En 2016, par référendum, le Royaume-Uni a décidé de quitter l'Union européenne. Une erreur historique, décidée avec une légèreté confondante, à l'issue d'une campagne électorale où le mensonge, assumé, tenait lieu d'argument. Alors que l'échéance de mars 2019 approche, il n'est pas une semaine sans qu'un secteur économique ne se rende compte des implications pour lui, souvent négatives, comme pour la pêche, les transports, le secteur financier. Les questions politiques sont également cruciales, le Brexit pouvant remettre en question les accords de paix en Irlande du Nord (avec la question cruciale de l'ouverture de la frontière), et donc amener à un retour de la guerre civile. Je ne parle même pas des velléités séparatistes de l’Écosse, qui peut prendre le prétexte du maintien dans l'UE pour réclamer son indépendance.

Cette situation devrait nous préoccuper, nous Français et européens et susciter bien plus de débats et d'analyses que ce n'est le cas actuellement.

Dans les années qui viennent, le Royaume-Uni va connaitre de très fortes turbulences. La crise économique a déjà commencé outre-Manche, et cela ne peut aller qu'en s'aggravant et nous européens, nous n'en sortiront pas indemne. Juridiquement, la sortie du droit de l'UE est un casse-tête sans nom. La chambre des Lords a tiré la sonnette d'alarme sur les nids à contentieux qui vont se créer, car en abolissant la loi de 1972, sur l'entrée dans l'UE, on peut remettre en vigueur, sans s'en rendre compte, des lois anciennes et oubliées. L'insécurité juridique est une menace très réelle, ce qui ne va pas arranger la situation. De ces turbulences, naitront des troubles politiques, car les citoyens britanniques vont demander des comptes à leurs élites, qui les ont amenés dans cette impasse. Le lien entre les crises économiques et la montée des extrêmes et des populismes est quasi mécanique. Le désordre a débuté, avec l'élection de juin 2017, où Theresa May n'a obtenu qu'une majorité relative, et a littérallement acheté un accord de coalition avec les unionistes d'Irlande du Nord. En regardant l'actuelle classe politique anglaise on peut être inquiet pour la suite : les alternatives à la très fragile Theresa May, c'est Jeremy Corbyn ou le bouffon Boris Johnson et son compère Nigel Farage. C'est un peu effrayant et ça pourrait peut-être devenir pire encore.

Il ne faudrait pas croire que tout cela n'aura aucun impact sur le reste de l'UE. Les anglais sont nos voisins, s'ils sont déstabilisés, nous le serons aussi. Si un populiste façon Trump prend le pouvoir, et décide de privilégier les intérêts britanniques en se moquant complètement de l'impact pour le reste de l'Europe, transformant par exemple son pays en paradis fiscal, avec du dumping social, que ferons nous ? Les dirigeants européens semblent avoir choisi une ligne dure contre les britanniques. Est-ce le bon choix ? Il n'y a malheureusement pas eu de débat politique, de délibération publique sur l'attitude à avoir face à ce choc. Peut-être était-il déjà trop tard quand le choc s'est produit ? Il faut que l'Europe s'interroge sur les raisons qui ont amené à cette décision.

Il faut aussi se demander comment un peuple peut être amené à prendre une telle décision, aux conséquences aussi désastreuses. Quitter l'Union européenne, pour un aussi grand pays, c'est se retrouver isolé, incapable de faire le poids dans un monde globalisé, où les discussions se font entre grands ensembles. Que pèse la Grande-Bretagne, face à la Chine, aux États-Unis, à l'Union européenne ? Bien peu de chose. Margaret Thatcher avait justifié l'appartenance à l'UE avec cette maxime : "si vous n'êtes pas à la table du déjeuner, c'est que vous êtes au menu". C'est toujours vrai. Derrière cette question, se pose celle des élites britanniques. Comment une classe dirigeante peut-elle à ce point perdre les pédales et amener dans le mur le pays qu'elle a la charge de diriger ? Il y a tout un travail de fond à mener pour comprendre ce qui s'est passé outre-Manche. Le Guardian a publié un excellent article sur le sujet, montrant qu'une partie du problème vient d'une élite qui a failli à ses devoirs. Cela pourrait aussi nous servir, car personne n'est à l'abri d'un tel accident historique... En 2017, nous avons quand même frôlé la catastrophe. Sans la candidature d'Emmanuel Macron, nous serions dans la situation de l'Italie, c'est-à-dire dans une impasse politique, où les partis populistes, incapables d'assumer l'exercice du pouvoir, arrivent en tête.