La fin de l'année risque de s'annoncer très tendue pour l'actuelle majorité au pouvoir. La chute n'est peut-être plus très loin. Le climat social est très dégradé, et le chef de l'Etat, s'il a pu stabiliser sa situation à l'issue du mouvement des gilets jaunes, n'a pas réussi à remonter la pente et à reprendre l'initiative. La Rentrée politique a été très molle, et le président n'arrive pas à prendre la main. Ce débat sur l'immigration, qui traîne et dont il n'arrive pas à se dépêtrer politiquement, en est l'illustration. Il multiplie même les erreurs, montrant qu'il n'a pas tiré toutes les leçons de ses déboires.

La première erreur est de laisser durer les discussions sur la réforme des retraites. Lancée depuis 2017, elle n'aboutit pas à un texte, qui mette sur le table la volonté du gouvernement noir sur blanc. Résultat des courses, tous ceux qui craignent d'y laisser des plumes agitent les peurs, et le pouvoir est incapable de répondre, faute de positions écrites et donc explicables. On en reste aux incantations, quand il faudrait donner des chiffres en réponse aux inquiétudes. Les entreprises de transport public, SNCF et RATP sont bouillantes et les grèves annoncées risquent d'être très dures. Il suffit d'un rien pour que le feu prenne. Il y a 10 jours, les TGV Atlantiques ont été très perturbés par une grève sauvage et ponctuelle dans un centre d'entretien de rames à Paris. Derrière, d'autres services publics comme les hôpitaux, en réelle souffrance, se joindront au mouvement. Emmanuel Macron, ayant trouvé une dizaine de milliards d'euros aux Gilets jaunes, aura du mal à expliquer que cette fois-ci, il ne peut rien donner. Quand on a lâché une fois...

La deuxième erreur, très lourde à mon avis, est la réforme de l'assurance chômage. Je peux comprendre l'argumentation développée par le gouvernement, qui nous dit que le système français est l'un des plus généreux d'Europe, et que nous n'avons plus les moyens d'être aussi généreux. C'est un point de vue très "macronien", en surplomb, qui ne regarde que les statistiques et les grands agrégats économiques, et ignore totalement la réalité vécue. La réforme est passée largement sous les radars médiatiques, car il n'y a pas eu de débat au Parlement, les réformes étant passées par décret. Ce n'est que maintenant, quand on voit ce qui sort, que l'on mesure l'ampleur du désastre pour les personnes en situation de fragilité. La baisse inattendue des allocations et indemnités chômage va mettre en difficulté un certain nombre de foyers, pour qui la perte de 200 euros par mois remet tout en cause, parfois de manière très concrète. C'est le loyer qu'on ne peut plus payer, les déplacements, nécessaires pour trouver du travail, qui deviennent compliqués. Le pouvoir en place semble avoir ignoré à quel point il va déstabiliser les équilibres économiques de secteurs entiers, et à quel point cela va être mal vécu.

Même la CFDT, pourtant assez conciliante avec Emmanuel Macron, est vent debout. Faire cette réforme maintenant, dans des conditions sociales pareilles, c'est approcher une torche d'un wagon de poudre. Et le gouvernement le fait, droit dans ses bottes. Comment s'étonner que la France populaire, celle des Gilets jaunes, qui est toujours en colère, se joigne aux cortèges de revendications ? Après être tombé une fois, à cause de cette incapacité sensorielle, avec le mouvement des Gilets jaunes (que le Pouvoir en place n'a pas vu venir), ils s'apprêtent à récidiver moins d'un an plus tard.

Face à cette vague qui monte, le pouvoir en place est dans un état de fragilité réelle. Emmanuel Macron n'a toujours pas réglé ses problèmes de ressources humaines. Lorsque ses conseillers du début, cramés physiquement et politiquement, sont partis, il a eu beaucoup de difficulté à les remplacer, et les recrutements sont loin d'avoir été tous convaincants. Il n'a pas réussi à élargir sa base, et est toujours aussi seul. Sauf qu'il n'a plus la baraka des débuts, celle qui est partie avec l'affaire Benalla, où tout le monde a vu que "le Roi est nu". Les Gilets jaunes ont les premiers à s'engouffrer dans la brèche. Emmanuel Macron, qui a un talent indéniable, a réussi à la colmater, avec une grande tournée, qui ressemblait fort à une nouvelle campagne électorale, espérant se relancer avec un nouveau contrat politique, le fameux "acte 2 du quinquennat". Force est de constater, arrivé en novembre 2019, soit six mois après les annonces du 25 avril, que cela reste largement au stade des incantations, et que pas grand chose de concret n'est sorti, à part une distribution de pouvoir d'achat aux ménages, sur fonds publics. Une vieille ficelle qui n'a rien d'une réforme structurelle, et qui ne fonctionne qu'une fois...

La situation est d'autant plus inquiétante qu'il n'existe plus grand chose pour prendre le relais et exercer effectivement le pouvoir en cas de désastre politique. LFI et le RN sont totalement incapables de prendre les manettes du pays. Ils n'ont pas assez de cadres compétents pour prendre le contrôle de la machine étatique, et sont incapables, du fait de leurs tensions politiques internes, de résister au choc de l'exercice du pouvoir. Le PS et LR sont en lambeaux, et pourraient éventuellement prendre le relais. Mais si c'est pour faire revenir François Hollande ou Nicolas Sarkozy et leurs équipes, je doute que ça prenne dans la population. Une solution alternative au sein de la majorité actuelle apparait compliquée à trouver, tellement la personne d'Emmanuel Macron est centrale. S'il vient à quitter la scène politique, son parti, dont il est le seul ciment, explose en vol. La solution d'un "mouvement citoyen" qui avait le charme de la nouveauté il y a encore quelques années, ne me paraît guère crédible aujourd'hui, quand on voit l'échec de la République en marche à exercer le pouvoir en partant de rien, avec des novices.

Et pourtant, si ça pète cet hiver, il faudra bien trouver des solutions...