboration de la loi. Le fait même que cela soit mis sur la place publique leur semble scandaleux.

Ce déni des élites autour de leur train de vie se traduit de la même manière à chaque fois qu'un élu se fait pincer : ils ne savent pas se défendre. C'est pathétique, et là encore, le cas de François Fillon est emblématique. Je ne suis pas certain qu'il ait anticipé que le fait d'avoir rémunéré ainsi son épouse pouvait poser problème. D'où les cafouillages des débuts, ou Accoyer et Retailleau vont sur les matinales des radios, défendre le patron, en livrant des versions contradictoires. Vient ensuite la phase des explications foireuses, qui tentent de minimiser les faits. Une ligne de défense qui explose avec des révélations complémentaires. Dernier stade, le déni : cette attaque est un complot pour me démolir, il faut que les troupes fassent front autour du chef. A aucun moment, il n'y a de réponse sur le fond, si ce n'est l'antienne du "c'est légal, donc circulez, il n'y a rien à voir".

Est-ce que quelqu'un, dans les états-majors politiques, se rend compte que l'évolution des mentalités rend intenable ce refus d'aborder sereinement ce sujet ? Il existe une attente de transparence et de changement profond dans la manière dont les élus travaillent qui va grandissant. La résistance de la classe politique est vouée à l'échec. La question ne se résume pas aux rémunérations, mais couvre bien plus largement la manière de décider et de rendre compte. Personne ou presque ne propose la moindre piste, ni même le moindre début de réflexion sur ce que doivent être le statut des élus et les règles de "redevabilité". Tous disent être tétanisés par le "populisme" et la détestation des élus. Se rendent-ils compte que c'est justement cet immobilisme et le refus d'avoir un vrai débat public transparent sur cette question qui alimente le rejet ?

Quelle que soit l'issue finale du "Pénélopegate", chute de Fillon ou pas, tout montre que le message n'a pas été entendu. La classe politique campe toujours sur son refus de rendre des comptes sur sa manière de s'organiser et de fonctionner. C'est un problème démocratique majeur, car il existe une demande de plus en plus forte, chez les électeurs, d'un débat public, et de réformes sur la question.

lundi 23 janvier 2017

Le Parti socialiste est irrécupérable

L'organisation de la primaire, par le Parti socialiste, à permis de voir que les vieux démons du tripatouillage sont encore bien présents. Le décompte des voix, et du niveau de la participation, a donné lieu à un vaudeville stupéfiant, où les dirigeants du parti ont été pris les mains dans le pot de confiture. Le prolongement logique d'un processus qui relève, depuis le début, du bricolage.

Malgré les dénégations embarrassées et les changements de pied dans les excuses (le bug technique, puis la faute du stagiaire), il est bel et bien avéré que le PS a truqué les chiffres de la participation au premier tour de la primaire de gauche. Buzzfeed souligne qu'avant même le scrutin, une première magouille avait permis aux organisateurs de pavoiser, en indiquant un chiffre de connexions au site de la primaire qui n'avait rien à voir avec la réalité.

Le coup politique est évident. Ce n'est pas le tout d'avoir un candidat qui sort de la primaire, encore faut-il que cela lui donne un élan et une légitimité. Une participation faible plombe complètement le PS. D'où ces tentatives, vite repérées, de faire de la gonflette. Comment imaginer qu'une manipulation aussi grossière ne se verrait pas ?

Par dessus le marché, le premier secrétaire s'enfonce dans le déni, en cherchant à imposer comme la version de la Haute autorité comme une vérité révélée : interdiction de la contester, sinon, ce sont les tribunaux. Quand on en arrive à l'argument d'autorité et à la menace, c'est qu'on n'a plus rien à dire.

Le Parti socialiste, du moins ce qu'il en reste, montre son vrai visage : une technostructure d'apparatchiks d'un autre âge, sans la moindre étincelle d'idéologie et qui n'ont rien compris aux aspirations démocratiques des français. Arrivé à ce stade de déchéance, je crois que la seule solution est l'euthanasie. Comme pour les quartiers en difficulté, mieux vaut démolir pour reconstruire, que de chercher à rénover.

La question de savoir qui va emporter la primaire est désormais dépassée et sans grand intérêt. Il ne sortira rien de bon du PS, et finalement, la victoire probable de Benoît Hamon, va finalement servir à achever la bête. Les partisans de Manuel Valls vont sans doute partir assez massivement chez Emmanuel Macron, lui permettant de lancer un parti politique qui puisse prendre la place occupée jusqu'ici par le PS, à savoir celui du "parti de gouvernement de la gauche". Bien des militants PS n'y sont que parce que c'est le lieu où il faut être si on veut être élu et exercer des responsabilités. Le jour où le PS perd son rôle de "cartel électoral", il est mort. Ce moment, qui sera celui des investitures aux législatives, est proche et on ne peut que s'en réjouir.

Ce que l'on peut espérer, c'est qu'Emmanuel Macron aille au bout, et achève bien le PS, en construisant un parti de gouvernement à gauche, sur des bases nouvelles, répondant aux aspirations des français et aux questions qui se posent à la société d'aujourd'hui. Il semble plutôt bien parti, mais n'est pas au bout de la route.

dimanche 22 janvier 2017

Je vote Hamon

J'ai participé à la primaire socialiste. Je ne suis pas spécialement de gauche, mais l'avenir du Parti socialiste, et plus largement de la gauche de gouvernement est une question qui intéresse tout le monde. Il est évident que les socialistes sont à la fin d'un cycle et qu'ils touchent le fond. Ils peuvent soit continuer à creuser, soit commencer à remonter. Alors que l'extrême droite monte partout en Europe, y compris en France, il serait nécessaire d'avoir une gauche modernisée et un peu intelligente pour éviter que la droite se retrouve à courir après le FN.

Je pense que Benoît Hamon est le seul capable de sortir les socialistes de leur marasme. La gauche souffre d'une absence cruelle de vision de l'avenir et de repères idéologiques. En 1983, le PS a été capturé par des apparatchiks gestionnaires, qui ont vécu sur le stock idéologique passé. Lionel Jospin a été le dernier à avoir puisé dans les derniers reliquats. François Hollande s'est montré incapable de renouveler les stocks, se contenant d'attendre que le fruit du pouvoir tombe, qu'il suffise de se baisser pour le ramasser. Ils ont raté leur coup en 2007. Mais en 2012, la droite étant vraiment à bout de souffle, ils sont arrivés au pouvoir, mais idéologiquement à poil, sans avoir le moindre projet pour la France, ni même une vision claire des enjeux d'avenir. Ils en ont été réduits à une politique gestionnaire à la petite semaine, agrémentée de coup de comm' ratés. Vincent Peillon est l'héritier, jusqu'à la caricature, de François Hollande et de cette gauche bourgeoise aveugle et sans idée, qui n'est juste là que pour gérer. Manuel Valls se situe dans le même créneau de l'héritage et de la "légitimité", mais avec un corpus idéologique. Je ne suis pas certain que la gauche sécuritaire, l'état d'urgence permanent et la laïcité au menu tous les jours soient ce qu'attends le pays (et encore moins la gauche).

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon prennent à l'inverse le chemin de la rupture. Ils ont montré, au cours du mandat, qu'ils sont réellement en rupture avec la ligne Hollande, et que leur positionnement actuel ne tient pas de la posture électorale. Cela ne veut pas dire qu'ils aillent dans une bonne direction. Arnaud Montebourg a choisi le "retour vers le futur" en enfourchant le passéisme comme credo. Sauver les emplois de la sidérurgie et prôner le repli national et le protectionnisme, c'est tout simplement ne pas comprendre le monde dans lequel il vit. A l'heure du numérique, où tout circule très vite et où les frontières perdent leur sens, c'est une position stupide et suicidaire. Je comprend que ce discours puisse séduire ceux qui sont restés à l'écart du mouvement (et ils sont nombreux). Mais casser la dynamique de ceux qui avancent, et croire que la France peut y arriver seule, avec ses petits bras musclés, c'est idiot et dangereux pour le pays.

Le seul qui semble avoir compris les enjeux, c'est Benoît Hamon. Je ne sais pas si les réponses qu'il propose sont les bonnes, mais au moins, les questions qu'il pose sont pertinentes et en phase avec les évolutions. Toute sa réflexion autour de la notion de travail, de revenus, est pertinente et s'est cristallisée autour de la proposition du "revenu universel". C'est évident que le sujet, techniquement, n'est pas encore complètement au point et qu'il a encore besoin d'infuser "intellectuellement". Mais la manière dont les débats télévisés entre candidats se sont focalisés là-dessus est révélatrice. C'est la seule idée innovante qui a été exprimée, et sur laquelle il y a un vrai débat au sein de la société. Benoît Hamon est le seul à l'avoir senti et à s'engager dans ce chemin. C'est pour cela que je voterai pour lui, car il est le seul capable de remettre les socialistes sur les bons rails.

mardi 17 janvier 2017

Les Communs, le Numérique et la Culture

Le mouvement en faveur des Communs arrive à un tournant. La question est désormais dans le débat public grâce à loi pour une République numérique. Même si à la sortie, le bilan concret n'est pas aussi étoffé qu'on aurait pu l'espérer, il n'en reste pas moins que l'exception de data mining, et dans une moindre mesure, l'exception de panorama (dont on peut déplorer qu'elle soit non commerciale) sont de belles avancées. Des débats ont eu lieu autour des Communs informationnels et du domaine public consenti, obligeant les lobbyistes de l'industrie culturelle à sortir l'artillerie lourde. Des résultats qui auraient été impossibles il y a encore trois ans. Il faut maintenant envisager la suite.

La première étape est la consolidation des structures du mouvement, qui restent encore faibles. Il est nécessaire d'avoir des collectifs solides, qui aient les moyens de préparer et de mener les prochains combats, mais aussi de creuser les notions et de permettre aux initiatives de prospérer. Je ne peux que saluer l'arrivée de la plateforme "les communs d'abord" qui veut donner de la visibilité au mouvement. Le chemin est encore long, car les moyens financiers manquent encore. C'est par un travail sur des projets que les associations, encore très éclatées, arriveront à se fédérer. Il manque encore un "navire amiral", une "assemblée des Communs" qui puisse donner visibilité et impulsion. Nous n'en sommes probablement plus très loin, vu le bouillonnement des initiatives et leur avancée en maturité.

Une étape importante sera de sortir les Communs des seules problématiques numériques. Certes Wikipédia et les logiciels libres sont des outils numériques, mais la philosophie qui les sous-tend vient de bien plus loin. Réduire, comme le font certains lobbyistes de l'industrie culturelle, le mouvement des Communs à un faux-nez des GAFA, est mensonger. Il faut que le monde des Communs affirme clairement que son identité est plus proche de l'économie sociale et solidaire que des marchands du Web. Pour autant, il ne faut pas renier le fait que ce sont les outils numériques qui ont permis le renouveau des Communs, en ouvrant des possibilités jusqu'ici hors de portée. Un revival des études sur les Communs et leur gouvernance à l'heure du numérique est indispensable, pour distinguer les vrais Communs des récupérations marketing, qui sont légion et portent tort au mouvement en brouillant son image. Construire et affirmer son identité est un préalable pour être reconnu et accepté.

Enfin, il va bien falloir discuter avec le monde la culture qui ne se résume heureusement à ses industriels. Les Communs ne sont pas les ennemis de la création et de la Culture, bien au contraire. Ils sont un moyen original de créer et de diffuser, qui ne s'inscrit pas dans les logiques commerciales. La haine de certains lobbyistes, qui ont parfaitement compris de quoi il en retourne, vient de ce refus de participer à l'exploitation abusive des créateurs par les intermédiaires. L'enjeu est d'imposer qu'une place soit faite aux Communs et à sa philosophie, dans un système bien rôdé, tant sur les modèles économiques que dans les discours de justification. Pour cela, il faudra faire des efforts, de notre coté, pour comprendre les logiques à l’œuvre dans ce milieu. Le principe même du droit d'auteur n'est pas remis en cause, mais il ne doit pas s'imposer par défaut, y compris à ceux qui n'en veulent pas. Il sera sans doute nécessaire de nous adapter et d'accepter des compromis, afin d'obtenir une reconnaissance durable par les autorités, et le milieu de la Culture. Notre but est d'avoir la place qui nous est légitimement due, pas de tout casser.

La balle est dans le camp des défenseurs des Communs, qui doivent s'organiser, travailler, évoluer, afin que les biens Communs trouvent leur place dans le secteur culturel, voire au-delà.

vendredi 6 janvier 2017

La faiblesse du journalisme politique

Les périodes de campagne électorales sont en principe fastes pour le journalisme politique. Sur la quantité, on a ce qu'il faut, d'autant plus qu'avec les primaires, gauche et droite ont donné du grain à moudre sur 9 mois, chacun prenant son tour, avant le bouquet final. Malheureusement, la qualité n'est pas toujours au rendez-vous, en particulier dans les "grands quotidiens". Deux exemples, glanés cette semaine, illustrent le problème structurel de ce journalisme politique, qui a trop le nez dans le guidon, qui se laisse intoxiquer par les confidences conniventes et intéressées, et qui se veut prescriptif pour l'électeur.

Le premier est ce papier, à mes yeux assez délirant, du Figaro, qui suggère que François Hollande va finalement soutenir Emmanuel Macron à l'issue de la primaire. On sent, derrière l'article, les confidences distillés un "proche de l'entourage" qui cherche à placer ses intox, que le journaliste relaye consciencieusement, dans le cadre d'une relation "donnant-donnant". Je te prends ta came, et la prochaine fois, tu me dois un vrai tuyau. Un tel papier résiste assez mal à une analyse. Je vois mal François Hollande poignarder dans le dos le candidat du parti dont il a été le premier secrétaire pendant 11 ans, et dans lequel il a fait toute sa carrière politique. Le dernier lien qui relie nombre de socialiste avec leur parti est celui du sentiment : "c'est ma Maison, ma famille" et ils ont du mal à s'y arracher, même s'ils disent le plus grand mal de son fonctionnement. Les vrais opportunistes sont déjà passés chez Macron avec armes et bagages, et n'ont que faire de la primaire.

Si Hollande se tait et se tient à distance de la primaire, c'est justement pour ne pas la parasiter et donc la préserver. Je serais un candidat, je demanderais à Hollande de ne surtout pas afficher son soutien, c'est un coup à se faire plomber. Si Hollande a renoncé, c'est une forme de sacrifice de sa personne, pour tenter de préserver son parti. Ce n'est certainement pas pour aller soutenir Macron une fois le candidat du PS désigné. Ce journalisme de connivence est malheureusement fréquent, et assez bien documenté. Il suffit de lire quelques livres de journalistes politiques (comme "un président ne devrait pas dire ça) pour se rendre compte que les contacts sont fréquents, que les ministres n'arrêtent pas bavarder, et qu'en face, les journalistes sont trop contents de recueillir cette manne qui permet de faire de beaux papiers de "récits", facile à écrire, et dispensant de se creuser la tête à analyser.

Le second est dans les Échos, et suggère, sur la foi d'un sondage qui ne le dit absolument pas, que Macron est aux portes du second tour de la présidentielle. On ne connait même pas encore le candidat PS et on est à quatre mois du premier tour. C'est seulement en multipliant les "si" que le papier finit par conclure qu'en fait, Macron peut éventuellement finir deuxième en cas de conjonction des astres. Je pense de plus en plus, malgré une certaine sympathie pour Macron, qu'il est un peu le Juppé de la présidentielle, et que la baudruche médiatique pourrait finir par se dégonfler.

Jusqu'ici, Mélenchon et Macron ont bénéficié d'un espace vide autour d'eux. Ils sont entrés en campagne tôt, avant même que les deux principaux partis ne désignent leurs candidats, à un moment où Marine Le Pen était en "diète médiatique". C'est facile de monter dans les sondages dans de telles conditions. Quand le PS aura désigné son candidat et que l'appareil se mettra en branle, même si elle est fatiguée et usée, elle a encore de la ressource et globalement, les élus et les cadres seront loyaux, car la survie du parti est en jeu. On ne sait pas encore si François Bayrou se présente ou pas, et s'il est en mesure, en y allant, de bousculer les choses. Il y a tellement d'inconnues à quatre mois du scrutin, à commencer par le déroulement de la campagne. Contrairement à ce qu'on peut penser, une campagne électorale peut renverser des choses, avec un outsider qui surgit et un favori qui s'effondre. On a déjà vu ça récemment. Et c'est là que j'ai des doutes concernant Emmanuel Macron. Il n'a aucune expérience de ce qu'est une campagne électorale, il n'a pas les réflexes des vieux routiers de la politique qui sont en face de lui. Même si sa "fraicheur" peut être un atout, la politique de haut niveau, c'est aussi une question de métier et d'expérience.

Ce journalisme politique qui croit pouvoir peser sur le cours des choses m'agace profondément. Le pire, c'est qu'en général, cela ne fonctionne pas, le seul effet étant de discréditer encore un peu plus le journalisme dans son ensemble. Tout cela pour les errements d'une petite centaine de journalistes, complètement intégrés dans les rouages du système, et qui le servent, souvent sans en être pleinement conscients.

lundi 19 décembre 2016

Le troublant arrêt Lagarde de la CJR

J'ai pu prendre connaissance de l'arrêt rendu par le Cour de justice de la République sur l'affaire "Christine Lagarde" où l'ancienne ministre de l'économie a été reconnue coupable de négligence, mais dispensée de peine, pour ne pas avoir engagé un recours contre l'arbitrage attribuant des sommes importantes à Bernard Tapie. Cette décision m'apparait très gênante sous plusieurs aspects.

Sur le fond, une incohérence me saute aux yeux. L'arrêt est un longue suite de négligences dans le processus décisionnel qui a amené la ministre à ne pas faire de recours contre un arbitrage très défavorable aux finances publiques, alors qu'il y avait des moyens sérieux de le faire annuler, ce qui est arrivé par la suite. Certes, cela tombait en pleine crise financière, et Christine Lagarde avait peut-être autre chose à faire. Mais dans ce cas, on délègue à un membre de son cabinet. A lire l'arrêt, la ministre n'a pas lu les notes qui lui ont été envoyées, et à plusieurs reprises, alors qu'elle est une avocate de niveau international, elle indique que certaines d'entre elles étaient "de lecture difficile". Je tousse un peu. La plus grosse incohérence est qu'elle affirme ne pas avoir reçu d'instruction, ni du Premier ministre, ni du Président de la République. En bref, elle prend tout sur elle et sert de fusible. Quand on connait la propension de Nicolas Sarkozy à intervenir dans tous les dossiers, y compris mineurs, il apparait incroyable qu'il n'ait donné aucune instruction sur celui-là. Je doute fort que Bernard Tapie ne soit pas allé plaider sa cause à l’Élysée.

A aucun moment, cette affirmation peu crédible n'est questionnée, et elle aurait eu du mal à l'être, du fait de l'irresponsabilité pénale du chef de l’État. La réponse est pourtant essentielle pour mesurer le degré de responsabilité de Christine Lagarde, qui dépend de la marge de manœuvre dont elle disposait. Si l'ordre est venu de l’Élysée de ne pas faire appel, il apparaissait assez compliqué à Christine Lagarde d'aller à l'encontre. A moins de démissionner. En pleine crise des subprimes, cela aurait été un peu irresponsable de sa part. Autre problème, l'absence de recherche de responsabilité aux étages en dessous, à savoir de son directeur de cabinet, Stéphane Richard. Le problème vient directement de l'existence d'un régime particulier pour les ministres, qui ne relèvent pas de la justice ordinaire pour les faits qui leurs sont reprochés dans l'exercice de leurs fonctions. Une autre procédure est en cours, pour les accusés qui ne sont pas ministres, avec un autre procès. On peut donc comprendre que Stéphane Richard n'ait pas souhaité se dévoiler, devant d'autres que ceux qui seront amenés à le juger. Cela donne un procès tronqué, et un fort sentiment d'insatisfaction, car le but d'un procès, c'est d'avoir tous les protagonistes d'une affaire dans le même box, qui s'expliquent, échangent avec les juges, mais aussi entre eux. L'audience est un moment important d'un procès, et là, il a fait défaut. Cela plaide clairement pour une suppression de la Cour de justice de la République, dont l'existence ne permet pas de juger, dans de bonnes conditions, les affaires où d'anciens ministres sont impliqués.

Enfin, et c'est sans doute là le moment le plus gênant, le choix de la peine n'est pas expliqué. Autant le raisonnement qui amène à la déclarer coupable s'enchaine bien, autant l'explication de la dispense de peine est juste indigent et donc profondément gênant : "Il doit être tenu compte, pour l'appréciation de la peine, du contexte de crise financière mondiale, dans lequel Madame Lagarde a exercé ses fonctions de ministre des Finances. Sa personnalité et sa réputation nationale et internationale doivent être également prise en compte en sa faveur."

Et puis c'est tout...

Il est normal, dans le prononcé d'une peine, qu'on tienne compte des circonstances et de la personnalité de l'accusé. Pour un même fait, un récidiviste prendra plus cher qu'une personne dont le casier judiciaire est vierge. Que la ministre ait eu autre chose à gérer en pleine crise des subprimes peut aussi expliquer des choses. Mais dans ce cas, il faut expliciter, développer, mais certainement pas expédier cela en quatre lignes, surtout quand les juges sont des personnalités politiques, c'est-à-dire les pairs de l'accusée.

La décision est peut-être justifiée sur le fond, mais la manière d'y arriver est absolument catastrophique et inacceptable. Elle donne l'impression, par l'absence complète d'explication, et les raccourcis qui occultent des pans entiers du dossier, que les élus se blanchissent entre eux, et qu'il existe une justice à deux vitesses. Avec cette affaire, c'est le principe même d'un privilège de juridiction pour les ministres qui doit être remis en cause. Ce verdict est profondément insatisfaisant, car il ne donne pas l'impression que "justice a été rendue", bien au contraire. En matière de justice, il faut que tous puissent comprendre pourquoi une peine est infligée. Ce n'est pas le cas ici. Quand une personne est jugée par une juridiction extraordinaire, qui la soustrait à la justice ordinaire, la suspicion d'indulgence est très forte, encore plus quand ce sont les pairs qui jugent. Une telle procédure, du jugement par les pairs, est déjà très critiquable, mais quand en plus, ils ne font pas les choses comme il faut et que l'accusé s'en sort sans dommage, c'est complètement inacceptable pour une immense majorité de la population. Toute tentative d'explication est vouée à l'échec, surtout quand une partie des raisons de la décision ne sont pas dévoilés.

Je ne vois pas comment, après une décision aussi calamiteuse, il va être possible de conserver la Cour de justice de la République et le privilège de juridiction des ministres, ainsi que, par ricochet, l'immunité pénale du chef de l’État. Ce sont des survivances d'un autre temps, qui n'ont plus leur place dans une société démocratique.

samedi 17 décembre 2016

La primaire bricolée de la gauche

La primaire dite de la "belle alliance populaire" où un parti socialiste déclinant tente de fédérer autour d'un candidat unique à la présidentielle est révélatrice de l'état catastrophique où se trouve la gauche de gouvernement française. Tous les travers, parfois très anciens, du PS, s'y retrouvent, sauf que les vieilles recettes ne fonctionnent plus, ce qui augure mal de l'avenir politique du candidat qui en sortira. Cela porte également tort au concept de primaire, qui reste fragile, malgré le succès de la primaire de la droite.

L'organisation est pathétique, avec un règlement flou, qui permet aux dirigeants socialistes de faire à peu près ce qu'ils veulent. Pourquoi accepter l'écologiste François de Rugy et l'ex-modem Jean-Luc Benhamias, en refusant la participation de Nouvelle Donne, du MRC (les ex-chevenementistes) et MDP (le parti de Robert Hue). Je ne vois aucune différence entre ces cinq groupuscules, qui ne représentent qu'eux mêmes, avec des leaders complètement inconnus, et sans la moindre surface politique. En prendre deux sous prétexte qu'ils ont sonné à la porte assez tôt me laisse dubitatif, car Sylvia Pinel, pour le PRG, a finalement décidé, tardivement, d'intégrer la primaire, sans que cela ne pose le moindre problème de "délai tardif". On appelle cela l'arbitraire, les candidats sont en fait sélectionnés "à la gueule du client", suivant que cela arrange ou pas les dirigeants du PS. Le même raisonnement peut être tenu pour l'éviction de deux candidats, Fabrice Verdier et Gérard Filoche, ce dernier s'apprêtant à déposer des recours.

Des questions se posent également sur le lien avec le PS. Plusieurs titres de presse ont indiqué qu'Arnaud Montebourg a des cotisations en retard, et qu'il doit les régler avant de se porter candidat, selon les statuts du PS. Dans la même situation, Vincent Peillon a sorti, cash, quelques 20 000 euros, montrant au passage une belle aisance financière. Montebourg a, de son coté, formellement contesté cette dette. Résultat des courses, les deux sont validés, sans que l'on sache le fin mot de l'histoire. Montebourg à payé ? Sa dette a-t-elle été annulée ? Cambadélis n'a pas eu le courage d'appliquer les règles ? Cela pose ouvertement la question du statut de la primaire dite de la "belle alliance populaire". Que vient faire le respect des statuts du Parti socialiste dans cette affaire ? Est-ce l'aveu que ce nom de "belle alliance populaire" est un faux-nez pour ce qui n'est qu'une primaire interne au PS ? Il faut être clair, soit c'est une sélection organisée par le PS entre ses membres, et dans ce cas, les statuts du parti s'appliquent. Soit c'est une organisation extérieure, regroupant plusieurs partis, et ayant donc ses règles propres, indépendantes. Quand on va sur le site de la belle alliance populaire, on ne trouve nulle part le règlement de la primaire, par contre, on y découvre que le directeur de la publication est Jean-Christophe Cambadélis et que le domicile est au 10 rue de Solférino, siège du PS...

Enfin, sur le plan strictement matériel, ça risque de virer à la catastrophe. La liste des bureaux de vote n'est toujours pas connue, alors que le scrutin a lieu dans 5 semaines (avec les fêtes de fin d'année entre temps). Si l'idée saugrenue d'y participer me venait, je ne sais pas où je dois aller voter. A droite, tout était en ligne deux mois avant, de manière claire. Tous les signaux indiquent que rien n'est prêt, alors qu'organiser une primaire ouverte au niveau national, c'est une opération lourde qui ne s'improvise pas en deux mois.

Je comprends parfaitement le refus d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon de prendre part à cette mascarade. Une vraie primaire, si elle veut regrouper l'ensemble d'une famille politique, ne peut pas être montée par le parti dominant, qui écrit des statuts flous, taillés sur mesure pour lui permettre de décider selon son bon vouloir. Elle doit aussi afficher une organisation solide, qui permet d'avoir le maximum de participation, afin de donner un élan politique au candidat désigné. Si on souhaite que des primaires ouvertes s'ancrent dans notre système politique, il faut un minimum de sérieux, à la fois politique et technique, dans l'organisation. La droite a globalement réussi l'opération, la gauche, qui avait pourtant bien réussi, en 2011, est en train de vautrer monstrueusement en 2016. Et elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même !

jeudi 15 décembre 2016

Les éditorialistes, cancer du journalisme

Les décodeurs du Monde subissent en ce moment une série d'attaques. Rien de nouveau, ils sont habitués aux trolls et à déranger les militants dans leur confort intellectuel. Mais cette fois-ci, la critique, accompagnée d'insultes inqualifiables, vient du cœur même de la profession, à savoir les "chefs de rédactions" et éditorialistes comme Stéphane Soumier, Dominique Seux et consorts. La cause de la querelle importe assez peu, elle aurait pu survenir à partir de n'importe quoi d'autre. Elle est l'occasion de voir qu'une partie de la profession journalistique est complètement à la dérive, quand une autre tente, tant bien que mal, de reprendre pied après le tsunami du numérique qui a frappé le métier.

Les décodeurs s'efforcent de faire du "fact checking", à savoir chercher les chiffres et les faits tangibles derrière les affirmations plus ou moins péremptoires d'experts plus ou moins compétents et de bonne foi. Déconstruire les propagandes et les manipulations se parant du manteau de la "vérité" est un travail sans fin, qui a pris une dimension encore plus importante depuis l'élection présidentielle américaine. Cet effort me semble louable et va dans la bonne direction, mais est encore bien loin de répondre à l'ampleur de la crise qui frappe le journalisme.

L'arrivée du numérique a permis, depuis maintenant plus de 10 ans, l'émergence d'une prise de parole d'experts qui ne sont plus obligés de passer par le canal de la presse. Les réseaux sociaux ont décuplé cela, car désormais, tout témoin d'un fait peut le filmer, le relater, sans intermédiaire. Les journalistes ne peuvent pas être présents partout, donc ils sont battus par la "multitude" sur le recueil des faits. Ils sont également battus sur l'analyse à froid des sujets techniques, car ils ne peuvent pas rivaliser avec l'expertise des gens du métier.

Les journalistes ont perdu le monopole de l'intermédiation et du recueil des faits. Le deuil est globalement fait, même s'il reste encore des résidus pour penser que la seule analyse légitime est celle qui passe par leur intermédiaire, confondant journaliste et "arbitre des élégances". Reste maintenant à trouver le nouveau rôle. Je pense que les journalistes, sans abandonner leur compétence sur le recueil des faits et l'intermédiation, doivent absolument développer une compétence de médiateurs. Le journaliste du XXIe siècle doit être un "tiers de confiance", celui vers qui on se tourne pour comprendre un phénomène, obtenir des compléments d'information, des éclairages. Ce rôle n'est actuellement joué par personne, car il est difficile à tenir.

Les journalistes semblent les mieux qualifiés, car même s'ils n'ont plus le monopole de l'intermédiation, ils ont encore une position dominante dans ce secteur (qui s'affaisse dangereusement toutefois). La faiblesse structurelle des journalistes vient en partie de leur coté trop généraliste. Le principal tort des décodeurs du Monde est de vouloir trop embrasser, et donc de mal étreindre. Ce n'est pas une partie "annexe" du site du Monde qui devrait faire ce boulot de décodage et d'apport d'informations factuelles, mais toutes les rubriques, en mobilisant les connaissances approfondies que les rubricards ont de leur sujet.

Il faut que le journaliste soit d'abord un documentaliste, capable de savoir où se trouve d'information pertinente, et aller la chercher, afin d'offrir à ses lecteurs des sources, des statistiques, des prises de position d'experts couvrant tout le spectre. Il faut donc bien connaitre le sujet que l'on aborde, car il est nécessaire de comprendre ce qu'écrivent les experts, de les connaitre pour aller les solliciter, de maîtriser les débats afin de savoir où situer une prise de position. Il doit aussi avoir la confiance du public. Cela ne veut pas dire qu'il soit impartial. Nous avons tous nos biais, conscients ou pas et vouloir en faire abstraction est juste impossible. Le journaliste doit, au contraire, assumer et afficher ses biais, pour que les choses soient clairs vis-a-vis du lecteur. En tant que "consommateur", je demande de la bonne foi et de l'honnêteté dans le traitement de l'information, et je suis assez grand pour aller m'informer à plusieurs sources, pour avoir plusieurs points de vue et me faire mon opinion. Je n'ai jamais caché, ici, mes positionnements, et je sais que je suis lu par des personnes qui ne partagent pas du tout mes opinions et mes analyses (pas plus avant qu'après m'avoir lu) mais qui apprécient de trouver un regard différent du leur, qui leur permet d'approfondir leur propre réflexion.

Stéphane Soumier ne ressemble pas du tout à la définition que je donne du journaliste. Il n'est en rien médiateur, c'est juste un militant, qui utilise sa position et sa visibilité médiatique pour relayer ses opinions et sa lecture du monde, en espérant convaincre des gens de penser comme lui. Cela ne veut pas dire que tout soit à jeter, ces éditorialistes peuvent avoir des analyses intéressantes, mais qui ne relèvent pas du métier de journaliste. Or, ils se présentent comme tels, ce qui crée une confusion. C'est une espèce malheureusement très répandue dans les médias, en particulier dans l'audiovisuel. C'est le cancer du journalisme, car ils discréditent toute la profession. Je ne suis absolument pas surpris qu'avec de tels gugusses, les journalistes soient, avec les politiques, dans le bas des classements sur la confiance accordée par les citoyens.

lundi 5 décembre 2016

Pas convaincu par Valls

Manuel Valls vient de se déclarer candidat à la présidentielle, abandonnant par là même sa place de Premier ministre. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne m'a pas convaincu, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, ça va aller assez vite, il n'y avait pas grand chose. Certes, on n'attend pas un programme complet dans une annonce de candidature, mais au moins quelques lignes de forces. Valls a aligné les poncifs de gauche, un enfilage de mots-clés, sans donner le moindre relief à des positions déjà connues venant de lui. A part "faire gagner la gauche", rien ne ressortait d'une discours trop long. Sur la forme, c'était cheap, avec un slogan nullissime "Faire gagner tout ce qui nous rassemble". Aucun message, sinon la répétition de ce que j'ai entendu dans le discours : "je veux faire gagner mon camp et battre la droite". En plus, il suffit de changer une lettre pour avoir "Faire gagner tout ce qui nous rEssemble", un slogan qui colle parfaitement au Parti socialiste des 20 dernières années... On est aux frontières du lapsus !

Politiquement, la meute se déchaine à gauche contre Valls, à commencer par ses adversaires directs à la primaire. Cela donne le ton de ce qui va sans doute être un combat avec de nombreux coups au dessous de la ceinture. Faute de programme crédible, que ce soit chez Montebourg ou Valls, les échanges vont se résumer à des postures et à des rappels au bilan. Les deux ayant été ministres dans un même gouvernement, ça risque de les décrédibiliser tous les deux et faire le lit de ceux qui les attendent à la sortie, Macron et Mélenchon. A moins d'une candidature surprise d'un poids lourd (du genre Ségolène Royal), je ne vois rien de bon sortir de cette primaire, sinon un candidat épuisé, couvert de sang, qui finira derrière Macron et Mélenchon...

Je ne pense pas que Valls soit en mesure de l'emporter dans cette primaire. Il ne faut pas oublier que sa base personnelle est étroite, avec 6% lors de la primaire de 2011. S'il a pu étoffer son entourage et ses soutiens lors de son passage à Matignon, il s'est fait aussi de solides ennemis. Les frondeurs, qui auraient pu, par loyauté, se rallier à François Hollande, vont se jeter dans les bras de Montebourg et Hamon. L'utilisation de l'article 49-3, sur la loi Macron, ainsi que sur la loi El Khomri, sont encore en travers de nombreuses gorges. D'autres pourront lui reprocher ses positions très sécuritaires, un état d'urgence prolongé au delà du raisonnable, sa défense de l'interdiction du burkini, et plus généralement, son style "coup de menton" qui n'est pas sans rappeler Nicolas Sarkozy. Il risque aussi de porter, aux yeux de certains hollandais, la responsabilité du retrait de Hollande. Une sorte de Brutus, qui aurait assassiné son père adoptif, afin de lui prendre sa place. Ceux qui préparaient la campagne de François Hollande vont-ils se rallier à Manuel Valls ? Cela n'est pas certain.

Au final, une fois que Valls aura quitté Matignon, sera-t-il en mesure de se présenter comme le patron et l'incarnation de la "deuxième gauche" sociale-libérale ? Qui de Macron ou de Valls est l'hériter le plus crédible de Michel Rocard ? Les deux candidats sont sur le même créneau idéologique, mais il n'y aura de la place que pour un. Certes, Macron ne participe pas à la primaire, mais s'il arrive, dès maintenant, à obtenir des ralliements significatifs au sein de l'aile "réformiste" du PS, il peut sérieusement mettre en difficulté Valls. De l'autre coté, Montebourg est moins menacé par Mélenchon, mais plutôt par l'émiettement de son bord. Si deuxième tour il y a, en l'état actuel des candidats à la primaire, les réserves de voix seront davantage chez Montebourg.

Bref, ça me semble bien mal parti pour Valls, et pour la gauche en général, qui se retrouvera avec trois candidats au premier tour, pour se partager au mieux 30 à 35% des voix. Pendant ce temps, l'extrême-droite ne se pose aucune question sur sa candidate, et à droite, Fillon aura, au mieux, un peu de dérangement avec un Bayrou, qui se tâte encore, et qui aura fort à faire avec Macron pour capter les voix du centre.

vendredi 2 décembre 2016

Le lâche abandon de poste de François Hollande

François Hollande ne sera donc pas candidat à un second mandat présidentiel. C'est un véritable séisme politique, mais aussi un naufrage humain pour celui aura tout raté pendant sa présidence, y compris sa sortie. Hier soir, on l'a senti piteux et au bord des larmes. Il avait la dignité d'un type qui a pris peur et a chié dans son slip. Ce refus de se représenter relève d'un manque de courage, un aveu d'échec. Son bilan ne lui semble pas justifier, à ses yeux, qu'il se représente, et surtout, il reconnait qu'il n'a rien à proposer pour les cinq ans qui viennent. Dramatique d'en arriver à ce stade de déliquescence politique. La seule consolation est qu'il va définitivement sortir de la scène politique.

On va beaucoup attaquer les institutions, en tirer des conjectures sur le quinquennat. Il faut laisser ça de coté, l'explication est purement humaine. Tout était prêt pour une candidature de François Hollande, cette semaine encore, son fan-club se réunissait à la bellevilloise, son équipe de campagne était prête, il n'avait plus qu'à appuyer sur le bouton. Et là, il cale. A la dernière minute, sans probablement avoir averti ses proches à l'avance. Du Hollande tout craché, totalement incapable de s'inscrire dans un collectif et prenant ses décisions en fonction de lui, sans tenir compte de l'impact pour les autres.

La déflagration risque de désintégrer la gauche. La primaire va en toute probabilité opposer Valls et Montebourg. Les candidatures devant être déposées pour le 15 décembre, je vois mal un autre candidat de poids qui puisse se décider et s'organiser dans un délai aussi court. Avec deux candidats clivants, la primaire va tourner à la boucherie, pour finir par désigner, mal, un candidat qui devra affronter Mélenchon d'un coté et Macron de l'autre. Il va aussi falloir que ces candidats se bâtissent un programme de gouvernement crédible, car la primaire ne tournera plus autour de Hollande, mais sur des idées et des positionnements politiques. Je ne suis pas certain que tout cela soit prêt. Pendant ce temps, la droite et l'extrême droite, qui ont chacun un candidat incontesté dans son camp, vont faire campagne dans le pays, avec un programme.

Dans le pire des scénarios, qui n'est pas improbable, on se retrouve après une présidentielle, où Fillon l'emporte au deuxième tour sur Marine Le Pen, avec deux, voire trois partis de gauche, qui présentent des candidats aux législatives, et arrivent à obtenir un financement public pour la période 2017-2022. Chacun aura alors son autonomie, créera son appareil politique, et il faudra au moins 15 ans pour réunifier tout cela. La Gauche risque de se retrouver dans la même situation qu'en 1958. Après un exercice de pouvoir calamiteux avec Guy Mollet, par un renoncement devant l'ampleur de la tâche, le général de Gaulle est appelé. La SFIO s'enfonce dans le marasme et ce n'est en 1971, avec la prise en main du parti par Mitterrand, que s'amorce une reconquête du pouvoir qui prendra 10 ans. J'ai comparé François Hollande à Guy Mollet, au moment de l'instauration de l'état d'urgence. La comparaison est encore plus pertinente aujourd'hui.

La responsabilité personnelle de François Hollande est écrasante. Il n'a pas su exercer la fonction présidentielle. Il n'est pas fait pour ça. Et voilà qu'en bout de course, par surprise, il renonce sans combattre, refusant d'assumer politiquement son bilan, et laissant son camp en plein marasme. Irresponsable de bout en bout. Le pire crime, à mes yeux, pour une personnalité politique.

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