Cécile Duflot vient d'annoncer qu'elle "quitte la politique" en devenant directrice générale d'Oxfam France. En fait, elle quitte le milieu du militantisme étroit, qui regroupe les personnes visant les mandats électifs et l'exercice concret du pouvoir d'Etat. Elle ne quitte absolument pas la politique, bien au contraire, elle va là où les choses se passent réellement, dans les organisations de la société civile qui sont en prise directe et opérationnelle avec le monde réel.

Nous arrivons à un nouveau stade de dévitalisation de ce qu'on appelle "le monde politique". Les élus nationaux, députés et ministres, ont de moins en moins de pouvoirs et de leviers d'action. Le pouvoir d'Etat, en France, n'a plus d'argent, doit composer avec d'autres lieux de pouvoirs comme l'Union européenne, les collectivités locales. La dérégulation économique a fait passer une partie du pouvoir dans des organismes largement autonome comme par exemple les autorités administratives indépendantes. Quand on veut vraiment faire avancer des idées, et faire en sorte que "le monde soit meilleur", devenir député ou ministre, ce n'est plus le passage obligé.

Je crois de moins en moins à la capacité d'agir des élus. Ils sont devenus des gestionnaires, qui arbitrent entre des pressions contradictoires, mais guère plus, même s'ils tentent de faire croire le contraire. De plus en plus de personnes qui y exercent des responsabilités le constatent aussi, et estiment que le jeu n'en vaut plus la chandelle, car la violence et le "coût humain" de la politique sont trop élevé pour ce que cela permet de faire concrètement. Surtout quand on cherche à faire avancer des idées et des causes, et pas seulement travailler à sa propre carrière et à la satisfaction de son ego. Quand vous souhaiter œuvrer pour la sauvegarde de la planète, il vaut mieux s'investir dans une ONG ou une association de terrain, que de prendre sa carte chez les Verts. C'est ce travail de terrain qui va convaincre les citoyens, par des résultats concrets, qui va faire pression sur les élus, qui sentent que vous représentez quelque chose. C'est pareil pour le débat public, où la stérilité des échanges sur les réseaux sociaux est maintenant évidente. A quoi cela sert de prendre du temps à poster, à exposer un avis, quand en face, il n'y a que de la mauvaise foi, de l'insulte ? J'en viens même à me demander si cela a encore du sens de tenir un blog pour donner son avis ou ses analyses sur l'actualité. Cela ne permet plus de construire quelque chose, juste d'alimenter du bruit, à destination d'un milieu qui ne produit plus rien d'utile pour la société. Les dernières élections n'ont finalement pas changé grand chose. Les militants politiques, qu'ils soient insoumis ou en marche ne changent pas et saturent stérilement l'espace public de leurs éléments de langage.

Quand on souhaite réellement s'investir utilement, il faut trouver d'autres lieux et d'autres modalités. Je ne crois plus à la capacité des politiques à être autre chose que des scribes, qui prennent acte des rapports de force. Ils courent après les "forces vives", ceux qui font et créent, que ce soient les idées nouvelles, ou les actions plus concrètes, mais ne sont plus producteurs de fond. Quand on souhaite œuvrer pour la libre diffusion de la connaissance, c'est certainement plus utile et efficace de contribuer activement à Wikipédia, que d'aller ferrailler avec Pascal Rogard sur les réseaux sociaux ou d'attendre que le ministère de la Culture comprenne quelque chose au monde réel.