Deux jours après que Jean-Luc Mélenchon se soit moqué de l'accent toulousain d'une journaliste, en salle des quatre colonnes, une députée LRM, Laetitia Avia dégaine une proposition de loi destinée à faire de la "glottophobie" une discrimination sanctionnée par la loi. Le pire du pire du de l'ancien monde : une PPL à vocation médiatique, destinée avant tout à faire parler de la députée, qui crée une nouvelle "minorité discriminée". Au bout d'un an et demi de République en marche, les vieux travers reviennent au grand galop, au grand désespoir des électeurs LREM, qui justement, espéraient ne plus voir ce genre d'âneries au Parlement avec la nouvelle majorité.

Ce cas n'est pas isolé et on voir de plus en plus d'exemples de retours d'anciennes pratiques, pour le meilleur et pour le pire. C'est logique, car les marcheurs n'ont rien changé à l'organisation du travail parlementaire et à la manière de faire de la politique. La "loi de moralisation de la vie publique", votée à l'été 2017, n'a été qu'une très fine couche de vernis, sans effet autre que cosmétique. La procédure parlementaire n'a pas changé, les règles du jeu médiatique non plus. Les attentes des électeurs sont toujours aussi contradictoires. Il est donc évident que passé un moment de flottement, les vieilles habitudes reviennent, car elles sont induites voire imposées par les règles de l'exercice du pouvoir. Le député qui veut exister n'a guère que le coup d'éclat dans l'hémicycle, l'amendement et la proposition de loi pour essayer d'exister médiatiquement (et donc politiquement). Leur inexpérience accroit encore les effets néfastes de la reprise de pratiques qui demandent parfois beaucoup de duplicité et d'art de l'esquive, quand ce n'est pas de la mauvaise foi pure et simple. On ne s'improvise pas politique. Tout cela n'a absolument rien de surprenant.

L'élection d'Emmanuel Macron est le résultat d'une aventure politique menée par un commando, et ne s'est appuyée sur aucune force structurée, qui aurait pu préparer le mouvement En Marche à l'exercice du pouvoir. Normalement, le processus commence par un groupe qui, en dehors des cercles du pouvoir, élabore une nouvelle doctrine politique, tant sur le plan des idées que des pratiques. Ce n'est qu'ensuite que vient la prise du pouvoir, souvent à l'occasion d'une crise où ceux qui sont aux manettes se retrouvent discrédités et emportés par le mécontentement populaire, et où le pouvoir est à prendre. Emmanuel Macron n'a pas eu le temps de mener à bien cette phase préalable, ce qui fait qu'il est arrivé au pouvoir avec une ébauche (et je suis gentil) de doctrine politique, et strictement aucun plan de transformation des formes de l'exercice du pouvoir, si tant est qu'il ait eu l'envie d'y changer quoi que ce soit.

Résultat des courses, les novices élus au Palais-Bourbon en juin 2017 ont été laissés complètement à eux-mêmes. Le groupe a été incapable de se structurer et de se staffer correctement pour assurer une tâche, il est vrai titanesque. Un an après, on en est toujours au même stade, sauf que des mauvais plis sont en train d'être pris. Aucune doctrine politique digne de ce nom n'a été élaborée, et la barque va comme elle peut, au gré des coups de barre (souvent à droite), du grand timonier Macron. Les seuls, au sein de la majorité, qui ont à la fois une doctrine élaborée et une expérience de l'exercice du pouvoir, le Modem et les juppéistes, prennent progressivement la main. Faute d'avoir des troupes aguerries, Emmanuel Macron est bien obligé de faire avec eux.

C'est un véritable problème pour Emmanuel Macron, car il a été élu sur une promesse de changer la manière de faire la politique. C'est une demande de profonde des classes jeunes, urbaines et diplômées qui sont le cœur central de son électorat. Des choses bougent, les pratiques évoluent, mais restent anecdotiques. Les budgets participatifs, c'est bien, mais ça ne doit pas se limiter à faire voter les gens sur des montants et des projets minimes, où on a l'impression que c'est de l'argent de poche octroyé par l'élu pour faire du "participe washing". C'est la même chose pour les "consultations citoyennes" et les grandes marches. C'est bien en deçà de ce que les gens attendent. Si les partis écologistes progressent un peu partout en Europe, c'est en partie du au fait qu'ils sont porteurs d'une idéologie de la participation citoyenne réelle. L'attente est la même en France, et les marcheurs sont (parfois à leur corps défendant) en train de la décevoir. Il est encore possible d'inverser les choses, à condition d'en faire une priorité politique et d'y mettre les moyens. J'ai de plus en plus de doutes que ce soit le cas.