Le France Insoumise, et notamment François Ruffin ont voulu tester les limites de ces règles. C'est leur droit et cela fait partie du jeu politique que de questionner la procédure et les règles du jeu. La majorité leur a répondu qu'elle n'entendait pas changer la règle. S'ils ont obtenu de venir sans cravate, pas question d'aller plus loin. L'Assemblée nationale vient de formaliser ses règles concernant la tenue des députés dans l'hémicycle. Le Bureau a rappelé que la seule expression autorisée est orale, et le recours à d'autres supports : objets, écrits, tenue vestimentaire, n'est pas autorisée. Le ressort est simple : une délibération passe par des échanges oraux, entre gens égaux, et que si l'un d'entre eux arrive grimé ou sort des tableaux de chiffres, il créé un déséquilibre et peut troubler le débat.

Pour illustrer cette règle de base, le Bureau donne quelques exemples de ce qui n'est pas autorisé : logos commerciaux, objets divers et variés (paquets de pâtes par exemple) et signes religieux ostensibles. Et là, d'un seul coup, ça part en vrille sur les questions de laïcité, dans un délire complet qui démontre à quel point le débat sur ces sujets religieux est complètement biaisé et piégé.

A aucun moment, un député se verra interdire d'exprimer ses convictions religieuses à la tribune de l'Assemblée. Il ne pourra juste pas le faire en brandissant une Bible, ou en venant avec une croix de 20 centimètres autour du cou. Pas plus qu'un député communiste ne pourra brandir les oeuvres complètes de Karl Marx. Dans ce règlement de l'Assemblée, le "signe religieux ostensible" est assimilé à un logo commercial. Rien de plus. Que le porte parole des évêques de France, qui doit normalement être quelqu'un d'intelligent, se précipite pour hurler qu'on empêcherait ainsi l'expression de convictions religieuses me laisse pantois. Soit il n'a rien compris, ce dont je doute, soit il est de mauvaise foi. Il n'y a pas un bord pour rattraper l'autre. Le député PS François Pupponi, qui parle de la maesure comme d'une "discrimination religieuse", c'est sidérant. Ce qui est interdit, c'est d'exprimer ses convictions, y compris religieuse, autrement que par le verbe, pour des raisons de bonne organisation des débats.

C'est réellement problématique pour le débat public que cela parte en vrille dès que le mot "religieux" ou "laïcité" apparait. Comment peut-on débattre sereinement si les mitraillettes sont sorties dès le début ? Et encore, cette fois-ci, il n'a pas été question d'islam, sinon, on aurait atteint des sommets d'imbécilités.