Les périodes de grands changements voient souvent poindre des figures étranges, qui portent et incarnent ces changements. La Bible est pleine de ces prophètes, qui viennent annoncer des catastrophes à venir, et qui se font haïr (voire pire) des puissants en place. Le prophète dérange l'ordre établi, de manière souvent spectaculaire, et trouve un écho dans la population, car au fond, il dit des choses vraies, même si sombres et désagréables à entendre. Greta Thunberg m'apparait comme une incarnation du XXIe siècle de cette fonction prophétique. Elle met sur la place publique un problème qui menace la survie de la société, une chose sue de tous, mais que personne ne veut regarder en face. Le prophète oblige à regarder en face le cataclysme qui arrive, et à envisager les changements nécessaires pour tenter d'y échapper. Dans la Bible, ça ne marche pas toujours, et la catastrophe vient régulièrement frapper les Hébreux, sous forme de catastrophe naturelle ou d'invasion étrangère.

Aujourd'hui, la catastrophe climatique est à nos portes. Elle est parfaitement documentée, par les scientifiques les plus éminents, et les signes sont franchement perceptibles par la population. La réaction impose des mesures plus que drastiques, quasiment un changement de mode de vie, et donc un bouleversement économique et social rude. Les "petits gestes qui sauvent la planète" sont juste ridicules au regard de ce qu'il faudrait faire. Ce bouleversement amènerait des changements qui toucheront aux équilibres de pouvoirs. D'où l'hostilité des castes dirigeantes, dont le premier réflexe est de faire taire le porteur de mauvaise nouvelle, en le supprimant, ou, si ce n'est pas possible, en le discréditant. Nous ne sommes plus aux périodes anciennes, où les déviants étaient envoyés au bucher. Donc on prend la deuxième voie, en cherchant à disqualifier celle qui oblige le monde à regarder en face la catastrophe qui vient. Le tombereau d'insultes qui tombe sur Greta Thunberg est absolument impressionnant, que cela viennent des élites politiques ou médiatiques. Aucune réponse de fond, juste de l'insulte et du mépris. Ils n'ont absolument rien à proposer...

Dans cette affaire, ce n'est pas Greta Thunberg qui a le plus souffrir, mais les élites en question, qui sont tellement déconnectées des réalités, qu'elles ne se rendent pas compte qu'elles achèvent de se discréditer. La mobilisation des jeunes dans la rue, à travers le monde, sans organisations structurées, est impressionnante. Cette prise de conscience écologiste est le marqueur de la génération qui vient, celle de mes enfants. Tout comme mai 68 à été le marqueur de celle de mes parents. Ceux qui râlent après ces manifestations et leurs figures de proue me font penser à la réaction du général de Gaulle et de ses barons, qui ne voient dans Mai 68 que de la "chienlit", passant à coté de l'aspect politique, culturel et générationnel de l'évènement. Un an après, il quitte le pouvoir, complètement dépassé et à coté de la plaque. Il arrivera la même chose à ces leaders qui insultent Greta Thunberg, et continuent à prôner la croissance à tout prix, et à refuser le moindre effort pour lutter contre le changement climatique. Ils risquent fort d'être balayés.

L'option dure, c'est la survenue de catastrophes climatiques, entrainant de vastes mouvements de population, et donc des guerres. Le mode de vie occidental est très fragile. Il suffit de quelques drônes chargés d'explosif sur un site pétrolier saoudien, pour que le prix du pétrole, donc de l'essence, grimpe. Imaginez demain, ce sont des coulées de boues, suite à des pluies torrentielles, qui détruisent des infrastructures vitales ? On sait très bien qu'une crise économique ou énergétique entraine derrière des crises politiques et sociales. Le monde occidental n'est pas du tout à l'abri de conséquences difficiles, qui amèneront à des changements de mode de vie, contraints et forcés.

L'option douce, c'est le changement politique par les urnes. La situation en France murit lentement, pour qu'un renversement politique, comparable à celui de 2017, se produise. Emmanuel Macron et ses marcheurs ont échoué à remplir la promesse du changement. En fait, rien n'a changé, sinon qu'on a des politiques inexpérimentés à la place de vieux briscards. Les politiques menées sont les mêmes, avec des attitudes assez semblables. C'est même pire, car les élus n'arrivent même plus à cacher qu'ils ne maitrisent plus grand chose. Les lois votés au Parlement sont insignifiantes et ne changent pas grand chose dans la réalité. Le mouvement des Gilets jaunes a exprimé de manière brutale cette insatisfaction d'une couche de la population. Il existe une véritable frustration, qui peut profiter à une nouvelle force politique, qui serait capable d'emporter la mise en portant un projet de transformation écologique qui soit crédible. Cette jeunesse qui défile ne se reconnait pas dans les élites en place, pas plus que les gilets jaunes. Ce qui sauve le pouvoir en place, c'est l'absence d'une offre alternative crédible. L'attelage PS-UMP a pu ainsi se maintenir longtemps grâce à cela, avant de se faire dynamiter en deux ans par Emmanuel Macron.

Demain, il peut arriver la même chose à l'actuel chef de l'Etat, si un leader qui incarne un projet de rupture sur la question climatique arrive à émerger et à participer au processus électoral. Cela pourrait arriver vite, plus vite qu'on ne le pense. Il suffit de pas grand chose, quand on voit ce qu'une adolescente suédoise a été capable de faire...