Déjà très affaibli, Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris, vient d'être abattu en plein vol. La divulgation d'une vidéo à caractère sexuel l'a contraint à retirer sa candidature, ce qui devrait mettre fin au passage à sa carrière politique, ou du moins en limiter la portée. Nous sommes ici devant un grand classique de la vie politique, l'attaque en dessous de la ceinture, destinée à tuer. Celle-ci est particulièrement glauque mais s'est révélée efficace. Ce n'est ni la première, ni sans doute la dernière fois, qu'une révélation, portée à la connaissance du public au "bon moment", met par terre des ambitions électorales. Cela rappelle ce qui est arrivé à Jacques Chaban-Delmas, dont la feuille d'impôt s'est retrouvé sur la place publique. Elle montrait que par une habile optimisation fiscale, celui qui était Premier ministre, et aspirait à la présidence de la République, était non imposable. Légal, mais immoral. Résultat des courses, il termine troisième à la présidentielle de 1974, et quitte le haut de la scène politique.

La violence est intrinsèquement lié au pouvoir et à sa quête. La vie politique, à travers les âges, est jonchée de cadavres. Si aujourd'hui, les assassinats politiques sont très rares dans nos sociétés libérales occidentales, l'élimination des rivaux a toujours cours. Parfois par des moyens peu orthodoxes, voire franchement infâmes. On a peut-être un peu trop oublié cela, avec ce "nouveau monde", qui prétend faire de la politique de bisounours, où "tout le monde il est, tout le monde il est gentil". La nature, avec sa sauvagerie, reprend parfois le dessus, parce que la conquête et l'exercice du pouvoir, c'est une affaire sérieuse, pas un jeu.

Dans cette histoire, Benjamin Griveaux a fait preuve d'une imprudence confondante, pour quelqu'un qui aspire à de hautes fonctions. En 2018, réaliser une vidéo où on se masturbe, et l'envoyer à quelqu'un, c'est lâcher des bombes à retardement dans la nature. Une personnalité politique de haut niveau ne commet pas ce genre d'erreur et il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Ce qui devait arriver arriva, la vidéo est tombé entre des mains malveillantes, et un idiot utile en mal d'exposition médiatique l'a révélée, en la publiant sur un site. Quelques personnalités en vue se sont empressées de partager le lien sur les réseaux sociaux, et l'affaire est pliée en moins de 24 heures. Le développement du numérique, qui permet de publier sans passer par les filtres d'autrefois, a sans doute accéléré la chute. Mais derrière l'outil, c'est bien un processus classique d'assassinat politique qui a eu lieu. Accuser "les réseaux sociaux", comme l'ont fait nombre de personnalités politiques, relève de l'erreur d'analyse, qui vient de la frayeur de passer, eux aussi dans cette moulinette. Voir la foudre tomber sur le type juste à coté, cela fait peur. Si ça pouvait amener à faire réfléchir, ça serait encore mieux.

Il serait naïf de croire que cela pourrait cesser par des appels au respect de la vie privée, en criant à la dictature de la transparence. Cela va même s'amplifier, car le numérique permet de contourner le filtre des journalistes, qui a si souvent protégé des hommes politiques importants, en empêchant la révélation, en temps utiles, de leurs turpitudes. Il faut savoir, quand on se lance en politique, que les casseroles qu'on traine ont plus de chances qu'autrefois de ressortir. C'est comme ça, il faut en prendre acte et en tirer les conséquences. Personne n'est obligé de se lancer dans l'arène politique, et ceux qui veulent quand même y aller le font à leurs risques et périls. Certains succombent, par leurs imprudences, car bien souvent, la faute initiale est celle de la personnalité qui tombe. C'est une forme de sélection naturelle, qui au fond, malgré sa grande brutalité, a son utilité pour faire en sorte que le pouvoir revienne à des personnes capables de l'exercer. Car diriger un pays, c'est non seulement le gouverner, mais encore le défendre face aux attaques qui peuvent venir de l'étranger.

On ne peut pas se permettre de laisser arriver au sommet un type qui se filme en train de se masturber et envoie la vidéo dans la nature. S'il est capable d'être aussi bête sur ce sujet, c'est qu'il doit l'être également pour des choses autrement plus importantes.