Ce matin, sans prévenir, Twitter a "verrouillé" mon compte, affirmant avoir détecté une activité "anormale". Une explication totalement farfelue, car mon activité récente a été tout ce qu'il y a de plus normal, et n'a pas enfreint les normes de comportement. De plus, cette excuse a été servie à un nombre important de personnes en même temps. Twitter me propose de réactiver mon compte, en ne me laissant qu'une possibilité : donner mon numéro de portable. Ils signent ainsi le forfait : le seul but de l'opération est d'extorquer leur numéro de portable à ceux qui ne l'ont pas donné jusqu'ici, pour renforcer encore le profilage et le flicage dont nous faisons l'objet. Je me suis soigneusement gardé de donner à un quelconque réseau social, malgré les nombreuses sollicitations, et je refuse toujours de la faire. Si aucune solution alternative n'est proposée, je ne réactiverai pas mon compte, qui sera de ce fait, supprimé. Tout à une fin, et après une dizaine d'année, je vais donc quitter Twitter, sans grand regret.

Cela fait un certain temps que ne trouve plus trop d'intérêt à Twitter. La plateforme est devenu un repaire de trolls et de militants de tout poil, qui sont là pour faire leur pub et polémiquer, de préférence en meute bête et méchante. Le dialogue et l'échange intelligent ont disparu, sauf dans quelques bulles bien délimitées. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas "découvert" quelqu'un d'intéressant via ce réseau. Il sert surtout à pousser des contenus venus d'ailleurs et à faire du "personnal branding", sans véritable valeur ajoutée. Depuis quelques temps, ma réflexion m'amène à priviléger mes activités "profondes", celles qui ont un sens comme tenir ce blog ou encore contribuer au formidable projet qu'est Wikipédia. Babiller en 280 caractères m’apparaît de plus en plus comme une perte de temps, alors qu'il y a tant à faire par ailleurs. Twitter est devenu le symbole d'une superficialité qui ne m'intéresse plus. Certes, j'aurai quelques regrets, car un compte twitter, bien paramétré, reste un formidable outil de veille. J'y ai rencontré des personnes qui m'ont apporté, et le hasard pourrait encore m'en faire découvrir d'autres. Mais finalement, cela pèse peu à coté de la libération que représente la fin de l'obligation de "paraître" et de "tenir un rang" en affichant un nombre de followers toujours plus grand.

Cet incident m'a amené à réfléchir sur l'intérêt d'avoir un compte twitter et le coût que pouvait représenter cette demande de fournir mon numéro de portable. Je sais pertinemment que les réseau sociaux savent beaucoup sur nous, bien plus qu'on ne le pense. On laisse faire car on ne se rend pas trop compte, et que mis à part recevoir de la publicité ciblée, il n'y a pas trop de conséquences visibles. Et puis arrive ce petit détail, cette demande supplémentaire qui réveille cette conscience d'être traqué, et qu'on le sera encore plus une fois qu'on aura donné son numéro de portable. C'est un identifiant très puissant, attaché à une personne, et que l'on ne change pas comme ça. Mon numéro de portable, je l'ai depuis octobre 1998, et je n'ai aucune raison d'en changer à brève échéance. Le donner à Twitter me chiffonne beaucoup, car c'est peut-être la seule chose qu'ils n'ont pas de moi. Cela peut paraître dérisoire face à l'ampleur du profilage, mais cette demande a été une sorte de déclic. Le meilleur moyen de ne plus être (trop) surveillé par Twitter, c'est encore de ne plus y être.

Cela n'est pas un départ du net. Mon identité numérique reste présente sur le net, avec ce blog et mes contributions diverses et variées sur des plateformes, autant que possible libres et où j'ai une maîtrise de mes données et de mes "contenus". Il ne faut pas se leurrer, le combat de demain sera une résistance face à l'emprise des grandes plateformes, qui vont chercher à tout contrôler, les utilisateurs comme les contenus, sous couvert de bonnes intentions. Il est plus que jamais essentiel de ne pas les laisser faire. Quitter Twitter n'est qu'une étape symbolique, l'important, c'est de contribuer à une production de contenus libres et indépendants, sur l'ensemble de la chaîne.