Emmanuel Macron vient de présenter ses voeux à la presse, ce mardi 3 janvier 2018. Autant le dire tout de suite, sa position n'a pas varié d'un iota depuis le début de son mandat. Il formule beaucoup de belles paroles, exprimant son "respect" pour le rôle démocratique des journalistes, et le si beau métier qu'ils pratiquent. C'est souvent intelligent, avec un propos structuré et "exigeant". Et puis il y a les actes... Et là, ça se gâte !

Emmanuel Macron n'interviendra pas dans le secteur de la presse à proprement dit. Les journalistes n'ont strictement rien à attendre d'Emmanuel Macron, ni en bien, ni en mal. S'il a soulevé, dans son discours de voeux, la question de la déontologie, reprenant les propositions de RSF d'un "certification des médias", il a renvoyé le dossier au secteur : "c'est à vous de le faire". Pareil pour la question des équilibres économiques du secteur. La question de la distribution de la presse écrite, en plein naufrage, il s'en lave les mains. Il n'a strictement rien annoncé pour le sauvetage de Presstalis, le distributeur en train de sombrer. C'est à la profession de se démerder. Pareil pour la concentration, et le fait que les journaux et médias sont rachetés par de grands industriels, vivant de contrats publics, qui cherchent avant tout un moyen de peser sur le pouvoir. Une vague idée formulée dans son discours, de "fondation" permettant de faire écran entre les propriétaires et les rédactions, c'est juste un vaste foutage de gueule. Dans les médias français, le premier problème des journalistes, ce ne sont pas les pressions des actionnaires de leur journal (même si elles existent) mais celle des annonceurs, via la régie commerciale ! Le problème de fond de la presse française, c'est sa sous-capitalisation et sa faiblesse économique.

Il n'y a guère que sur l'audiovisuel public qu'il compte intervenir. Mais c'est davantage en tant qu'actionnaire, et donc financeur, qu'il veut agir, pour mettre fin à ce qui est une vraie gabegie d'argent public. France Télévision est devenu un monstre ingérable, qu'on ne peut pas laisser ainsi continuer sa route. C'est plus la direction et les syndicats, qui co-gèrent la maison, qui ont à s'inquiéter, pas tellement les journalistes.

En revanche, Emmanuel Macron montre clairement qu'il a le pouvoir, et qu'il l'assume pleinement. Depuis le mois de mai, nous avons un renouveau monarchique assez impressionnant, avec un président à la poigne de fer, qui se met en scène, et use de toutes les ficelles de la communication pour cela. C'est là que le bât blesse, à mes yeux, car il n'hésite pas à abuser de la faiblesse du secteur, qu'il ne contribue pas à résoudre, pour faire passer sa communication. Il choisit ceux qui doivent l'interroger, en les prenant les plus complaisants possibles. Que ce soit la promenade avec Delahousse où les apparitions dans Paris-Match, cela ne relève pas du journalisme. Je ne me rappelle pas, depuis son élection, de moment où Emmanuel Macron se soit trouvé face à des journalistes, qui posent des questions précises, relancent s'ils n'ont pas obtenu satisfaction, et "mettent en danger" le chef de l'Etat. Il est pourtant capable d'être très bon dans l'exercice, comme par exemple face à la rédaction de Médiapart, en novembre 2016. Mais ça, c'était pendant la campagne. Le candidat Macron avait besoin de ce type d'exercice.

Depuis qu'il est président, il n'en a plus besoin, donc il a totalement arrêté, au profit d'un cadenassage de l'information au service de sa communication. Quand des journalistes obtiennent des documents internes à l'administration, qui révèlent des informations de fond sur les politiques publiques en préparation, c'est l'intimidation, avec l'annonce d'un dépôt de plainte systématique. Y compris de la part de la ministre de la Culture, capable de seriner "en même temps" son attachement au secret des sources des journalistes et sa volonté de le renforcer. Cette attitude est beaucoup plus parlante que tous les beaux discours de voeux.

Emmanuel Macron est dans une position de confrontation face à la presse, qui n'a aucun cadeau à attendre de lui. Il se permet même de provoquer, en demandant aux journalistes d'être à la hauteur de leur tâche et de leur rôle (sachant pertinemment qu'ils n'en ont pas toujours les moyens matériels et humains). C'est une forme de défi qui est lancé aux journalistes, et ceux qui arriveront à le relever auront sans doute une forme de reconnaissance et de respect de la part d'Emmanuel Macron. Mais pas plus. Il est un homme de pouvoir qui entend l'exercer sans entrave, or, il le dit lui-même, la presse est un contre-pouvoir.