Les révélations du Monde sur les turpitudes d'un proche conseiller d'Emmanuel Macron, ont ouvert une véritable crise politique. Pascal Riché dans le Nouvel Obs synthétise parfaitement les enjeux et la profondeur du problème posé par les violences d'Alexandre Benalla contre un manifestant, le 1er mai dernier. Quand un très proche du chef de l'Etat se comporte ainsi, en ayant bénéficié de passe-droit de la part de la Police, sans qu'une sanction réellement sérieuse soit prise, il y a matière à questions. La presse est parfaitement dans son rôle d'enquêter et de publier des informations sur le sujet. L'opposition est parfaitement dans son rôle en interpellant le gouvernement et en demandant au ministre de l'Intérieur et au Premier ministre de venir s'expliquer. Le gouvernement est encore, jsqu'à la prochaine réforme de la Constitution, politiquement responsable devant l'Assemblée nationale. C'est la première véritable crise politique que doit affronter la majorité, qui se révèle incapable de la gérer correctement.

Cette affaire a révélé le fonctionnement extrêmement vertical, et donc la fragilité du pouvoir. Le Monde sort ses révélations mercredi soir, et l'opposition tarde à réagir. Ce n'est véritablement que jeudi midi que la bataille parlementaire s'ouvre. L'exécutif est incapable de prendre les mesures pour désamorcer l'affaire, à savoir annoncer le renvoi immédiat d'Alexandre Benalla. Pendant toute la journée, les ténors de la majorité sont totalement aphones. Alors qu'ils sont présents à l'Assemblée, Christophe Castaner et Richard Ferrand sont muets, tout comme l'ensemble des ministres et des députés du groupe, qui laissent François de Rugy ramer seul pour essayer de contenir les assauts de l'opposition. Le seul message du pouvoir est "des enquêtes sont ouvertes, par le parquet et l'inspection générale de la police, laissons la justice faire son travail et attendons les conclusions pour en tirer les éventuelles conséquences". C'est plus que léger pour résister aux demandes de l'opposition, qui se positionne immédiatement sur le plan politique, réclamant que le gouvernement, et en particulier le ministre de l'Intérieur, vienne s'expliquer. Ce flottement est inquiétant pour la majorité, car elle montre que si on coupe la tête, à savoir Emmanuel Macron, derrière, il n'y a plus rien. Aucun leader ne semble capable de comprendre intuitivement qu'il y a un problème et de monter au front sans attendre les ordres. Une absence de sens politique et de capacité d’initiative qui devrait déclencher quelques alarmes à l'Elysée.

A ce stade, il aurait été possible de calmer l'opposition en faisant venir Gérard Collomb. Il aurait sans doute passer un mauvais moment, mais aurait pu s'en tirer en promettant la création d'une commission d'enquête officielle, qui n'aurait pu commencer ses travaux qu'en septembre, c'est à dire bien après que le soufflé médiatique ne soit retombé. Au lieu de cela, la majorité s'est arc-bouté dans son silence et son refus. A force de provoquer des incidents et des suspensions de séance, ils finissent par obtenir que la commission des Lois lance, le soir même même, une enquête, avec des auditions dès le début de la semaine suivante, et un rapport qui paraitrait dans les trois semaines. La pire solution pour la majorité, qui va permettre à l'opposition d'avoir des points de rendez-vous réguliers, autant d'occasions de faire du buzz. Première victoire de l'opposition, qui a bien mené son opération de guérilla.

Le lendemain, rebelote, l'opposition continue à bordéliser la séance, réclamant cette fois-ci que le Premier ministre vienne s'expliquer. La majorité, qui cette fois, à eu les éléments de langage, tente la contre-offensive. Leur argument majeur est que l'opposition se livre à de l'obstruction, pour faire échouer la réforme constitutionnelle. Les députés LRM serinent donc, à longueur d'intervention, qu'il faut se remettre au travail, que l'obstruction coûte cher, et que le travail des députés, c'est d'écrire la loi et faire de l'évaluation. Une position qui occulte totalement le fait que l'Assemblée nationale est un organisme avant tout politique, qui a une légitimité démocratique propre qui lui permet d'être un contre-pouvoir. C'est dans ce contexte que l'attitude du gouvernement est parfaitement scandaleuse. Non seulement aucun ministre ne vient, mais en plus, le Premier ministre se permet de suivre l'étape du tour de France, dans la Drôme, pendant que les députés enchaînent les rappels au règlement pour demander qu'il vienne s'expliquer devant eux. Une véritable humiliation pour l'institution qui montre qu'elle est totalement incapable d'exiger, autrement que par le dépôt d'une motion de censure, que le gouvernement remplisse ses obligations. Tout cela en pleine révision de la Constitution, censée rendre le Parlement plus efficace. C'est avec de genre d'incidents et de symboles négatifs que la crédibilité politique du président s'effrite.

La majorité a montré une fois de plus qu'elle veut amoindrir tous les contre-pouvoirs, Parlement et corps constitués. C'est très inquiétant, car cela isole et délégitime le pouvoir en place. Emmanuel Macron semble oublier qu'il n'a obtenu que 24% des voix au premier tour. Son électorat résiste encore bien, mais depuis un an, le chef de l’État n'a pas réussi à élargir sa base. Bien au contraire, il a braqué ses opposants, créant des liens entre des bords que la détestation du pouvoir en place peut souder. Il n'y avait qu'à voir, ce vendredi, la fluidité des passages de parole entre LR et Insoumis, avec Jacob et Mélenchon affichant une réelle complicité pour taper sur une majorité qui a fait la démonstration de son manque de métier et d'expérience politique.